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Pour la troisième année consécutive, le défilé officiel du 1er mai (c'est à dire organisé par les syndicats proches du pouvoir) a été annulé par crainte de manifestations de protestation. Mais cette fois encore les syndicats indépendants (regroupés dans l'Intersyndicale 1 de mayo, issue de l'organisation de la manif alternative de 1995), et les syndicats dissidents (regroupés dans le Forum Le syndicalisme devant la Nation, qui rassemble des leaders syndicaux proches du pouvoir, mais qui militent pour sa démocratisation) organisent leurs propres manifs.
Les autorités mexicaines ont demandé à 12 européens
(dont deux français) de quitter le pays dans les 48 heures. Ceux-ci
avaient assisté à la marche indienne entre le nord du Chiapas
et Tuxtla Gutiérrez, et ils sont accusés d'avoir porté
des pancartes en faveur des zapatistes. Explication officielle : le visa
de touriste "ne vous permet pas de participer à quelque activité
politique".
Présentation, à Mexico, de l'édition en espagnol du
livre "Sous-commandant Marcos, le rêve zapatiste" de Yvon
le Bot.
Pour le 1er mai, plus d'une centaine de milliers de personnes ont manifesté
à México en deux grands cortèges séparés
(intersyndicale 1 de mayo et Forum Le syndicalisme devant la Nation, cf.
1er mai) qui se sont rejoints sur la place centrale de la ville. Pour la
première fois, les deux groupes de manifestants ne se sont pas hués.
Dans le meeting qui a suivi, les travailleurs ont protesté contre
la politique économique du gouvernement, et beaucoup de messages
de soutien ont été lus (dont un de l'EPR).
Pour la célébration officielle du 1er mai, le président
Zedillo et les leaders des syndicats proches du pouvoir ont fait un meeting
devant 10 000 personnes dans une salle de concert. Ils ont vanté
les mérites de la politique gouvernementale, mais ont été
hués à plusieurs reprises alors qu'ils parlaient d' "amélioration
de la situation économique".
Selon les chiffres officiels, l'aide financière apportée
par les États-Unis pour éponger la crise financière
de début 1995, a générée 3,4 milliards de dollars
d'intérêts (aujourd'hui payés).
Dans un rapport adressé au Comité de l'ONU contre la torture,
Amnesty International affirme que la torture est une pratique courante
et pratiquée en toute impunité au Mexique. L'ONG affirme
qu'elle est "en grande partie le fait de fonctionnaires chargés
de faire appliquer la loi, malgré l'engagement du gouvernement mexicain
d'éradiquer cette pratique".
Communiqué du 25 avril : commentaires sur le massacres des Tupac Amaru
A la presse nationale et internationale
Dames et chevaliers :
Voici une lettre pour un puissant homme politique du PRI. Non, je ne parle pas de Zedillo, mais de Fidel Velásquez [cf. 30 avril]. Nous allons bien ; il y a quelques jours, j'ai entendu à la radio que l'assaut militaire avait été donné à l'ambassade du Japon au Pérou. Le grand pouvoir international a décidé un nouveau crime sur les terres latino-américaines, et a ordonné l'assassinat des rebelles du Tupac Amaru (qui, il ne faut pas l'oublier, étaient en train de négocier la solution de la crise avec le gouvernement de Fujimori) et de l'une des personnes détenues. Vous vous souvenez qu'on essayait de résoudre le problème sans violence. Mais les militaires ont donné l'assaut. "Une opération propre", disent les médias. Et ils décrivent un Fujimori souriant et heureux. Et, bien au dessus de lui, les pouvoirs supranationaux qui ont donné l'ordre de l'anéantissement des rebelles sourient aussi. Pendant des mois, le gouvernement péruvien a fait mine de négocier pour trouver une issue pacifique. En réalité, il cherchait seulement le bon moment pour frapper. C'est ainsi que sont le Pouvoir et ses gouvernements néolibéraux : ils font semblant de dialoguer et de négocier, alors qu'en fait ils cherchent seulement l'occasion d'exercer leur violence.
Ce nouvel épisode triste pour l'Amérique Latine est un coup international porté au dialogue et à la négociation comme moyens de résoudre les conflits.
Fujimori et ses patrons sourient trop vite. Trop rapides sont aussi les félicitations de Zedillo. L'Histoire n'est pas finie d'écrire.
Quand on pense qu'il y en a qui disent que nous devrions attendre, non pas une attaque, mais le respect des accords signés par le gouvernement !
Depuis l'Ambassade du Japon, pardon, depuis les montagnes du sud-est mexicain.
Le Sup., qui a tellement peur qu'il en fait dans sa culotte.
Mexique, 25 avril 1997.
P.S. QUI S'AJOUTE, TRRRRÈS EFFRAYÉ, AUX FÉLICITATIONS : Faisant montre de la peur qui nous tient (et parce que "faut pas s'endormir", comme on dit), ordre a été donné de réquisitionner tous les "beepers" des indigènes de la zone, nous avons annulé tous nos abonnements de communication par satellite, et une taupe, qui creusait des tunnels sous le potager de Don Abel, subit actuellement un sévère interrogatoire. Enfin, de toutes façons, le dénouement sera tel qu'on peut le prévoir : l'Histoire, fatiguée d'avancer, se répète.
P.S. QUI EXHIBE SA PANCARTE DANS LE MANIF : Joyeux premier mai pour les travailleurs mexicains ! Mauvais premier mai pour ceux qui vivent à leurs dépends !
L'extradition vers l'Espagne du basque Oscar Cadenas (accusé d'appartenir à l'ETA) vient d'être acceptée par le ministère mexicain des affaires étrangères. Cadenas poursuit depuis 29 jours une grève de la faim dans sa prison de Mexico, pour protester contre cette extradition (Cf. Ya Basta n°17, 22 avril).
Deux dirigeants locaux du PRI (le parti au pouvoir) ont été
assassinés au fusil d'assaut AR-15 et AK-47 par des individus cagoulés,
dans la communauté de El Cucuyachi (montagnes d'Atoyac, Guerrero).
Selon le président local du PRI, ces 6 derniers mois 7 dirigeants
locaux du PRI ont été assassinés dans des circonstances
similaires.
Demain commence la visite officielle de Bill Clinton et de 9 de ses ministres
d'état au Mexique. Au programme : coopération dans la lutte
contre le trafic de drogue et l'immigration clandestine, publicité
de l'ALENA (Accord de Libre Échange Nord Américain). Plusieurs
organisations sociales mexicaines ont l'intention de remettre au président
américain un document qui met en question "la politique morale
des États-Unis dans la lutte contre la drogue" ; ils demanderont
aussi le respect des droits humains des travailleurs immigrés aux
États-Unis.
Ces deux dernières années, le Mexique a vendu pour plus de
15 milliards de dollars de pétrole aux États-Unis, soit 76,5
% de ses exportations de pétrole.
Selon des chercheurs guatémaltèques, en 1986 200.000 personnes
venant d'Amérique Centrale ont traversé la frontière
Guatemala-Mexique pour essayer d'immigrer illégalement vers les
États-Unis, et en 1996, elles étaient deux fois plus.
A l'occasion du premier anniversaire des affrontements qui avaient fait
6 morts (dont 4 du groupe paramilitaire Los Chinchulines, cf. Ya Basta
! ancienne formule n° 59), des centaines d'indiens de la région
Nord du Chiapas ont manifesté à Bachajón pour demander
la fin des conflits provoqués par les groupes paramilitaires. L'un
des organisateurs de la marche témoigne : "nous vivons encore
sous tension, à cause des menaces et du désir de vengeance
de certains membres des Chinchulines qui n'ont pas étés inquiétés
par les autorités judiciaires".
Grand nettoyage de printemps à Mexico, pour la venue de Bill Clinton
: les vendeurs ambulants, enfants des rues et autres mendiants ont été
virés du centre ville par les autorités, tandis que la police
empêchait plusieurs manifestations anti-Clinton. Ainsi, des militants
de l'Assemblée Citoyenne des Endettés, qui voulaient commencer
une grève de la faim devant le palais des Beaux-Arts, ont été
rapidement délogés, et des centaines de policiers ont bloqué
des manifestants (enseignants, étudiants, militants du FAC-MLN et
du Front Populaire Francisco Villa) qui se rendaient devant l'ambassade
américaine pour exprimer leur soutien à Cuba et exiger le
respect de la souveraineté mexicaine. Sur le Zocalo (la place principale
de Mexico), le chanteur protestataire José de Molina a été
arrêté. Bilan de la journée : environ 20 arrestations
(tout le monde a été libéré).
Des centaines de sympathisants zapatistes ont de nouveau empêché
la commission législative qui étudie la définition
de nouvelles municipalités dans le Chiapas de réaliser une
"consultation" (cf. Ya basta ! n° 17, 20 avril 97). Cette
fois, les députés venaient voir les habitants de Damasco
(municipalité d'Ocosingo) mais les contestataires ont bloqué
la piste d'atterrissage et l'hélicoptère de la commission
n'a pas pu se poser.
La CONPAZ (Coordination d'ONGs pour la paix, indépendante) dénonce
que Gerardo González, son coordinateur général, a
reçu par téléphone des menaces de mort contre lui
et sa famille. Ceci s'est produit quelques minutes après la lecture
sur une radio locale d'un communiqué de la CONPAZ protestant contre
l'expulsion des 12 observateurs européens. Depuis octobre 1996,
les membres de CONPAZ subissent une campagne de harcèlement systématique.
L'organisation de chicanos (américains d'origine mexicaine) Big
Frente Zapatista appelle à manifester devant les consulats mexicains
aux États-Unis le 15 mai, pour protester contre la décision
du gouvernement mexicain d'expulser 12 observateurs européens qui
se trouvaient au Chiapas.
A Mexico, le Centre des Droits Humains Miguel Agustín Pro Juárez
dénonce la surveillance constante de ses locaux et le harcèlement
de ses membres par une vingtaine d'individus armés, ceci depuis
le 5 mai, jour où 8 des observateurs européens menacés
d'expulsion sont venus s'y réfugier.
Plus d'une vingtaine d'organisations sociales vont porter plainte contre
les autorités mexicaines pour "violations des droits humains"
dans le cadre des mesures de sécurité prises pour la visite
de Bill Clinton. Les représentants de ces organisations qualifient
de "quasi état de siège" la situation de la ville
de Mexico pendant le séjour du président américain
: les rues du centre ville ont étés fermées, plusieurs
manifestations et meetings ont été dispersés, 34 personnes
arrêtées.
2.000 personnes ont manifesté à Mexico en solidarité avec les malades de Sida et en mémoire des victimes de cette maladie. Elles demandaient aussi l'accès aux médicaments, un suivi médical adapté et des campagnes de prévention plus efficaces.
L'hebdomadaire Proceso du 11 mai publie des extraits de plusieurs documents confidentiels rédigés par des agents du ministère de la Défense américain et portant sur le conflit au Chiapas. Ces textes ont été rendu publics (mais avec des passages censurés), à la demande d'une ONG américaine. On y apprend que les militaires américains connaissaient l'existence d'une guérilla identifiée comme "Front Zapatiste de Libération Nationale" au moins depuis juin 1993 : des documents de l'époque analysent la situation militaire au Chiapas après que la découverte d'un campement guérillero ait provoqué un affrontement entre l'armée fédérale et une colonne de rebelles (affrontement qui n'a pas été rendu public à l'époque, mais que les zapatistes ont relaté depuis dans leurs communiqués). Ces textes présentent un suivi précis du conflit au Chiapas, et fournissent une information pointue sur les mouvements des troupes fédérales et zapatistes dans la région (l'identité des sources a sauté à la censure, mais les textes évoquent par moment l'existence d'informateurs au sein du ministère mexicain de la Défense). En décembre 1994, les américains estiment à 5.000 le nombre des combattants de l'EZLN ; dans d'autres passages, ils spéculent sur les armes zapatistes, et évoquent la possibilité que l'EZLN dispose d' "armes lourdes", dont des missiles antiaériens dotés de système infrarouge (SA-7 et SA-14). Côté armée fédérale, ces documents situent la création de la force spéciale "Arc-en-ciel" (créée spécialement pour combattre les zapatistes) au moins en août 1994, c'est-à-dire un an avant que la presse n'en parle. Ces textes accordent une attention spéciale à la collaboration entre les armées mexicaine et guatémaltèque. Ainsi, depuis les premiers jours de janvier 1994, des généraux des deux armées se seraient rencontrés pour échanger des informations sur leurs "insurrections respectives". Les mexicains auraient prévenu les guatémaltèques de l'éventualité que des combattants de l'EZLN cherchent refuge de l'autre côté de la frontière, ce qui, "pourrait amener à un renforcement [du contrôle ] de la frontière par l'armée du Guatemala". Les documents relatent aussi qu'au moment de l'offensive de février 1995, l'armée guatémaltèque a opéré des survols de la frontière avec le Mexique, et ils ajoutent que l'armée guatémaltèque à mis à la disposition de son homologue mexicaine "des forces spéciales et des conseillers de la force aérienne pour entraîner les officiers mexicains". Sur d'éventuels liens entre les guérillas zapatiste et guatémaltèques, les textes américains estiment qu' "il n'y a pas de preuve permettant de lier explicitement l'URNG avec l'EZLN (...) vu les risques politiques (...) il semble difficile que l'URNG fournisse des armes à l'EZLN, mais celle-ci a pu recevoir un entraînement politique ou militaire de la part de membres de l'URNG". Pour finir, les textes mentionnent aussi l'existence d'autres groupes de guérilla, en particulier celui du PROCUP-PdlP, qui serait à l'origine de l'EPR.
Expulsion de douze personnes étrangères le 28 avril.
Le 28 avril 1997, des citoyen-ne-s d'Espagne, d'Allemagne, d'Italie et de France ("des étrangers pernicieux") ont été expulsé-e-s par le gouvernement mexicain. Leur crime : avoir participé en tant qu'observateurs à une manifestation d'indien-ne-s de la zone Nord du Chiapas. Les communautés de la zone subissent une grave violence et un harcèlement quotidien du fait de la présence de différents groupes paramilitaires, quand elles tentent de faire respecter leurs droits.
La manifestation demandait la démilitarisation de la zone, la libération de 100 prisonniers politiques de tout l'état du Chiapas et l'application des accords de San Andrés signés par l'EZLN et le gouvernement fédéral. Les organisations avaient demandé la présence d'observateurs internationaux pour protéger la vie et la sécurité des centaines d'indien-ne-s qui participaient à la manifestation, craignant l'action des paramilitaires appuyés par l'armée fédérale et la police locale.
Pendant ce temps, des organisations comme Amnesty International, Human Right Watch, la Commission Interaméricaine de Droits de l'Homme et différentes ONGs multiplient les protestations contre le non-respect des droits de la personne et la torture qui est pratiquée au Mexique.
8 des 12 personnes concernées sont actuellement en attente d'une réponse de la part des autorités migratoires au recours qu'elles ont présenté contre leur expulsion. Elles sont pour le moment enfermées dans le Centre de Droits Humains Miguel Agustín Pro, à Mexico. Devant la porte du centre stationnent six voitures de police prêtes à les arrêter. Nous avons reçu ce texte du Collectif de Solidarité avec la rébellion Zapatiste de Barcelone, qui organise le 15 mai une manifestation devant le consulat du Mexique de Barcelone et demande qu'on fasse de même (mais on a été prévenus un peu tard...), et fait signer une lettre de protestation. Il faut souligner l'importance des enjeux de ces expulsions : la chasse aux étrangers avait commencé l'été dernier, au moment de l'Intergalactique, elle continue de plus belle aujourd'hui. C'est que le Pouvoir mexicain n'aime pas que l'opinion internationale mette son nez dans ses sales affaires. Par l'expulsion de ces personnes, c'est le tout travail de la solidarité internationale qui est visé. Si cette solidarité, qui consiste à apporter sur le terrain une aide concrète aux populations victimes de la guerre de basse intensité menée par le gouvernement, ou tout simplement, par sa simple présence de témoin, à empêcher les exactions de l'armée, devait disparaître, la situation des communautés en lutte s'en trouverait encore précarisée. C'est pourquoi il ne faut pas laisser passer cette affaire sans réagir. On peut écrire à l'Ambassade du Mexique (9 av. de Longchamp, Paris 16e), lui téléphoner (ils adorent) au 45 53 76 43 ou au 42 61 51 80, ou encore envoyer la carte postale de protestation qui accompagne ce numéro de Ya Basta !.
Celerino Jiménez Almaraz, indien zapoteco, a été
assassiné à Santa María Jalatengo (région de
Los Loxichas, Oaxaca). Selon les autorités, il est mort lors d'un
affrontement avec la police, mais sa femme dénonce qu'une cinquantaine
de policiers ont débarqué chez eux au petit matin, l'ont
fait sortir et l'ont exécuté. C'est le onzième assassinat
commis dans la région dans des conditions similaires depuis 3 mois.
La Ligue Mexicaine pour la défense des Droits Humains (Limedh, indépendante),
évoque la possible existence d'un "escadron de la mort"
chargé de terroriser la population de cette zone où l'EPR
est active.
Selon El Barzón (organisation indépendante qui regroupe des
petits entrepreneurs et des personnes endettées qui ne peuvent plus
payer leurs dettes, ou qui sont en faillite, à cause des taux d'intérêt
élevés que pratiquent les banques, El Barzón organise
des actions de résistance contre le gouvernement et les banques
: manifestations, blocages, refus de payement, etc.), selon El Barzón
donc, rien qu'à Mexico environ 15.000 personnes ont perdu leur maison
ou leur appartement à causes de dettes qu'elles n'ont pas pu payer.
The Washington Post annonce que le Departement of Justice américain
enquête sur les liens entre Raúl Salinas de Gortari (ancien
président de la République mexicain) et les trafiquants de
drogue, et en particulier sur l'utilisation de l'infrastructure de la Conasupo
pour introduire de la cocaïne aux États-Unis et blanchir l'argent
provenant du trafic. La Conasupo était une entreprise publique chargée
de de distribution de produits agricoles ; elle a été presque
entièrement privatisée au cours du sexenat de Carlos Salinas
de Gortari, qui a propulsé son frère Raúl directeur
de l'entreprise. Ce dernier est actuellement en prison, accusé d'avoir
commandité l'assassinat de Mario Ruiz Massieu (en 1994), secrétaire
du PRI à l'époque.
Des militants du Conseil écologique de Mazatlán, en collaboration avec Greenpeace, ont occupé trois îles côtières situées face aux plages de Mazatlán. Ils demandent la mise en oeuvre d'une politique de préservation écologique, et la défense de leur statut de propriété de l'État (on craint leur vente par le gouvernement).
Au Chiapas, des représentants du PRD dénoncent que le
projet d'installation des bureaux de vote dans certaines municipalités
de l'état ne corrige pas les irrégularités relevées
lors des élections municipales de 1995. Par exemple, les électeurs
de plusieurs communautés de la municipalité d'Ocosingo devront
faire 12 heures de route pour atteindre leurs bureaux de vote.
Un juge fédéral du Chiapas a décidé de suspendre
la décision des autorités migratoires mexicaines de demander
l'expulsion de trois observateurs européens (cf. Ya basta ! précédent).
Il s'agit des trois qui se trouvent encore au Chiapas (huit sont à
Mexico, et un a quitté le pays), et qui ont saisi le juge pour demander
la révision de leur cas. Leur situation sera définie vers
la fin du mois (autrement dit : si vous n'avez pas écrit ou téléphoné
à l'ambassade pour protester, faites-le donc maintenant...)
Le Service d'Immigration et Naturalisation américain (SIN) déclare
que 22.595 clandestins, dont 75 % étaient des mexicains, ont été
expulsés des États-Unis au cours des trois premiers mois
de l'année. Un porte-parole du SIN a déclaré qu'ils
pensaient atteindre leur "objectif", qui est d'expulser "un
record de 93.000 clandestins cette année".
Fidencio Guerrero Ascención, militant du PRI, a été
assassiné dans la communauté de Agua Fría (Guerrero),
par des hommes cagoulés et armés de fusils d'assaut AK-47,
qui sont venus le chercher chez lui. Il s'agit du quatrième meurtre
de militants du PRI dans cette zone ce mois-ci. Les quatre assassinats
ont été commis dans des conditions similaires.
Selon les chiffres officiels, le Mexique comptait 19,6 millions de foyers
en 1995. En moyenne, un foyer mexicain compte 4,7 personnes (contre 5,4
en 1960). 18 % de ces foyers sont entretenus par des femmes (mères
célibataires, divorcées, veuves...).
Le Centre des Droits Humains Miguel Agustín Pro Juárez informe
que la surveillance policière des ses locaux semble avoir cessé,
et remercie la solidarité internationale. Il exige l'ouverture d'une
information judiciaire "contre les personnes qui ont organisé
cette opération totalement inconstitutionnelle et la destitution
des responsables".
Élection législatives : Francisco Robles est le premier candidat
ouvertement gay ; il se présente sous l'étiquette PRD. Activiste
gay depuis plus de vingt ans, il a été kidnappé en
mars dernier par deux hommes masqués, qui l'ont obligé à
se déshabiller, l'ont recouvert de peinture blanche "pour cacher
la noirceur de son âme", et lui ont barbouillé le visage
de rouge-à-lèvre, inscrivant sur son front le mot "pédé".
Ils l'ont relâché le lendemain, en pleine nuit et à
demi-nu, et il lui a fallu plusieurs heures pour trouver un taxi qui accepte
de le ramener chez lui. L'enquête de la police n'a évidement
rien donné. Mais Robles est déterminé à continuer
la lutte. Son programme comprend un amendement constitutionnel contre la
discrimination pour orientation sexuelle et prévoit une augmentation
des fonds attribués à la prévention du SIDA. Par ailleurs,
Anuar Luna, le coordinateur du collectif gay et lesbien Sol, a manifesté
son inquiétude en cas de victoire du PAN, très réactionnaire
sur les questions de sexualité : ainsi, le maire PANiste de Guadalajara
a interdit le port de mini-jupe dans les lieux publics.
Cinq paysans ont étés assassinés à San Ignacio
(état de Sinaloa). Trois autres avaient connu le même sort
la semaine dernière au même endroit. La zone est aux mains
d'une bande fortement armée.
Manifestations des enseignants dissidents dans tout le pays. Ils demandent
l'augmentation de leurs salaires, et protestent contre l'augmentation de
16 % (c'est à dire pas grand-chose) acceptée par le syndicat
officiel. A Mexico, la manif a rassemblé 25.000 enseignants, et
des affrontements avec la police ont fait 17 blessés.
Frederico Mayor, directeur général de l'Unesco, a dit devant
l'Assemblée Nationale mexicaine que le Mexique se trouvait "parmi
les neuf géants de l'analphabétisme au monde" (les autres
étant la Chine, l'Inde, le Bangladesh, le Pakistan, l'Indonésie,
le Nigeria, l'Égypte et le Brésil). Selon Mayor, dans ces
pays vit 50 % de la population mondiale, et 72 % des analphabètes
de la planète.
Selon la Réserve fédérale américaine, le solde
des comptes bancaires des épargnants mexicains aux États-Unis
est de plus de 31 milliards de dollars, ce qui équivaut à
un tiers de la dette extérieure du secteur public mexicain. En 1996,
6,7 milliards de dollars ont été versés par des mexicains
sur ces comptes, soit l'équivalent de 88 % de l'investissement étranger
au Mexique sur la même période.
Un livre récent d'un dénommé Pablo Emilio Madero,
intitulé "Les mensonges du PAN", dévoile que ce
parti (droite) est financé par la démocratie-chrétienne
allemande, au travers d'un Institut d'Études pour la démocratie
(qui semble être la Fondation Konrad Adenauer), lequel finance l'Institut
de formation de cadres du PAN. Pour la démocratie-chretienne allemande,
il doit être intéressant de financer un parti de chefs d'entreprises
au Mexique.
La mairie de Tila (Chiapas) a été occupée par des
membres du groupe paramilitaire Paz y Justicia, dirigés par Marcos
Albino Torres, autorité coutumière de la municipalité,
et chef militaire de la fraction "dure" de Paz y Justicia. Les
occupants, soutenus par l'ancien maire et le frère du député
PRIiste Samuel Sánchez Sánchez (entre autres), demandaient
la destitution du maire Carlos López Martínez, qu'ils ont
menacé de mort. Le motif semble être que le maire négocie
avec les familles de déplacés (Cf. Ya Basta ! n° 15,
encadré, n° 18, 26 et 29 avril). Selon Manuel Pérez García,
coordinateur des familles déplacées, les négociations
sont compliquées par cette radicalisation d'une partie de Paz y
Justicia.
Dans une lettre optimiste adressée à Marcos, Jaime Avilés,
journaliste à La Jornada, fait savoir que les rockers de Café
Tacuba en tournée au Venezuela et Bolivie, parlent de l'EZLN, qu'en
Europe, le Festival de Venise de cette année sera consacré
au Chiapas, que la fondation Danielle Mitterrand va sortir un disque de
solidarité, et que "des centaines de jeunes européens
se sont réunis à Prague et se sont mis d'accord pour réunir
un million de dollars pour construire 5 Aguascalientes [...] pour la 2°
Intergalactique". Bon, c'est vrai, mais ce qu'il ne dit pas, c'est
comment on rame pour réunir ce fric...
28 hélicoptères d'occasion UH-1H Huey sont sur le point d'être
livrés au Mexique par les États-Unis, en application d'un
accord signé l'an dernier (cf. Ya Basta ancienne formule n°14,
24 mai 95, n°61, article, et n° 75, 20 septembre). 20 appareils
ont déjà été livrés l'année dernière,
et un dernier lot le sera en septembre. Ces hélicoptères
sont destinés "principalement à la lutte contre le narcotrafic
et des missions humanitaires" [mais oui bien sûr, NdC...] .
L'an dernier, des membres de la Commission des droits humains du Sénat
américain s'étaient inquiétés de leur utilisation
réelle, suite à quoi le Mexique avait promis que des envoyés
américains pourraient en vérifier l'emploi six fois par an,
par des inspections d'un jour maximum.
L'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) vient de sortir un rapport
sur la situation au Mexique entre mars 1996 et février 1997, fournissant
une longue liste d'assassinats, agressions et menaces contre les organisations
qui défendent les droits de la personne.
Dans la communauté de San Pedro Nichtalucum (municipalité
de El Bosque, dans les Altos de Chiapas), 85 familles zapatistes déplacées
depuis deux mois à la suite d'un affrontement sont revenues en manifestation,
pour se réinstaller. Elles étaient accompagnées de
4.000 indiens des municipalités alentour. Elles ont trouvé
leurs maisons saccagées, et l'école transformée en
caserne, mais devant le nombre, l'armée s'est retirée, et
les PRIistes sont restés cachés chez eux. Dans un discours,
Ramón, un représentant de l'EZLN, a déclaré
: "Nous ne voulons pas nous battre contre nos frères indiens,
parce que nous ne sommes pas ennemis. Notre juste lutte n'est pas contre
les pauvres mais contre les injustices." Mais il a ajouté :
"Nous ne tolérerons pas une agression de plus".
Les 24 indiens de San Pedro Nichtalucum emprisonnés à Cerro
Hueco suite aux affrontements du 14 mars dernier (Cf. Ya Basta n°15,
15 et 17 mars, et n°16, 3 et 8 avril) auraient été libérés.
Le gouvernement du Chiapas conditionnait leur libération à
la signature d'un accord de réconciliation entre les 350 déplacés
et les PRIistes.
Selon Juan Bañuelos, de la CONAI, le responsable de la délégation
gouvernementale, Coldwell, proposerait de rencontrer les zapatistes pour
leur présenter sa nouvelle proposition, qui consisterait en l'installation
de trois tables de dialogue dans la zone Nord. La CONAI estime que cette
proposition est une tentative d'affaiblir sa position et celle de la COCOPA,
en régionalisant le conflit, et émet des doutes sur la sincérité
de la proposition de Coldwell.
A l'occasion d'une Rencontre pour la réconciliation et la paix animée
par le Diocèse de San Cristóbal, 33 organisations sociales
se sont engagées à oeuvrer pour la paix au Chiapas.
50 organisations européennes protestent contre les velléités
d'expulsion des 12 observateurs européens qui avaient accompagné
la manifestation des déplacés du Nord - Chiapas jusqu'à
Tuxtla Gutiérrez. 11 d'entre eux ont opposé un recours contre
cette décision d'expulsion, et trois des huit personnes réfugiées
au Centre des Droits Humains Agustín Pro à Mexico ont obtenu
cette semaine un sursis. Trois autres se trouvent encore au Chiapas, et
une personne a quitté le Mexique.
Julio César Ruiz Ferrero, gouverneur du Chiapas, annonce que 2.520
millions de pesos (environ 1.750 millions de francs) seront investis cette
année dans l'état pour promouvoir le développement
social et économique (pour comparaison et commentaire, Cf. Ya Basta
! ancienne formule n° 77, 4 octobre 96).
Dans le Guerrero, plusieurs centaines de personnes de la Costa Grande ont
manifesté pour commémorer le massacre d'Atoyac du 18 mai
1967, qui a marqué le début de la guérilla de Lucio
Cabañas. Dans un communiqué, l'EPR se revendique une filiation
avec la guérilla de Lucio Cabañas (cf. Ya Basta ancienne
formule n°72, 30 août 95, et nouvelle formule n° 12, 23 février
97) et annonce son intention de continuer la lutte armée.
300 millions de pesos vont être investis pour renforcer la sécurité
dans le Guerrero. De plus, 200 agents de la Sécurité publique
(c'est à dire la police) du Guerrero vont être formés
par l'armée. (NB : on observe depuis quelque temps une militarisation
de la police, quand ce n'est pas un remplacement pur et simple de la police
par l'armée...).
L'actuel président de la COCOPA, Oscar González Yáñez
(Parti du Travail), juge encourageantes les initiatives du nouveau délégué
du gouvernement fédéral au dialogue, Pedro Joaquín
Coldwell, qui remplace Marco Antonio Bernal (cf. Ya Basta ! n° 18,
28 avril). Il estime que l'installation de la commission de suivi et de
vérification, la libération des présumés zapatistes
et la progressive résolution des problèmes de la zone Nord
du Chiapas "vont dans le bon sens", et il appelle à "sortir
la «loi indienne» de l'impasse". Le départ de Bernal
était l'une des cinq exigences de l'EZLN avant toute reprise du
dialogue (cf. Ya Basta ! ancienne formule n°73, 3 septembre 1997) .
Selon Samuel Ruíz, président de la CONAI, les indiens déplacés
de la zone Nord et le mouvement des prisonniers La voix de Cerro Hueco
n'ont rien signé et n'ont pas accepté de participer aux trois
tables de dialogue proposées par le gouvernement. Le Centre de droits
de la personne Fray Bartolomé de las Casas (dont Ruiz est président)
affirme que le gouvernent n'a pas tenu parole à propos du règlement
des problèmes de la zone Nord (?), et qu'il garde en otage les 24
Indiens de El Bosque (??). Il affirme également que la police a
augmenté sa présence à San Pedro Nichtalucum et a
installé des barrages sur les routes.
En présence d'Amado Avendaño, des commandants Joël,
Belisario, d'une commandante et de plus de mille indiens et indiennes zapatistes,
les 100 communautés des municipalités de Las Margaritas,
Ocosingo, La Trinitaria et La Independencia qui avaient formé le
premier "conseil municipal en rébellion" en créant
en décembre 1994 la municipalité Tierra y libertad, ont renouvelé
leurs autorités. Un bilan de trois années de gouvernement
rebelle a été présenté : 1.600 conflits ont
été examinés, portant principalement sur la consommation
et la vente d'alcool, des questions agraires et "le manque de compréhension
de la lutte politique" (en effet, tout le monde n'est pas zapatiste
dans la municipalité rebelle). Les nouveaux conseillers municipaux
ont signé un texte envoyé par Marcos et le major Moíses,
s'engageant à ne pas recevoir de salaire, à appliquer les
lois révolutionnaires et la constitution de 1917.
Plusieurs groupes de paysans du centre du Chiapas ont occupé trois
entrepôts de la CONNASUPO (l'organisme qui gère l'aide gouvernementale)
et bloqué la route vers Chiapilla et Totolapa.
Guerrero : le Centre Régional de Défense des droits Humains
Jose María Morales y Pavón accuse le commandant de l'armée
Miguel Elías Leyva García, chef militaire de la zone, et
la police judiciaire, d'être responsables du kidnapping de Gabriel
Salvador Conception, le 20 avril dernier.
La CNDH a recueilli 968 plaintes contre le ministère de la défense,
et émis seulement 12 recommandations, dont une seule a été
partiellement suivie d'effet. Toutes ces recommandations concernent des
cas de torture infligée par des soldats dans le cadre de la lutte
contre la narcotrafic entre 1990 et 1993 : aucune ne s'applique aux actions
de l'armée contre l'EPR ou l'EZLN.
Le chef de l'État-major espagnol, le Général Santiago
Valderas, est en visite au Mexique. Il s'entretiendra avec Zedillo sur
l'extradition des membres présumés de l'ETA, la détention
en Espagne de l'ancien Procureur général Pablo Chapa Bezanilla,
et du narcotrafic.
36° réunion inter parlementaire USA-Mexique, à Santa
Fe : des commissions de suivi des accords en matière de migration,
narcotrafic, et commerce et écologie ont été décidées.
Le Mexique a soulevé la question des sans-papiers mexicains aux
États-Unis (ils seraient un million), proposant un dispositif de
"travailleurs-hôtes aux USA" ; mais les américains
refusent de revoir leur politique migratoire, et affirment que le Traité
de Libre Commerce (ALENA) leur a fait perdre 110.000 emplois. Pour sa part,
le Mexique a refusé de soutenir la loi Helms-Burton contre Cuba.
Néanmoins, la livraison des 73 hélicoptères Huey et
l'octroi de 18 millions de dollars pour leur entretien a été
ratifiée, et les États-Unis ont annoncé que le Congrès
discuterait bientôt le budget de 1998, et donc l'aide militaire apportée
au Mexique. Enfin, il a été proposé d'inviter le Canada
aux prochaines sessions.
Marcelino Benítez Carbajal, ex-commadant de la police motorisée
dans le Guerrero, actuellement en procès pour le massacre d'Aguas
Blancas, a été assassiné devant chez lui. Le 31 décembre
dernier, un de ses frères avait aussi été assassiné.
Avec Bartlo Guzmán (assassiné le 7 décembre 1996,
cf. Ya Basta n° 2, 8 décembre), ils avaient fondé l'organisation
Beníto Juárez, affiliée au PRI et qui soutenait l'ancien
gouverneur Rubén Figueroa.
A Zamora (Michoacán), un petit délinquant qui tentait de
résister à son arrestation a été battu à
mort par des policiers municipaux.
A México, trois policiers sont dénoncés pour avoir
torturé des vigiles du métro, dans le cadre d'une enquête
sur braquage d'une caisse de recettes.
Au Chiapas, 22 groupes de femmes indiennes et métisses, représentant 11 municipalités de l'état, ont tenu leur première rencontre, intitulée "marchons ensemble vers le dialogue et la paix. Elles ont dénoncé la "guerre de basse intensité" et souligné les agressions dont elles sont l'objet, expliquant qu'elles refusent d'être "traitées comme butin de guerre". Elles ont exigé l'application des accords de San Andrés, la démilitarisation totale de l'état, et revendiqué leur droit à participer au dialogue "de manière autonome et collective à partir de leurs propres organisations". Elles ont aussi demandé que les revendications qu'elles ont formulées à la table de femmes au dialogue de San Andrés soit incluses dans le projet de loi de la COCOPA, et elles ont exigé la démocratie, à la maison, dans la communauté, dans leurs organisations, au travail et dans la société en général.
Le ministère de la Défense a acheté en janvier 18 hélicoptères de fabrication russe MI-17 pour le transport rapide de troupes. Chaque appareil pèse 12 tonnes, peut transporter 26 personnes, opérer dans un rayon de 570 km et possède une autonomie de trois heures. Ils peuvent opérer la nuit et dans n'importe quelles conditions climatiques et peuvent être équipés d'artillerie et pour l'amerrissage. L'an dernier, la marine mexicaine avait acheté 12 hélicoptères aux russes, qui assurent aussi la formation des pilotes et l'entretien des appareils.
Dans la communauté tzotzile de Las Limas Chitanucum (municipalité
de Pantelhó, Chiapas), 30 Priistes armés de carabines 22
mm et de pistolets ont incendié les maisons de 9 familles sympathisantes
de l'EZLN. Une fillette de dix ans souffre de brûlures, et les Priistes
ont fait deux prisonniers, Alberto Gutiérrez et Mateo Hernández,
qui travaillent dans la "mairie populaire" (mairie rebelle parallèle
à la mairie officielle tenue par le PRI). 85 personnes ont fui dans
la montagne ou dans des communautés voisines. Les familles n'ont
pas porté plainte, estimant que cela ne servirait à rien
et risquait au contraire d'aggraver les choses.
Les sénateurs Hector Sánchez (PRD) et Luis H. Alvarez (PAN),
membres de la COCOPA, estiment que le dialogue ne reprendra pas avant le
6 juillet, date des élections.
Le ministre de la défense mexicain a inspecté les bases militaires
de la zone du conflit zapatiste. Il a rencontré les commandants
de garnisons, et s'est rendu en hélicoptère à Guadalupe
Tepeyac, ou Marcos a été vu la dernière fois, le 11
janvier 97.
Jesus Bueno León, journaliste mexicain, a été assassiné
le 20 mai près de Chilpancingo (Guerrero). Il enquêtait sur
une affaire de corruption impliquant le gouverneur du Guerrero Angel Aguirre
Rivero, et l'ancien Ministre de l'intérieur José Juan Robles
Catalán. L'Union Nationale des journalistes mexicains avait demandé
depuis deux mois à ce qu'il soit protégé, et Jesus
Bueno León avait déclaré par écrit que sa famille
et lui-même risquaient la mort. Dans un communiqué, le gouverneur
du Guerrero dément être lié à cette affaire.
A Chihuahua (nord du pays) la police a violemment délogé
des indiens tarahumaras qui bloquaient la rue devant le siège de
la PGR (police judiciaire). Une centaine d'indiens étaient venus
en début de semaine demander un entretien avec le gouverneur Francisco
Barrio (PAN, droite) pour réclamer une enquête pour vol et
fraude, à l'encontre l'ancien administrateur de l'ejido Monterde,
où ils habitent. N'ayant pas étés reçus par
le gouverneur, ils ont décidé de manifester devant le local
de la PGR, qui est censée donner suite à leur plainte. Bilan
de l'intervention des flics : 20 indiens blessés, dont 11 ont dû
être hospitalisés, et 50 arrestations.
Invité à l'UNAM (principale université de Mexico),
le sociologue nord-américain James Petras, qui avait participé
à la 1ère Rencontre Intergalactique et a étudié
le mouvement des Sans-Terre du Brésil, a affirmé que si les
mouvements sociaux indépendants s'unissaient, "ils constitueraient
le plus grand mouvement d'Amérique latine". Il a par ailleurs
estimé que le mouvement zapatiste était un mouvement réunissant
indigénisme, théologie de la libération, marxisme
et féminisme.
Selon une étude réalisée par des députés
du PRD, ces 9 dernières années, le PAN (Parti Action Nationale,
droite) a voté en faveur de 85 % des projets de loi venant du PRI
(parti officiel) ou du gouvernement. Commentaire des députés
: "le PAN ment lorsqu'il affirme être le seul parti qui a représenté
l'opposition" ces dernières années.
11 des 24 indiens arrêtés à San Pedro Nichtalucum
(municipalité de El Bosque, Chiapas) ont été libérés
après que la police ait retiré les accusations à leur
encontre. Cependant, les autorités n'ont pas respecté l'accord
signé entre les parties en conflit dans cette municipalité
: il prévoyait la libération de tous les prisonniers (cf.
Ya Basta! No. 21, 18 mai et 19 mai... à propos, nous avions dit
pour le 18 mai que les indiens avaient été libérés,
or c'est seulement l'accord concernant leur libération qui avait
été signé. D'où, le 19 mai, les déclarations
de Samuel Ruíz sur les 24 indiens "gardés en otage".
Ces indiens avaient été arrêtés en mars dernier
lors de violents affrontements avec des paysans proches du PRI (cf. Ya
Basta! n°. 15, 15 mars).
Les municipalités rebelles zapatistes du Chiapas vont bientôt
renouveler leurs autorités. En décembre 1994, 38 municipalités
avaient été crées par l'EZLN quand elle avait rompu
l'encerclement militaire (cf. "Si vous avez raté le début..."
résumé des événements depuis le 1er janvier
1994, disponible à notre adresse, et gratuit). Ces municipalités
ne sont évidement pas reconnues officiellement. A San Pedro de Michoacán,
(chef-lieu La Realidad), les nouvelles autorités ont déjà
été élues. Pour Manuel, combattant de l'EZLN, ces
personnes élues "sont en train de se réorganiser, maintenant
qu'elles sont autorités, [parce que] il faut qu'elles résolvent
les problèmes que cela pose dans leur famille, qui va cultiver le
lopin de terre. Parce que tout le long du mandat, elles ne vont pas pouvoir
aller aux champs". Les autorités rebelles promeuvent des projets
de développement pour la population ; certains, comme la formation
de "promoteurs" (personnes formées pour aider la population
dans les domaines fondamentaux) de santé et d'éducation,
sont sous la responsabilité directe du CCRI (Comité Clandestin
Révolutionnaire Indigène, la principale autorité de
l'EZLN).
Selon Felipe Arizmendi, évêque de Tapachula (Chiapas) qui
fait partie de la Commission Épiscopale de Réconciliation
et Pacification pour le Chiapas, certains membres de la COCOPA (Commission
de Concorde et Pacification) montrent aujourd'hui très peu d'intérêt
pour résoudre le conflit zapatiste, parce qu'il arrivent en fin
de leur mandat (à cause du renouvellement de l'Assemblée
Nationale, le 6 juillet prochain). Il estime que jusqu'à ces élections,
le dialogue au Chiapas est dans l'impasse.
La Commission Nationale des Droits Humains (CNDH, commission officielle)
demande au gouvernement du Chiapas d'offrir "de toute urgence"
une "protection efficace" aux membres de la CONPAZ (Coordination
d'ONGs pour la paix, indépendante). Ceux-ci avaient fait appel à
la CNDH suite au harcèlement dont ils ont étés victimes
ces derniers mois (cf. Ya Basta ancienne formule n°82, 5, 6, et 7 novembre
1996, et nouvelle formule n°5, 4 janvier 97, n°10, 12 février,
n°13, encadrés, et n°19, 8 mai).
25 organisations du Chihuahua (dont El Barzón, le Front Démocratique
Paysan et le PRD) ont manifesté pour demander la sanction des responsables
de la répression contre les indiens de l'ejido Monterde qui manifestaient
la veille (cf. 23 mai), et soutenir les revendications des indiens. Depuis
la veille, ces derniers exigent de plus un suivi médical et une
indemnisation des blessés. Les autorités ont annoncé
qu'il n'était pas question d'indemnisation.
Selon le Syndicat National de Travailleurs de l'Éducation (SNTE),
pour pouvoir survivre, 52 % des instituteurs sont obligés d'avoir
un deuxième emploi.
Selon les chiffres officiels, la dette extérieure mexicaine est
proche de 160 milliards de dollars. Depuis février 95, ce chiffre
reste à peu près inchangé, malgré les remboursements
effectués : les intérêts qui s'accumulent et les nouveaux
emprunts compensent les remboursements.
Affrontement entre une colonne de l'armée fédérale
et des guérilleros de l'EPR dans la municipalité de Chilapa
(Guerrero). Selon le ministère de la défense mexicain, qui
parle d' "embuscade" préparée par des "individus
armés", il y aurait deux morts et trois blessés côté
soldats, et deux morts côté EPR. Cependant, des témoignages
indépendants indiquent qu'il n'y a pas eu d'embuscade, mais que
les guérilleros distribuaient des tracts à un barrage qu'ils
avaient installé sur une route, et qu'ils ont étés
surpris par des soldats.
Les indiens de l'ejido Monterde, soutenus par des militants de différentes
organisations, ont bloqué les rues autour du palais du gouvernement
du Chihuahua, toujours pour exiger un suivi médical et des indemnisations
pour leurs blessés. Finalement, comme ils empêchaient le gouverneur
et plusieurs haut-fonctionnaires de sortir, alors qu'ils voulaient se rendre
à un concert, les autorités ont accepté de donner
des soins aux blessés et de négocier sur la question des
indemnisations et la cause du conflit (les plaintes pour fraude et vol
dans l'ejido).
Dans la municipalité de Ahuacuotzingo (Guerrero), l'armée
fédérale a arrêté Anacleto Tepetl, Hilario Atempa,
Abundio Casarrubias et Pablo Gaspar, militants ou sympathisants du PRD,
après que des militants du PRI les aient accusés d'avoir
participé à un meeting clandestin de l'EPR. D'autre part,
après l'affrontement de la veille entre l'armée et l'EPR,
l'Organisation Paysanne Indépendante des Communautés Indiennes
(OCICI, présente dans le Guerrero) s'est déclarée
préoccupée par l'éventualité de "représailles
contre des gens innocents, contre ceux qui sont pour la voie légale".
Selon une étude du Congrès du Travail (CT, rassemblement
de syndicats proches du pouvoir) le pouvoir d'achat et le niveau de vie
des travailleurs mexicains a souffert au cours de ces dix dernières
années "la pire détérioration" de son histoire.
Ils ont calculé que pendant cette période, les prix des produits
qui constituent le "panier de la ménagère" ont
augmenté de 1.244 %, et les salaires minimaux de 308 %. 45 % des
salariés ne peuvent pas acheter régulièrement de lait,
de viande, ni de poisson.
Débat télévisé à Mexico entre Alfredo
del Mazo et Cuauhtémoc Cárdenas, respectivement candidats
du PRI (parti officiel) et du PRD (opposition de gauche) au poste de gouverneur
de Mexico (poste créé par la nouvelle loi électorale,
et soumis aux élections pour la première fois). Selon les
analystes indépendants, Cárdenas aurait pris le dessus. Les
chaînes de télévision n'ont pas retransmis ce débat
à un niveau national, comme certaines l'avaient pourtant annoncé
; dans certains états, la retransmission a été coupée
après quelques minutes de débat. En revanche, les chaînes
ont diffusé des analyses après-débat de Carlos Castillo
Peraza, candidat du PAN (droite), qui n'avait pas été invité
à débattre parce que le PRD l'accuse de faire le jeu du pouvoir.
Cuauhtémoc Cárdenas est la principale figure de l'opposition
au Mexique ; la fraude électorale lui a volé la victoire
aux élections présidentielles de 1988, et il a toutes les
chances d'être élu gouverneur de Mexico cette année.
Selon le Conseil municipal autonome (autorité rebelle parallèle)
de Chenalhó, une embuscade tendue par des indiens proches du PRI
aurait fait un mort et 4 disparus parmi les sympathisants zapatistes de
la communauté de Unión Yashemel. L'origine du conflit est
le refus des indiens zapatistes de payer les 75 pesos par personne (environ
47 FF) exigés par les autorités priistes pour construire
un nouveau chemin. Les priistes ont fait 3 prisonniers pour les obliger
à payer et, quand une délégation est venue les voir
pour dialoguer, elle a été reçue à coups de
fusil. 300 indiens ont dû fuir la communauté, et les priistes
montent la garde tout autour pour les empêcher de revenir.
Nouvelles arrestations arbitraires dans le Guerrero : 3 paysans militants
du PRD ont été arrêtés par l'armée fédérale
à San Miguel Ahuelicán. Le PRD dénonce l'escalade
de la "salle guerre".
Des journalistes du Chihuahua ont déclaré à La Jornada
que le gouvernement de l'état avait censuré la publication
dans les journaux locaux des photographies de la répression policière
contre les indiens de l'ejido Monterde (cf. ya Basta précédent,
23 mai). Miroslava Breach, reporter au Diario de Chihuahua a été
licenciée ; elle est accusée d'avoir envoyé des photographies
censurées à La Jornada, qui les a publiées. (Alors,
pour faire plaisir aux autorités du Chihuahua, on en publie une
nous aussi...).
Après les affrontements de la veille, la communauté de
Unión Yashemel est vide ; ses habitants ont fui, craignant de nouveaux
accrochages.
Selon un communiqué du ministère de la Défense, un
groupe d'environ 25 personnes armées aurait attaqué des soldats
dans la municipalité d'Atoyac (Guerrero) ; trois soldats et deux
des assaillants sont morts. Le communiqué ne précise pas
qui sont les agresseurs, mais apparemment il s'agit d'une colonne de l'EPR.
Selon les habitants de la région, l'armée a immédiatement
encerclé au moins 6 villages de la zone.
Les habitants de la communauté de Temalacatzingo (municipalité
de Olinalá, Guerrero) dénoncent l'irruption de l'armée
dans le village : les soldats ont fouillé les habitations et interrogé
les gens, battu des adultes et des enfants, et même volé de
l'argent dans une maison. Il semble qu'ils cherchaient des combattants
de l'EPR. Dans une lettre collective, la communauté demande "le
retrait total et définitif des militaires", et affirme que
si l'armée reste dans la zone, "le peuple organisera sa défense".
La mobilisation des instituteurs pour une augmentation de leurs salaires
continue. Hier, ils ont manifesté dans onze endroits de Mexico,
paralysant les principales avenues de la ville pendant 8 heures.
Après trois mois de campagne électorale pour le poste de
gouverneur de Mexico, Francisco González Gómez, candidat
du Parti du travail (PT), se retire de la course. Il accuse les dirigeants
du PT de mener une politique "saliniste" (c'est-à-dire,
dictée par l'ex-président Salinas) et de lui "bloquer
systématiquement" les fonds pour sa campagne. González
Gómez raconte que ses problèmes ont commencé parce
que les dirigeants du PT voulaient à tout prix qu'il s'allie avec
le PRI, et qu'ils ont saboté toute tentative d'alliance avec le
PRD. Pour endiguer la montée de l'opposition, le régime mexicain
a pour tactique d'encourager la création de petits partis pour semer
la confusion parmi les électeurs et prendre des voix à l'opposition,
ou pour se mettre d'accord avec le parti officiel pour cautionner les pratiques
de fraude électorale. Outre le PRI, le PAN (droite) et le PRD, le
PT est le seul parti à être représenté à
l'Assemblée nationale, et beaucoup disent que c'est parce qu'il
a le soutien du gouvernement. Le candidat démissionnaire a annoncé
son intention de rejoindre le PRD. Quant à Alberto Anaya et José
Narroeux (dirigeants nationaux du PT), ils ont annoncé qu'ils allaient
demander à Ignacio Burgoa Orihuela de reprendre la candidature du
parti. Coïncidence étrange : Narro est membre de la COCOPA,
commission censée faire la médiation entre les zapatistes
et le gouvernement, et Burgoa Orihuela est l'un des juristes (cf. Ya Basta
nouvelle formule n°4, 15 décembre 96, et n°13, 4 mars) qui
ont justifié le refus du gouvernement d'accepter le projet de loi
de la COCOPA, provoquant une énième crise entre zapatistes
et gouvernement. Bizarre, non ?
Les 13 indiens de San Pedro Nichtalucum qui étaient encore en
prison ont été libérés, après que la
police ait retiré les accusations qui pesaient contre eux ; ils
avaient été arrêtés lors d'affrontements avec
de paysans proches du PRI (cf. Ya Basta n°15, 15 mars, et n°22,
24 mai). Cependant, plus de 60 indiens de la zone nord du Chiapas, arrêtés
dans le cadre de conflits politiques, sont toujours en prison ; ils appelent
les organisations sociales et paysannes à continuer la mobilisation
pour exiger leur libération.
Selon Octavio Rodríguez Araujo, universitaire et analyste à
La Jornada, la stratégie gouvernementale au Chiapas n'est pas seulement
d'encercler militairement les zapatistes, mais aussi d'envelopper la zone
zapatiste de conflits provoqués par les groupes paramilitaires (Paz
y Justicia, Los Chinchulines) ; ceux-ci ont commencé à Palenque
et se sont propagés sur Tila, Sabanilla, Simonjovel, El Bosque,
Pantelhó et Chenalhó, progression qui pourrait arriver jusqu'à
Las Margaritas.
César Chávez, actuel président de la COCOPA, déclare
que cela fait 6 mois qu'ils n'ont pas de contact de l'EZLN (en fait le
dernier contact répertorié est un échange de lettres
mi-mars, cf. Ya Basta n°15, 14 mars 97), et que le gouvernement fédéral
est plus préoccupé par les élections de juillet que
par le reprise du dialogue avec les zapatistes [ça on s'en doutait,
NdC].
Intense mobilisation militaire dans les montagnes d'Atoyac (Guerrero) après
les affrontements de la veille. Plusieurs villages sont toujours encerclés
par l'armée. Celle-ci utilise des hélicoptères et
des blindés pour traquer les combattants de l'EPR.
Les ministères de l'Intérieur, de la Défense et la
PGR (Police Judiciaire) annoncent un plan d'urgence pour "renforcer
la surveillance des routes, des aéroports et des bâtiments
publics" du Guerrero pour parer aux attaques de l'EPR; Ce plan prévoit
l'augmentation des effectifs militaires et policiers dans l'état.
Le mouvement des instituteurs se poursuit dans les états de Chiapas,
Baja California Sur, Hidalgo, Sinaloa, Zacatecas, Durango, Tlaxcala, Michoacán,
Guerrero, Tamaulipas et à Mexico ; 20.000 d'entre eux ont manifesté
hier dans la capitale. A Oaxaca, les instituteurs ont décidé
de cesser le mouvement après être parvenus à un accord
avec le gouvernement de l'état ; les termes de l'accord prévoient
que la prime de fin d'année soit portée 90 jours de salaire,
la création de nouveaux postes, des manuels scolaires gratuits pour
les élèves de première année de collège,
des petits-déjeuners gratuits et des bourses pour les élèves
des 100 municipalités les plus pauvres de l'état, et l'engagement
du gouvernement de transférer les 14 indiens zapotecos accusés
d'appartenir à l'EPR et détenus à Mexico et dans l'état
de Hidalgo, dans une prison de l'état de Oaxaca.
Selon le rapport annuel du Fonds pour la Population de l'ONU, il y a au
Mexique 0,8 avortements pour 3,6 naissances ; la pratique de l'IVG, interdite
dans le pays, produirait 100 millions de dollars de profits par an, et
17,8 % des femmes mexicaines auraient subi un avortement.
Le harcèlement militaire et policier se poursuit dans les montagnes du Guerrero. Le Martín Barrientos, paysan de 20 ans et militant du PRD, a été arrêté illégalement par les soldats à El Cucuyachi. Ses proches ignorent où il se trouve. Les soldats sont venus dans plusieurs communautés demander des renseignements sur des militants de l'opposition.
Selon le Centre des Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas,
le maire de Chenalhó "incite" les communautés priistes
de la municipalité à "provoquer des affrontements entre
indiens". L'ONG raconte que le 12 mai dernier, des ouvriers de la
CFE (équivalent de l'EDF) sont venus dans la communauté de
Beumple, couper l'électricité à plusieurs familles
proches des zapatistes qui refusaient de payer. Celles-ci ont résisté
et "réquisitionné" le matériel des ouvriers.
Quand les indiens proches du PRI l'ont su, ils ont été récupérer
le matériel et l'ont rendu au maire. Celui-ci leur a offert à
boire et leur a demandé de faire "d'autres actions, et de rassembler
les armes disponibles". C'est ainsi que le 21 mai les priistes auraient
assiégé les maisons de 4 familles proches du PRD et des zapatistes,
et que deux jours plus tard ils ont arrêté 29 familles. C'est
dans ce contexte de tension que l'affrontement de Yashemel s'est produit.
Ian Chambers, directeur du bureau pour l'Amérique Centrale de l'Organisation
Internationale du Travail (OIT) a déclaré que le refus gouvernemental
de respecter les accords de San Andrés de février 1996 avait
été "durement" critiqué au sein de cet organisme.
La Jornada publie une interview du commandant Antonio, l'un des chefs militaires
de l'EPR. Celui-ci explique qu'ils ont décidé de passer à
la lutte armée après de longues analyses, dans lesquelles
ils ont conclu que "qu'il y avait beaucoup d'obstacles à la
lutte légale, et qu'il fallait faire quelque chose de plus".
Il a aussi dit qu'ils se trouvaient dans une phase d'"autodéfense
armée", et que pour déclarer une guerre ouverte à
l'État, il leur faudrait un soutien plus important de la part de
la population. Questionné sur une éventuelle contradiction
entre la lutte armée et le fait d'accepter les élections,
il a répondu : "Non, le fait qu'existe cet espace politico-électoral
ne supprime pas la nécessité de la lutte armée. (...)
Comme la lutte armée, ou les mobilisations, nous croyons que la
lutte électorale aussi peut contribuer à ouvrir des espaces
; aucune forme de lutte ne peut garantir à elle seule que le peuple
puisse exprimer librement sa volonté, et que la souveraineté
populaire soit réinstaurée".
L'armée a installé des barrages de contrôle sur pratiquement
toutes les routes des montagnes d'Atoyac (Guerrero). Les interrogatoires
de la population civile se poursuivent.
Le PRD demande à l'EPR de déclarer une trêve pour permettre
le bon déroulement des élections de juillet prochain. Il
demande aussi au président Zedillo de stopper la militarisation
du Guerrero.
Cette année, les dépenses en armement pour la police et en
équipement anti-émeutes seront d'au moins 100 millions de
pesos (environ 63 millions de francs) pour la seule ville de Mexico.
La police de Ciudad Juárez (Chihuahua) a arrêté quatre
militantes anti-sida qui collaient des affiches en faveur de la prévention
dans un quartier où travaillent des prostituées. Les affiches
invitent les gens à utiliser des préservatifs, et pour les
toxicomanes, à ne pas échanger les seringues. Les militantes
ont été libérées après avoir payé
une amende. Plutôt que de pratiquer la prévention, la mairie
de Ciudad Juárez (PAN, droite) mène une campagne de répression
de la prostitution et d'arrestation massive de prostitués des deux
sexes. L'association des propriétaires d'hôtels de la ville
a protesté auprès des autorités suite à des
descentes de police illégales dans leurs établissements :
la semaine dernière, 20 femmes ont été arrêtées
pour prostitution, pour le simple fait d'être avec un homme dans
une chambre d'hôtel... Selon des estimations, environ 5.000 personnes
seraient contaminées par le virus du Sida à Ciudad Juárez.
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