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Le procureur de justice du Chiapas a lancé des mandats d'arrêt contre trois hauts fonctionnaires du gouvernement de Javier López Moreno (qui était gouverneur du Chiapas en 1994). Ceux-ci sont soupçonnés d'avoir participé à des opérations frauduleuses d'achat et vente de terrains agricoles. L'ancien président Salinas avait débloqué 221 milliards d'anciens pesos (plus de 368 millions de francs) pour l'achat de 38 000 hectares, destinés à être donnés aux paysans, pour essayer d'en finir avec la révolte zapatiste. Mais les conditions d'achat ne sont pas très claires, et il semble qu'elles aient surtout profité aux vendeurs, qui, comme par hasard, sont des grands propriétaires et des caciques locaux.
L'évêque Samuel Ruiz dénonce le harcèlement à l'encontre des étrangers de la part des autorités mexicaines de migration, lesquelles en viennent à filmer les gens qui assistent aux messes à San Cristobal, considérées par les autorités comme "actes politiques".
Plus de 500 soldats de l'armée et 300 policiers ont chassé les militants du PRD (pour la plupart indiens) qui occupaient le champ pétrolier Sen (le plus important). 6 militants ont été blessés, et au moins 5 ont été arrêtés. Andrés Manuel López Obrador, le dirigeant local du PRD, a appelé à poursuivre les mobilisations et les blocages.
Plus de 800 soldats et policiers, appuyés par des hélicoptères et un véhicule blindé ont chassé les paysans qui occupaient deux puits de pétrole dans les municipalités de Centro et Cunduacán (Etat de Tabasco). L'occupation des autres puits (cf. Ya Basta ! n 45) se poursuit. Andrés Manuel Lopez Obrador, leader local du PRD et dirigeant du mouvement, a affirmé que si leurs revendications n'étaient pas satisfaites, ils occuperaient les usines pétrochimiques de La Venta et Ciudad Pemex. Les paysans et pêcheurs du Tabasco protestent contre la fraude électorale, le prix élevé de l'électricité, le taux des intérêts bancaires et la pollution qui résulte de l'exploitation du pétrole dans la région.
Les autorités municipales de Cárdenas (une municipalité de Tabasco, gouvernée par le PRD, le parti d'opposition de gauche) ont décidé de transférer leur siège devant les installations administratives d'un important complexe pétrolier (El Castaño), pour le bloquer. Cette action est une réponse à l'expulsion des paysans et pêcheurs qui occupaient les puits. Le maire de Cárdenas affirme qu'avec les gains réalisés en un seul jour sur le pétrole d'un seul puits (soit 25.000 dollars), on pourrait apporter une solution à tous les problèmes de la municipalité. Mais, cet argent, les habitants de Tabasco n'en voient jamais la couleur... Un autre conflit oppose des travailleurs de la voirie aux autorités de Tabasco : depuis l'an dernier, ils demandent l'amélioration de leurs conditions de travail et la réintégration de quelques uns d'entre eux qui ont été licenciés. Certains font un picketing sur la place principale de Villahermosa, capitale du Tabasco, où depuis le 2 janvier, 3 femmes se sont enchaînées aux fenêtres du palais gouvernemental, et où 2 travailleurs sont en grève de la faim (depuis le 8 et le 17 janvier). 18 autres font un seeting devant le ministère de l'intérieur, à Mexico.
Dans un rapport, l'ONG américaine Human Rigths Watch Americas signale que pendant l'offensive gouvernementale de février 95, les autorités mexicaines ont gravement violé les droits humains des prisonniers présumés zapatistes. Parmi ces violations, la torture et le non respect de la légalité dans leurs procès. Selon cette organisation, toutes ces violations sont restées impunies.
Plus de mille policiers et soldats, appuyés par des hélicoptères, ont violemment expulsé les manifestants qui, après avoir été chassés une première fois, étaient revenus occuper le puits pétrolier Sen. Le bilan est de 20 blessés, dont Andrés Manuel López Obrador, leader des contestataires, et de 7 arrestations, dont Rafael López Cruz, dirigeant du PRD de Tabasco. Il y aurait aussi trois disparus et quelques policiers blessés. Le reporter de La Jornada raconte qu'au début, les plus de 2.000 personnes, en majorité des femmes, qui occupaient le puits, avaient l'intention de résister pacifiquement, et criaient aux forces dites de l'ordre : "Vous ne comprenez pas que nous sommes du peuple? Pourquoi vous nous frappez?", mais qu'après l'expulsion, les paysans chontales disaient à leur dirigeant blessé : "Courage, nous sommes prêts. Nous voulons des armes". Andrés Manuel López Obrador, a déclaré qu'il aimerait que le président Zedillo "visite les communautés indiennes de Nacajuca, où se trouve le plus important champ pétrolier du pays, pour qu'il voie que le pétrole n'y a laissé que pauvreté et pollution". Il a ajouté que pour la population de Tabasco, PEMEX (l'entreprise publique du pétrole) signifie invasion de leurs terres, destruction de l'environnement, pluies acides, fuites de pétrole, et explosions qui menacent leurs vies. Il a ajouté que la pollution a rendu impossible la pêche dans les ruisseaux, les fleuves et les lagunes, et que c'était une grande contradiction que le Tabasco soit si riche, et qu'en même temps que son peuple vive dans la pauvreté. Publication dans La Jornada d'une lettre du sous-commandant Marcos, dans laquelle il explique que deux photographes sont venus récemment dans la forêt lacandone prendre des photos des zapatistes, et que ces photos seront diffusées sur Internet. Apparemment, à un moment les rôles se sont inversés, et c'est Marcos qui a pris des photos des photographes en train de prendre des photos. Il paraît que si les photos sont bonnes, ce sera par accident, mais que si elles sont mauvaises, ce sera la faute des modèles... Bon, on voit ça et on vous tient au courant...
Premier anniversaire de l'offensive gouvernementale contre l'EZLN. A l'occasion de cette offensive militaire, un certain nombre de personnes avaient été arrêtées comme "présumées zapatistes", et emprisonnés suivant des procédures entachées de nombreuses irrégularités. Un exemple parmi d'autres : Javier Elorriaga Berdegué est en prison depuis un an, sur le seul "témoignage" d'un certain Salvador Morales Garibay, que personne n'a jamais vu, et qui n'est jamais allé déposer devant le juge, bien que celui-ci l'ai convoqué. L'armée et la police ont chassé les gens qui occupaient les installations de PEMEX de El Castaño (municipalité de Cárdenas, Tabasco). Il y a eu 57 personnes arrêtées, dont 3 fonctionnaires de la mairie (tenue par le PRD). Ce qui fait 71 personnes détenues au Tabasco, suite aux occupations des puits de pétrole. Mais ceux-ci sont toujours occupés, puisque les militants du PRD, pour la plupart des indiens paysans ou pêcheurs, reviennent dès que les militaires et policiers sont partis. Les employés de la voirie du Tabasco qui faisaient un picketing devant le siège du ministère de l'intérieur à Mexico, ont été embarqués par la police, et torturés physiquement et psychologiquement (l'un d'eux était en grève de la faim depuis 25 jours.) Ils ont ensuite été ramenés manu militari au Tabasco (distant d'environ 1 000 km) et abandonnés au bord d'une route, à 20 km de Villahermosa, la capitale de l'Etat. Selon une étude du Congrès de Travail (CT, regroupement de syndicats liés au gouvernement), le prix des aliments base ( le "panier de la ménagère") a augmenté de 93,9 % au cours des 13 derniers mois au Mexique. L'étude conclut que, rien que pour permettre à une famille de cinq personnes, (tout à fait moyenne au Mexique) de pouvoir acheter les aliments base (c'est-à-dire sans prendre en compte les dépenses de logement, de transport et de santé), le salaire minimum devrait être le double. Dans le même temps, le gouvernement et le patronat prévoient une augmentation du salaire minimum de 10 % pour le mois d'avril.
Publication de deux communiqués de l'EZLN et d'une lettre de Marcos : Dans le premier, ils rappellent que les personnes accusées d'être zapatistes sont en prison depuis un an "en qualité d'otages" du gouvernement, et que des centaines de familles continuent à vivre dans les montagnes depuis l'offensive militaire. Le communiqué dit que les prisonniers et les indiens déplacés sont utilisés par le gouvernement pour peser dans les négociations. L'EZLN annonce une manifestation des communautés indiennes de la forêt lacandone, qui partira de Guadalupe Tepeyac et arrivera à La Realidad. Les revendications en sont : liberté pour les prisonniers politiques, et fin du harcèlement militaire contre les communautés. Les zapatistes invitent à la société civile à manifester aussi, pour les mêmes demandes. Dans le second communiqué, Marcos évoque l'arrestation des présumés zapatistes, l'offensive militaire gouvernementale et le rôle joué par la société civile. Il dit : "nous n'avons jamais compté que la société civile obtiendrait la transition vers la démocratie. Ce sur quoi nous avons compté, et sur quoi nous continuons à compter, c'est que la société civile obtienne quelque chose de plus compliqué, et d'aussi indéfini qu'elle-même : un monde nouveau. La différence entre hier et aujourd'hui, c'est qu'aujourd'hui nous voulons participer avec elle à ce rêve qui nous délivrera du cauchemar. Nous ne prétendons pas la diriger, mais la suivre. Nous voulons aller avec elle, marcher à son côté. Incorrigibles naïfs ? Peut-être, mais, face au cynisme "réaliste", la naïveté peut produire, par exemple, un premier janvier, et il faut voir la quantité de rêves qu' a amené un premier janvier". Les personnes qui occupaient le puits de pétrole Escuintle 201 ont été violemment chassés par la police et l'armée. Celle-ci a installé un barrage sur l'autoroute qui va de Tabasco à l'état voisin de Campeche, pour fouiller les voitures et empêcher ainsi les gens de l'état voisin de se joindre aux militants ou d'apporter des armes... Un fonctionnaire de justice a demandé aux juges de délivrer des mandats d'arrêt à l'encontre de Andrés Manuel López Obrador et d'autres fonctionnaires du PRD de Tabasco, suite aux occupations des puits pétroliers.
Plus de 500 indiens zapatistes ont manifesté depuis Guadalupe Tepeyac jusqu'à La Realidad, (20 km), pour rappeler "la trahison du gouvernement" (l'offensive militaire de février 95). Ils scandaient "nous sommes là, nous n'allons pas nous rendre. Nous sommes là et nous allons résister à côté des autres indiens et avec la société civile mexicaine". Devant l'hôpital de la sécurité sociale vide depuis que l'armée a occupé le village et obligé la population à fuir dans les montagnes (sur Guadalupe Tepeyac, voir Ya Basta! n 28), un orateur a rappelé les mots du commandant Tacho, quand les 80 familles du village le quittaient : "Ici nous vous laissons cet hôpital vide, comme un monument à votre trahison, et ces rues vides comme honte des gouvernants". Un peu avant La Realidad, 800 indiens ont rejoint la manifestation, qui est arrivée au nouvel Aguascalientes .
La police et l'armée ont chassé les militants du PRD qui occupaient les puits de pétrole Jujo (municipalité de Huimanguillo) et El Castaño (Cárdenas). 19 manifestants ont été arrêtés. PEMEX accuse le manifestants de sabotage, ce qu'ils démentent. Des militants du PRD de l'état de Puebla ont manifesté devant une usine de PEMEX, pour protester contre la répression au Tabasco et contre la privatisation de l'entreprise. Selon le ministère de la santé, en 1995, le nombre de cas du plus grave type de paludisme (plasmodium falciparum) a augmenté de 17 % sur l'ensemble du pays, et de 100 % au Chiapas : on a détecté 72 cas de ce type de paludisme dans tout le Mexique, dont les 80 % au Chiapas.
Les manifestants qui mantiennent l'occupation des puits petroliers dans l’Etat de Tabasco déclarent qu'ils laisseront passer les ingénieurs de PEMEX, si ces derniers en ont besoin; afin de démentir les accusations de sabotage.
La police et l'armée ont chassé les paysans qui occupaient
les installations de PEMEX de El Castaño et de Samaria. Dans l'action,
21 personnes ont été arrêtées, ce qui porte
à 107 le nombre de personnes détenues dans le cadre des protestations
à Tabasco.
Jacques Lecomte, ambassadeur de l'Union Européenne (UE) au Mexique,
annonce que le project d'accord de libre échange entre l'UE et le
Mexique sera prêt dans trois mois. Quelques chefs de gouvernement
européens ont dejà donné leur feu vert à cet
accord lors du récent voyage du président Zedillo en Europe.
Tel est le cas de Felipe Gonzalez et de John Major. En 1994 et 1995, le
Mexique a eu un déficit commercial avec l'Europe de 7 et 3 milliards
de dollars, respectivement.
Le Mexique augmentera progressivement sa production de pétrole d'ici
à l'an 2000, où la production sera 13.2 % plus importante
que celle de 1995. Elle sera de 3 089 000 barrils par jour. Comme comparaison,
les productions en janvier 1996 de l'Iran et du Venezuela ont été
de 4 040 000 barrils par jour et de 2 891 000 barrils par jour, respectivement,
et celle de l'Irak en 1990 était de 3 200 000 de barrils par jour.
La dette extérieure totale du Mexique est d'environ 170 milliards
de dollars.
Le dialogue entre le gouvernement et les zapatistes devrait recommencer
aujourd'hui.
Les paysans et pêcheurs (pour la plupart des indiens chontales) qui
occupent les puits petroliers à Tabasco annoncent une trève
aux occupations pour chercher une solution au conflit.
Publication d'un communiqué de l'EZLN, "organisation mexicaine
qui lutte pour la démocratie, la liberté et la justice dans
tout le monde", où celle-ci annonce qu'elle a finit la consultation
chez les peuples indiens du Chiapas pour savoir s'ils acceptent ou pas
les premiers accords sortis du dialogue avec le gouvernement (cf Ya Basta!
No. 44). Le communiqué dit que l'EZLN a consulté "plusieurs
dizaines de dizaines de milliers" de personnes dont 52 % étaient
des femmes. Des personnes consultés, 96% ont decidé de :
a) "refuser le manque de solution au grave problème agraire
national et [de] insister pour que l'article 27 de la constitution reprenne
l'esprit d'Emiliano Zapata, résumé dans deux revendications
base : la terre est de celui qui la travail et, terre et liberté".
b) "refuser le manque de reconnaissance juridique des autonomies indiennes."
c)"refuser le manque de solution aux revendications [indiennes] sur
le droit à l'information, la justice et les droits politiques".
d) "accepter et formaliser avec le gouvernement suprême les
accords minimums" du 18 janvier. Des personnes consultées,
2% se sont prononcées contre la signature des accords. Selon le
communiqué, ces accords "profiteront au mouvement indien national,
et les progrès locaux ne sont pas peu nombreux. cependant, ce sont
encore des accords de papiers...".
Victor Tokman, sous-directeur de l'Organisation Internationale du Travail
(OIT), déclare qu’avec le salaire minimum moyen en Amérique
latine on peut acheter seulement 3 kilos de pain par jour. Il a aussi dit
que si un travailleur industriel de la même région veut acheter
une voiture modeste, il doit dépenser intégralement deux
ans de salaire. Toujours selon M. Tokman, 84 % des nouveaux emplois dans
le sous-continent correspondent à l'économie informelle,
laquelle emploie 57 % des personnes qui ont du travail dans la région.
Dans le cadre des négociations entre le PRD et le ministère
de l'intérieur pour résoudre le conflit à Tabasco,
le PRD s'est engagé a débloquer l'entrée aux puits
petroliers. Le gouvernement s'est engagé à ne pas exercer
de violence contre les occupants de puits, mais les revendications de ceux-ci
continuent à être discutées.
Réalisation, à San José, Costa Rica, du sommet des
présidents des pays de l'Amérique Central (y compris le Mexique).
A l'ordre du jour : l'immigration illégale, le traffic de drogues
et d'armes, le pacte de San José (dans le cadre duquel le Mexique
et le Venezuela vendent du pétrole à des prix favorables
aux pays de la région), et un éventuel accord commercial
de libre échange avec le Mexique.
Le gouvernement et les zapatistes ont signé les premiers accords
du dialogue de paix (sujet : "droits et culture indiens"). Le
commandant David a déclaré à San Andrés : "Nous
sommes arrivés à un petit accord. Ne nous laissons pas tromper,
la paix n'a pas été signée". Il a aussi dit qu'ils
ont voulu signer en privé, et pas publiquement, pour montrer que
les problèmes ne sont par résolus.
Le dialogue entre les zapatistes et le gouvernement reprendra le 5 mars
prochain, jour où commencera la discusion sur "Démocratie
et justice". Ce jour-là, commencera aussi à fonctionner
la commission de vérification de l'application des accords (ce type
de commisions est prévu par la loi d'amnistie, dans le cadre de
laquelle a lieu le dialogue dit de paix).
La délégation zapatiste au dialogue a lu un message adressé
au peuple du Tabasco en lutte.
Andrés Manuel López Obrador, dirigeant du PRD au Tabasco,
annonce que le mouvement de résistance civile continuera et que
le 17 mars prochain, dans une assemblée générale,
les communautés du Tabasco vont decider si la "désobeissance
civile" continue; cela dépendra de la réponse du gouvernement
à leurs revendications, l'une des principales étant la libération
des 107 déténus suite aux occupations des puits pétroliers.
Le biologiste Gonzalo Ortiz Gil, chercheur de l'Université Autonome
de Chapingo, informe que les activités de PEMEX ont altéré
l'équilibre écologique de 50 000 hectares dans la zone Carmen-Pajonal-Machona
dans le Tabasco. Les protestations contre la pollution provoqué
par PEMEX sont au centre du conflit du Tabasco.
Selon le Consejo Nacional Empresarial (organisation du patronat), 75 %
des jeunes qui entreront dans le marché du travail en 1996 au Mexique,
ne trouveront pas d'emploi dans l'économie formelle.
Communiqué du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène- Commandement Général de l'EZLN
Au peuple du Mexique : Aux Peuples et Gouvernements du monde : A la Presse nationale et internationale :
Frères :
A un an de la trahison du Gouvernement Suprême contre la volonté de paix juste et digne de l'EZLN, le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène-Commandement Général de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale déclare ce qui suit :
PREMIEREMENT.- Les 9 et 10 février, cela fera un an que les prisonniers politiques accusés d'être zapatistes sont en prison. La volonté guerrière du mauvais gouvernement de Zedillo maintient ces citoyens mexicains, hommes et femmes, en otages. Étant un terroriste moderne, le gouvernement mexicain utilise des personnes innocentes afin d'obtenir des avantages face à ces opposants.
DEUXIEMEMENT.- Le 10 février, nous rappelle le début de l'occupation militaire et l'expulsion de centaines de familles d'indigènes chiapanèques, délogées de chez elles et de leurs terres, hommes, femmes, enfants et vieux indiens qui ont été obligés de vivre, depuis lors, dans les montagnes. Alors que leurs communautés sont utilisées comme garage pour les véhicules blindés, leurs maisons comme bordels, et leurs champs de maïs et de café sont saccagés par ordre des chefs militaires des différentes garnisons.
TROISIEMEMENT.-Les citoyens emprisonnés accusés d'être zapatistes et les indigènes des communautés chiapanèques sont menacés par les armes gouvernementales pour que le gouvernement négocie avec des avantages; ce que ni l'occupation militaire, ni l'étroitesse d'esprit de la délégation gouvernementale à la table de San Andrés, n’ont réussi à obtenir. Le gouvernement poursuit des procès judiciaires remplis d'irrégularités et l'Armée fédérale avance en prenant de nouvelles positions dans la Forêt Lacandona. Si on ajoute à cela l'utilisation de l'armée pour la répression contre la lutte démocratique du peuple de Tabasco, la militarisation des États de Guerrero, Oaxaca, Hidalgo et Veracruz, la réapparition des "commandos" répressifs dans les grandes villes, en particulier dans la ville de Mexico, et l'étroite relation entre le trafic de drogue et les hommes politiques influents, nous avons un aperçu du fascisme en action. Le gouvernement a déjà abandonné toute tentative de dialogue comme méthode pour trouver une solution aux conflits. L'utilisation des forces répressives est constante, et les soldats fédéraux s'affrontent déjà au peuple mexicain, et pas seulement au Chiapas. La guerre du gouvernement contre le peuple commence à s'étendre au niveau national.
QUATRIEMEMENT.-Le 10 février 1996, premier anniversaire de l'expulsion des indigènes de Guadalupe Tepeyac et des prisonniers politiques zapatistes, les communautés de la Forêt Lacandona effectueront une manifestation, civile et pacifique, du vieux Guadalupe Tepeyac à La Realidad. La manifestation se déroulera le matin et s'achèvera avec une fête culturelle dans l'Aguascalientes de La Realidad dans l'après-midi du 10 février. Pour la liberté des prisonniers politiques et la fin du harcèlement militaire, les indigènes chiapanèques appellent le peuple du Mexique à se manifester.
CINQUIEMEMENT.-Entre les prisonniers accusés d'être zapatistes et les indigènes obligés d'une manière brutale de s'exiler, il existe des ponts souterrains. Malgré le caractère arbitraire du pouvoir qui détruit les confiances et piétine les dignités, le pont de l'espérance unit les prisonniers du béton et les prisonniers de la forêt. Pour le pont de l'espérance, pour la liberté que les prisonniers de la ville et de la campagne méritent, pour la dignité, nous appelons le peuple du Mexique à se mobiliser.
Sans liberté, la justice est mensonge et la démocratie une farce.
Démocratie! Liberté! Justice! Depuis les montagnes du Sud-est mexicain Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène-Commandement Général de l'EZLN Mexique, février 1996 A un an de la trahison...
La justice mexicaine a va bientôt rendre un jugement concernant 13 militants du PRD (cela veut dire qu'ils restent en prison en attendant), sur les 107 personnes détenues suite à l'occupation des puits de pétrole du Tabasco. 4 autres ont été remises en liberté. Les militants du PRD détenus au Tabasco, ont organisé des séances vidéos à l'intérieur de la prison pour comparer les luttes armée et pacifique. Ainsi, ils ont regardé une vidéo sur Camilo Cienfuegos (révolution cubaine), une sur la résistance civile dirigée par Chico Méndez (défense de la région amazonienne au Brésil), une sur l'EZLN et une autre sur la révolution sandiniste. Edgar Sánchez, 25 ans, a déclaré au journaliste de La Jornada, que "hier soir nous avons conclu que la résistance pacifique est plus efficace que la lutte armée, parce que à la fin on gagne, et avec une grande chance qu'il n'y ait pas de pertes de vies humaines" (sic.). Lors d'une réunion ces prisonniers ont décidé de demander aux représentants du PRD, dont Andrés Manuel López Obrador, de prendre le temps nécessaire lors des négociations avec le ministère de l'intérieur, et de ne pas permettre que le gouvernement fasse chantage sur la situation des prisonniers. Selon la revue Salud pública de México (santé publique au Mexique), le Mexique occupe le 13ème rang mondial en ce qui concerne le nombre de cas de Sida répertoriés. En 1995, les estimations étaient de 34.230 malades, 120.000 séropositifs et 21.000 morts.
Nouveau massacre dans l'état de Guerrero (cf. Ya Basta! n . 17, 29 juin 95). Neuf personnes, agriculteurs et éleveurs habitant le village de El Paraíso (ça veut dire "Le Paradis") ont été assassinés par des policiers. Tout a commencé le matin, à La Florida, région de Atoyac, quand plusieurs policiers ont essayé de kidnapper Agapito Rojas (25 ans), Genaro Martinez (25 ans) et Miguel Rojas (18 ans). Ceux-ci, qui ne se laissaient pas faire, ont été tués. Pendant la veillée mortuaire, les familles et amis des victimes ont su qu'un policier, blessé, avait été emmené à Acapulco. Soupçonnant que ce dernier ait participé au crime, 5 personnes ont pris la route pour aller enquêter. Sur le chemin d'Acapulco, la police les a interceptés et tués. Selon les témoignages, la voiture présentait des traces de balles à l'arrière et 4 d'entre elles avaient reçu le coup de grâce. La dernière des 9 victimes avait passé l'après-midi avec la famille des victimes et se disposait à aller aussi à Acapulco. On a retrouvé son corps, avec six balles dans le dos.
Andrés Casco Flores, haut responsable du ministère mexicain de l'agriculture, de l'élevage et du dévelopement rural, a annoncé que le gouvernement avait l'intention de céder sa place de premier acheteur national de maïs et haricots aux capitaux privés. Il a annoncé aussi l'intention de privatiser un certain nombre de silos, et de supprimer les subventions aux produits agricoles. Les achats et les subventions gouvernementaux permettaient jusqu'à aujourd'hui d'offrir à la population des produits alimentaires à des prix plus ou moins accessibles (le maïs et le haricot sont des aliments base pour le mexicain moyen). Selon Casco Flores, le pays avance vers "un schéma d'économie agricole ouverte". C'est beau le neolibéralisme... L'Organisation Paysanne de la sierra del Sur (OCSS, principale cible de la répression au Guerrero, cf. Ya Basta! No. 17, n 20, 20 juillet, et n 38, 22 novembre) dénonce la disparition de Angel Valdovinos Garza, 27 ans, responsable de cette organisation dans la municipalité de Petatlán. Selon eux, il s'agit d'une disparition à caractère politique, qui entre dans le cadre du harcèlement des paysans par les autorités et les propriétaires terriens. Les dirigeants de 21 syndicats, certains liés au gouvernement et d'autres indépendants, ont négocié entre eux la formation d'un front syndical unitaire informel, qui oeuvrera pour une "défense réelle des travailleurs".
Selon des sources diplomatiques européennes citées par les agences de presse, la France a bloqué les discussions préparatoires à un éventuel accord de libre échange entre l'union européenne et le Mexique (cf. Ya Basta! No. 47). Selon ces sources, la France demanderait des garanties afin que ces accords soient compatibles avec les règlements de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et la Politique Agricole Commune. D'autre part, l'Espagne a fait circuler un document dans laquelle elle défend la négociation, au motif que l'Europe risque de perdre, avec la libéralisation progressive entraînée par l'Alena (Accord de Libre Echange entre les États Unis, le Canada et le Mexique), les 9 milliards de dollars par an que représentent ses exportations vers le Mexique.
Plus d'un millier d'habitants de la municipalité d'Atoyac (Guerrero) ont manifesté pour demander l'arrêt de la violence "sans contrôle" qui frappe la région. Ces deux derniers jours, 4 nouveaux meurtres ont été commis, dont trois sont attribués à la police. Les revendications des manifestants étaient : que la police quitte la région, la fermeture de l'école de police, et le retour de l'armée, qui, selon eux, serait une garantie contre les pratiques de la police. No comment. La police mexicaine a arrêté un citoyen basque (espagnol), Andoni Zelaia Otaño, suite à une demande d'extradition formulée par l'Espagne. Des proches de Zelaia ont déclaré que lorsqu'il habitait en France, après avoir fuit l'Espagne, accusé de vol et de meurtre, la justice française avait refusé l'extradition. Zelaia est le quatrième basque arrêté au Mexique depuis octobre 1995. Les deux pays ont récemment modifié leurs accords d'extradition, si bien qu'il n'est plus nécessaire pour eux de présenter des preuves pour demander l'extradition d'un de leurs citoyens. Il suffit de mentionner le délit dont on l'accuse, et d'obtenir la décision d'un juge du pays refuge. Selon des sources de la police mexicaine, Zelaia ne serait pas lié à ETA, mais à un autre groupe, dissout.
Selon les archives de la mairie d'Atoyac (Guerrero), ces deux dernières années il y a eu en moyenne 5 assassinats et 1,5 kidnappings par semaine dans la municipalité. Un fonctionnaire de la mairie (PRD), a déclaré : "le problème de l'insécurité et de la violence fait partie de la décomposition sociale du Guerrero et du pays ; il a pour cause la crise politique, économique et sociale, ainsi que le très important trafic de drogue" dans la région. Selon le même fonctionnaire, la culture du pavot rapporte jusqu'à 100 pesos (66 francs) à un paysan par jour, tandis que la culture du café ou du maïs ne lui rapporte que 15 ou 20 pesos (10 ou 13 francs).
(Article de Luis Hernandez Navarro, journaliste, dans La Jornada du 20 février).
Plus de 25 mois après le début du conflit, le 16 février dernier, l'EZLN et le gouvernement ont signé les premiers accords substantiels sur le chemin de la paix. Qu'est-ce qui a été signé ? Quelle en est la portée ?
1) A San Andrés, ce sont les premiers accords minimaux entre l'EZLN et le gouvernement qui ont étés signés, pas la paix. Ces accords apportent un certains nombre de réponses aux demandes zapatistes, réponses liées aux droits et cultures indiennes, mais qui sont loin de répondre à toutes leurs exigences.
Ces accords prennent la forme de 4 documents. Le premier consiste en une déclaration conjointe sur la nécessité d'établir un nouveau pacte entre les peuples indiens et l'Etat, et sur les caractéristiques que devrait avoir ce nouveau pacte. Le deuxième contient une série de propositions conjointes de portée nationale que les deux parties envoient au Congrès de l'Union (équivalent de l'Assemblée Nationale). Le troisième établit un ensemble de réformes spéciales pour le Chiapas. Le quatrième et dernier texte, signé des deux parties, ajoute aux trois premiers documents un certain nombre de points qui n'avaient pas étés inclus dans un premier moment.
2) Avec la signature de ces accords se conclut la première ronde de négociations, celle des la première "table". Il reste à préciser les caractéristiques de la Commission de vérification et de suivi des accords, ce qui sera fait le 5 mars. D'autres "tables de dialogue" seront également installées pour aborder les thèmes suivants. Le 20 mars sera installée la table "démocratie et justice". Quand celle-ci aura terminé son travail - avec ou sans accords - on passera au point suivant, qui abordera les thèmes de bien-être social et de développement. (NdR : il oublie de mentionner la quatrième "table" à venir, qui porte sur les droits des femmes). Ce n'est que lorsque l'ensemble des thèmes auront étés abordés, et auront fait l'objets d'accords, que l'on pourra parler de paix avec justice et dignité.
3) Pour évaluer les résultats de cette étape, il faut distinguer les points négociés avec le gouvernement des avancées dans le processus d'organisation du mouvements indien, avancées réalisées à la faveur des négociations. Indépendamment des résultats finaux des négociations, les zapatistes et les organisations indiennes ont avancé de manière significative sur plusieurs points :
A. Ils ont intégré un vaste mouvement indien, national,
pluriel et représentatif, qui est appelé à être
l'un des acteurs socio-politiques les plus importants de la vie nationale.
Ce mouvement est sur le point de se doter d'une structure organique stable
et permanente.
B. Ils ont élaboré un programme de lutte qui résume,
simultanément, les aspirations et les expériences les plus
avancées des communautés indiennes du pays. C. Ils ont promu
la formation de nouvelles organisations indiennes régionales, ou
élargi l'horizon de lutte d'autres organisations, qui n'avaient
pas abordé les revendications proprement indiennes de leurs membres.
D. Ils ont montré que le zapatisme est une force politique nationale,
et non seulement régionale, avec une implantation sociale, une autorité
et une capacité de convocation importantes.
E. Ils ont réussi, dans un climat de "droitisation" des
classes moyennes, à montrer que les revendication indiennes étaient
justes.
F. Ils ont placé les revendications indiennes au centre de l'agenda
politique national.
4) Les points négociés avec le gouvernement ne résolvent
pas la totalité des revendications indiennes, mais elles promettent
de résoudre - pour l'instant sur le papier - certaines de ces revendications
les plus importantes (NdR : pas toutes, c'est le moins qu'on puisse dire
: il n'y a eu aucun accord entre les délégués de l'EZLN
et le gouvernement sur au moins un des quatre sujets qui formaient cette
première ronde de négociation, le sujet "situation,
droits et culture des femmes indiennes". Mais peut-être que,
comme le gouvernement l'a fait remarquer aux zapatistes au tout début
du dialogue, la question est si peu importante qu'on pourrait la traiter
en un alinéa et l'oublier...).
Parmi elles on trouve :
A. La reconnaissance des peuples indiens dans la Constitution, et leur
droit à la libre détermination dans le cadre constitutionnel
de l'autonomie.
B. L'élargissement de la participation et de la représentation
politique, ainsi que la reconnaissance de leurs droits économiques,
politiques, sociaux et culturels comme droits collectifs.
C. La garantie de plein accès à la justice, l'accès
à la juridiction de l'Etat, la reconnaissance de leur propre système
de règles et le respect de la différence.
D. La promotion des manifestations culturelles des peuples indiens.
E. La promotion de leur scolarisation et formation, en respectant et en
tirant le meilleur parti de leurs savoir traditionnels.
F. L'encouragement à la production et à l'emploi, et la protection
des indiens migrants.
5) Comme l'a signalé Adolfo Regino, l'auto détermination implique :
A. l'auto-affirmation, c'est à dire le droit d'un peuple à
proclamer son existence et à être reconnu comme tel.
B. L'auto-définition, qui consiste en la faculté de déterminer
qui sont les personnes qui font partie de ce peuple.
C. L'auto-délimitation, qui signifie le droit de définir
des limites territoriales.
D. L'auto-organisation, qui est le pouvoir reconnu à un peuple d'établir
ses propres statuts, dans le cadre défini par l'Etat.
E. L'auto-gestion, c'est à dire la faculté d'un peuple de
gérer ses propres problèmes, c'est à dire de se gouverner
et de s'administrer librement dans le cadre des statuts qu'il a défini.
L'autonomie est une des formes de l'exercice de la libre détermination.
6) Parmi les points qui n'ont pu être négociés dans cette phase de lutte, deux sont particulièrement importants : la création d'un quatrième niveau de gouvernement, constitué par des régions autonomes pluri-ethniques, qui regroupent plusieurs municipalités et communautés, et la reconnaissance du pluralisme juridique de la nation (NdR : il s'agit de reconnaître au communautés indiennes le respect de leurs lois coutumières).
7) La plus grande partie des propositions zapatistes a été formulée par la partie zapatiste (délégués, invités et conseillers) au cours des différentes phases du dialogue. L'intention du gouvernement de réaliser une réforme limitée, réduite à un appendice réglementaire à l'article 4 de la constitution, et de ne négocier avec l'EZLN que sur des questions locales, a échoué.
8) Les mots ne sont pas des actes. Les engagements du gouvernement doivent encore passer l'épreuve de la mise en pratique. Ce qui implique, s'il est fidèle à ses offres, de prendre des mesures pratiques de détente qui réduisent sensiblement la présence militaire dans la zone et la libération des 19 présumés zapatistes toujours en prison.
NdR : Le journaliste, qui a décidément la mémoire sélective, "oublie" de signaler que (information A.F.P.) "l'EZLN a fait ajouter un codicille dans lequel elle estime que l'accord "n'approfondit pas assez" certains sujets, notamment "la grave situation agricole nationale et les droits des femmes indiennes" ". Merci et bravo pour ce bel exemple de "journalisme honnête". Question subsidiaire : faudra-t-il que les femmes, indiennes et non-indiennes, prennent les armes contre les zozos de ce genre, pour qu'ils se rappellent de leur existence ?
Un militant du PRD de Tabasco a été assassiné par la police dans la communauté de Ignacion Zaragoza (municipalité de Macuspana). Il se dirigeait vers sa maison en compagnie de deux des ses frères quand des policiers, descendus d'une voiture, ont voulu les fouiller. Ils ont refusé, et dans l'altercation qui a suivi, les policiers ont ouvert le feu à bout portant, tuant l'un et blessant les deux autres (dont l'un très grièvement). Depuis un an que ce gouvernement (contesté pour fraude électorale) est au pouvoir au Tabasco, 5 militants du PRD (parti qui a une forte influence dans la région) ont été assassinés dans cette zone. Le monopole privé de la télévision, Televisa, a diffusé la version complète de la vidéo prise par les autorités lors du massacre d'Aguas Blancas, qui avait fait dix-sept morts le 28 juin dernier, dans l'état de Guerrero (cf. Ya Basta! N 17, 29 juin 95). Dans la vidéo, on voit la police préparer l'embuscade, on entend l'ordre d'ouvrir le feu, on voit de nombreux cadavres, et comment les policiers leur mettent des armes dans les mains, pour les accuser de les avoir attaqués. Cette vidéo avait été grossièrement truquée par le gouvernement pour "démontrer" que les paysans "armés" auraient provoqué l'affrontement. Dans son édition du 26 février, l'hebdomadaire Proceso présente un dossier sur les premiers accords signés entre les zapatistes et le gouvernement (cf. Ya Basta! n 47, 15 février, et n 48). Les personnes qui, indépendamment du pouvoir, ont suivi de près la négociation de ces accords, pensent qu'ils ne signifieront rien dans la pratique, si le gouvernement ne se donne pas les moyens de résoudre le problème. (Par exemple, cela ne sert à rien d'introduire la reconnaissance des peuples indiens dans la loi, si on ne leur accorde pas un budget pour développer leurs projets propres). D'autre part, les conseillers de l'EZLN soulignent une fois de plus que la négociation a eu lieu dans un contexte de guerre de basse intensité. De plus, la délégation gouvernementale avait comme stratégie de fatiguer les délégués zapatistes (qui participent au dialogue dans des conditions très difficiles : sans ressources, sans bureaux, sans personnel, sans matériel, sans confort, etc.) ; ainsi, les délégués gouvernementaux passaient des heures à discuter sur des détails sur lesquels il n'y avait pas d'accord, pour une fois ceux-ci obtenus, annoncer qu'ils changeaient d'avis. Par ailleurs, Proceso publie une biographie sommaire de Jorge del Valle, délégué gouvernemental qui s'est fait remarquer par son hostilité envers les zapatistes. Selon Proceso, au début des années 70, del Valle faisait des études à Paris, et militait à la Ligue Communiste Révolutionnaire. Au sein de cette organisation, et sous le pseudonyme de "Ramiro", il aurait participé à la Commission pour l'Amérique Latine de la IVème Internationale, où il aurait soutenu la lutte de guérillas sur le continent américain. Aujourd'hui, il participe à la lutte finale... mais contre les zapatistes.
Le conseil de l'Europe a décidé de reporter l'éventuelle approbation de la négociation sur l'accord de libre échange avec le Mexique.
Le président de la commission d'enquête (officielle) sur le massacre d'Aguas Blancas a déclaré devant l'assemblée du Guerrero que l'enquête était close et que le gouverneur, Rubén Figueroa, ainsi que d'autres hauts fonctionnaires, n'étaient pas impliqués dans la préparation de ces assassinats. La commission d'enquête a pourtant négligé des éléments accablant le gouverneur, lequel est d'ailleurs connu pour sa brutalité et son mépris de la population, et soupçonné d'avoir commandité de nombreux assassinats. Les proches des 17 paysans assassinés ont organisé une manifestation de protestation contre les conclusions de la commission d'enquête, qu'ils accusent d'innocenter "le principal responsable du massacre : le gouverneur de l'Etat." Des indiens mixtecos de Tlacoachistlahuaca (l'une des communautés les plus pauvres du Guerrero et du pays) maintiennent un picketing devant la mairie pour demander que la reconnaissance de la "municipalité indienne en rébellion" qu'ils ont créée, et qu'ils ont appelée "Rancho Nuevo de la Democracia". Cette action se situe dans le cadre de leur lutte pour la justice et la démocratie, lutte qui leur a déjà coûté dix morts.
Près de 200 personnes ont saccagé et essayé d'incendier la mairie de Palenque (Chiapas) suite à un accrochage entre la police et les spectateurs d'un match de base-ball. Tout a commencé quand une personne, qui était entrée de force pour voir le match, s'est faite attraper par les policiers. Les spectateurs ont pris son parti, et commencé à lancer divers objets sur les flics, qui ont alors tiré en l'air et lancé des gaz lacrymogènes. 500 producteurs de lait du pays ont manifesté devant le ministère du commerce pour demander que la libération du prix du lait. Ils menacent de jeter leur production aux égouts, disant que "cela revient moins cher que de le vendre à son prix actuel". Selon un rapport du Ministère du Commerce des États-Unis, en 1995 les exportations "mexicaines" (entre guillemets parce que beaucoup des entreprises qui exportent appartiennent à des américains) vers les Etats-Unis ont augmenté de plus de 25 % tandis que celles des États-unis vers le Mexique ont chuté de 8.9 %. En conséquence de quoi le Mexique a eu un excédent commercial de plus de 15 milliards de dollars avec les États Unis, excédent dépassé seulement par le Japon, la Chine et le Canada. Les analystes expliquent cela par la dévaluation du peso.
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