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Augmentation de 12 % du salaire minimum au Mexique (pourcentage nettement inférieur à celui de l'inflation). Augmentation de 6 % de l'essence et de l'électricité (d'ici à la fin de l'année, l'électricité aura augmenté de 17 %). Gonzalo Pastor Vinalay, militant de l'Organisation paysanne de la Sierra del Sur (OCSS, indépendante) a été assassiné à Tepetixtla, (Guerrero). Selon un dirigeant de l'OCSS, les responsables de cet assassinat sont des "caciques protégés par la police locale et par le gouvernement du Guerrero".
Clôture des accréditations pour la rencontre américaine pour l'humanité et contre le néolibéralisme (préparatoire à la rencontre intercontinentale de cet été) à San Cristóbal. Plusieurs centaines de personnes sont arrivées au Chiapas, dont une centaine de citoyens des États-Unis. Plusieurs personnalités participent à la rencontre par écrit, et ont annoncé qu'elles seraient personnellement au Chiapas cet été. C'est le cas de Noam Chomsky, James Petras, Mario Bennedeti et Eduardo Galeano. Ce dernier écrit : "L'initiative [de la rencontre], qui me paraît très opportune, mérite l'appui de nous tous qui croyons que la liberté de l'argent n'est pas la meilleure amie de la liberté des gens. Notre longue expérience historique nous apprend plutôt le contraire. L'économie du marché, qui jusqu'à récemment s'appelait capitalisme, est devenue religion universelle. Ses dieux exterminateurs nous réduisent à des marchandises et nous traitent comme si nous étions des ordures. Il n'est pas étonnant que le Chiapas se lève, dans ce triste monde de fin de siècle, comme le gai symbole de la dignité humaine qui refuse d'accepter cette pénitence pour destin". La mobilisation des travailleurs de Sutaur continue (Cf. Ya Basta ! précédent). Des assemblées générales de plus de 8.000 syndicalistes se tiennent très régulièrement. Dans le même temps le gouvernement essaie d'organiser une section syndicale "jaune" pour casser le mouvement. Indignation aux États-Unis et au Mexique après la diffusion par une chaîne de télé américaine d'une vidéo dans laquelle on voit des policiers américains frapper sauvagement des immigrants clandestins mexicains. Les deux gouvernements se disent consternés, mais ne disent pas que ce genre de choses est quotidien, et des deux côtés de la frontière (la police mexicaine n'étant pas en reste pour maltraiter ou racketter les personnes en situation irrégulière ou non qui essaient de passer la frontière en fraude). La presse mexicaine a eu connaissance d'un projet gouvernemental de "Programme intégral d'éducation, santé et alimentation" (PIESA). Il s'agirait de mieux maîtriser les dépenses publiques du secteur social, en limitant les subventions aux produits alimentaires (ces subventions, versées aux producteurs, permettent de maintenir les prix relativement bas). Pour cela, le gouvernement envisagerait de remplacer ces subventions par des subventions à l'achat, réservées aux personnes répertoriées comme pauvres, et titulaires d'une "carte-pauvres". Le projet table sur 14 millions de personnes vivant dans des conditions d'extrême pauvreté, alors que d'autres calculs, plus fiables, donnent au moins 30 millions. Ce projet commence à soulever de vives critiques à cause de la sélectivité implicite dans l'attribution des subventions (il semble que celles-ci seraient attribuées seulement à des familles ayant moins de trois enfants, si ceux-ci ont de bons résultats scolaires et s'ils se font soigner dans les hôpitaux publics).
La rencontre continentale américaine n'a pas pu commencer comme prévu dans la nuit du 3 au 4 avril. Le transport des participant(e)s de San Cristóbal à La Realidad a pris du temps, l'entreprise qui devait louer ses bus ayant rompu le contrat sans explication 48 heures plus tôt. D'autre part, quand les participant(e)s sont arrivés vers Las Margaritas, où ils devaient présenter leurs papiers d'identité aux autorités migratoires, ils se sont aperçus qu'un homme les filmait depuis une voiture. Ils lui ont confisqué son équipement, mais aussi une fausse carte de journaliste, des fiches de paye des renseignements généraux mexicains et un passe-montagne.
Selon une étude de la Procuraduría General de la República (l'équivalent du ministère de justice), plus de 130.000 paysans mexicains ont cultivé de la marijuana ou du pavot entre 1992 et 1995. Avant de se lancer dans ces cultures, ils gagnaient moins du salaire minimum.
La rencontre continentale américaine pour l'humanité et contre le néolibéralisme a commencé le 4 avril, avec près de 300 participant(e)s. Des délégations sont venues du Canada, des États-Unis, du Mexique, du Guatemala, du Costa Rica, du Venezuela, de Porto Rico, d’Équateur, du Brésil, du Pérou, du Chili, de l'Uruguay et de l'Argentine. Il y a aussi des observateurs de France, d'Allemagne et d'Espagne. Les discussions sont réparties en cinq commissions, qui ont pour thème la vie, la lutte et la résistance contre le néolibéralisme, sous quatre aspects : politique, économique, social et culturel ; une cinquième commission, "peuples indigènes d'Amérique" a été ajoutée. Les conclusions de ces discussions, et de celles des autres rencontres continentales (comme celle de Berlin, à laquelle vous êtes invité(e)s) seront analysées et discutées lors de la rencontre "intergalactique" qui se tiendra au Chiapas du 27 juillet au 2 août. Au nom de l'EZLN, le sous-commandant Marcos a lu le message d'inauguration de la rencontre continentale américaine. Le texte est dédié aux prisonniers présumés zapatistes. Marcos souhaite la bienvenue aux participants dans la forêt Lacandonne, laquelle “a déjà été visitée par différentes délégations de [leurs] gouvernements" : avions suisses, tanks français, hélicoptères américains, policiers espagnols... Plus loin, Marcos dit : "Diverses pensées, de différentes nations d'Amérique se rencontrent aujourd'hui à La Realidad. Elles sont convoquées, non pas en raison de leur nationalité, ni de leur couleur, ni de leur sexe, de leur culture, de leur langue. Il n'y a qu'une chose qui nous a amenés : la lutte, la lutte pour l'humanité et contre le néolibéralisme (...) Nous devons dépasser les lamentations et proposer de nouveaux chemins. Nous ne vous invitons pas à additionner des doléances (...) Nous vous convoquons pour donner une dimension continentale à l'espoir (...) Nous ne nous réunissons pas aujourd'hui pour changer le monde. Nous nous rencontrons ici avec un but plus modeste. Seulement pour construire un monde nouveau.". Le texte évoque les "auteurs intellectuels du délire qui nous convoque, les fous qui ont osé avant nous rêver nos aspirations : Manuelita Sáenz, Simón Bolívar, Ricardo y Enrique Flores Magón, Emiliano Zapata et Ernesto Che Guevara". Le texte dit aussi : "il y a 29 ans [après l'assassinat du Che], le pouvoir nous a dit que l'histoire était finie (...) Ils ont dit que la possibilité d'une réalité différente, meilleure, avait été supprimée. Ils ont dit que c'en était fini de la rébellion. Fini?". Puis il énumère différentes luttes menées cette semaine en Amérique Latine : manifestations massives en Bolivie et grèves de la faim pour des augmentations de salaire et contre les privatisations ; grève générale au Paraguay pour les mêmes raisons ; protestations au Chili contre l'entrée du pays dans le Mercosur (Accord de libre échange entre différents pays de l'Amérique du Sud) ; protestations au Venezuela contre la politique économique ; affrontements de vendeurs ambulants péruviens avec la police ; répression au Costa Rica de manifestants contre une décharge d'ordures... Il conclut en disant : "Nous sommes des êtres humains qui faisons ce qui doit être fait à La Realidad ["Realidad", ça veut aussi dire "réalité"], c'est-à-dire, rêver (...) Le grand pouvoir mondial n'a pas encore trouvé d'arme contre les rêves. Tant qu'il n'en trouvera pas, nous continuerons de rêver, c'est-à-dire, nous continuerons à triompher". Si tout va bien, on publie la traduction de ce texte la semaine prochaine dans un supplément. Les organisateurs de la rencontre n'ont pas laissé entrer les journalistes de El Nacional (le quotidien du gouvernement) ni de Notimex (l'agence de presse officielle).
Plusieurs participant(e)s à la rencontre continentale se sont déclaré(e)s pour la "résistance populaire" face au néolibéralisme qui "représente la misère et la mort" pour des millions de personnes. Le "Forum d'Action et Résistance contre la crise" a dit que les politiques néolibérales avaient amené les gens à vivre dans des conditions semblables à celles contre lesquelles se sont battus les ouvriers américains qui luttaient pour la journée de huit heures, il y a plus de cent ans. Cette organisation propose que la rencontre "intergalactique" discute d'adopter une résolution en faveur de la réduction du temps de travail de 8 a 6 heures par jour et le plein emploi, ce qui amènerait "un meilleur partage des richesses". Manifestations aux États-Unis contre la violence policière à l'encontre des immigrants clandestins : plus de 10.000 personnes à Los Angeles, et plus de 2.000 à New York. Les manifestants demandent la sanction des policiers coupables des violences filmées et diffusées par une chaîne de télé. Les manifestants ont souligné que ces faits ne sont "pas du tout isolés" et que en Californie "l'usage de la force policière contre les immigrés d'origine latino est excessif".
Le texte par lequel les zapatistes ont participé à la rencontre n'a pas été du goût de tout le monde. Il s'agit d'un dialogue de trois pages avec Durito, dont il ressort que Marcos ne sait pas quoi dire pour la rencontre. C'est donc Durito qui se charge de la contribution zapatiste aux tables de discussions, contribution qui tient en une phrase, bien digne de Durito : "Le problème avec la globalisation dans le néolibéralisme est que les ballons ["globos" en espagnol] éclatent". Ils semble qu'une partie des participants à la rencontre comptaient sur les zapatistes pour apporter des propositions politiques concrètes. Or les zapatistes refusent de prendre la tête de la société civile, et attendent au contraire qu'elle élabore ses propres propositions... Anniversaire du mouvement des travailleurs du Sutaur : en un an de mobilisation contre le gouvernement (cf. Ya Basta! n 8, 9 avril 95), ces syndicalistes ont organisé 348 actions (manifestations, meetings, picketings, etc.) dans la capitale du pays ; le juge qui avait refusé de délivrer les mandats d'arrêt contre les dirigeants syndicaux et le procureur chargé de l'affaire ont été assassinés ; le délégué des transports à Mexico s'est (du moins c'est la version officielle) suicidé. Selon le Colegio de la Frontera Sur (centre de recherche officiel), entre 1976 et 1991, le Chiapas a perdu chaque année 60.441 hectares (soit 1,9 %) de forêt tropicale.
Fin de la Rencontre américaine contre le néolibéralisme et pour l'humanité. Des représentants de 82 organisations y ont participé, ainsi que des individus. Le sous-commandant Marcos a lu le message de clôture de la rencontre qui selon les zapatistes, a été un succès. Il en a profité pour faire une autocritique et s'excuser de certaines maladresses : "Le message d'inauguration a satisfait quelques-uns, mais inquiété d'autres. La participation de Durito [la contribution zapatiste aux discussions] a dérangé quelques-uns ; elle a rappelé à d'autres que ces zapatistes ont des avions, des hélicoptères et des tanks au dessus de la tête, mais qu'ils savent rire et qu'ils se regardent avec humour dans le miroir. Nous pensons que faire un monde nouveau est une chose très sérieuse et que, si on ne rigole pas, on fera un monde tellement carré qu'on ne trouvera pas le moyen de faire le tour vers l'autre côté (...) Nous ne vous demandons pas non plus de nous idéaliser, nous ne vous demandons pas de voir chez nous toutes les vertus que vous imaginez ou que vous voudriez voir chez les humains. Nous sommes des hommes et des femmes comme n'importe qui, avec nos bassesses et nos égoïsmes, avec nos faiblesses et maladresses. Nous ne sommes pas l'homme et la femme nouveaux. Le zapatisme n'est pas le monde nouveau. Le zapatisme est un effort, une institution, des envies de lutter pour changer, pour changer tout, y compris nous-mêmes. Nous sommes des hommes et des femmes qui voulons changer et nous changer, et nous sommes des hommes et des femmes prêts à tout pour y arriver. Nous ne vous demandons pas de voir chez nous ce qui vous voudriez voir ou ce que vous supposez nous devrions être". [NdR : Pas de panique ! On va s'arranger pour publier tous ces communiqués dans une prochaine brochure, pour que vous puissiez juger par vous-mêmes...] Les participant(es) à la rencontre ont conclu que la lutte contre le néolibéralisme implique la construction d'un projet alternatif économique, social, politique et culturel. Dans les conclusions, ils appellent à la réalisation d'une Journée continentale pour la paix, l'emploi et la démocratie le premier mai prochain ; les revendications seront : réduction du temps de travail, retrait de l'armée fédérale du Chiapas, démilitarisation du continent, liberté, justice et démocratie, libération de tous les prisonniers politiques et retour des disparus politiques. Le nombre de participant(e)s à la rencontre américaine a été plus important que prévu. 60 personnes n'ont pas pu participer aux travaux de La Realidad, et les organisateurs leur ont demandé de se réunir à San José del Rio. Plus tard, quand il y a eu moins de monde, ils ont pu rejoindre La Realidad. Dans la table "peuples indiens d'Amérique", les participants les plus écoutés ont été les chefs indiens du Canada et des États-Unis : Vernon Bellecourt, de l'American Indian Mouvement et William Means, de l'International Indian Treaty Council. Il y avait aussi des militants du groupe Tonatierra de l'Arizona et de la Cour internationale de justice des peuples originaires des quatre points cardinaux d'Ottawa. Lors de la rencontre américaine il a été décidé de créer une page Internet de soutien à l'EZLN et de diffusion des différentes expressions de résistance au néolibéralisme. Mobilisation de l'armée fédérale entre Guadalupe Tepeyac et l'ejido Tabasco, sous prétexte d'une panne électrique (?). La police a violemment délogé 200 militants du PRD qui essayaient de bloquer la mairie d'Iguala (Guerrero). Ils exigeaient la démission du maire (qui d'ailleurs est un proche de Rubén Figueroa, le gouverneur qui a fini par démissionner sous la pression). Bilan : 24 blessés légers.
77e anniversaire de l'assassinat d'Emiliano Zapata. Des délégués
de différents groupes indiens du Mexique sont arrivés à
Oventic pour une réunion du Forum National Indigène Permanent
(cf. Ya Basta! n s 42 et 43, 3 au 10 janvier 96). Celui-ci va se constituer
en organisation indépendante pour lutter pour la reconnaissance
des droits des peuples indiens. La réunion est divisée en
cinq groupes de travail :
a) terres, territoire, ressources naturelles et autonomie des peuples indiens
;
b) systèmes de justice et droits des peuples indiens ;
c) formes d'organisation, participation et représentation politique
;
d) éducation, culture et médias ;
e) migration et identité indienne des travailleurs urbains. Le groupe
qui devait discuter la situation des femmes a été dissout,
afin que les déléguées puissent participer aux autres
groupes. L’AEDPCH (Assemblée du peuple du Chiapas, l'équivalent
local de la CND) organise ce qu'ils appellent des "journées
zapatistes". Des milliers des paysans manifestent à Tuxtla
Gutiérrez (capitale de l’État), bloquent les rues principales
et maintiennent une présence autour du palais gouvernemental. Les
dirigeants de L’AEDPCH expliquent que ces mobilisations ont lieu dans le
cadre de leur lutte pour la terre, et annoncent ne pas avoir reçu
"un seul hectare" des 150.000 promis par le gouvernement lors
de la récente signature d'un accord agraire (cf. Ya Basta! n 52,
20 mars 96). Dans la longue liste de revendications de L’AEDPCH, on trouve
: la réalisation d'un "recensement agraire" pour détecter
les latifundios (très grandes propriétés, illégales)
; la solution des conflits électoraux dans au moins 10 municipalités
; la remise en liberté des prisonniers politiques du Chiapas ; l'indemnisation
des familles de plus de 60 paysans assassinés par la police ; l'annulation
de 2.500 mandats d'arrêt délivrés contre des militants
de L’AEDPCH ; la disparition des gardes blanches (milices privées
des propriétaires)... Plus de 500 paysans de Nicolas Ruiz (Chiapas)
ont manifesté à Tuxtla Gutiérrez pour exiger la remise
en liberté de 8 indiens accusés d'avoir participé
aux affrontements contre la police le 21 mars (Cf. Ya Basta n 52). La Banque
du Mexique annonce que l'inflation a été de 8.35 % sur les
trois premiers mois de 96.
Grande mobilisation paysanne dans tout le pays, pour l'anniversaire de l'assassinat de Zapata. Voici quelques-unes des manifestations les plus importantes (toutes demandent la solution de problèmes liés à la terre) : Au Chiapas, plus de 30.000 paysans (dont beaucoup d'indiens) ont manifesté et bloqué des routes et des bureaux gouvernementaux. Ils exigent la réforme de l'article 27 de la constitution (sur la propriété de la terre), la fin des expulsions de terres, la légalisation des terrains occupés, la démilitarisation des communautés indiennes, la liberté des prisonniers présumés zapatistes et de tous les prisonniers politiques, ainsi que le respect des premiers accords signés entre le gouvernement et l'EZLN. A Oventic, près de 600 zapatistes ont célébré la date (c'est peu : l'explication zapatiste est qu'ils ne veulent pas faire de démonstration de force en période de dialogue). Le commandant Felipe a dit : "Même si le mauvais-gouvernement, les finqueros, les latifundistes et terratenientes [trois appellations pour les grands propriétaires terriens] ont ri quand ont tué notre général Zapata, en pensant que la révolution était finie, ils se sont trompés. Ils ont tué son corps et versé son sang, mais ils n'ont pas pu tuer son courage, son idée de chercher la liberté, la démocratie et la justice. Les idées révolutionnaires sont restées cachées dans des millions de coeurs". Au San Luis Potosi, près de 1.000 paysans ont entamé une grève de la faim pour demander une solution aux problèmes agraires et au problème des dettes qu'ils ne peuvent pas payer. Ils demandent aussi que les fonctionnaires corrompus soient sanctionnés. (Cette grève a été suspendue deux jours plus tard, un dialogue avec les autorités ayant commencé, pour résoudre leur demandes). Au Querétaro , des centaines de paysans ont récupéré plus de 1.200 hectares qui leur ont été pris il y a 20 ou 40 ans. Au Jalisco, des paysans ont occupé 22 ejidos pour demander la récupération de 14.000 hectares. Au Chihuahua, les paysans exigent la restitution de 33.000 hectares de l'ejido Palanganas. Au Veracruz, des paysans ont occupé les installations de Banrural (la banque officielle de crédits aux paysans) à Acayucan, et pris en otage huit fonctionnaires, pour demander une solution au problème des dettes qu'ils ne peuvent pas payer. A Xalapa, 1.500 producteurs de café ont manifesté contre la politique néolibérale et la privatisation de l'industrie pétrochimique. Au Oaxaca, les manifestants ont bloqué le palais gouvernemental pour demander la solution des différents conflits agraires. Au Durango, des paysans ont manifesté pour demander un partage égalitaire des eaux des barrages, ainsi que l'application immédiate du programme d'urgence contre la sécheresse. A Mexico, des milliers des paysans ont exprimé leur mécontentement devant l'ambassade américaine, le ministère de l'intérieur et le palais présidentiel. Des représentants de 10 organisations paysannes ont lu un "rapport de guerre" au général Zapata, dans lequel ils lui disent : "nous continuons d'exiger notre droit à la terre. A partir d'aujourd'hui, nous essayerons de nouvelles formes de lutte pour freiner les persécutions et les assassinats". Publication d'un texte de Marcos dans lequel le vieil Antonio lui raconte l'histoire "des chemins et de ceux qui marchent" , histoire qui "aurait dû être dite à la clôture [de la rencontre américaine], mais qu'on n'a pas lue parce que ces choses-là doivent être trèèèès sérieuses". Des militants du Comité d'Unité Tepozteca (Comité indépendant d'habitants en lutte de Tepoztlan, Cf. brochure "Solidarité Chiapas n 3, janvier 96) qui marchaient de Chinameca (où a été assassiné Zapata) à Tlaltizapatan (Morelos), se sont affrontés à la police à un barrage policier. Bilan : un mort, neuf blessés (dont trois policiers) et 34 militants arrêtés.
Publication d'un communiqué de l'EZLN dédié à la mémoire d'Emiliano Zapata. Ils lancent "un appel à tous ceux qui n'ont pas de terre, ni de liberté. Nous voulons les appeler à une lutte contre un ennemi commun. La lutte pour la terre et la liberté, la lutte contre le pouvoir, contre l'argent, contre l'usure et contre le crime. Nous devons nous unir." Dans une conférence de presse, le commandant David, chef de la délégation zapatiste au dialogue, déclare qu'aucun des accords signés avec le gouvernement n'a eu de suite. Ainsi, la Commission de suivi et de vérification ne fonctionne pas, parce que le gouvernement ne veut pas que l'EZLN y participe directement. D'autre part, parmi les accords figurait la réalisation d'une étude des problèmes agraires à résoudre, mais depuis le gouvernement a décrété la fin du problème agraire en signant des accords agraires avec plusieurs organisations (cf. Ya Basta n 52, 20, 21 et 22 mars 96). David a aussi annoncé que les participant(e)s au Forum national indigène permanent s'étaient mis d'accord pour organiser un nouveau Forum la semaine précédant la rencontre intercontinentale de l'été prochain. On annonce que Régis Debray sera au Chiapas la semaine prochaine. Invité par les zapatistes, il discutera avec eux de la rencontre "intergalactique". Affrontements entre militants du PRI et du PRD à Sabanilla (Chiapas) où le PRD affirme que le maire a été élu grâce à la fraude électorale. Un indien du PRD est mort, et quatre autres sont blessés. Des paysans (pour la plupart indiens) de Nacajuca, Tabasco, qui se réunissaient pour nommer le conseil municipal de cette ville gouvernée par le PRD, ont été agressés par des militants du PRI qui voulaient empêcher la réunion. Bilan : 30 blessés.
La tension liée aux conflits post-électoraux est toujours vive dans plusieurs municipalités du Chiapas. A Sabanilla, les militants du PRD ont kidnappé le maire (PRI) et trois militants du PRI. A Zinacantán, un affrontement entre militants du PRI et du PRD a fait un blessé par balle. A El Bosque, un millier d'indiens ont bloqué les accès à la communauté et à la mairie pour demander la démission du maire (PRI), élu frauduleusement.
Alerte à Oventic (siège d'un Aguascalientes) suite à la mobilisation de 400 soldats fédéraux et au survol à basse altitude d'un hélicoptère. Un journal a publié une note selon laquelle l'armée fédérale aurait trouvé un champ de marijuana aux alentours du village. L'information a été démentie par les zapatistes, qui l'ont qualifiée de prétexte pour entrer dans les communautés. Le commandant Rafael a dit "Que tout le monde le sache, nous ne permettrons jamais [l'entrée des soldats dans l'Aguascalientes d'Oventic]". Près de 200 paysans de l'OPEZ (organisation paysanne Emiliano Zapata, indépendante) ont occupé six terrains (596 hectares en tout) dans les municipalités de Acapetahua, Escuintla et Villa Comaltitlan (Chiapas). Tepoztlan : la presse fait état d'un communiqué du président du groupe KS, promoteur du club de golf, selon lequel le projet serait abandonné, afin de "contribuer avec cette promesse à créer une ambiance propice à la réalisation, par le peuple de Tepoztlan, de ses plus hautes et légitimes aspirations".
Augmentation de la tension militaire : l'armée vient d'installer deux nouveaux campements dans les environs de d'Oventic, ce qui porte à cinq le nombre de campements militaires dans la zone. Selon le major Moisés, l'armée prend des positions de combat, comme si un affrontement était imminent. Il affirme que les combattants de l'EZLN ont ordre de ne pas céder aux provocations, mais que dans les communautés, la tension monte : les gens s'organisent pour empêcher l'installation des campements militaires. Lors d'une assemblée, des indiens de 31 communautés de San Andrés Larráinzar ont demandé à la Conai et à la Cocopa d'avertir le gouvernement : "s'il veut vraiment la paix, que ces armées rentrent immédiatement dans leur casernes". Conférence de presse conjointe du sous-commandant Marcos et de Régis Debray à La Realidad, Chiapas. Le porte-parole de l'EZLN a expliqué : "si nous avons invité des personnalités telles que Oliver Stone, Edward James Olmos (comédien américain d'origine mexicaine) et maintenant Régis Debray, c'est pour aider les communautés. Nous savons que la présence de ces visiteurs réduit la pression de l'armée fédérale, et cela permet aux paysans de sortir semer. L'année dernière, les gens n'ont pas pu semer, et aujourd'hui nous voyons les conséquences. Les enfants ont commencé à mourir de faim et bientôt nous compterons les morts par dizaines. Nos visiteurs ne font pas que protéger la communauté, ils nous aident à obtenir des aliments et des médicaments à l'étranger". Pour sa part, Debray a dit que les zapatistes avaient tiré les leçons des guérillas des années 60 et 70 et qu'ils représentaient "la meilleure autocritique de la théorie du foquisme" (théorie des foyers de guerilla de Che Guevara). Marcos en personne a démenti Bertrand de la Grange, à propos de l'affaire "Benneton" (voir encadré). Commentaire de Marcos : "les compañeros ont décidé que par cette chaleur, nous n'avions pas besoin de pulls".
Après plus de quatre mois de négociations au sommet, le PRI (parti au pouvoir depuis 67 ans), le PRD (opposition de centre-gauche) et le PT (Parti du Travail, lié au gouvernement), ont annoncé la signature d'accords pour une réforme électorale, qui serait la "première étape" de la réforme de l'état. Rappelons que le PAN (droite extrême) a quitté ces négociations (auxquelles participaient les partis représentés au parlement), pour protester contre certains cas de fraude électorale. Ce n'est pas la première fois que le gouvernement signe des accords censés démocratiser le pays. Mais cela n'a été jusqu'ici que des accords formels, par lesquels le gouvernement cherche à se donner une façade démocratique, qui ne correspond en rien à la réalité mexicaine. Les travailleurs du Sutaur ont mis fin au piquet qu'ils maintenaient depuis 40 jours devant l'assemblée de la ville de Mexico. Deux travailleurs ont mis aussi fin à leur grève de la faim, qui a duré 42 jours pour l'un et 40 jours pour l'autre. Les négociations avec le gouvernement se poursuivent. Selon une enquête de la Concanaco (conféderation des commerçants) et de l'Inegi (institut officiel chargé des statistiques), l'accord de libre échange avec les Etats-Unis et le Canada a eu des répercusions négatives sur 59,83 % des établissement commerciaux du pays, à cause principalement de pratiques de concurrence déloyale. Selon une enquête réalisée par plusieurs universitaires, 21 % des foyers mexicains ne possèdent pas un seul livre (16% en possédant entre 1 et 5) tandis que 87 % des foyers ont une télé couleur.
Danielle Miterrand est arrivée au Mexique, où elle s'entretiendra avec des représentants zapatistes et de la Conpaz. On annonce que Hebe de Bonafini, présidente de l'Association des mères de la Place de mai (mères des disparus pendant la dictature en Argentine) arrive au Chiapas prendre connaissance de la situation en général, et plus particulièrement de la situation des prisonniers présumés zapatistes.
Le dialogue zapatistes-gouvernement reprend aujourd'hui, sur le thème "Démocratie et justice". Hebe de Bonafini a rendu visite à Javier Elorriaga, présumé zapatiste en prison depuis février 1995. Elle a annoncé la réalisation d'une campagne internationale pour la libération des prisonniers accusés d'appartenir à l'EZLN. Selon le président de la Commission nationale du salaire minimum (officielle), le salaire minimum mexicain a perdu 68 % de son pouvoir d'achat depuis 1982. Toujours selon lui, les salaires (primes incluses) représentent 9.5 % des coûts industriels de production. Selon un rapport du ministère du commerce et des industries, entre janvier et mars 1996, 134 nouvelles maquiladoras se sont installées au Mexique (soit 1,5 par jour), ce qui représente 10.336 emplois (payés au salaire minimum ou un peu plus). Les maquiladoras sont des usines où on assemble des pièces détachées provenant d'autres usines (souvent situées à l'étranger). Au total il y en a 3.047 au Mexique, qui emploient en moyenne 73 personnes par usine, et dont les ventes représentent 39 % des exportations dites mexicaines. 42.7 % des maquiladoras appartiennent à des entrepreneurs mexicains, 37.9 % à des américains, 13.8 % ont un capital mixte (américain-mexicain) et 2 % sont japonaises.
Lors de la conférence de presse habituelle, à la fin de la journée de discussion avec le gouvernement, le commandant David a affirmé qu'il y avait une "offensive" du gouvernement et des intellectuels qui lui sont proches, contre le processus de dialogue. Les conseillers de l'EZLN ont déclaré que la délégation gouvernementale continuait "de garder un silence presque total". D'autre part, un conseiller des zapatistes a affirmé que le fait que le pays doive importer cette année 5 millions de tonnes de maïs (l'aliment base) permet au gouvernement de mener une politique d'octroi d'aide alimentaire en échange de soutien politique, dans plusieurs régions du Chiapas. Les conseillers demandent aux ONG's d'organiser une campagne pour envoyer du maïs aux communautés indiennes. Plus de 1.500 indiens se sont déplacés à La Realidad pour accueillir Danielle Miterrand. Celle-ci, dans une conférence de presse conjointe avec le sous-commandant Marcos, a déclaré "si il y a une nouvelle offensive militaire contre l'Armée Zapatiste de Libération Nationale, je ferai une mobilisation active pour contribuer à la pacification du Chiapas". Elle a aussi dit qu'elle aiderait à la promotion de la rencontre intercontinentale pour l'humanité et contre le néolibéralisme. Marcos a lui évoqué les déplacements de troupes de l'armée fédérale, qui prétendument luttent contre la culture de drogue : "Le traffic de drogue peut être le prétexte que cherche le gouvernement pour justifier la décision d'attaquer à nouveau l'EZLN (...) d'une façon étrange, la marijuana est apparue très près des campements fédéraux qui sont autour des communautés où il y a un Aguascalientes. Ces cultures peuvent servir à établir un type d'encerclement militaire connu dans les manuels américains de contre-insurrection comme "lazo corredizo" (noeud coulant) (...) Nous pouvons vous assurer que la marijuana est interdite dans les communautés zapatistes. Les responsables de chaque communauté ont ordre de veiller à ce que personne ne sème de la marijuana. La drogue a commencé à fleurir sur ces terres lorsque l'armée fédérale est entrée". Negu Gorriak, groupe de rock basque, est aussi en visite au Chiapas ; ils se sont entretenus avec des représentants zapatistes. La polémique autour de Bertrand de la Grange, correspondant du Monde au Mexique, continue. Celui-ci a envoyé une lettre à La Jornada pour protester contre des articles publiés par le journaliste Jaime Avilés, mettant en cause le journaliste français. Avilés répond par un commentaire sur les informations partielles ou fausses que De la Grange a envoyé du Mexique. Sous les cris de l'opposition qui le traitait d' "assassin" et d' "ambassadeur de la répression", Eduardo Robledo Rincón, ex-gouverneur du Chiapas (il a dû démissionner sous la pression populaire), a été adopté comme ambassadeur en Argentine par le sénat (c'était prévu : cf. Ya Basta n ). Approbation par l'Assemblée Nationale du nouveau système de retraite mexicain, qui permet la participation d'entreprises privées à la gestion du sytème de retraites.
Intervention remarquée de Danielle Miterrand, assise aux côtés des commandants de l'EZLN, au dialogue gouvernement-zapatistes. Dans un communiqué, la Cocopa a protesté, jugeant la présence de Mme Miterrand illégale et anticonstitutionnelle, "la discusion de sujets de politique intérieure et de sécurité nationale [étant] reservée exclusivement aux mexicains". Le commandant Zebedeo a répondu pour l'EZLN, que la Cocopa devrait avoir "honte" de ce communiqué "rempli de mensonges. La solidarité n'est pas interdite au Mexique...". Il a remercié Mme Miterrand pour son geste humanitaire. Publication dans La Jornada d'une interview de Marcos par le poète argentin Juan Gelman. Le sup parle en tant qu'écrivain et raconte son parcours littéraire. Il cite quelques-uns des écrivains qui l'ont influencé : Miguel Hernández, Julio Cortázar et Pablo Neruda. Gelman lui demande de commenter les mots du Nobel mexicain Octavio Paz, selon qui Durito est une "invention mémorable". Réponse : "C'est injuste, proteste Durito. Il dit qu'il n'est pas une invention, qu'il est réel et que, quoi qu'il en soit, l'invention c'est moi...".
Petite chronique de la désinformation ordinaire (Part II) :
On a beaucoup parlé du Chiapas dans Le Monde, la semaine passée : d'abord, dans l'édition du 10 avril, un article digne du Figaro sur le mouvement de solidarité suscité en France par les zapatistes. Bof... Si Mr Bertrand de la Grange est de mauvaise humeur, ça le regarde. Mais ce qui nous a beaucoup plu, c'est un article (Le Monde du 11 avril) écrit de Mexico, et qui nous narre combien la rencontre, à laquelle il n'a pas assisté, fut un échec. On y apprend donc qu' "aucune des personalités invitées n' [avait] fait le voyage", et que "Le célèbre publicitaire de Benetton, l'Italien Oliviero Toscani, [avait] pour sa part déjà refusé l'invitation à venir photographier "les hommes, les femmes, et les enfants de l'EZLN" que lui avait lancée par le chef zapatiste (sic)". Fichtre ! à défaut d'être du Français, c'était au moins un scoop. Mais les lecteurs attentifs du Monde auront débusqué dans l'édition du 13 avril, perdu quelque part en page 16, un rectificatif : en effet, ce n'est pas Marcos qui a demandé de prendre des photos à Benetton, mais le contraire ; et ce n'est pas Benetton qui a refusé, mais Marcos. Conclusion : ne soyons pas injustes avec Mr Bertrand de la Grange : il n'invente rien, tous les éléments cités existent bel et bien. Il se contente seulement de tout écrire à l'envers...
Un meeting et une manifestation de l'ARIC-officielle à l'ejido Lucía, municipalité d'Ocosingo, Chiapas, ont réuni près de 400 membres de cette organisation. Ils ont accusé l'EZLN et les ONG's qui travaillent dans la région de "harcèlement et [d'] intolérance", vis-à-vis des organisations et individus qui ne partagent pas leurs points de vue. Anecdote : certains dirigeants de l'ARIC-officielle sont arrivés au village dans un avion du gouvernement du Chiapas... (Petit rappel : l'Association Rurale d'Intérêt Collectif est une organisation paysanne qui a éclaté en deux parties, l'une, dite "officielle", proche du gouvernement, et l'autre, dite "indépendante", proche des zapatistes). Selon une étude du ministère de la santé, seulement 36,5 % des mexicains bénéficient de la sécurité sociale. Les autres se contentent de l’hôpital public ou des cliniques privées (non remboursés). 7.200.000 mexicains, qui habitent dans des communautés rurales, n'ont pas accès aux services de santé.
Suite du dialogue gouvernement-EZLN sur le thème "Démocratie et justice". La délégation officielle à refusé la proposition zapatiste que les juges, procureurs de justice et autres fonctionnaires du pouvoir judiciaire soient élus. Selon les conseillers de l'EZLN, les délégués gouvernementaux participent le moins possible et ne prennent aucun engagement sur quoi que ce soit. En 1996, le Mexique payera près de 29 milliards de dollars au titre des intérêts de sa dette extérieure.
Dans un communiqué, lu par la commandante Hortensia après le dialogue, l'EZLN dénonce le "plan de contre-insurrection" que l'armée fédérale a mis en place au Chiapas et qui "a toutes les caractéristiques de ceux appliqués au Guatemala et dans d'autres pays sous contrôle militaire des États-Unis". Selon les zapatistes, le gouvernement utilise, en plus que l'espionnage direct, "l'arme des services de santé (...) et de l'approvisionnement en maïs et en d'autres produits" pour contrôler la population civile. Ils dénoncent aussi le fait que l'armée fédérale entraîne des paysans sympathisants du PRI dans les casernes. "Cela montre que pendant que nous sommes ici au dialogue, le gouvernement fédéral est peut-être en train de préparer une nouvelle offensive". Enfin, ils évoquent “la campagne qui se prépare contre les compañeros internationalistes des campements de paix, avec pour argument qu'ils sont étrangers, campagne pour laquelle on utilise l'ARIC-officielle, dont les dirigeants se déplacent dans des hélicoptères de l'armée". Au cours d'une conférence de presse, la délégation gouvernementale annonce de "grands progrès" dans le dialogue avec l'EZLN. Cette affirmation est démentie par les conseillers des zapatistes au cours d'une conférence de presse parallèle. Durant les 15 dernières années, le Mexique a payé 150 milliards de dollars pour les intérêts de sa dette extérieure. Cette dette est actuellement de 163 milliards de dollars (dont 100 milliards pour le secteur public).
Dans un communiqué, l'EZLN déclare que la discussion sur la réforme de l’État et la démocratie "dérange" le gouvernement. Ils ajoutent que la question de la fin du système de parti d’État et celle de l'élaboration d'une nouvelle constitution forment le "noyau et le coeur" des divergences EZLN-gouvernement. La délégation gouvernementale au dialogue a accepté la proposition zapatiste que les policiers dans les communautés soient élus. A ce propos ils ont demandé aux zapatistes de "ne pas prendre des positions radicales, parce que le gouvernement veut des changements graduels". Les délégués de l'EZLN ont répondu "nous serons radicaux parce que nous voulons aller à la racine, et c'est le peuple qui décidera de la nature du changement". Selon Gerardo González, représentant de la Conpaz (Coordination d'ONG's pour la paix, indépendante), les accusations de l'ARIC-officielle à l'encontre des ONG's font partie du plan de contre-insurrection du gouvernement mexicain, qui voudrait que les observateurs nationaux et internationaux quittent la zone du conflit. Il a aussi demandé au gouvernement que l'aide matérielle soit octroyée à l'ensemble de la population, de façon égalitaire et sans distinction ni condition. Le maire (issu du PRI, le parti d’État) de Oxchuc, Chiapas, qui est accusé d'avoir été élu grâce à la fraude, a demandé une "licence" (il s'agit de se faire remplacer temporairement à un poste) à l'assemblée du Chiapas, suite à la mobilisation des habitants de la municipalité. Les principales entreprises de transports ont paralysé le trafic des 4 villes les plus importantes du Chiapas (Tuxtla Gutiérrez, Tapachula, Comitán et Palenque) pour refuser la libéralisation du secteur transports, exiger plus de sécurité sur les autoroutes (sécurité routière et policière), et demander la démission de plusieurs fonctionnaires du gouvernement du Chiapas impliqués dans la gestion des transports. Les travailleurs du Sutaur ont signé un accord avec le gouvernement et l'assemblée de Mexico pour mettre fin au conflit qui les opposait depuis plus d'un an. Les grandes lignes de cet accord sont l'amélioration des transports publics à Mexico, et la recherche d'emplois de remplacement pour les membres du syndicat. Quant aux dirigeants du syndicat, en prison depuis avril 1995, les parlementaires de la ville se sont engagés de demander leur libération.
La deuxième étape du dialogue EZLN-gouvernement, sur le thème "démocratie et justice", a pris fin. Il y a très peu de points d'accord. Les conseillers de l'EZLN se sont en outre plaints de ce que la délégation gouvernementale connaissait mal les lois en vigueur dans le pays ; ainsi, elle aurait refusé une proposition qui reprenait l'alinéa 16 de l'article 123 de la constitution, la jugeant "excessive". L'EZLN et la COCOPA se sont mis d'accord pour appeler à un forum sur la réforme de l’État, qui devrait se tenir du 28 mai au 3 juin, dans un lieu encore indéterminé. Selon les chiffres officiels, la population au Mexique est de 91 millions 120.433 personnes. Dixième anniversaire de Tchernobyl. Dans les mois qui suivirent l'explosion, un scandale éclata au Mexique à propos d'un stock de lait radioactif en provenance de la zone contaminée. On vit aussi fleurir des "promotions", bradant du "vin de Tchernobyl" (textuel) à moitié prix. Aujourd'hui on s'attend à voir arriver des stocks de boeuf en provenance de ... devinez où ?
Des milliers d'enseignants de l'éducation primaire et secondaire ont manifesté à Mexico, au Chiapas et au Guerrero. Ils demandent le doublement de leurs salaires, l'équivalent de 90 jours de salaire comme prime de Noël, divers avantages sociaux, de meilleures retraites et une sécurité sociale plus performante. Au Chiapas, les enseignants demandent aussi la création d'écoles biculturelles, bilingues (espagnol-langue indigène), et des écoles secondaires avec des enseignants indiens.
Selon le conseil épiscopal de l'Amérique Latine (Celam), entre 1970 et 1990, l'église catholique a perdu près de 40 millions de fidèles dans le sous-continent, et elle devrait en perdre autant d'ici l'an 2000. Ce qui serait plutôt une bonne nouvelle, si ce n'est que les fidèles se dirigent vers d'autres religions et sectes. D'autre part, si on en croit les chiffres officiels, le Chiapas est l'État du Mexique où les sectes ont gagné le plus de fidèles durant les dix dernières années (+118 %) ; c'est aussi l'État où la proportion de catholiques est la plus basse (67.6 %), et la proportion de protestants et d'adeptes de l'église évangélique la plus élevée (12.7 %). (Le Mexique est catholique à plus de 90 %).
312 délégués de 50 organisations indiennes de tout le Mexique participent à la cinquième Assemblée Nationale Indigène Plurielle pour l'Autonomie (ANIPA, indépendante) à Chilapa, (Guerrero). Sujets de discussion : la situation du mouvement indien, les droits des femmes dans le contexte de la lutte l'autonomie indienne, l'analyse des documents du processus de paix au Chiapas, les perspectives de la lutte pour l'autonomie, et le renforcement de l'organisation entre les différents groupes indiens. Au cours de l'assemblée d'ouverture, un message du Forum National Indigène Permanent (initiative née du dialogue au Chiapas, cf. Ya Basta ! n s 42 et 43, 3 au 9 janvier 96) a été lu. Les députés chargés de surveiller le budget de l'État ont découvert un trou de 234 millions de pesos (390 millions de francs au taux d'échange de l'époque) dans les finances du pays pour l'exercice 1993. Une enquête est en cours.
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