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Manifestations devant les consulats mexicains d'une trentaine de villes
américaines et du Canada, pour exiger que le gouvernement accepte
l'application des premiers accords de San Andrés.
Des producteurs de haricots de Zacatecas (nord du pays) ont apporté
60 tonnes de haricots à Mexico pour les vendre "à un
prix accessible" sur la place principale de la capitale. Ils expliquent
que des intermédiaires voulaient acheter leur production à
bas prix pour la revendre deux à trois fois plus cher : "nous
n'avons pas de balance, parfois nous donnons plus d'un kilo, mais cela
nous importe peu. Nous préférons vendre aux gens plutôt
qu'aux intermédiaires". Le Barzón les a aidés
à organiser cette manifestation.
Les autorités américaines annoncent la fin de l'interdiction
de l'importation des avocats mexicains. Cette interdiction était
vieille de 83 ans. Elle visait officiellement à protéger
les cultures américaines d'une transmission de parasites. Les producteurs
mexicains attendent de voir si cette déclaration est suivie d'effet.
Environ 9.000 indiens zapatistes ont manifesté à San Cristóbal
pour demander à la COCOPA "de ne pas se laisser intimider et
exiger le respect des accords de San Andrés". Il s'agit de
la plus importante manifestation zapatiste depuis le début du conflit,
et pourtant, ni les indiens du nord du Chiapas (empêchés par
la police à cause des affrontements récents avec les gardes
blanches, cf. Ya Basta précédents) ni ceux des cañadas
(encerclés militairement) n'ont pu y participer. Les indiens ont
aussi revendiqué le rétablissement du courant, (coupé
par la Commission Fédérale de l'Électricité
dans les communautés qui refusent de payer, cf. Ya Basta n°
7, 16 janvier). A la tribune était écrit ce slogan : "nous
n'avons pas besoin de demander la permission pour être libres".
María Asunción Solís, qui avait, selon les autorités,
porté plainte contre Benigno Guzmán pour le vol d'un bus,
a nié devant les juges avoir fait cette démarche. Mme Solís
raconte que le 17 août 1994, des manifestants de l'OCSS ont emprunté
ses bus sans sa permission : "ils voulaient rentrer dans leurs communautés
parce que la police les poursuivait. [Mais] le lendemain ils les ont rendus".
Trois jours après, Francisca Flores Rizo, fonctionnaire du gouvernement
de Guerrero, a fait pression sur les propriétaires des bus pour
que ceux-ci portent plainte contre les paysans de l'OCSS, ce qu'ils n'ont
pas fait. L'affaire a été oubliée jusqu'au 26 juin
1995 (deux jours avant le massacre de Aguas Blancas), où "Flores
Rizo m'a appelée le 26 juin pour que je signe la plainte ; elle
me disait que c'était contre Benigno [Guzmán], mais je lui
ai dit que je n'avais rien contre lui. Elle a insisté, m'a dit de
signer parce que c'étaient des ordres venus d'en haut. Mardi 27,
la veille du massacre, elle m'a rappelée pour insister. J'ai refusé
et je lui ai dit que je ne savais même pas qui était ce monsieur
Benigno". Selon la défense de Guzmán, ce témoignage
tend à prouver que l'embuscade dans laquelle sont morts les 17 paysans
était planifiée, les plaintes devant servir de prétexte.
Quant à Flores Rizo, c'est la seule de l'équipe du gouvernement
de Rubén Figueroa qui, présents sur les lieux du massacre
d'Aguas Blancas, ne soit pas en prison actuellement ; des survivants affirment
l'avoir vue achever des paysans qui agonisaient...
Dans la prison de Acapulco, 9 prisonniers (5 membres de l'OCSS et 4 de
l'Organizacion de pueblos y colonias de Guerrero) sont en grève
de la faim depuis 15 jours pour exiger la libération des prisonniers
politiques du pays. Parmi eux, les 8 qui ont été condamnés
pour appartenance à l'EPR. (cf. 31 janvier)
Manifestation à Paris (80 personnes environ) et à Grenoble
pour exiger le respect des accords signés entre l'EZLN et le gouvernement
à San Andrés.
Environ 1.500 membres du FAC-MLN ont manifesté à Chilpancingo
(capitale du Guerrero) pour demander la libération de Benigno Guzmán,
et commémorer le 25e anniversaire de l'assassinat du guérillero
Genaro Vázquez Rojas.
Heberto Castillo, actuel président de la COCOPA (c'est une présidence
tournante), dénonce qu'ils subissent une campagne de harcèlement.
Cette semaine, les chauffeurs de deux camionnettes de la Commission ont
été agressés, et les véhicules volés.
De plus, M. Castillo reçoit des appels anonymes lui "conseillant"
de modifier sa position sur rapport au dialogue de paix.
Bertoldo Martínez Cruz, dirigeant de l'Union de Organizaciones de
la Sierra del Sur (UOSS) et secrétaire de la Commission des droits
humains du PRD au Guerrero, a été arrêté à
Acapulco lors d'une manifestation pour la libération des prisonniers
politiques. Le chef de la police a annoncé que les arrestations
continueront ; Bertoldo Martínez est accusé de vol et de
sédition. Interrogé par la presse à ce sujet, Benigno
Guzmán a déclaré depuis sa prison que les dirigeants
sociaux gênaient le gouvernement : "nous sommes un danger [pour
le gouvernement] parce que nous aidons à ce que le peuple ouvre
les yeux".
La police a découvert une planque de l'EPR à Acapulco.
Ils y ont trouvé des documents, des explosifs et des uniformes ;
il n'y a pas eu d'arrestation. D'autre part, depuis quelques jours l'EPR
réalise des meetings clandestins dans des villages du Guerrero.
La police du Tamaulipas (nord du pays) est en alerte suite à l'apparition
de graffitis et d'une banderole soutenant l'EPR.
Deux responsables d'une des plus grandes coopératives de femmes
des Altos de Chiapas, Lorenza Goméz Gonzalez et Rosalinda Santis
Diaz, ont été agressées à la sortie du magazin
d'artisanat avec lequel elles travaillent, à San Cristóbal
de las Casas. Deux hommes les ont suivies et ont essayé de les violer,
en les traitant de "salopes zapatistes", et en les menaçant
: "on ne vous foutra jamais la paix". Ce n'est pas le premier
incident : vers la fin de l'année dernière, cette coopérative
a été l'objet d'un cambriolage qui n'a jamais été
élucidé, et les responsables du magazin ont aussi été
agressés le 31 janvier dernier.
La chasse aux sorcières continue au Guerrero. Deux militants
du PRD ont été arrêtés pour de prétendus
"délits" commis lors de manifestations sociales. Deux
autres militants ont échapé de justesse à la police.
Conférence de presse clandestine à Mexico de plusieurs commandants
de l'EPR. A propos de la politique de contre-insurrection du gouvernement,
il expliquent que leur réponse est "l'autodéfense révolutionnaire.
Nous n'avons pas encore déclaré la guerre, parce que nous
considérons que cela correspond à un autre degré de
développement [de la lutte]". Ils disent avoir à leur
compte environ 200 "actions de propagande armée", et revendiquent
le kidnapping comme un moyen de financer la guérilla. Ils ne reconnaissent
avoir que trois combattants en prison : 2 dans l'état de Mexico,
et 1 au Guerrero.
Selon un rapport de l'Association Mexicaine d'Études pour la Défense
du Consommateur, la consommation de viande a diminué de 60 % dans
le pays, et celle de produits laitiers de 35 % à cause de la crise
économique.
Une trentaine de familles sympathisantes zapatistes ont fuit le village
de Agua Blanca Serranía (Chiapas) par crainte d'affrontements avec
des indiens militants du PRI. L'origine du problème est le refus
des zapatistes de payer l'impôt foncier et la facture d'électricité.
Le conflit a déjà fait 4 blessés et autant d'arrestations.
120 parlementaires italiens, représentant tous les groupes politiques,
ont signé un appel au gouvernement mexicain pour que celui ci "retire
son veto à la réforme constitutionnelle sur les droits et
la dignité des peuples indiens proposée par la COCOPA".
Manuel Camacho Solís, ancien ministre des Affaires Étrangères,
médiateur officiel au Chiapas au début du conflit et récemment
dissident du PRI, annonce la formation d'un nouveau parti : le Parti du
Centre Démocratique. Il espère participer aux présidentielles
de l'an 2000. Camacho Solís a toujours affiché une attitude
assez progressiste au sein du parti officiel, préconisant une ouverture
vis-à-vis de l'opposition. Il n'a pas caché son ambition
de devenir candidat du PRI au poste de président en 1994, ce qui
lui a valu pas mal d'ennemis. Récemment il voulait être candidat
au poste de gouverneur de Mexico (qui sera élu pour la première
fois en 1997), mais la réforme électorale (approuvée
par la majorité PRIiste) contient un article l'empêchant de
prétendre à ce poste...
La CONAI et 235 autres organisations sociales appellent le président
du Mexique à respecter les accords de San Andrés et accepter
le projet de loi de la COCOPA pour "réinstaurer la confiance
par la voie du dialogue". Ils annoncent aussi la réalisation
d'une Première Rencontre Nationale pour la Paix et la Démocratie
qui se déroulera à Mexico du 14 au 16 mars. Il s'agit de
trouver alternatives pour la paix au Chiapas.
Dans sa proposition de budget pour 1998, Bill Clinton demande plus de 21
millions de dollars pour financer au Mexique des programmes d'entraînement
militaire et de lutte contre le trafic de drogue.
Jaime Avilés, journaliste à La Jornada, fait état
d'un projet de culture de 300.000 hectares d'eucalyptus dans les forêts
du Tabasco, de Campeche et du Chiapas. Il s'agit de produire du bois et
de la cellulose à partir de cette espèce à croissance
rapide, pour doubler la production de cellulose du pays. La culture d'eucalyptus
risque de faire de gros dégâts dans les forêts, mais
une campagne visant à "contrecarrer les attaques des groupes
écologistes" est prévue. Le projet fonctionnerait sur
un système de "partenariat commercial" avec les propriétaires
des terres, qui seraient en quelque sorte "actionnaires" de l'entreprise.
Ce genre de partenariat a été rendu possible par la réforme
de l'article 27 de la constitution, et selon Avilés, le principal
obstacle au développement d'un tel projet est l'autonomie indienne,
comme par exemple celle définie dans la proposition de loi de la
COCOPA.
Il y a deux ans jour pour jour, le gouvernement mexicain disait connaître
l'identité du sous-commandant Marcos et délivrait des mandats
d'arrêt contre les commandants zapatistes. Dans le même temps
il lançait une offensive militaire pour essayer de les arrêter.
Ce fut un échec, grâce au repli des zapatistes dans la forêt,
et à la mobilisation nationale et internationale. Plusieurs "présumés"
zapatistes ont été arrêtés dans des villes,
mais la plupart ont été relâchés, faute de preuves.
Les habitants de l'ejido Morelia (Chiapas) réclament toujours que
justice soit faite dans l'affaire des trois paysans "arrêtés,
torturés et exécutés" par l'armée le 7
janvier 1994. Le cas est étudié par la Commission Interaméricaine
des Droits Humains (CIDH) qui doit bientôt rendre ses conclusions.
Récemment, des émissaires du gouvernement ont tenté
de convaincre les veuves de cesser de demander la sanction des coupables.
Celles-ci, indiennes tzeltales, n'ont pas voulu les recevoir : elles "n'oublient
pas que les soldats ne sont pas venus enquêter, mais qu'ils sont
entrés et ont emmené leurs maris".
Dans une interview, le capitaine Abel, de l'EZLN, dénonce la "tension
dans laquelle vivent plusieurs communautés de la municipalité
de Palenque", à cause du harcèlement des guardias blancas
(milices privées à la solde des grands propriétaires
terriens). Il ajoute : "les gouvernements fédéral et
du Chiapas nous divisent et essayent de provoquer des affrontements entre
indiens (...) ils veulent une guerre civile comme à Tila, Sabanilla,
Tumbalá et Salto de Agua". Il dénonce l'agression menée
par des militants du PRI contre les familles zapatistes de Agua Blanca
Serranía (cf. Ya Basta précédent, 7 février),
et assure qu'à Progreso, la même situation pourrait se produire.
Le directeur de l'hôpital public de Guadalupe Tepeyac (Chiapas) déclare
que celui-ci a coûté cher, mais ne sert à rien, même
s'il est "l'un des plus modernes (...) du pays", faute de patients
; ceci parce qu'"il a été construit avec des visées
politiques, dans un endroit qui n'aurait pas dû être retenu".
Toujours selon lui, beaucoup de communautés ne connaissent pas son
existence, et "les dirigeants de l'EZLN interdisent aux gens d'y venir,
parce qu'ils croient que nous sommes liés au gouvernement".
Guadalupe Tepeyac est le village où les zapatistes avaient construit
le premier "Aguascalientes", pour recevoir la Convention Nationale
Démocratique, en août 1994 ; l'EZLN avait son quartier général
dans ses environs. L'armée occupe le village depuis l'offensive
de février 1995, et la population a trouvé refuge dans d'autres
communautés.
La pression militaire s'intensifie dans la région de la Costa
Chica (Guerrero). Les militaires interrogent la population des villages
où l'EPR a tenu des meetings clandestins, survolent la zone à
basse altitude, installent des barrages routiers, etc.
Le FAC-MLN dénonce l'arrestation illégale, à Piedra
Blanca (Chiapas), des paysans Arturo Pérez Velázquez et Armando
Robledo Vázquez, qui depuis sont portés disparus. L'organisation
accuse la police, l'armée et les guardias blancas d'être responsables
de cette action.
Au Chiapas, l'Organisation Paysanne Emiliano Zapata (OCEZ, indépendante)
dénonce l'exécution sommaire de José Ramírez
de la Torre, paysan, par les gardes blanches "Alianza San Bartolomé
de Los Llanos", dans le cadre d'un conflit pour la propriété
de la terre.
Alfonso Ramírez Cuéllar, dirigeant du Barzón à
Mexico, annonce la création prochaine d'un "Barzón des
militaires", qui conseillera les personnes endettées auprès
de Banjército (la banque de l'armée). Il en a profité
pour préciser que le nombre d'adhérents du Barzón
(au niveau national) dépassait le million.
Selon le F.M.I. et la Banque Mondiale, la dette extérieure du Mexique
est de 165 milliards de dollars ; elle a augmenté de 120 % entre
1981 et 1996.
Selon la Banque du Mexique, entre 1995 et 1996, environ 7 milliards de
dollars ont été versés par des mexicains sur des comptes
à l'étranger, soit une augmentation de 39 % par rapport aux
années 1993 - 1994.
"Surprise zapatiste" pour Julio César Ruiz Ferro, gouverneur
du Chiapas, qui venait inaugurer publiquement des installations électriques
et remettre des titres de propriété de terres à des
paysans plutôt proches du PRI près de La Unión (nord
du Chiapas). En arrivant, les hauts fonctionnaires ont été
agréablement surpris de voir 2.000 paysans qui les attendaient.
Mais quand le gouverneur est descendu son hélicoptère, la
plupart des indiens ont mis des passe-montagnes... Les visiteurs ont décampé
: l'inauguration sera pour un autre jour...
Mario Renán Castillo, commandant de l'armée fédérale
au Chiapas, déclare que la surveillance de la région frontalière
avec le Guatemala a augmenté, afin de "lutter contre le trafic
de drogue".
Rosario Ibarra de Piedra, représentante de Eureka (Comité
de défense des prisonniers, persécutés, disparus et
exilés politiques du Mexique) annonce une nouvelle campagne de recherche
des disparus politiques. Elle dénonce la disparition de 5 personnes
au cours des 25 premiers mois de mandat présidentiel de Zedillo.
Depuis 20 ans qu'il existe, le comité Eureka a suivi le cas de 600
disparus, et a obtenu la libération de 148 d'entre eux. Rosario
Ibarra est une militante jouissant d'un grand crédit ; elle a commencé
à faire de la politique après la disparition de son fils,
en 1975. Elle a été à plusieurs reprises candidate
du PRT (Parti Révolutionnaire des Travailleurs, trotskiste) aux
présidentielles.
Le PRD (Parti de la Révolution Démocratique, centre-gauche)
a présenté son programme, qui se veut une alternative à
l'actuelle politique néolibérale. Les PRDistes promettent
de ramener l'inflation à 12 %, et de créer 5 millions d'emplois,
grâce, entre autres, à un impôt sur les capitaux et
à l'augmentation de la TVA sur les articles de luxe. L'impôt
sur le revenu baisserait, et les travailleurs touchant moins de quatre
fois le salaire minimum ne seraient pas imposables [NB : les promesses
électorales n'engagent que ceux qui y croient...]. Le PRD propose
aussi une renégociation de la dette extérieure, et une révision
de l'Accord de Libre Échange Nord Américain (ALENA). Andrés
Manuel López Obrador, président du PRD, a demandé
un entretien à Zedillo pour lui présenter son programme...
Selon plusieurs ONGs, au cours du dialogue de paix, l'armée fédérale
s'est installée petit à petit sur des positions stratégiques
dans les environs de la plupart des communautés zapatistes, souvent
"sous prétexte d'un prétendu travail social ou d'assistance
à la population civile". Selon ces ONGs, 25.000 soldats ont
installé des campements près de 80 % des communautés
de la zone de conflit.
La CONPAZ (Coordination d'ONGs pour la paix) dénonce un nouvel attentat
contre son local. Des inconnus ont essayé (sans y parvenir) d'y
mettre le feu.
Claudia Rodríguez, qui avait tué un homme qui tentait de
la violer, a été libérée sous caution après
373 jours de prison. Elle a été condamnée pour "excès
de légitime défense". Son cas a soulevé un grand
mouvement de solidarité, surtout de la part des groupes de femmes
et des groupes féministes du Mexique.
Le PDG de Pemex (l'entreprise publique du pétrole) annonce un bénéfice
de 21 milliards de dollars en 1996, principalement grâce à
l'exportation.
(Très) bref compte-rendu de la réunion de préparation de l'Intergalactique (Barcelone, 1er et 2 février 1997).
Ce deuxième rendez-vous d'organisation de la 2e Rencontre Intercontinentale contre le néolibéralisme et pour l'humanité (cf. aussi Ya Basta ! No. 4), a réuni environ 150 personnes représentant une trentaine de collectifs de 9 pays européens.
La discussion a commencé par une assemblée pleiniaire où les participant(e)s ont exposé leurs points de vue généraux sur l'Intergalactique. Ensuite, trois groupes de travail se sont formés pour analyser et amender les propositions faites par les commissions d'organisation de la rencontre ; un quatrième groupe a discuté des moyens de mieux organiser la solidarité avec les zapatistes.
Voici les principales conclusions de la rencontre :
1.- La 2e Rencontre Intergalactique se déroulera du 26 juillet au 2 août 1997 dans cinq villes espagnoles : Barcelone, Huelva, Lebrija, Madrid et Saragosse ; la clôture aura lieu en Andalousie, dans une propriété occupée par les paysans d'une coopérative (finca El Indiano). Mais d'autres manifestations de résistance seront considérées aussi comme faisant partie de la Rencontre : une marche européenne contre la précarité (à partir de mars, cf. le Passe-montagne n°7), une réunion du réseau européen de femmes contre le patriarcat (à Vienne, fin mars)et une rencontre pour l'humanité en Bretagne (du 10 au 17 août).
2.- Une consultation internationale a été mise en place pour définir les objectifs de la rencontre, ses thèmes, et la manière de les aborder. Il est demandé à tout groupe ou personne de reprendre cette consultation et de la diffuser le plus possible. La date limite de réponse est le 15 mars (pas d'affolement, on vous l'envoie bientôt...).
3.- Cinq commissions d'organisation ont été définies :
a) La commission Contacts devra diffuser l'invitation, essayer de résoudre les questions de visas pour les étrangers, repérer les gens qui ont besoin d'aide économique pour venir, etc.
b) La commission Documentation et publications devra recevoir les textes reçus pour les débats et les mettre à disposition des gens avant la rencontre, s'occuper de la publication des résultats de la rencontre, etc.
c) La commission Presse et propagande devra contacter les médias institutionnels et alternatifs, rédiger les communiqués de presse, créer une page Internet sur l'Intergalactique, lancer un concours pour l'affiche et le logo de la rencontre, etc.
d) La commission Financement devra estimer les coûts de la rencontre et décider de la participation aux frais, chercher des moyens de financement et traiter les propositions de financement des différents collectifs, etc.
e) La commission Infrastructure devra assurer la sécurité des participant(e)s et s'occuper des problèmes pratiques : transport, repas, organisation des tables, etc. C'est la seule commission qui sera exclusivement constituée d'espagnols.
Ces commissions, sauf la dernière, seront formées par un(e) représentant(e) de chacune des villes où se tiendra la rencontre, et d'au moins un(e) représentant(e) de chaque pays européen. Leur travail sera de proposer des solutions et non pas de prendre des décisions. Pour l'instant, aucun collectif n'y participe formellement, ceux qui désirent participer à l'une des commissions peuvent s'adresser aux comités de Saragosse ou Barcelone:
FABZ Plataforma de Solidaridad con Chiapas c/ San Vicente de Paul 26 50001 Zaragoza, Espagne. tel : (34) 76 39 33 05 fax : (34) 76 39 54 34 e-mail : cint@pangea.org
Col.lectiu de Solidaritat amb la Rebel.lión Zapatista c/ de la Cera, 1bis 08001 Barcelona, Espagne. tel : 34-3-4 4 2 21 01 fax : 34-3-3 29 08 58 e-mail : ellokal@pangea.org
4.- La dernière réunion européenne de préparation de l'Intergalactique aura lieu à Prague du 26 au 30 mars. Le dépouillement de la consultation sera terminé à ce moment là, il permettra de définir les thèmes de discussion pour cet été. Les propositions des commissions de travail seront discutées lors de cette réunion.
5.- La gravité de la situation au Mexique appelle une réponse au niveau mondial. La réunion de Barcelone adhère à la journée internationale de protestation du 16 février (date anniversaire de la signature des premiers accords de San Andrés).
Les zapatistes ont confirmé la venue d'une délégation pour une en tournée européenne, qui devrait être organisée par les comités de solidarité européens. Cette délégation devrait aussi être présente à l'intergalactique.
Précisons aussi que les gens présents à Barcelone comptent sur les français pour trouver des contacts avec les gens d'Afrique, les aider à venir, etc. (Au boulot !...).
Enfin, les comités parisiens se rencontreront le 21 février pour coordonner leur participation à l'organisation. Mais, la rencontre étant à tout le monde, il est tout à fait souhaitable que d'autres initiatives apparaissent : alors diffusez l'information, invitez des gens en lutte, réunissez-vous pour en discuter, etc. Organisez- vous !
de Pablo Latapí Sarre, universitaire, collaborateur de Proceso et membre de la COSEVE à l'invitation des zapatistes, (article paru dans Proceso du 9 février 1997).
Cela fait deux ans, ce dimanche 9, le gouvernement fédéral trahissait l'EZLN en rompant par surprise les négociations en cours, en arrêtant beaucoup de présumés zapatistes sous prétexte de "complot", et en agressant militairement les communautés indiennes. Et cela fera un an dimanche 16 qu'ont été signés les accords de San Andrés, accords que prétendent aujourd'hui ignorer ou minimiser les autorités fédérales. Ces deux anniversaires montrent clairement la manière autoritaire et la mauvaise foi avec laquelle le gouvernement traite le conflit chiapanèque.
Aujourd'hui nous nous trouvons dans une dangereuse impasse, due au rejet par le président Zedillo du projet de réforme constitutionnelle de la Commission de Concorde et Pacification (COCOPA), alors que, selon les membres de la Commission, le ministère de l'Intérieur s'était engagé à l'accepter comme texte définitif. Ceci n'est que le dernier avatar du jeu tordu du gouvernement, dans lequel se mêlent le harcèlement militaire et l'apparente volonté de négociation, les insultes et le mépris lors du dialogue, les accusations calomnieuses et les continuelles manoeuvres de diffamation et d'usure. Le résultat est que, après plus de trois ans d'insurrection armée, les indiens n'ont obtenu satisfaction à aucune de leurs demandes.
Qui essaye de tirer un bilan sommaire du traitement politique du conflit par ce gouvernement, devra conclure que, ou bien il a oscillé entre des tactiques contradictoires dues à des pressions internes, ou bien, pour de puissantes raisons, il ne veut pas résoudre le conflit pacifiquement. Quelle que soit l'explication, elle coûte cher au gouvernement : elle lui coûte la perte de sa crédibilité. Il est évident qu'on a négocié par tromperies, signé des accords sans intention de les appliquer, qu'on ignore la Convention n°169 de l'Organisation Internationale du Travail, qu'on ne respecte pas l'engagement pris d'accepter le texte de la COCOPA et que, volontairement ou non, on a laissé voir que cette Commission du Pouvoir législatif n'était pas indépendante, ni efficace. Le joueur qui triche continuellement peut ramasser toutes les billes, mais cela lui coûte la confiance des autres.
La méfiance mine l'autorité et la capacité de négocier de tout gouvernement ; en l'occurrence elle affecte gravement le futur du dialogue et les rapports du gouvernement avec le mouvement indien.
Bien qu'on dise que d'un moment à l'autre la COCOPA prendra une position qui pourrait donner une nouvelle tournure au conflit et ouvrir une nouvelle possibilité de désescalade, l'épisode de la contre-proposition présidentielle a d'ores et déjà envenimé les relations avec le mouvement rebelle. Le dialogue pourra-t-il se renouer, alors que cela suppose un minimum de confiance en la bonne foi de l'autre partie ?
Encore plus importante est la méfiance que le comportement du gouvernement est en train de susciter chez tous les groupes indiens du pays, méfiance qui à moyen terme risque de déboucher sur un grave problème. Le mouvement indien a énormément progressé ces dernières années, il est aujourd'hui davantage capable de s'organiser et de se mobiliser, il regroupe quasiment toutes les ethnies du pays, et articule avec plus de cohérence leurs demandes politiques. Le Congrès National Indien, qui a fait siens les accords de San Andrés, a déjà commencé à mobiliser au niveau régional pour exiger leur application. La première manifestation, à San Cristóbal de las Casas, a réuni 9.000 indiens. Plusieurs des orateurs ont exprimé leur indignation devant la "tromperie" dont ils ont été victimes. Il est à prévoir que si les réformes constitutionnelles qui vont être votées ne reprenaient pas les accords, le ressentiment indien ouvrirait un vaste front d'ingouvernabilité, que surgiraient des rébellions autonomistes et peut-être des soulèvements armés, attisés aussi par la misère du peuple indien.
Les indiens savent que la parole du gouvernement est engagée internationalement depuis la ratification par le Mexique, le 5 septembre 1990, de la Convention n°169 de l'O.I.T., qui, entre autres choses, donne une définition des "peuples indigènes" (art. 1, b) qu'il essaye actuellement d'escamoter, reconnaît leurs droits à l'autodétermination, à leurs "terres et territoires" (art. 13 et 14), et à l'utilisation, l'administration et la conservation de leurs ressources naturelles (art. 15) ; de plus elle stipule que "les consultations organisées en application de cette Convention devront être faites de bonne foi, et d'une manière adaptée aux circonstances, dans le but d'arriver à un accord ou à un consentement quant aux mesures proposées" (art. 6, 2). Le droit des peuples indiens à être consultés "chaque fois que sont prévues des mesures législatives ou administratives susceptibles de les affecter directement" (art. 6, 1, a) est particulièrement d'actualité. Le "droit de décider de leurs propres priorités en ce qui concerne le processus de développement, dans la mesure ou cela affecte leurs vies, croyances, institutions et spiritualité, droit aux terres qu'ils occupent d'une manière ou d'une autre, et droit de contrôler dans la mesure du possible leur propre développement économique, social et culturel" est aussi stipulé. De plus, il est prévu que "les peuples en question devront participer à la formulation, l'application et l'évaluation des plans et programmes de développement national et régional susceptibles de les affecter directement" (art. 7, 1).
Tout cela, les indiens le savent - ceux du Chiapas et ceux de bien d'autres états. Tout comme ils connaissent le contenu des accords de San Andrés. C'est pour cela qu'ils se sentent trompés. Ils répondent par une profonde méfiance.
Si le prix que le gouvernement a décidé de payer est aussi élevé - sans parler de la justesse des exigences indiennes- on peut essayer de deviner quels seraient les mobiles de sa politique, les complicités qui la lient, les intérêts qu'elle protège. La réponse commence à se montrer au travers de quelques informations qui filtrent dans la presse : l'exploitation du pétrole et des ressources hydroélectriques de l'état du Chiapas, peut-être engagée par des capitaux internationaux, le commerce à grande échelle du bois et de la cellulose, et autres grands projets du capitalisme galopant. Ces projets sont entravés par la reconnaissance des communautés indiennes comme entités de droit public, par leur autonomie, leur droit collectif à l'exploitation et à l'administration de leurs terres et de leurs ressources, leurs systèmes internes de gouvernement et leurs particularités culturelles. Que faire avec huit millions d'indiens organisés en peuples, et qui ont le droit de "contrôler leur propre développement économique, social et culturel", comme l'établit la Convention 169 ? Que faire avec leur organisation indépendante, qui échappe au contrôle politique traditionnel ? Comment vendre aux investisseurs un tel pays ? Voilà qui semble être le fond du problème.
La paix juste et digne que revendique l'EZLN reste la règle irremplaçable permettant de mesurer les actes et visées réels du gouvernement. Et le respect de la vérité, celui de la parole donnée, est la première des formes de justice, la première condition du respect de la dignité de l'autre.
Depuis l'offensive militaire de février 1995, l'armée
mexicaine a mené une tactique de positionnement, grâce à
laquelle elle contrôle aujourd'hui 8 corridors stratégiques.
Le plus important, par le nombre de soldats qui l'occupent (environ 5.000),
est celui qui va d'Ocosingo à San Quintín ; il permet l'accès
à quelques-uns des fiefs zapatistes : La Garrucha, Patihuitz, La
Soledad, La Sultana, Betania et Emiliano Zapata. Le deuxième relie
Comitán à La Realidad, et compte 4.000 soldats. Le troisième,
entre Palenque et Marqués de Comillas (municipalité de Ocosingo)
est contrôlé par 4.000 soldats. Pour s'installer dans le col
d'Euseba, les soldats ont pris le prétexte d'offrir un "service
social" : transporter gratuitement la récolte de café
jusqu'à une route. De plus, la construction et la réfection
de deux routes stratégiques (entre Palenque et Comitán, et
entre Ocosingo et las Margaritas), est presque achevée. Cette seconde
route, qui traversera le coeur de la zone zapatiste, sera finie avec la
construction des ponts sur les fleuves Jataté et Euseba (Cf. Ya
Basta NF n°8, 21 janvier et carte en encadré).
En visite dans l'état d'Hidalgo, Ernesto Zedillo, président
du Mexique, a déclaré, en parlant de la cause des indiens
mexicains, qu'il n'accepterait pas de "positions démagogiques"
ni une "réforme constitutionnelle qui implique la fragmentation
du pays".
Plusieurs ONGs dénoncent le kidnapping, par des inconnus du peintre
Nicéforo Urbieta, à Oaxaca. Ex-militant du PROCUP et prisonnier
politique dans les années 70 (sur le PROCUP, cf. Ya Basta ancienne
formule n°72, 30 août 96), il a été amnistié
en 77, et enseigne aujourd'hui la céramique à Santa Ana Zegache
; récemment, l'armée est venue dans le village enquêter
sur la présence de l'EPR, et on pense que sa disparition pourrait
être liée à cela.
Sondage sur les municipales de Mexico, qui auront lieu le 06 juillet prochain
: 62,4 % des personnes interrogées pensent que ces premières
élections (jusqu'ici le maire de la capitale était désigné
par le président de la république) "ne seront ni propres
ni honnêtes".
Environ 18.000 (5.000 selon la police) paysans, pêcheurs, ouvriers
et étudiants du Chiapas ont bloqué pendant plusieurs heures
26 routes dans les municipalités de Villacorzo, Frontera Comalapa,
Comitán, La Concordia, Salto de Agua, Ocosingo, Yajalón,
Motozintla, Mazapa, Huixtla, Arriaga, Mapastepec, Tonalá, Pijijiapan,
Tapachula et Tuxtla Gutiérrez (capitale du Chiapas), à l'appel
de l'AEDPCh (Assemblée Démocratique du Peuple du Chiapas,
rassemblement d'organisations sociales indépendantes), pour demander
la baisse du prix de l'électricité et l'arrêt des coupures
de courant (cf. Ya Basta précédent, 2 février). Ils
ont aussi occupé 3 mairies et des locaux de la Commission Fédérale
de l'Électricité (CFE).
Dans une lettre, 53 conseillers zapatistes au dialogue sur le thème
"Droits et cultures indiens" demandent à la COCOPA de
reconnaître la gravité de la situation et "d'exiger que
le président Zedillo et le ministère de l'Intérieur
retirent leur document, et acceptent le projet rédigé par
la COCOPA". Ils estiment que le refus de l'EZLN de renégocier
les accords de février 95 n'est pas une position "intransigeante",
puisqu'on ne peut pas faire confiance au gouvernement.
Le gouvernement mexicain continue sa campagne de charme auprès de
l'Union Européenne (UE) pour obtenir la signature d'un accord de
libre échange. Fin janvier, le ministre des Affaires Étrangères
mexicain est venu en France s'entretenir avec son homologue français
et avec Chirac. Quelques jours plus tard, le ministre mexicain de l'Industrie
est allé en Angleterre, où il a déclaré que
l'essentiel des négociations avec l'UE serait clos avant juillet.
Le principal obstacle à la concrétisation de l'accord est
une "clause démocratique", qui exige que les pays signant
des accords avec l'UE respectent les droits humains et la démocratie
[bla-bla-bla, NdC]. Ce point est cher à l'opposition mexicaine,
qui voudrait que l'UE fasse pression pour que cette clause soit appliquée.
La deuxième réunion de la COSEVE (Commission de Suivi
et Vérification des Accords, cf. Ya Basta ! ancienne formule n°82)
a été annulée : apprenant que les représentants
zapatistes (les commandants David, Tacho et Zebedeo) n'y viendraient pas,
les représentants et invités du gouvernement n'y ont pas
été non plus. Les invités de l'EZLN (qui eux, étaient
présents) ont fait valoir que, selon le règlement, la réunion
aurait pu avoir lieu, et ont proposé de reporter la réunion
au lendemain. Les zapatistes n'ont pas expliqué l'absence leurs
représentants, mais on sait qu'à cause de la crise, ils gardent
leurs positions de montagne.
La Jornada annonce la 2e Rencontre Intergalactique et se fait l'écho
de la mobilisation internationale autour du projet de loi de la COCOPA.
Selon des ONGs de défense des droits humains, le peintre Nicéforo
Urbieta est la treizième personne kidnappée depuis septembre
dernier dans l'état de Oaxaca. Beaucoup de similitudes existent
entre les 12 premiers kidnappings : les gens ont étés enlevés
par des hommes fortement armés, et ont été interrogés
pendant plusieurs jours "dans des prisons clandestines" sur l'EPR.
(L'EPR est apparu pour la première fois dans le Oaxaca en août
1996, cf. Ya Basta ! ancienne formule n° 65).
Selon le président du Colegio de la Frontera Norte (centre d'études
sur la frontière Mexique-États-Unis), en 1996 les mexicains
émigrés aux États-Unis ont envoyé 3,6 milliards
de dollars à leurs familles au Mexique.
Premier anniversaire de la signature des accords EZLN - gouvernement
sur le thème "Droits et culture indiens". Comme vous n'êtes
pas sans le savoir, le gouvernement n'a pas tenu parole, et les accords
restent lettre morte. C'est la raison de la suspension du Dialogue (depuis
début septembre).
Luis Hernández Navarro, invité zapatiste à la COSEVE
(Commission de Suivi et Vérification des accords de paix), interprète
comme un "veto" la décision du gouvernement de ne pas
venir à la réunion de la commission. Selon lui, le pouvoir
a décidé d'empêcher le dialogue de paix jusqu'aux élections
du 6 juillet, et pour cela il a l'intention d'"administrer le conflit
du Chiapas par une contention militaire renforcée, sans déclencher
une guerre ouverte à court terme".
Mobilisation internationale pour exiger du gouvernement mexicain le respect
des accords de San Andrés : manifestations en Grèce (Athènes,
Tesalonique), en Espagne (Barcelone, Madrid...), en France (Marseille,
Pau, Lyon, ...), ... et au Mexique. Un encart appelant au respect des accords,
et signé par 287 organisations et individu(e)s (pour la plupart
européens) a été publié dans La Jornada.
Interview de la commandante Ramona (qui est toujours à Mexico, où
elle se rétablit après son opération) dans La Jornada.
A propos des accords de San Andrés, elle dit : "Ils ne vont
pas servir seulement les zapatistes, mais tous les indiens. Alors, si le
gouvernement ne tient pas parole, tant pis ? Non. Des gens de partout vont
réclamer. Et les indiens vont continuer à s'unir. (...) Nous
ne lâcherons pas, jusqu'à ce qu'ils soient appliqués.
Si on ne fait que signer et qu'ensuite on n'applique pas, à quoi
ça sert ?" Elle évoque aussi sa vie au Chiapas : "Nous
les artisanes, nous vendons à très bas prix. Quand on achète
le matériel, après avoir vendu, il ne reste rien. Je vendais
moi aussi à San Cristóbal. Ils ne payent pas ce que nous
demandons, ils payent ce qu'ils veulent. (...) Voyant comment nous vivions,
nous avons commencé à nous organiser. Les gens ouvraient
toujours plus les yeux. J'ai fait du travail politique pour que les gens
ouvrent les yeux. Je leur ai dit, dans mon village, pourquoi on vit comme
ça (...) Un peu partout, il y a la pauvreté. Ici aussi [à
Mexico] beaucoup de gens souffrent, beaucoup de gens meurent dans la rue.
Nulle part où aller pour les gens qui ont froid. Beaucoup de gens
font les poubelles, beaucoup. C'est pour ça que le travail politique
est nécessaire, il faut en faire plus."
Aux États-Unis, procès de Mario Ruiz Massieu (frère
du secrétaire général du PRI assassiné en 1994,
il est accusé de blanchiment d'argent). Des témoignages recueillis
par la Justice américaine mettent en évidence des liens entre
la famille Salinas et le trafic de drogue (ce qui, au Mexique, était
un secret de polichinelle). L'ancien président Carlos Salinas, son
frère Raúl (actuellement en prison au Mexique), sa soeur
Adriana et son père auraient mis en place un vaste réseau
pour couvrir les barons de la drogue. D'autres hauts fonctionnaires seraient
aussi mouillés : Rubén Figueroa Alcocer (ex-gouverneur du
Guerrero), Luis Donaldo Colosio (assassiné en 1994, alors qu'il
était candidat du PRI aux présidentielles), un général
de l'armée, etc.
Publication de deux communiqués de l'EZLN à l'occasion
de l'anniversaire de la signature des accords de San Andrés. Dans
le premier, le sous-commandant Marcos écrit : "En se refusant
à respecter ce qu'il avait accepté comme accord en matière
indigène, le gouvernement refuse de reconnaître aux habitants
originels de ces terres leurs droits et leur culture. En se retranchant
inutilement derrière des termes juridiques, le gouvernement fédéral
essaye de cacher l'essentiel : il n'a pas l'intention de tenir parole,
il ne reconnaît pas les justes demandes des indiens mexicains, et
il ne veut pas résoudre le conflit zapatiste par le dialogue et
la négociation. Derrière les fausses accusations de vouloir
fragmenter le pays, accorder des droits spéciaux aux indiens et
les marginaliser, il y a les vraies raisons du non-respect de la parole
gouvernementale : les accords ne servent pas à être respectés,
mais seulement à gagner du temps pour essayer à nouveau la
voie militaire et anéantir un mouvement rebelle authentique, aux
demandes nationales, et soutenu par le Mexique indien. Le pouvoir n'a pas
l'intention d'apporter une solution à la question indigène
nationale, il ne veut pas du dialogue comme outil de gouvernement, il ne
veut pas de la paix. «Mentir pour gagner du temps pour frapper»,
voilà la stratégie du gouvernement de Zedillo. Pas seulement
pour combattre l'EZLN, mais aussi pour affronter la société
mexicaine. Pour l'EZLN, il est clair que le gouvernenent cherche la guerre
comme solution, tandis que la société civile nationale et
internationale veut la paix juste et digne comme voie et comme destin.
Nous les zapatistes, nous sommes prêts, à nouveau et comme
toujours, pour la guerre ou pour la paix. Nous attendons". Dans le
post-scriptum, les zapatistes saluent la mobilisation européenne.
Dans le deuxième communiqué, Marcos se moque de Zedillo et
du gouverneur du Chiapas. Il raconte aussi une histoire du vieil Antonio,
l'"histoire du bruit et du silence".
A El Paraíso (Chiapas), le groupe paramilitaire "paix et justice"
a attaqué des membres d'ONGs qui venaient enquêter sur les
violences des semaines précédentes (cf. Ya Basta ! NF n°
8, 20, 22 et 25 janvier 97). Deux blessés, dont un par balle.
500 policiers et soldats ont violemment mis fin à un blocage de
l'autoroute Palenque-Ocosingo (Chiapas) organisé par des indiens
qui revendiquaient une baisse du prix de l'électricité (cf.
Ya Basta NF n°7, 16 janvier, et n°9, 2 février 97) et exigeaient
la libération de 18 des leurs : 61 arrestations.
Un millier de personnes ont assisté à Mexico au meeting organisé
par le FZLN pour l'anniversaire des accords de San Andrés. La commandante
Ramona a fait un discours en tzotzil. Étaient aussi présents
des représentants du Congrès National Indigène et
des cantonniers de Tabasco.
Heberto Castillo, actuel président de la COCOPA, demande à
"ceux qui s'opposent aux accords de San Andrés" d'expliquer
publiquement leur position.
La Confédération Nationale de Commerçants et Transporteurs
appelle à partir d'aujourd'hui à une grève nationale
des camionneurs pour protester contre les conditions dans lesquelles ils
travaillent : prix des péages autoroutiers, extorsions et dégradations
des marchandises par les autorités, "planque" de drogue
dans les camions à l'insu des chauffeurs par les trafiquants (qui
ont trouvé là un moyen pratique de faire transporter à
moindre risque leur marchandise), etc. 40.000 chauffeurs devraient suivre
cette grève.
Selon Carlota Tello de Vaca, haut-fonctionnaire du secteur santé
dans le Jalisco, 100 enfants meurent de faim chaque année dans cet
état du Mexique, et au moins 10 % des femmes qui se présentent
aux premières consultations médicales pour une grossesse
présentent des symptômes de malnutrition.
Un an après la signature des accords de San Andrés.
Le 16 février 1996 ont étés signés à San Andrés Larrainzar les premiers textes des Accords entre le gouvernement fédéral et l'EZLN, relatifs au thème "droits et culture indiens". Ces accords devaient construire une paix durable, juste et digne, et, par une série de mesures légales, politiques et sociales, résoudre l'important retard du Mexique quant à la situation des peuples indigènes, la démocratie et la justice dans tout le pays, le bien-être social, le développement économique et la situation des femmes.
Parvenir à la signature de ces premiers accords a nécessité un vaste processus de réflexion, de consultation et de débats dans nos communautés, nos peuples et nos organisations, ainsi que la participation d'experts, de spécialistes et même de fonctionnaires du gouvernement. Avec eux ont été trouvés des consensus importants, permettant d'esquisser des solutions à l'insupportable situation dans laquelle vivent nos peuples depuis des siècles. C'est l'EZLN qui a appelé toutes les communautés des différents peuples indiens à apporter leur parole et à participer à la recherche d'une nouvelle relation entre l'État, la société nationale et les peuples indiens. Le Parlement et l'Exécutif Fédéral firent eux aussi leur propre consultation, qui ne s'opposa en rien aux résultats issus des Accords de San Andrés.
Le jour même de la signature des accords, les centaines d'organisations indiennes de tout le pays regroupées par le Forum National Indigène en cinq forums régionaux, savaient que même si les accords ne reprenaient pas toutes les aspirations de nos peuples - et en particulier la question de la terre et des territoires, à traiter lors de la table 3 "Bien-être et développement" -, et même si certains points avaient étés revus à la baisse par les délégués gouvernementaux, les accords ainsi signés représentaient un premier pas vers la solution de nos problèmes historiques.
Les différents peuples indiens appelés à former le Congrès National Indien en octobre 1996 reprirent à leur compte les Accords de San Andrés et les ratifièrent, et exigèrent qu'ils se traduisent en faits concrets : réformes des constitutions fédérale et locales, des lois, des institutions et des politiques, pour que la Nation commence à s'acquitter de sa dette historique envers ses peuples originaires.
A l'époque comme aujourd'hui, nous savions que pour certains la parole n'est pas une garantie, et qu'on peut s'en moquer. La signature du gouvernement signifiait que les paroles ne resteraient pas en l'air, qu'elles ne seraient pas des promesses que le vent balaye. Mais aujourd'hui nous pouvons vérifier que même avec la signature des gouvernants, même avec la parole donnée devant la Nation, un an est passé, et rien n'est sûr.
Dans sa campagne de propagande malhonnête et trompeuse, le gouvernement fédéral dit que certains veulent la rupture, la fragmentation, la séparation du Mexique. Ce n'est pas vrai. Personne n'a dit cela. Cela n'est pas ni dans la lettre, ni dans l'esprit des accords de San Andrés sur les "Droits et culture indiens", qui sont d'ailleurs très clairs sur ce point, et sur beaucoup d'autres, quant aux engagements incontournables que le gouvernement doit respecter et mettre en oeuvre.
Un an après la signature des premiers accords de San Andrés, il y a deux explications possibles à l'absence de solution satisfaisante apportée aux demandes de nos peuples, malgré les consultations, débats, forums, aussi bien civils que gouvernementaux. L'une est que la surdité et la cécité du gouvernement l'a empêché de comprendre ce qu'il signait, et l'empêche aujourd'hui de s'acquitter de sa parole et de voir plus loin que ses intérêts électoraux. L'autre est que le discours que l'on nous tient aujourd'hui à travers les médias est une fois encore mensonger, démagogique et porteur de trahison et de mort pour nos peuples et nos dirigeants. Chacune de ces explications emplit nos coeurs de tristesse. Ce n'était pas avec des hommes vrais qu'a été négociée la paix pour le Mexique et le Chiapas.
Aujourd'hui, un an après ce 16 février en lequel les solutions semblaient proches, il revient à nouveau au peuple du Mexique d'obliger le gouvernement à respecter et appliquer la Loi de Concorde et Pacification, les premiers Accords de San Andrés Sacamch'en de Los Pobres, et à tenir sa parole engagée devant nos peuples, le Mexique et le monde entier.
Nous exigeons que le gouvernement fédéral cesse la campagne de désinformation, distorsion et confusion qu'il entretient dans tout le pays pour expliquer son manque de respect de ses engagements et obligations.
Nous exigeons que le gouvernement fédéral cesse sa campagne d'occupation militaire, policière et paramilitaire dans les régions indiennes du pays, en particulier au Chiapas.
Nous exigeons que le gouvernement fédéral cesse sa campagne de harcèlement des organisations et représentants indiens dans tout le pays.
Nous exigeons que le gouvernement fédéral tienne sa parole et apprenne à gouverner en obéissant et en respectant ses engagements auprès de la Nation, et les accords publics qu'il a contractés avec la société mexicaine.
Respectueusement,
Plus jamais un Mexique sans nous !
Congrès National Indien.
...en voici un autre, nettement moins historique, certes (mais quand même) : voilà deux ans qu'existe Ya Basta !, et malgré les vicissitudes du destin, les crises de flemme récurrentes et les caprices informatiques, nous sommes toujours là ... Qui ça, "nous" ? Les deux hurluberlu(e)s qui résument l'info, la traduisent et la mettent en forme, celles et ceux qui les remplacent au pied levé quand ces deux-là font défaut, ceux et celles qui font chaque semaine des kilos de photocopies et se les transportent sur leur petit dos, celles et ceux qui se battent avec le logiciel des étiquettes, tous ceux et celles qui se tartinent la mise sous enveloppe, etc, etc... Sans oublier deux autres hurluberlu(e)s qui s'occupent du petit frère : le Passe montagne-dernière... Alors il est peut-être temps de faire le point et de dire pourquoi et comment nous faisons ce que nous faisons.
L'objectif de Ya Basta ! est de diffuser l'information que la presse française ne donne pas, et d'être un outil pour ceux qui veulent réfléchir sur le mouvement zapatiste et s'organiser. Ni plus, ni moins. Ce qui signifie : - Que Ya Basta ! ne donne pas la vérité-vraie : contrairement à une légende tenace, Marcos n'a pas l'Internet, et l'info que nous passons est plus prosaïquement tirée (pour l'essentiel), d'un quotidien "de gôche" et de quelques hebdomadaires. L'indépendance et l'honnêteté des journalistes sont une chose (rare), mais l'objectivité journalistique en est une autre (mythique). De plus, Ya Basta ! opère un tri (évidement subjectif) parmi les informations, pour ne mettre que ce qui nous parait significatif. C'est une information résumée et limitée, qu'il faut compléter par d'autres sources : brochures, articles, livres, etc. - Que Ya Basta ! n'est pas la voix du collectif (c'est un bulletin d'information). Ce qui signifie que nous publions régulièrement des articles avec lesquels nous ne sommes pas forcément d'accord, mais dont nous pensons qu'ils donnent des arguments intéressants, ou même seulement qu'ils peuvent aider à comprendre les enjeux et les positions des parties en présence, des proches des zapatistes ou des médias. Nous estimons que nos lecteurs sont assez grands pour se faire leur idée, et qu'ils n'ont pas besoin qu'on leur dise quoi penser. Ce qui n'empêche que nous nous offrons parfois un commentaire, quand ça devient franchement cocasse...
Ceci étant dit, nous sommes toujours friands d'échanges avec nos lecteurs : n'hésitez pas à nous écrire pour nous dire ce que vous pensez de notre travail, ce qui vous plaît (ou non), ce que vous préféreriez, faire des suggestions avisées et les remarques, donner votre vision des choses, etc. N'hésitez pas à vous réapproprier les informations, à faire des photocopies et à les distribuer. N'hésitez pas non plus à nous envoyer vos infos (suffisamment à l'avance pour qu'on puisse éventuellement les passer). Et si vous lisez des articles dans la presse (française ou étrangère) n'hésitez pas à nous les envoyer pour compléter notre dossier de presse (même et surtout s'ils sont nuls : on pourrait faire un concours...).
Voilà, c'est dit ; salut à tous et toutes
L'équipe de Ya Basta !
D'après une dépêche de l'A.F.P. du 04 février, Zedillo devrait venir en France en octobre prochain. D'autres sources parlent de septembre - quoi qu'il en soit, on pense déjà à lui préparer une petite réception... Chirac devrait quant à lui se rendre au Mexique au cours du deuxième semestre 1998. Ah ! le commerce...
Plusieurs organisations indiennes et paysannes du Chiapas annoncent
de nouvelles mobilisations pour exiger le rétablissement du courant
dans environ 500 communautés, et la libération de plus d'une
centaine d'indiens arrêtés dans le cadre de ce conflit (cf.
Ya Basta! n° 11, 17 fév.).
Selon les agences de presse Reuter et EFE, le président du Salvador
et le chef de la police du Honduras auraient affirmé (séparément)
que l'EZLN aurait reçu des armes (fusils AK-47 et projectiles RPG-7)
des guérillas nicaraguayenne et salvadorienne.
A Paris, rassemblement devant l'ambassade mexicaine pour exiger le respect
des accords de San Andrés.
Marcelino Díaz de Jesús, dirigeant du Consejo Guerrerense
500 años de resistencia (organisation indienne indépendante)
dénonce le harcèlement que subit son organisation et exige
l'annulation des mandats d'arrêt délivrés contre lui
et quatre autres dirigeants de son organisation.
Le président Zedillo annonce que cette année, le budget social
pour les peuples indiens sera de 5.950 millions de pesos (environ 3.860
millions de francs).
Dans un article paru dans La Jornada, Luis Hernández Navarro dénonce
la campagne de propagande par laquelle le ministère de l'agriculture
tente de cacher la "catastrophe agricole". Selon lui, le ministère
truque les chiffres quand il prévoit de multiplier par cinq la production
de café, pour faire du Mexique "le troisième producteur
et exportateur mondial en l'an 2000", ou quand il cache les résultats
négatifs : le déficit commercial de près d'un milliard
de dollars du secteur agricole, l'importation croissante, la diminution
drastique des crédits octroyés aux paysans, le montant des
dettes que les paysans ne parviennent pas à payer, etc. Pour Hernández
Navarro, le programme gouvernemental, est "fidèle à
son orientation centrale : profits privés, subventions publiques".
Le peintre Nicéforo Urbieta a été libéré
la veille (cf. Ya Basta! précédent, 13 février), mais
il est resté prostré toute une journée avant de pouvoir
raconter son kidnapping. Celui-ci avait commencé tout à fait
"normalement", mais ses ravisseurs lui ont expliqué qu'ils
obéissaient au "caprice d'une dame très riche"
qui voulait qu'il la peigne nue. Il a été amené, yeux
bandés, dans une pièce sans fenêtre, dont la seule
ouverture lui permettait de voir son "modèle" dans la
pièce voisine. Il a peint comme cela plusieurs jours, puis on l'a
payé et libéré. Cette aventure, qu'il qualifie de
"cauchemar", le laisse perplexe : "je vois cela comme un
piège pour me terroriser, et peut-être pas que moi".
D'ici un mois, le gouvernement mexicain va lancer son Programme d'Alimentation,
Santé et Éducation, censé lutter contre la misère.
Selon les chiffres officiels, 41,9 % des enfants mexicains de moins de
cinq ans sont mal-nourris ; en 1990, 2 millions et demi d'enfants de 6
à 14 ans n'étaient pas inscrits à l'école,
faute de moyens financiers ; en 1994, l'analphabétisme était
de 10 %, et la durée moyenne de scolarité de 7 ans. A chaque
sexenat, les présidents lancent "leur" programme de lutte
contre la pauvreté, qui ne marchent évidement jamais. L'ex-président
Salinas avait voulu faire de son Programme National de Solidarité
(Pronasol) le fer de lance de sa politique sociale ; avec quelques années
de recul, on sait que l'argent qui a échappé à la
corruption a servi à consolider le contrôle politique du régime
et à acheter des voix pour le parti officiel.
Víctor Flores Morales, dirigeant du Congrès du Travail (fédération
de syndicats proches du pouvoir) a déclaré que le PRI pouvait
compter sur les votes de ses 11 millions d'adhérents, et annonce
une campagne en ce sens.
Des représentants de 93 organisations de vendeurs ambulants de Mexico
demandent l'arrêt de la répression policière à
leur encontre et l'annulation de l'interdiction de vendre dans les rues
du centre ville. Il y aurait au Mexique 1 million et demi de vendeurs à
la sauvette (contre 3,8 millions de commerçants patentés),
et on en prévoit 2 millions et demi pour l'an 2000. Selon les chiffres
officiels, le manque à gagner pour l'État est égal
à 20 % des recettes fiscales.
Le général Jesús Gutiérrez Rebollo, directeur
de l'Institut National de Lutte contre la Drogue et plusieurs de ses proches
collaborateurs ont étés arrêtés ; les autorités
les accusent d'être liés aux trafiquants. C'est la première
fois que le régime reconnaît officiellement ce que tout le
monde sait depuis longtemps : que des militaires haut-placés couvrent
les barons de la drogue.
Début mars, les États-Unis décerneront leurs bons
points aux pays qui "collaborent" à la lutte contre le
trafic de drogue. Les pays "de bonne volonté" recevront
une aide économique. C'est pourquoi ces temps-ci l'actualité
au Mexique est dominée par les affaires de drogue : le gouvernement
cherche à s'assurer la confiance américaine. L'année
dernière, la veille du jour fatidique, le gouvernement mexicain
annonçait une opération de police contre les barons de la
drogue (cf. Ya Basta ! ancienne formule n°49, 2 mars 96). L'opération
n'a pas marqué les annales de la lutte anti-drogue, mais l'aide
économique a été reconduite, et c'est le principal...
Pablo Chapa Bezanilla, ex-chef de la commission d'enquête gouvernementale
sur les assassinats de Luis Donaldo Colosio (candidat du PRI aux présidentielles
de 1994), José Francisco Ruiz Massieu (secrétaire du PRI)
et Juan Jesús Posadas (archevêque de Guadalajara), a écrit
aux médias pour expliquer pourquoi il vit aujourd'hui caché.
Limogé en décembre, les autorités l'ont appelé
à déposer dans le cadre du procès de Raúl Salinas
de Gortari (frère de l'ancien président mexicain, actuellement
en prison) ; la défense de Raúl Salinas l'accuse d'avoir
fabriqué des preuves. Il déclare avoir l'intention de venir
déposer, mais demande "la présence d'observateurs nationaux
et internationaux" pour garantir le respect du droit pour son éventuel
futur procès. Cet ex-haut fonctionnaire de la Justice doit savoir
de quoi il parle...
Des camionneurs en grève (cf. Ya Basta ! précédent)
se sont affrontés à la police dans l'état de Hidalgo.
Bilan : un mort par balle (vraisemblablement un proche des camionneurs)
et deux camionneurs blessés.
Alfredo del Mazo González a été nommé candidat
du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI, au pouvoir au Mexique
depuis plus de 65 ans) pour le poste de maire de Mexico. Cet ex-gouverneur
de l'état de Mexico est lié au groupe de Carlos Hank González
(l'un des plus puissants groupes politiques et financiers du pays).
Le gouvernement de l'état de Oaxaca préparerait une nouvelle
réforme de la Constitution locale, pour supprimer quelques articles
relatifs à l'autonomie indienne. Oaxaca est le seul état
du Mexique à reconnaître, depuis 1988, "le respect de
la tradition et des pratiques démocratiques des communautés
indiennes", et à permettre la nomination d'autorités
selon leurs coutumes. C'est justement ça qui serait remis en cause.
Les cantonniers de Tabasco sont à nouveau en lutte : le gouvernement
n'a pas respecté ses engagements (notamment en ce qui concerne les
indemnités de licenciement, les autorités ne voulant payer
que 40 % de ce qu'elles ont promis). Une centaine de cantonniers sont donc
repartis protester à Mexico...
Interview clandestine du commandant Aurelio, "représentant"
du Frente Armado de Liberación de Los Pueblos Marginados de Guerrero
(FALPMG, cf. Ya Basta ! N. F. n° 2, 4 décembre 96, et n°6,
5 janvier 97) [NdR : on vous laisse décider si c'est un gag ou pas...]
: "Nous n'avons pas encore fait d'actions militaires, parce que nous
n'en avons pas eu l'occasion, et aussi parce que nous attendons que le
président tienne les engagements qu'il a pris dans tous ses discours,
bien que nous pensions que ce sont des mensonges (...). D'autres groupes
armés sont passés à l'offensive, mais il y a eu quelques
pertes humaines à déplorer. C'est pour cela qu'en tant que
front armé nous avons voulu rester tranquilles, parce qu'en fin
de compte les compagnons qui bossent au gouvernement ou dans l'armée
sont aussi des mexicains, des gens qui ont besoin de gagner leur vie. (...)
[Nous voulons] que le président respecte son engagement d'aider
les villages pauvres du Guerrero. Les conditions de vie sont trop inhumaines,
et le gouvernement n'a vraiment pas donné assez de moyens. Autre
exigence : que cela ne se passe pas comme pour l'ex-président de
la république (Salinas), qui s'est avéré être
encore plus voleur que ce qu'on nous accuse d'être. Autre chose très
importante : nous demandons des élections propres, maintenant que
nous avons devant nous un processus électoral local, parce que,
en dehors des armes, dans le civil nous sommes comme tout le monde, nous
allons voter." Il raconte que son mouvement est issu du mouvement
de Lucio Cabañas (guérillero des années 60-70, dont
la guérilla a été anéantie par l'armée).
A propos de l'EPR, il dit qu'il n'y a pas de rapports entre les deux groupes,
même s'ils se connaissent "très bien". Pour conclure,
ils se disent prêts à dialoguer avec le gouvernement, s'il
y a "des conditions et des garanties".
Depuis deux ans, le trafic d'armes dans le Guerrero s'est intensifié
; un fusil d'assaut AK-47 peut-être acheté 5.000 pesos (3.300
francs) au marché noir.
Selon le New York Times, les services secrets américains ont la
preuve de liens entre les gouverneurs de l'État de Sonora et celui
du Morelos, et les trafiquants de drogue. Dans l'état de Sonora,
ce n'est pas un scoop : tout le monde savait ce que transportaient les
mystérieux avions qui atterrissaient et décollaient en rase
campagne, et tout le monde savait aussi que les autorités protégeaient
les trafiquants.
A San Cristóbal, 1.500 indiens ont manifesté à
l'appel de 24 organisations pour exiger le respect des accords de San Andrés.
Le président de l'assemblée locale du Chiapas a invité
l'EZLN à participer à une consultation en vue d'une éventuelle
création de nouvelles communes dans les municipalités d'Ocosingo
et de Las Margaritas (ceci était prévu par les accords de
San Andrés, signés en février 96). Selon lui, l'assemblée
pourrait se prononcer officiellement vers le mois de septembre, après
cette consultation. Les zapatistes n'ont pas donné de réponse.
Des représentants de communautés indiennes d'Ocosingo,
Altamirano, Oxchuc et Huixtán ont proclamé l'autonomie de
leur région, qu'ils ont appelé Tzotz Choj. Ils veulent s'"auto-gouverner
et favoriser le développement de [leurs] communautés".
Ils ont créé 13 commissions de travail : santé, éducation,
sécurité, justice, développement, etc. (on en reparlera...).
La Conférence de l'Épiscopat Mexicain (CEM, représentants
de l'église catholique) annonce son intention de rencontrer les
deux parties en conflit au Chiapas pour "analyser pourquoi le dialogue
ne reprend pas". Selon Samuel Ruiz, évêque de San Cristóbal
et président de la CONAI (Commission Nationale de Médiation),
les élections de juillet prochain risquent de "faire oublier
le Chiapas".
La mairie de Mexico annonce un programme de "modernisation" de la police de la ville. Pendant 32 mois, 2.600 militaires remplaceront dans les rues de la capitale les policiers partis par rotation en formation pour deux mois.
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