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Selon La Jornada, depuis quelques jours des rumeurs circulent parmi
les paysans du Chiapas, comme quoi "il va y avoir des affrontements"
dans la zone zapatiste ; il semble que ces rumeurs viennent des soldats
de l'armée fédérale.
Les États-Unis ont accordé au Mexique le statut de "pays
collaborant activement à la lutte contre le trafic de drogue"
(cf. Ya Basta précédent, 19 février).
Un festival culturel a été organisé à Mexico
pour recueillir des aliments, médicaments, jouets, etc., à
envoyer aux communautés indiennes du Chiapas. 10 tonnes de matériel
ont été collectées.
Le PRD (parti de centre-gauche) a organisé un vote parmi ses militants
pour choisir ses candidats aux élections de juillet prochain (il
s'agit d'élections législatives mais aussi de quelques gouverneurs).
A México, le candidat PRDiste sera Cuauhtémoc Cardenas, ex-candidat
aux présidentielles de 1988 et 1994. Il a de bonnes chances de l'emporter.
Le PAN aussi a désigné son candidat au poste de gouverneur
de México : Carlos Castillo Peraza.
D'après la Banque Mondiale, la dette extérieure du Mexique
serait actuellement de 166 milliards de dollars. Selon la Banque du Mexique,
entre 1986 et 1996, le pays a payé plus de 112 milliards de dollars
au titre des intérêts de sa dette, ce qui équivaut
à 72 % des recettes pétrolières.
Selon l'hebdomadaire américain Time, le gouvernement mexicain va
créer un nouvel organisme de lutte contre le trafic de drogue. Ses
membres seront choisis et entraînés par la DEA (Drug Enforcement
Agency), le FBI et la CIA [tout un programme ..., NdC].
Gonzalo Ituarte, secrétaire de la CONAI, estime que la reprise
du dialogue au Chiapas est chaque jour moins probable.
Un débat sur les accords de San Andrés a été
organisé à la faculté de droit de l'Unam (la plus
grande université du Mexique). Parmi les participants, Ignacio Burgoa
Orihuela, expert en droit proche du régime qui s'était prononcé
contre les accords de San Andrés. Mais il n'y a pas eu de débat
car, son intervention achevée, il a quitté immédiatement
la salle.
Deux enseignants indiens militants de l'Unión de Obreros y Campesinos
Emiliano Zapata (Union d'Ouvriers et de Paysans Emiliano Zapata) ont été
assassinés dans la région de la Montaña (Guerrero).
Selon le dirigeant de l'organisation, ces assassinats "s'inscrivent
dans la campagne de terreur et de répression menée contre
les organisations sociales et les citoyens opposés au gouvernement".
Il demande une enquête des ONGs de défense des droits humains.
Opération de l'armée et de la police dans la région
des Loxichas (Oaxaca). Le motif officiel est la recherche de combattants
de l'EPR, mais en fait ce sont tous les opposants qui sont en ligne de
mire...
Précisions sur la modernisation de la police de México :
ce sont des militaires qui assureront l'entraînement des policiers,
et ca se passera dans une caserne.
Selon La Jornada, le gouvernement mexicain et l'entreprise française
Panhard auraient signé le 16 janvier dernier un contrat concernant
l'achat et la remise en état de véhicules blindés
anti-guérilla et anti-émeute appartenant à l'armée
française : AML-60 à 175.000 dollars pièce, RG-32
à 100.000 dollars, et RG-12 à 220.000 dollars.
La COCOPA annonce qu'elle a décidé de chercher "une
alternative" pour sortir de la crise entre le gouvernement et l'EZLN.
Ce qui semble signifier qu'elle est prête à revenir sur son
projet de loi.
Cecilia Rodríguez, représentante de l'EZLN aux États-Unis,
annonce que des représentants des indiens américains rendront
visite aux zapatistes en avril.
L'Union des Communautés Indigènes de la Zone Nord de l'Isthme
(Ucizoni, indépendante) annonce des mobilisations pour exiger l'application
des accords de San Andrés.
Les subtilités de la guerre de basse intensité...
Les nouvelles qui nous parviennent du Chiapas et du Mexique ne sont pas très encourageantes. Un copain qui vient de rentrer nous a raconté les subtilités de la guerre de basse intensité que livre le gouvernement mexicain contre les communautés indiennes et les organisations sociales.
Il s'agit d'une campagne bien orchestrée visant à affaiblir les zapatistes et les opposants, sans mener d'offensive militaire ou policière ouverte. Les techniques utilisées sont multiples : positionnement stratégique de l'armée au Chiapas et militarisation du Guerrero, du Oaxaca et de la ville de Mexico ; sabotage des cultures ; contrôle presque absolu des grands médias ; répression des militants des organisations indépendantes ; utilisation des groupes paramilitaires ; aides gouvernementales distribuées de façon inégalitaire pour diviser les communautés ; agressions constantes des ONGs (cf. le communiqué de la CONPAZ dans ce n°), etc.
L'intérêt de cette technique est qu'elle a relativement peu de retombées médiatiques (par rapport à des affrontements directs par exemple). Mais elle maintient une ambiance de terreur et de division qui vise à couper les insurgés de leur base.
Explications de Juan Velázquez lors de son passage à Paris :
De passage à Paris, Juan Velázquez, membre de la Commission Internationale du Front Zapatiste de Libération Nationale (FZLN) a entre autres choses expliqué aux comités de solidarité parisiens quelles sont - à son avis - les tâches les plus importantes de la solidarité envers les zapatistes en ce moment :
1.- Continuer d'envoyer de l'aide matérielle aux communautés indiennes. En effet, la présence massive de l'armée empêche les paysans de cultiver, et la famine menace à nouveau (rappelons que les communautés rebelles refusent l' "aide" gouvernementale, pour ne pas se faire acheter).
2.- Soutenir des projets spécifiques au sein des communautés : santé, éducation, etc. Il a laissé quelques exemples de projets possibles (on en reparlera).
3.- Continuer d'envoyer du monde dans les campements civils pour la paix (il s'agit d'aller dans les villages travailler avec les communautés, et jouer le rôle observateurs pour dissuader l'armée ou la police de commettre des exactions - le Mexique tient à son image).
4.- Continuer les manifestations de toutes sortes pour exiger l'application des accords de San Andrés.
5.- Faire de la IIe Rencontre Intercontinentale contre le Néolibéralisme et pour l'Humanité un succès, et que cette rencontre soit celle non des groupes de solidarité, mais celle, le plus large possible, des gens en lutte.
A propos du FZLN, il dit que sa construction est très lente. Il y a aujourd'hui environ 450 Comités civils de dialogue, réunissant 3000 personnes. Une réunion nationale fin mars permettra de faire le point...
Communiqué de la Coordination des Organisations Non Gouvernementales pour la Paix (CONPAZ) :
Assez d'agressions !
Dans le cadre de la guerre de basse intensité que vit l'état du Chiapas, et alors que les négociations de paix s'enlisent à nouveau, les femmes indiennes de la coopérative Jolom Mayaetick (qui est conseillée par l'ONG Kinal Antzetik, membre de la CONPAZ) et leurs proches ont été à nouveau menacées et attaquées. La violence contre les organismes de défense des droits humains et ceux qui soutiennent les communautés indigènes et le processus de paix au Chiapas ne cesse de se renforcer.
Dimanche 2 mars 1997, vers 9 heures du matin, l'oncle de Lorenza Gomez Gonzalez a été attaqué par cinq hommes indiens dans le quartier El Cerrillo de San Cristóbal. Ils l'ont menacé d'un couteau et ont exigé l'adresse de Rosalinda Santis et Lorenza Gomez, deux dirigeantes indiennes de la coopérative, les accusant en langue tzotzile d'être des zapatistes et les menaçant de mort et de viol. Ils ont ajouté qu'ils ne les lâcheraient pas jusqu'à ce qu'ils en aient fini avec elles. Elles ont récemment déménagé à cause de menaces antérieures et d'attaques dont elles ont été victimes. Avec le couteau, les agresseurs ont blessé l'oncle de Lorenza au visage et à la main, et en plusieurs endroits du corps.
Rappelons les dernières attaques dont ont été victimes les femmes de Kinal Antzetik :
1- En décembre 1996, Lorenza Gomez et une autre femme de la coopérative ont été poursuivies par un groupe d'hommes en voiture qui les ont menacées en langue tzotzile de les kidnapper et de les violer.
2- Le 31 janvier 1997, Rosalinda et Lorenza ont été attaquées dans la rue par deux hommes qui les ont frappées et leur ont donné des coups de pieds.
3- Le 5 février 1997, elles ont été poursuivies par six hommes indiens en voiture. Deux d'entre eux sont descendus du véhicule, les ont rejointes et agressées sexuellement en menaçant de les kidnapper et de les violer, les accusant d'être zapatistes. Ils ont ajouté qu'ils n'allaient pas les laisser en paix jusqu'à ce qu'ils aient réussi à les séquestrer et les violer.
Il y a eu, auparavant, d'autres menaces, intimidations et agressions :
1- Depuis mai-juin 1994, les femmes de Kinal Antzetik ont été constamment épiées, menacées de mort, et elles ont reçu des visites de militaires au magasin de la coopérative. Fin 1995, la boutique a été cambriolée, et de l'artisanat et des photos de membres de la coopérative ont étés dérobés.
2- En 1996, les membres de Kinal Antzetik ont reçu chez elles et à leur travail des menaces de mort par téléphone. Yolanda Castro, coordinatrice de l'organisation, a été attaquée. On l'a soumise à un interrogatoire et on lui a volé des documents, un magnétophone et du matériel de travail. Son véhicule a été volé ou endommagé à dix reprises au cours de l'année. Elle a aussi été l'objet de menaces de viol. Les femmes artisanes de la coopérative ont été elles aussi menacées de mort, et ont constamment reçu la visite de ce qu'on suppose être des policiers, qui vraisemblablement ont volé à trois reprises le magasin.
Ces faits se sont produits dans un contexte où les agressions contre les bureaux de la CONPAZ à San Cristóbal ont été de plus en plus nombreuses, en 1994, lors de l'offensive de février 1995, fin 1996 avec l'enlèvement de compagnons et les incendies des bureaux, et, en ce début d'année 1997, avec des menaces de mort et de nouvelles tentatives d'incendie dans les locaux.
Nous appelons la société civile à manifester sa solidarité lors de la manifestation qui aura lieu à San Cristóbal le 8 mars, jour international des femmes.
Conscients de ce que la vague d'agressions va en augmentant et que le gouvernement, l'armée et les milices ne peuvent être arrêtés que par la pression nationale et internationale, et devant le chaos que vit l'état du Chiapas et le peu de volonté des autorités compétentes de faire la lumière sur ces faits, nous faisons à nouveau appel à la solidarité pour que vous protestiez auprès des personnes suivantes :
Président de la République : Ernesto Zedillo Ponce de León Presidente de la Republica Fax : (00-52) 5-515-1794 E Mail : webadmon@op.presidencia.gob.mx
Gouverneur de l'État du Chiapas : Lic. Julio Cesar Ruiz Ferro Gobernador del estado de Chiapas Fax : (00-52) 961-2-0917
Secrétaire général du gouvernement du Chiapas : Eraclio Zepeda Ramos Fax : (011-52) 961-3-2458
Commission de Concorde et Pacification (COCOPA) : Fax : (00-52) 967-8-0252
Commission Nationale des Droits Humains (CNDH, officielle) : Fax : (00-52-5) 681-84-90
NB : Vous pouvez aussi écrire pour protester en français à l'ambassade du Mexique en France : Mr Jorge Carpizo, Ambassadeur du Mexique en France, 9, rue de Longchamp, 75016 Paris. (Merci de nous envoyer une copie de vos lettres de protestation au Collectif).
Des conseillers de l'EZLN et des membres du FZLN ont qualifié
d' "ambiguë et pleine de contradictions" la position de
la COCOPA (chercher autre issue à la crise du dialogue, cf. Ya Basta!
précédent, 5 mars). Ils demandent à nouveau à
la COCOPA de défendre son projet de loi (qui reprenait les accords
de San Andrés signés en février 96), "sans négocier
ce qui a été déjà négocié".
Le dialogue gouvernement-zapatistes est interrompu depuis septembre 1996
entre autres à cause du non-respect des accords par le gouvernement.
Heriberto Cruz Vera, prêtre de Tila, dénonce "l'escalade
de harcèlement et de calomnies" opérée par "Paix
et Justice" (groupe paramilitaire proche du PRI) à l'encontre
des religieux du nord du Chiapas. Il demande des négociations pour
calmer cette "guerre silencieuse" qui a fait au moins une centaine
de morts ces deux dernières années.
150 policiers ont violemment chassé des paysans de la Coordination
d'Organisations Sociales et Indigènes Xinich (indépendante),
qui occupaient un terrain dans la municipalité de Palenque (Chiapas).
Au passage les flics ont saccagé plusieurs commerces et volé
des outils et de l'argent. En réponse, d'autres paysans ont bloqué
la route de San Martín Chamizal, mais se sont faits déloger.
Les paysans demandent une enquête de la Commission Nationale des
Droits Humains.
Chiapas toujours : César López Trejo, dirigeant de Arriera
Nocturna, organisation paysanne indépendante, a été
kidnappé par des membres du groupe paramilitaire Los Chinchulines
et des gardes-corps de la famille Setzer (grands propriétaires terriens
de la région).
Publication d'un communiqué signé par le sous-commandant
Marcos, et adressé aux comités de solidarité, pour
les remercier de "la main que vous nous tendez pour que nous ne tombions
pas dans l'oubli". Il parle aussi de la IIe intergalactique, grâce
à laquelle les zapatistes espèrent mieux connaître
nos "histoires collectives de rébellion et résistance".
Selon la coordinatrice du Programme National de la Femme (officiel), plus
de 200.000 femmes avortent clandestinement chaque année au Mexique,
et l'avortement est la quatrième cause de mortalité féminine
dans le pays.
Deux jésuites (Gonzalo Rosas et Jerónimo Hernández)
et deux dirigeants paysans (Francisco González Gutiérrez
et Ramón Parcero Martínez) ont été arrêtés
illégalement à Palenque. Les autorités les accusent
d'avoir participé à une embuscade contre des policiers après
le blocage de la route de la veille. Selon les autorités, deux policiers
seraient morts et cinq autres blessés. 300 flics portant deux cercueils
se sont rassemblés devant l'église puis devant le local de
Xinich en criant "Curés assassins ! Justice !". Le Diocèse
de San Cristóbal s'en est mêlé, dénonçant
une affaire montée de toutes pièces : au moment des "faits",
les prêtres en question voyageaient entre San Cristóbal et
Palenque, et se trouvaient très loin des lieux. Jerónimo
Hernández est un conseiller de l'EZLN. En 1991 il a participé
à l'organisation d'une marche de Palenque à Mexico pour dénoncer
la répression exercée par le gouverneur de l'époque
(marche qui s'appelait Xinich : "fourmi" en Chol). En 1994, certains
l'accusaient même d'être le sous-commandant Marcos. Xinich
est, par sa trajectoire politique et sa capacité de mobilisation
et de résistance, l'une des plus importantes organisations paysannes
du Chiapas. Elle a été constamment réprimée,
et ses membres sont régulièrement expulsés de terrains
qui leur appartiennent légalement. Dernièrement, le pouvoir
a nourri une dissidence interne qui a affaibli l'organisation.
Plus de 5.000 indiennes, venues d'une dizaine de municipalités (San
Andrés, Chenalhó, Pantelhó, El Bosque, Simonjovel,
Huitihupan, Tenejapa....), ont manifesté en passe-montagnes à
San Andrés Larráinzar (Chiapas). Avant la manif, elles se
sont rassemblées devant l'une des plus importantes casernes de la
zone, pour demander le retrait de l'armée du Chiapas et l'arrêt
des patrouilles dans les communautés. Au cours de la manif, elles
ont exigé le respect des accords de San Andrés et la reprise
des négociations avec l'EZLN, demandé à la COCOPA
de défendre son projet de loi pour ne pas devenir "complice
du gouvernement", et dénoncé les attaques contre la
coopérative de femmes Jolom Mayaetik (cf. Ya Basta ! précédent).
La manif s'est terminée par un meeting où plusieurs textes
ont été lus. L'un d'eux disait que les femmes voulaient "que
tous les hommes [...] y compris les chevaliers errants comme don Durito
de la Lacandone, fassent un pas vers le monde privé, et partagent
la responsabilité des tâches domestiques et abandonnent le
machisme et la violence qui les caractérisent ; [un pas] qui implique
non seulement un changement social, politique et économique, mais
aussi un changement de façon d'être". [Paf ! Bien envoyé
!... NdC]. Des femmes zapatistes ont aussi manifesté à San
Cristóbal, Ocosingo, Yajalón, Palenque et ailleurs.
Pour la journée internationale des femmes, 4.000 manifestant(e)s
on défilé à Mexico, dénonçant entre
autres choses "le viol et le harcèlement sexuel dont sont victimes
les femmes indiennes des zones zapatistes, et qui font d'elles un butin
de guerre".
Dans une interview clandestine, un commandant de l'EPR dit que si le gouvernement
passait à l'offensive au Chiapas, l'EPR s'y mettrait aussi pour
essayer "d'arrêter le bain de sang dont le gouvernement menace
le mouvement zapatiste".
Version indienne de l' "embuscade" contre la police dans la
municipalité de Palenque (cf. 9 mars) : des indiens choles racontent
que lorsqu'ils ont appris l'expulsion de leurs camarades qui occupaient
le terrain, "500 personnes se sont réunies et ont bloqué
la route pour empêcher que les policiers en emmènent quelques
uns (...) Quand nous leur avons dit pourquoi nous bloquions la route, depuis
un hélicoptère ils nous ont répondu avec un porte-voix
qu'ils n'avaient arrêté personne. Les policiers qui étaient
au sol nous ont demandé de former une délégation pour
dialoguer. Nous étions à peine en train de former cette commission
qu'ils ont commencé à tirer en l'air et à lancer des
gaz lacrymogènes pour provoquer l'affrontement, affrontement dans
lequel quatre paysans ont étés blessés à coup
de bâtons" . Ils affirment qu'il n'y a pas eu de policiers morts
ou blessés : "nous n'avons pas d'armes", et que les accusations
contre les prêtres sont fausses : "cela fait longtemps qu'on
cherche à les accuser. Ce n'est pas juste, ils n'étaient
pas là". Les paysans expulsés ont pour leur part annoncé
qu'ils allaient à nouveau occuper le terrain, où ils ont
des cultures. "Même au prix de notre vie, ils ne nous arrêteront
pas, car nous sommes à la rue".
Les avocats des jésuites et des dirigeants paysans arrêtés
à Palenque dénoncent qu'ils ont été battus
et isolés. Des ONGs, ainsi que le PRD et le Congrès National
Indigène exigent leur libération. Selon David Fernández,
président du Centre des Droits Humains Miguel Agustín Pro
Juárez, ces arrestations visent à contrer les efforts de
la CONAI et de plus de 200 autres organisations sociales pour renouer le
dialogue de paix.
Des communautés indiennes des municipalités de Huitiupan,
Simonjovel, El Bosque, San Andrés Larráinzar, Sabanilla et
Tila (Chiapas) ont écrit au président Zedillo, à la
COCOPA et à la CONAI pour demander le retrait de l'armée
fédérale. Ils disent que la présence des soldats brise
leur tranquillité et provoque alcoolisme et prostitution chez les
jeunes.
Samuel Ruiz, évêque de San Cristóbal et président
de la CONAI, entame une tournée en Europe. Il recevra un doctorat
honoris causa de l'Université de Barcelone et rencontrera des collectifs
de solidarité espagnols, avant d'aller à Bruxelles s'entretenir
avec des hommes politiques européens et des associations belges
qui soutiennent le travail de la CONAI.
Dans un article paru dans La Jornada, Luis Hernández Navarro souligne
les contradictions de la COCOPA (cf. 6 mars) : le 29 novembre dernier,
elle avait rendu une proposition de réforme constitutionnelle portant
sur les droits et cultures indiennes, demandant aux zapatistes et au gouvernement
de ne répondre que par "oui" ou "non", et disant
qu'elle ne recevrait aucune observation et ne réouvrirait pas la
négociation ; l'EZLN a accepté le texte, mais le gouvernement
a demandé des modifications. Et aujourd'hui, la COCOPA est prête
à renégocier son texte...
Plus de 5.000 personnes ont participé à Mexico à la
Convention Nationale du Barzón. Elles ont décidé de
reconduire leur alliance avec le PRD (opposition de centre-gauche) pour
soutenir des candidats communs aux élections de juillet prochain.
Selon l'Unicef, près de 2 millions d'enfants mexicains de moins
de cinq ans souffrent de malnutrition ; et dans les communautés
indiennes, 35,8 %.
Les jésuites et les dirigeants de Xinich ont été
mis en examen pour meurtre, trouble de l'ordre public, association de malfaiteurs
et violences. Jerónimo Hernández est de plus accusé
de détention d'arme à feu. Raúl Vera López,
co-évêque de San Cristóbal, dénonce la "guerre
de basse intensité contre des religieux". Dans les médias
(aux ordres) du Chiapas, une intense campagne a commencé contre
les détenus.
Le Centre des droits humains Miguel Agustín Pro Juárez dénonce
auprès de la CNDH (Commission Nationale des Droits Humains, officielle)
les atteintes aux droits humains commis par l'armée et la police
lors de 45 opérations menées entre juillet 1996 et janvier
1997 "contre l'EPR" (raison officielle). L'ONG a répertorié
un meurtre, 122 détentions arbitraires, 31 cas de harcèlement
ou menaces, 38 kidnappings, 19 cas de torture, 9 délits "fabriqués",
6 disparitions, 4 installations de barrages routiers illégaux...
La Confédération des Travailleurs du Mexique (la plus grande
fédération de syndicats, contrôlée par le pouvoir)
annonce que pour la troisième année consécutive, le
défilé officiel du 1er mai sera annulé.
A Mexico, 10.000 étudiants de la Unam (la principale université
du pays) se sont rassemblés pour demander la libération des
deux jésuites et des deux paysans détenus au Chiapas. La
commandante Ramona, qui était présente, a fait un discours.
L'église catholique mexicaine exige la libération des détenus.
Dans un article publié par La Jornada, Antonio García de
León relève quelques troublantes coïncidences de l'histoire
du Chiapas. Ainsi, il nous rappelle qu'en mai 86, l'armée et la
police avaient violemment dispersé des paysans qui bloquaient des
routes pour exiger une hausse du prix du maïs ; il y avait eu quelques
morts, des blessés et des arrestations. Des paysans qui allaient
en délégation négocier avec les autorités avaient
été arrêtés, torturés et condamnés
à de la prison. Jorge Enrique Hernández Aguilar, journaliste
et conseiller des protestataires qui les accompagnait, avait subi le même
sort, et avait en outre été condamné pour port d'arme,
la police ayant trouvé sur lui un pistolet (un Star numéroté
S735977, selon les journaux de l'époque). A Mexico, Eraclio Zepeda
Ramos, alors député du Parti Socialiste Unifié du
Mexique dénonçait la répression... Histoire ancienne
: aujourd'hui Zepeda Ramos est ministre de l'Intérieur du Chiapas,
et Hernández Aguilar chef de la police de l'état : c'est
eux qui dirigent la répression. Mais curieusement, le pistolet que
la police a "trouvé" dans les affaires du jésuite
Jerónimo Hernández est le même que celui "trouvé"
sur Hernández Aguilar en 1986 (Star n° S735977)...
Dans une conférence de presse clandestine à Mexico, l'EPR
présente Jorge Salas Dircio, qui travaillait avec eux avant d'être
arrêté et torturé par les services de contre-insurrection.
Celui-ci raconte que ses tortionnaires l'ont obligé à collaborer
avec eux, et qu'on lui a montré des photos des personnes qu'il devait
"dénoncer" : des militants de diverses organisations et
de simples citoyens du Guerrero. Mais une fois libre, il a prévenu
les guérilleros. Salas Dircio précise que des étrangers,
apparemment des américains, participaient aux tortures.
Rassemblement organisé par le FZLN devant les bureaux de l'état
de Chiapas à Mexico, pour exiger la libération des 4 personnes
arrêtées à Palenque. La hiérarchie catholique
mexicaine annonce une mobilisation nationale si les jésuites ne
sont pas libérés. Au Chiapas, de milliers de catholiques
ont participé à un "pèlerinage" de Chilón
et Tila à Yajalón pour exiger la libération des détenus.
Affrontement entre soldats de l'armée fédérale et
présumés combattants de l'EPR près de Yerbasantita
(Guerrero). Un soldat et un guérillero seraient morts.
Dans un communiqué daté du 9 mars, l'EZLN répond
à la proposition de la COCOPA (cf. Ya Basta n° 13, 5 mars 97,
et encadré dans ce n°).
Libération, faute de preuves, des jésuites Jerónimo
Hernández López et Gonzalo Rosas, et des militants de Xi
Nich Ramón Parcero Martínez et Francisco González
Gutiérrez (ils étaient accusés d'avoir participé
à une embuscade contre la police à Palenque, cf. Ya Basta
! précédent).
Rumeur d'affrontements entre l'armée fédérale et des
inconnus dans la municipalité de Coyuca de Catalán (Guerrero).
Il y aurait 6 morts, dont 2 soldats.
45 cantonniers du Tabasco ont occupé pendant quelques heures le
hall de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH, officielle),
pour exiger que le gouvernement du Tabasco respecte l'accord qui avait
mis fin au conflit le 22 janvier dernier (sur la lutte des cantonniers
du Tabasco, cf. Ya Basta ! n°6, 5 et 6 janvier 97, n°7, 15, 16
et 17 janvier, n° 8, 19, 20, 21 et 23 janvier, et n° 12, 22 février).
Les autorités prétendent ne payer que 40 % des indemnités
légales.
Au procès (à Houston, États-Unis) de Mario Ruiz Massieu
(cf. Ya Basta ! n°11, 16 février), un témoin affirme
que plusieurs anciens Procureurs de la République (dont Ignacio
Morales Lechuga, qui fut ambassadeur en France entre 1994 et 1995) recevaient
de l'argent des barons de la drogue. Lechuga nie.
Après plusieurs jours de polémique, les États-Unis
décident de suspendre l'octroi au Mexique du statut de "pays
collaborant à la lutte contre le trafic de drogue" (cf. Ya
Basta ! n°s. 12, 19 février, et 13, 1er mars), et de lui donner
30 jours pour prouver qu'il offre des "garanties de progrès"
dans la collaboration entre les deux pays. Les États-Unis réclament
l'augmentation de la présence au Mexique d'agents américains
de lutte contre la drogue, le port d'arme pour ces agents, une action du
gouvernement mexicain contre la corruption de la police, etc.
Violents affrontements entre des paysans proches du PRI, appuyés
par la police, et des sympathisants zapatistes et des militants du PRD
à San Pedro Nichtalucum (municipalité de El Bosque, Chiapas).
Depuis longtemps le village est divisé, et des autorités
"rebelles" (PRD, proches des zapatistes), s'opposent aux "officielles"
(PRI). Jeudi dernier, les contestataires, qui font partie de l'Union de
Communautés Indigènes de la Zone Nord (Uncizon), ont occupé
les bureaux des autorités officielles pour demander des éclaircissements
sur l'utilisation des ressources de la communauté ; le lendemain,
il y a eu des séquestrations de part et d'autre, et 200 flics ont
débarqué pour libérer les PRIistes. Bilan : 4 morts,
4 blessés, et 27 arrestations côté Uncizon, et 6 blessés
chez les flics ; selon les proches des victimes, la police a ouvert le
feu sur des paysans désarmés et un blessé au moins
a été achevé. Les personnes arrêtées
ont été tabassées.
A cours d'une conférence de presse, les jésuites libérés
la veille déclarent que leur détention fait partie du "harcèlement
que nous subissons quotidiennement, à cause du soutien pastoral
que nous offrons aux communautés indigènes", et que
les commanditaires en sont les groupes locaux qui ont des intérêts
sur les terres du nord-Chiapas.
Dans une réponse au texte zapatiste publié la veille, la
COCOPA déclare que malgré "le coût politique"
de la chose, ils sont obligés de "chercher tous les chemins
possibles pour la signature d'un accord de paix avec justice et dignité",
et propose une nouvelle réunion à l'EZLN.
Selon les chiffres officiels, l'économie informelle (c'est à
dire non déclarée) représente 20 % de l'activité
commerciale du Mexique.
Le sous-directeur de la Drug Enforcement Agency (DEA, organisme américain
de lutte contre la drogue) déclare, dans le Miami Herald que le
Mexique est le plus corrompu des pays où travaillent ses agents
: "il n'y a pas une seule organisation, pas un seul groupe gouvernemental
au Mexique avec lequel nous ayons travaillé en qui nous ayons une
totale confiance".
A Mexico, 500 personnes participent à la Première Rencontre
Nationale pour la Paix (cf. Ya Basta ! n°10, 8 février 97).
Ils demandent le soutien d'organismes internationaux (dont l'ONU) pour
essayer de résoudre le conflit au Chiapas.
Procès de Mario Ruiz Massieu : la justice américaine décide
de confisquer 8 des 9 millions de dollars déposés par l'accusé
dans des banques aux États-Unis, Ruiz Massieu n'ayant pas pu prouver
que cet argent ne provient pas du trafic de drogue.
25 des paysans arrêtés à San Pedro Nichtalucum ont
été mis en examen, accusés d'avoir participé
aux affrontements de la veille. 70 familles sympathisantes zapatistes ont
quitté le village pour se réfugier dans des communautés
voisines. Il y a aussi deux disparus.
A propos de la récente détention des jésuites de Palenque,
un anthropologue et ancien jésuite déclare à La Jornada
: "Ca me surprend toujours : chaque semaine, chaque jour, se produit
une injustice contre un paysan quelconque du Chiapas, mais pratiquement
personne ne bouge. Il faut que ce soient deux prêtres qui soient
les victimes pour qu'il y ait une mobilisation (...)".
Richesse de la faune et flore du Chiapas : selon l'ONG Conservacion Internacional
sur un hectare de jungle Lacandone, ont peut trouver 30 essences d'arbres
différentes, 50 espèces d'orchidées, 40 sortes d'oiseaux,
20 de mammifères, 300 de papillons et 5.000 d'invertébrés
divers. La région renferme 28 % des espèces mammifères
du Mexique, 31 % des espèces d'oiseaux, 11,7 % des reptiles, etc.
Après une manifestation, 3.000 indiens de l'OCEZ (Organisation
Paysanne Emiliano Zapata, indépendante) ont occupé la mairie
de Venustiano Carranza (Chiapas) pour commémorer les 40 jours de
l'assassinat de José Manuel Ramírez de la Torre (cf. Ya Basta
n°10, 10 février 97). Les paysans exigent, en bloc : la disparition
des groupes paramilitaires, le retrait de la police de la municipalité,
l'élection de nouvelles autorités, la libération de
leurs prisonniers politiques et une baisse du prix de l'électricité.
Des membres d' Alianza San Bartolomé de Los Llanos (groupe paramilitaire
proche du PRI, responsable de l'assassinat de Ramírez de la Torre
et de nombreux autres, cf. Ya Basta ancienne formule n°69, encadré)
ont essayé d'empêcher l'occupation de la mairie en tirant
en l'air. Depuis ils surveillent de près la mairie occupée,
et le risque d'affrontements est grand.
Dans un rapport envoyé au Comité des Nations Unies pour l'Élimination
de la Discrimination Raciale (CEDR), le gouvernement mexicain assure vouloir
arriver par la négociation à la paix au Chiapas. Il estime
que l'EZLN a refusé les rectifications apportées par ses
soins au projet de la COCOPA par "méconnaissance juridique".
Le CEDR est sceptique : le rapport ne répond pas a "nos recommandations
(...) en août 1995 [le gouvernement] a accepté de nous informer
régulièrement sur l'application de la justice pour les indiens,
mais il ne l'a pas fait". Sur le cas du Chiapas, les experts soulignent
plusieurs contradictions : "On parle de normalité dans l'état,
mais concrètement le dialogue de paix est suspendu ; le gouvernement
ne respecte pas les accords de San Andrés et méconnaît
la convention n°169 de l'Organisation Internationale du Travail, relative
à la protection des travailleurs indiens ; la COCOPA a été
mise en difficulté, et les groupes paramilitaires comme Paix et
Justice et les Chinchulines continuent de réprimer les indiens sous
l'oeil bienveillant des autorités".
Mutinerie dans la prison de Santa María Ixcotel (Oaxaca). Officiellement,
c'est un affrontement entre des factions rivales qui a fait 6 morts et
60 blessés. Mais un leader des prisonniers raconte que le sous-directeur
de la prison est arrivé, à la tête de 100 détenus,
pour essayer de tuer les dirigeants, provoquant la colère d'autres
prisonniers, qui ont répondu à l'agression. Une enquête
a été ouverte.
Selon Martha Lamas, directrice du Grupo de Información en Reproducción
Elegida (GIRE, Groupe d'Information pour le Choix en matière de
Reproduction), 800.000 avortements clandestins sont pratiqués chaque
année au Mexique, et 1.000 femmes en meurent (l'avortement est interdit).
La tension monte à Venustiano Carranza (Chiapas) où l'OCEZ
occupe toujours la mairie. Alianza San Bartolomé de Los Llanos harcèle
les occupants, et séquestre 6 personnes, dont 2 mineurs. En réponse,
d'autres paysans de l'OCEZ ont séquestré 7 militants du PRI.
Le Centre des Droits Humains Fray Francisco de Vitoria dénonce l'existence
de prisons clandestines dans des casernes et des bases navales de l'armée
mexicaine "surtout dans le Guerrero, Oaxaca et le Chiapas". Dans
ces prisons, dont la plus célèbre est celle du champ militaire
n°1, à Mexico, croupissent les "disparus" ; la torture
y est systématique. Ces 9 dernières années (sous les
gouvernements Salinas et Zedillo) les ONG's ont répertorié
520 disparitions d'opposants (indiens, paysans, leaders syndicaux, etc).
Dans un communiqué, le Centre des droits humains Fray Bartolomé
de las Casas (présidé par Samuel Ruiz, évêque
de Sans Cristóbal) affirme que la violence des derniers jours à
El Bosque est "un prétexte pour militariser le dernier des
cols de la région, afin de fermer le cercle militaire" autour
de l'EZLN, et prévoit l'intensification de la violence dans l'état.
Par ailleurs, le Centre des droits humains Miguel Agustín Pro Juárez
affirme que dans cette municipalité "on est en train de frapper
à nouveau les groupes organisés qui ont choisi la voie pacifique
pour exprimer leurs demandes".
Plus de 30 organisations indépendantes participeront à la
création d'un "campement civil d'observation" à
San Agustín Loxicha (Oaxaca). Ce campement veut dénoncer
la violation des droits humains dans la région, exiger la libération
des prisonniers politiques et le retrait de la police et de l'armée
de la région, demander la démission des autorités
municipales, faire appel à la solidarité nationale et internationale
pour "faire savoir aux peuples qui subissent la répression
qu'ils ne sont pas seuls". Dans cette région, les autorités
ont arrêté 110 personnes depuis 7 mois (52 sont toujours en
prison), dans le cadre de la lutte contre l'EPR.
La mairie de Venustiano Carranza (Chiapas) est toujours occupée, et des fusillades sporadiques opposent les deux groupes ; un paysan qui n'appartenait ni à l'une ni à l'autre des organisations est mort, pris entre deux feux. Les commerces et les écoles du bourg sont fermés à cause de la tension.
Au Salon Mondial du Tourisme, à Paris, une trentaine d'"amis de Durito" sont intervenus sur le stand "Mexique" en déployant une banderole et distribuant des tracts dénonçant l'injustice, la terreur et la corruption qui règnent dans ce beau pays. Les flics ont pris les identités de quelques-uns des protestataires.
Depuis 19 jours, on a compté 5 conflits violents au Chiapas,
qui ont fait 18 morts et plus de 20 blessés.
A Maravilla Tenejapa (municipalité de Las Margaritas, Chiapas),
lors de la visite de la commission législative qui "consulte"
les communautés indiennes du Chiapas en vue d'une redéfinition
des municipalités de l'état (redéfinition prévue
par les accords de San Andrés), plus de 3.000 zapatistes cagoulés
arrivés par surprise ont manifesté pacifiquement pour demander
le respect des accords de San Andrés, l'acceptation du projet de
loi de la COCOPA, le retrait de l'armée fédérale des
communautés et faire savoir à la commission qu'ils ne reconnaîtront
pas les consultations si elles ne sont pas faites sérieusement.
80 flics en civil armés de bâtons, machettes et fusils ont
violemment délogé le "campement civil d'observation"
de San Agustín Loxicha (cf. 20 mars). 4 blessés graves et
15 disparus. Selon la version officielle, "la population" du
village s'est organisée pour chasser "un groupe d'enseignants"
qui essayait d'occuper la mairie (le campement était installé
dans une école publique, à 400 mètres de la mairie)
[NdR : comme on le voit, la transparence est plus que jamais une vertu
essentielle du régime mexicain....]
Les États-Unis avancent dans la construction du triple mur de
14 km sur la frontière avec le Mexique (zone de Tijuana-San Diego).
L'investissement est cette année de 4,3 millions de dollars, et
on prévoit la fin des travaux pour dans 3 ans. Il y aura un premier
mur métallique, 10 mètres plus loin un deuxième formé
de poteaux de béton de 4 mètres de haut, et encore ving mètres
plus loin un autre mur en béton.
Résultats des élections qui ont eu lieu dans le Morelos (état
voisin de la capitale du pays) le 16 mars : l'opposition (PRD et PAN) a
remporté les principales villes et la majorité à l'assemblée
locale.
Dans le Guerrero, Guadalupe Valentino Lopez Carrasco (ex-maire de Malinatelpec)
et Nicasia Hernandez Petatan (sa femme), militants du PRD et pour les droits
des indiens, ont été assassinés dans une embuscade.
On n'en sait pas plus.
Des représentants de diverses ONG's ont apporté 20 tonnes
d'aide humanitaire collectée les jours précédents
à Mexico aux habitants des communautés zapatistes de Oventic,
La Realidad, Roberto Barrios, Morelia, La Garrucha et Las Tazas.
Plus de 150 policiers ont violemment chassé 300 indiens qui bloquaient
l'autoroute qui relie San Cristóbal à Tuxtla Gutiérrez,
pour demander la libération de Manuel Collazo, président
de l'Organisation des Peuples Évangéliques des Altos du Chiapas
(OPEACH), en prison depuis février (il est accusé d'avoir,
à la tête de 80 hommes fortement armés, attaqué
le 30 janvier dernier la prison de San Cristóbal pour libérer
2 prisonniers (selon les indiens, il est innocent, et les autorités
municipales ont d'ailleurs retiré leur accusation). Bilan approximatif
: plus d'une centaine d'arrestations et des blessés. Les responsables
des hôtels, restaurants, agences de voyage... de la région
ont remercié le gouverneur de l'État pour avoir mis fin au
blocage de la route, préjudiciable au tourisme...
Une vingtaine de personnes ont attaqué un train de marchandises
à Acultzingo (Veracruz). Ils ont emporté des sacs de sucre
et près de deux tonnes de maïs. Selon le maire de la ville,
cela est dû la misère.
L'Union Européenne a accordé un budget de 300.000 dollars
à l'Académie Mexicaine des Droits Humains (AMDH) pour l'observation
des élections de juillet prochain à Mexico. Le gouvernement
mexicain veut que cet argent soit géré par l'Institut Fédéral
Électoral (IFE) et non par une ONG. L'IFE est la plus haute autorité
électorale. Elle est théoriquement indépendante du
pouvoir... théoriquement...
La réunion européenne de préparation de la 2e Rencontre Intercontinentale contre le néolibéralisme et pour l'humanité débute à Prague (elle durera 3 jours). A l'ordre du jour : dépouillement de la consultation internationale pour définir les objectifs et les thèmes de la rencontre, analyse du budget et des moyens de financement [aie-aie-aie !!!!, NdR], mise en place des commissions d'organisation, etc. Un compte-rendu sera bientôt disponible.
Le PRD dénonce que l'un des ses militants a été
assassiné à Tierra Caliente (Guerrero). On ne connaît
plus de détails.
Au cours de leur homélie pascale, Samuel Ruiz, l'évêque
de San Cristóbal, et son coadjuteur Raúl Vera López
ont déclaré que l' "abus de pouvoir, la falsification
des faits, la condamnation des innocents, entre autres choses, précipitent
la société mexicaine dans un engrenage de mort, de souffrance,
de douleur et d'angoisse" (allusion aux événements de
Palenque d'il y a deux semaines ?).
Nous avons reçu une lettre de l'ambassade du Mexique à Paris, signée d'un ministre (fichtre !) qui, "compte tenu de l'intérêt que [nous portons] au bien être des communautés indiennes mexicaines, [se permet] de nous faire parvenir un extrait [...] d'un discours du Président Zedillo", et nous renouvelle les assurances de sa parfaite considération. Dans le discours en question, "très bien reçu par la société mexicaine, en particulier par les communautés indiennes" [NdR : y a pas d'mal à s'faire du bien...], on apprend que "le Gouvernement mexicain réitère sa promesse [Ah !... les promesses du gouvernement ! ...] de lutter contre la pauvreté et l'exclusion dont les communautés indiennes sont particulièrement victimes", que pour cela il est prêt à réformer la Constitution Mexicaine, mais "en acceptant seulement les réformes qui revendiquent les droits authentiques et légitimes" [ouf ! on a eu peur...], et pas "les revendications de droits politiques [qui pourraient] conduire les communautés indiennes au mensonge et à la manipulation", ceci pour "préserver [...] l'unité de la Nation". Ce qui, propagande et démagogie mises à part, signifie que le gouvernement n'a pas l'intention d'appliquer les accords de San Andrés, qu'il a pourtant signés: bref, rien de nouveau sous le soleil...
De retour d'une tournée de 4 jours dans la zone nord du Chiapas, la députée fédérale Adriana Luna Parra a fait savoir que "la sécurité n'existe pas pour la population". Assassinats, viols, kidnappings, intimidations et vols, attribués à l'organisation PRIiste Paix et Justice ont obligé 4.000 chiapanèques de 4 communautés des municipalités de Tila et Sabanilla à se réfugier dans d'autres. Dans les communautés de Jolnistie et Masholja Shulja (municipalité de Tila), et Paraíso et Buenavista (municipalité de Sabanilla), les dirigeants de Paix et Justice - Marcos Albino, autorité coutumière de Tila, et Diego Vasquez - décident de qui entre et qui sort du village, à quel parti on doit appartenir, et quels enfants pourront aller à l'école. Des indiens et paysans ont essayé de faire intervenir les autorités municipales et fédérales pour rétablir un climat de paix, mais "il n'y a eu aucun signe officiel, jusqu'à présent, qui permette d'être optimiste".
A Masholja, il y a eu ces derniers temps 11 assassinats et vols contre des indiens choles, un assassinant à Paraíso, et à Buenavista, Guadalupe et Rebeca Pérez Torres (11 et 14 ans) ont été kidnappées, séquestrées et torturées pendant plus de 10 jours. Interpellé, David Gomez, Sous-procureur aux Questions Indiennes et directeur de la Commission des Droits Humains de l'administration judiciaire de l'état, a simplement répondu qu'on allait collecter les plaintes (ce qui signifie que les enquêtes n'ont pas commencé, et que le seul engagement des autorités est de prendre acte des crimes).
Les indiens et paysans déplacés qui ont essayé de retourner à leurs communautés d'origine se sont vus imposer par Paix et Justice une série de conditions qui les obligent à vivre pratiquement en état de siège : on exige d'eux qu'ils payent une amende de 1.000 à 1.500 pesos, qu'ils signent une lettre dans laquelle ils déclarent renoncer à faire partie de toute organisation ou parti politique autre que le PRI ; on ne leur permet pas de circuler librement, et ils ne peuvent entrer ou sortir du village qu'avec des sauf-conduits signés de Paix et Justice ; leurs enfants ne peuvent pas aller à l'école, "parce que (...) leurs parents sont sympathisants du PRD".
Devant la terreur entretenue par Paix et Justice et l'indifférence du Gouverneur Julio César Ruiz Ferro et du secrétaire du gouvernement fédéral Eraclio Zepeda, les déplacés se sont organisés. Ils réclament le rétablissement de la libre circulation, la fin des hostilités, le châtiment des auteurs des assassinats de ces trois derniers mois, l'indemnisation des pertes subies à l'occasion de leur déplacement, la restitution des documents civils et cadastraux qu'on leur a pris ou brûlés au cours des événements dont ils ont étés victimes, et la liberté des personnes emprisonnées à Cerro Hueco sans ordre d'incarcération.
Il faut ajouter que les troubles dans cette région, où la présence zapatiste est assez faible, datent au moins de 1994 ; mais récemment la situation a empiré. Les indiens mis à l'yabasta par Paix et Justice, ne pouvant sortir cultiver leurs terres, souffrent de faim. Leurs seuls recours sont les ONGs comme Pastores por la Paz et Fray Bartolomé de Las Casas, qui apportent de l'aide humanitaire et dénoncent les violences. Si bien que Paix et Justice s'en prend de plus en plus aux ONGs : une caravane de Pastores por la Paz a été attaquée, et un membre de Fray Bartolomé a été blessé en tombant dans une embuscade. Si les ONGs devaient renoncer, la région serait livrée aux gardes blanches.
(Anasthasia, d'après un article de Juan Manuel Venegas paru dans La Jornada, et quelques autres infos)
Communiqué de l'EZLN adressé à la COCOPA (extraits). 9 mars 1997
(...) Messieurs les parlementaires, votre lettre oublie le principal. Quelle est votre position par rapport à la contre-proposition gouvernementale ? Il est peut-être temps qu'on la connaisse, à présent que vous avez pratiquement été mis de côté par le gouvernement fédéral.
Dans votre lettre ouverte, vous dites que vous maintenez votre proposition du 29 novembre 1996. Mais la suite contredit cette affirmation, parce que vous n'allez pas jusqu'au bout, et que de plus, vous proposez de réouvrir la négociation. Non ? Bon, bien sûr, vous ne proposez pas de réouvrir la négociation. En vérité vous proposez que tout recommence, que nous fassions comme s'il ne s'était rien passé, comme s'il n'y avait pas eu la guerre, un dialogue, et une négociation, et la trahison, le harcèlement et la persécution, le mensonge et la tromperie, les chantages, le racisme et caetera. Vous nous proposez de revenir en arrière. Jusqu'où ? Jusqu'à la trahison du 9 février 1995 ?
(...) Dans votre lettre, messieurs les parlementaires, vous oubliez que l'une des parties, le gouvernement fédéral, refuse de tenir ses engagements et bloque donc la poursuite du processus de paix. La COCOPA sollicite une réunion, en voulant ignorer que les conditions militaires ont changé, que la traque des dirigeants de l'EZLN s'est renforcée, et que la confiance a subi un coup mortel (quelques détails : de nouvelles positions militaires qui resserrent l'encerclement stratégique de la zone de La Realidad, l'augmentation du harcèlement, d'importantes patrouilles d'artillerie terrestre -trois fois plus importantes et trois fois plus fréquentes- sur la route de La Realidad ; de constantes patrouilles aériennes nocturnes ; la collaboration éhontée des gardes blanches et de la police dans le nord du Chiapas ; l'augmentation des expulsions ; des unités spéciales de l'armée chargées de recueillir des informations et de rechercher les dirigeants zapatistes ; l'augmentation des désertions dans les rangs fédéraux, due à la certitude d'une offensive gouvernementale imminente). (...)
Vous avez traîné presque deux mois pour prendre position vis à vis du refus gouvernemental de respecter les accords de San Andrés. Vous ne répondez que maintenant, alors que les dernières pluies s'évaporent dans la jungle, et que les forces gouvernementales bénéficient des conditions climatologiques les plus favorables pour attaquer.
En vous écartant, messieurs les parlementaires, et en pariant sur la faim que la "période sèche", comme on l'appelle, fait subir aux peuples indiens du Chiapas, le gouvernement espère nous obliger à accepter de faire marche arrière dans l'accomplissement des accords que sa délégation a signé à San Andrés il y a plus d'un an. Il essaye d'utiliser la COCOPA comme une aide de guerre.
Messieurs les parlementaires, peut-être est-ce que vous supposez que votre position débloquera le dialogue et permettra le redémarrage du processus de paix. Vous vous trompez. Cela ne débloque pas le dialogue ; cela le pousse à la limite de la rupture.
Il ne faut pas oublier que seule la COCOPA peut déclarer rompu le dialogue. On peut s'attendre à ce que, après l'avoir obligée à accepter le refus du gouvernement d'appliquer les accords, Mr Zedillo essayera que la COCOPA lui accorde une justification légale pour l'attaque militaire. Pour cela il faut que la rupture du dialogue soit déclarée. (...)
Dans le même temps où les accords ne sont pas appliqués, l'armée fédérale avance (à El Corozo il y a un nouveau détachement de 100 soldats, occupés à se saouler et à violer les indiennes du PRI ; une autre unité a pris position à Luis Espinoza), elle envoie des unités spéciales localiser les dirigeants zapatistes (dans chaque vallée on se renseigne sur Marcos, combien d'armes il possède, et combien de munitions, combien de personnes l'accompagnent, où il bivouaque), elle resserre l'encerclement stratégique et tactique (le village de La Realidad, où nous nous réunissions avec vous, est pratiquement assiégé, et tous les jours d'importantes colonnes d'artillerie et de troupes d'assaut spéciales la surveillent), on manigance des expulsions pour provoquer des affrontements armés (Palenque en est l'exemple le plus récent), les gardes blanches bénéficient de l'impunité et du soutien de la police (la communauté Paraíso, à Sabanilla, vit sous état de siège), on poursuit et assassine des indiens (le nord Chiapas, toujours lui), on harcèle et emprisonne les conseillers de l'EZLN qui ont cru que la paix juste et digne était possible, et certains d'entre vous ne parlent que pour réclamer la disparition de la CONAI. (...)
Messieurs les parlementaires :
Le pari gouvernemental est clair, mais s'ils croient que la misère et la pression militaire nous pousseront à nous rendre, ils se trompent. S'ils croient que notre "baisse de popularité dans l'opinion publique" nous préoccupe et nous obligera à accepter n'importe quoi pour ne pas perdre l'audience de la presse, ils se trompent. S'ils croient que la peur de la mort et de la destruction nous acculera à un dialogue stérile et truqué, ils se trompent.
Nous n'avons pas de privilège politique à préserver, ni de côte de popularité à maintenir, ni un pourcentage dans les sondages à faire monter, ni de poste électoral à conquérir, ni de système politique pourri à essayer de sauver.
Nous n'avons rien, rien que la dignité.
Il faut bien que quelqu'un dise "ça suffit !", il faut bien que quelqu'un ait le sens de l'honneur, que quelqu'un tienne parole, il faut bien que quelqu'un soit conséquent.
Que ce soit clair : nous n'avons rien à perdre ; c'est pourquoi nous vous le répétons, à vous, au gouvernement, aux partis politiques, au Mexique et au monde : ça suffit ! Et nous assumons honneur, parole et conséquence.
Nous ne dialoguerons pas avec le gouvernement fédéral tant que ne seront pas remplies les conditions minimum qui feraient de ce processus de paix quelque chose de sérieux, de juste et de digne.
Au cours des 3 premiers mois de l'année, de multiples affrontements
(souvent provoqués par les groupes paramilitaires) ont fait 20 morts
et un millier de déplacés au Chiapas. Durant la même
période, la police a procédé à 830 interpellations
à l'occasion d'expulsions de terres, routes, etc, occupées
par des paysans (on peut estimer qu'une centaine de personnes arrêtées
en ces occasions est toujours incarcérée).
Un millier de militants du PRD ont manifesté à Chilpancingo
(capitale du Guerrero) pour exiger que la justice fasse la lumière
sur la mort de cinq des leurs, assassinés en différents endroits
cette semaine. Ils exigent aussi l'arrêt des détentions illégales
de leaders sociaux.
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