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La police a violemment réprimé une manifestation de paysans à San Marcos (Guerrero), qui demandaient des crédits pour acheter des engrais, la réouverture de l'enquête sur le massacre d'Aguas Blancas (cf. Ya Basta! n 49, 26 février 96) et la punition de l'ex-gouverneur Rubén Figueroa Alcocer. 50 paysans blessés, dont 9 par balle. Manifestations d'enseignants à Mexico et dans 14 états du pays, pour demander la satisfaction de leurs revendications (cf. 24 mai).
Fin de la rencontre européenne contre le néolibéralisme et pour l'humanité. Un compte rendu devrait être disponible bientôt au Comité. Selon un rapport de la Commission Nationale des Droits Humains (officielle), le nombre d'ONG's qui luttent pour les droits humains au Mexique est passé de 191 à 376 entre novembre 1993 et mai 1996.
Publication d'un communiqué du CCRI de l'EZLN, daté du 31 mai, et qui dit que les obstacles au bon déroulement du dialogue persistent : la mobilisation de l'armée fédérale, l'impunité des gardes blanches et les condamnations des présumés zapatistes. Cependant, l'EZLN accepte une proposition de la Conai, d'ajourner la rencontre du 5 juin avec la délégation gouvernementale (cf. Quezalcoatl n 5, supplément à Ya Basta n 61). Les zapatistes s'engagent à reprendre les contacts avec le gouvernement, une fois les points les plus importants de la crise actuelle résolus. Pour finir, ils demandent au gouvernement d'abandonner sa politique de double visage et de démontrer dans les faits qu'il est conséquent avec ses déclarations", et à la société civile de continuer ses mobilisations et d'"imposer, par la force de la raison, la paix dont les mexicains ont besoin". Dans un interview, Marcos évoque la crise provoquée par les condamnations des présumés zapatistes et la mobilisation de l'armée fédérale. Selon lui, il n'y a que deux issues possibles : ou bien le processus de dialogue "sort enrichi" (c'est à dire que la loi d'amnistie est complétée, afin de ne plus permettre une crise comme celle-ci) ou bien il sera définitivement clos par la violence. D'autre part il a annoncé que, quoi qu'il arrive, la rencontre intercontinentale "se tiendra du 27 juillet au 3 août(...) même dans des conditions de guerre ou de persécution".
Le ministre de l'intérieur s'est engagé à créer une commission d'enquête sur les assassinats de militants du PRD (le parti d'opposition de centre gauche). Depuis le début du gouvernement Zedillo (en décembre 94), 123 militants du PRD ont été assassinés, contre 299 au cours du précédant sexenat.
Une association de victimes des vols est née à Mexico, pour défendre les droits des citoyens "violés quotidiennement par policiers et délinquants". L'association dénonce le climat d'insécurité qui règne dans la ville, ainsi que la corruption et inefficacité de la police. L'OEA (Organisation des Etats Américains, sorte d'ONU continentale) a décidé de se pencher sur la conformité de la loi américaine Helms-Burton au droit international. Un seul pays a voté contre cette décision : les Etats-Unis.
Le magistrat chargé du procès en appel de Javier Elorriaga Berdegué et Sebastian Entzin Gomez, a innocenté Elorriaga des délits de terrorisme, conspiration et rébellion, et condamné Entzin à une amende pour rébellion, mais l'a innocenté des autres délits. Les deux hommes ont été libérés. Entzin, indien tzeltal, a déclaré qu'il retournait dans sa communauté, "travailler la terre avec mes frères. Je laisse mes amis ici [dans la prison]. De toute façon nous avons appris quelque chose". Quant Elorriaga, journaliste, il a affiché son intention de continuer son travail de vidéaste au Chiapas. Selon La Jornada, l'EZLN aurait contacté la Conai (Commission nationale de médiation, présidée par Samuel Ruiz, évêque progressiste de San Cristobal) pour lui proposer une rencontre avec la Cocopa suite aux libérations d'Elorriaga et Entzin. La justice confirme que Roberto Madrazo Pintado, gouverneur du Tabasco, a dépensé au moins 128 millions de pesos (plus de 180 millions de francs à l'époque) pour sa campagne électorale de 1994. (La loi limite les dépenses électorales à près de 5 millions de pesos). La police a lancé des mandats d'arrêt contre d'anciens collaborateurs du gouverneur, pour délits fiscaux et blanchiment d'argent. Selon le journal américain The Miami Herald, les autorités suisses ont annoncé aux autorités américaines qu'elles avaient découvert un compte bancaire contenant plus de 240 millions de dollars, et appartenant à Raúl Salinas de Gortari, frère de l'ancien président du Mexique. Raúl est aujourd'hui en prison, tandis que l'ancien président s'est trouvé une planque discrète à l'étranger...
Dans une interview informelle, Sebastian Entzin, 20 ans, a déclaré qu'il pensait s'intégrer au Front Zapatiste de Libération Nationale. Il a ajouté qu'il devait sa libération aux nombreuses personnes qui l'ont soutenu : "j'aimerais les remercier, parce qu'ils m'ont donné un coup de main". Au cours d'une conférence de presse, Javier Elorriaga Berdegué a déclaré qu'il ne se sentirait complètement libre que lorsque les 16 autres présumés zapatistes seront libérés. Il annonce sa participation au FZLN, ainsi qu'au groupe des conseillers de l'EZLN. Il a demande qu'on ne le dise pas "présumé zapatiste", mais zapatiste tout court, parce que, "comme des millions de mexicains, je suis sympathisant". Le Général Enrique Tomás Salgado Cordero a été nommé Secrétaire de la sécurité publique à Mexico, en remplacement de David Garay Maldonado, limogé (cf. Ya Basta précédent). Il a annoncé que les principaux postes de la police seraient occupés par des militaires.
Selon un expert chilien en la matière, l'armée mexicaine est forte de 175.000 hommes (dont 60.000 sont au Chiapas selon des sources indépendantes), 100 avions de combat et 23 hélicoptères blindés. Dans son projet de budget pour 1997, le Pentagone prévoit 10 millions de dollars d'assistance militaire au Mexique, en plus des programmes de "lutte contre les trafiquants de drogue" déjà annoncés. Publication d'un communiqué de l'EZLN qui remercie les organisateurs et les participants de la campagne pour la paix et contre la faim au Chiapas "Un grano para mi hermano" (cf. Ya Basta précédent).
25e anniversaire du massacre perpétré par le groupe paramilitaire à la solde du gouvernement "Los halcones" (les faucons), lors de la répression d'une manifestation étudiante à Mexico. Publication de l'invitation zapatiste à la Rencontre intercontinentale contre le néolibéralisme et pour l'humanité. Cinq tables de discussion prévues : 1.- Quelle politique avons-nous, et de quelle politique avons-nous besoin? 2.- La question économique : histoires d'horreur. 3.- Toutes les cultures pour tous. Et les médias? Des graffiti au cyberspace. 4.- Quelle société n'est pas civile? 5.- Il y a beaucoup de mondes différents dans le monde. Roberto Acosta Orruzquieta, dirigeant du PRD à Coyuca de Benitez (Guerrero), a été assassiné au cours d'une réunion avec d'autres militants PRD. Selon un rapport de la Banque du Mexique, l'inflation a été de 15,37 % entre janvier et mai. Selon un rapport de l'Institut International d'Études Stratégiques (Londres), le Mexique a reçu en 1993 une aide militaire de 7 millions de dollars, et en 95 de 2 millions (ne sont pas comptabilisés les prêts et dons de matériel américain). L'essentiel de cette aide est destiné à la formation et à l'entraînement d'officiers. Ainsi, 42 militaires mexicains ont suivi une formation militaire aux Etats-Unis , 18 au Chili , 9 au Guatemala, 7 au Salvador , 6 au Venezuela, 5 en France, 2 au Brésil, 2 en Colombie et 2 au Pérou, 1 en Angleterre et 1 en Espagne.
Réunion, suivie d'une conférence de presse conjointe, de l'EZLN, la Conai et la Cocopa. L'EZLN a annoncé que l'alerte rouge était suspendue, et qu'elle a l'intention de continuer les négociations. On a annoncé aussi une réunion EZLN-Cocopa le 20 juin, pour discuter d'un éventuel nouveau cadre juridique pour le dialogue (visant à éviter les crises comme celle qui vient de se produire). D'autre part, du 30 juin au 6 juillet aura lieu à San Cristobal le forum organisé par l'EZLN sur la réforme de l'Etat (qui avait dû être annulé à cause de la crise, cf. Ya Basta! n 57, 26 avril, et n 60, 16 mai). Selon Marcos, la crise a été provoquée par le gouvernement, pour voir quels à compromis les zapatistes était prêts pour sauver le dialogue : "nous avons démontré que nous sommes pour le dialogue, mais pas à n'importe quel prix". Pour finir, il a évoqué le problème des gardes blanches, qui sévissent un peu partout, mais surtout dans les zones où il n'y a pas de zapatistes. Dans son rapport annuel, l'Unicef donne des chiffres de la mortalité maternelle. Sur le continent américain, 23.585 femmes meurent chaque année de problèmes liés à la grossesse ou à l'accouchement (total mondial : 600.000). Avec 110 morts pour 100.000 naissances, le Mexique occupe la 13e place en Amérique Latine. (En Europe, les plus mauvais chiffres sont ceux de la Roumanie et de la Russie : respectivement 130 et 75 décès pour 100.000 naissances). Selon le président de la Chambre Nationale de l'Industrie Vestimentaire, la crise économique a poussé 83 % des usines du secteur dans l'économie informelle (c'est-à-dire que ces entreprises travaillent "au noir"), et depuis le traité de libre commerce, les producteurs locaux sont victimes de la concurrence des produits importés. L'Université Autonome de Puebla a remis le titre de docteur honoris causa à Fidel Castro.
Selon un rapport d'Alianza Civica (organisation de citoyens qui essaie de surveiller la vie politique, et qui a organisé plusieurs référendums, dont la Consulta zapatiste de l'été dernier ), le salaire du président Zedillo a augmenté de 328 % depuis décembre 1994 (sur la même période, le salaire minimum au Mexique augmentait 7 fois moins). Le salaire officiel du président (sans compter les primes diverses), est équivalent à 109 fois le salaire minimum.
Des milliers d'enseignants sont en grève dans les états de Chiapas et Jalisco. La famine frappe les indiens Tarahumaras (état de Chihuahua, dans le nord du pays). En 1996, et dans un seul hôpital, on a compté 15 enfants morts de malnutrition ; dans ce même lieu, entre juillet 1994 et décembre 1995, 91 indiens sont morts de malnutrition.
Publication de l'invitation au "Forum spécial pour la réforme de l'Etat" (cf. 11 juin). Les zapatistes invitent les "comités civils de dialogue du FZLN [il s'agit des groupes de citoyens qui discutent actuellement la structure et la politique de ce qui sera le Front Zapatiste de Libération Nationale], les organisations sociales et politiques, les mouvements de citoyens, les ONG's, des personnalités et la société civile mexicaine à participer au processus de dialogue pour la mise en oeuvre d'une transition civile et pacifique vers la démocratie au Mexique, contre le système de parti d'Etat et le modèle économique néolibéral, et pour une nouvelle relation entre gouvernants et gouvernés . Ils ont divisé le forum en 8 thèmes : 1.- Vers une organisation politique de type nouveau ; 2.- Projet économique alternatif et les 16 revendications fonda- mentales du peuple mexicain ; 3.- Transition vers la démocratie au Mexique ; 4.- Nouvelle constituante et nouvelle constitution ; 5.- Pour l'humanité et contre le néolibéralisme ; 6.- Nou- veau pacte social [c'est à dire de nouveaux rapports entre les différentes parties de la société, ndt] ; 7.- Culture et médias dans la transition vers la démocratie ; et 8.- Justice et droits humains dans la transition vers la démocratie. Concentration religieuse sans précédent à Torreon (état de Coahuila, nord du Mexique) où l'Église a organisé une messe "pour la pluie". 30.000 personnes, dont le gouverneur de l'état et plusieurs maires y ont assisté, pour "demander" la fin de la sécheresse... Les rassemblements religieux hors des lieux de cultes étaient interdits au Mexique jusqu'au gouvernement de Salinas qui les autorisés.
Publication d'un communiqué de la Commission nationale d'organisation du FZLN qui annonce l'installation de locaux à Oventic, La Realidad, La Garrucha et Prado, et de relais à San Cristobal, Mexico, Veracruz, Xalapa et Tlaxcala. Ces bureaux ont pour mission de d'informer la population sur la construction du FZLN. Affrontements entre militants du PRI et du PRD à Los Moyos (municipalité de Sabanilla, Chiapas), après l'agression par des PRIistes de militants du PRD qui manifestaient contre le maire (PRI) élu frauduleusement aux élections d'octobre dernier, et dont une bonne partie de la population exige la démission. Bilan : deux morts et trois blessés. Les affrontements liés au conflit post-électoral sont nombreux dans cette municipalité considérée comme majoritairement zapatiste : cf. Ya Basta! n 33, 19 octobre, n 34, 24 octobre, n 36, 11 novembre, n 55, 12 avril, n 59, 10 mai. A El Vergel, municipalité de Simojovel (Chiapas), un militant du PRD a été assassiné. En représailles, des PRDistes ont séquestré deux militants du Parti du Travail (PT, lié au gouvernement), qu'ils accusent d'être responsables du meurtre.
Selon une étude de Banamex, la plus importante banque privée du pays, 50 % des mexicains (soit plus de 45 millions de personnes) ont des revenus qui ne leur permettent pas de satisfaire leurs besoins journaliers en calories. Au cours des 17 derniers mois, les salaires ont augmenté de 31 % en moyenne, tandis que l'inflation était de 65 %.
L'Armée Zapatiste de Libération Nationale invite tous les mexicains à participer au concours de dessin pour l'humanité et contre le néolibéralisme (logo, affiche et banderole), dans le cadre des préparatifs de la première Rencontre intercontinentale pour l'humanité et contre le néolibéralisme, et ceci sur les bases suivantes :
1. Peuvent participer tous les individus ou groupes mexicains, quelque soient leur âge, condition, sexe, race, croyances, opinions politiques, revenus, équipe de football préférée, poids, taille, largeur, (et là je m'arrête parce qu'ensuite viennent les sous-entendus et les accusations de "machisme" et de "sexisme"), dans la mesure où ils ne font pas partie du cabinet du gouvernement.
2. Les exigences sont les suivantes :
a) Logo. Le sujet est la Rencontre intercontinentale pour l'humanité
et contre le néolibéralisme. Le ou les projets devront être
envoyés réalisés. Le logo sélectionné
sera pris pour emblème de la rencontre.
b) Affiche. Le sujet est la Rencontre intercontinentale pour l'humanité
et contre le néolibéralisme. La technique et le format sont
libres.
c) Banderole. Le sujet est la Rencontre intercontinentale pour l'humanité
et contre le néolibéralisme. La technique est libre, et le
format est de deux mètres sur quatre.
3. La date limite de la remise des travaux est le 6 juillet 96.
4. Les travaux pourront être remis dans n'importe lequel des locaux de promotion du Front Zapatiste de Libération Nationale, ou dans les Aguascalientes.
5. Les travaux sélectionnés recevront les prix suivants :
Premier prix : un diplôme, une accolade, et un Bon d'Espérance.
Deuxième prix : un diplôme, une poignée de main, et un Bon d'Espérance.
Troisième prix : un diplôme, un salut de la main, et un Bon d'Espérance.
Pour le dernier : un contre-diplôme, un geste grossier, et des cours de dessin gratuits dans les académies populaires La Miette (de création prochaine).
De plus, tous les travaux primés donnent droit à un voyage , sans aucun frais payé, vers n'importe lequel des Aguascalientes (en option).
Note : Les Bons d'Espérance sont des bouts de papier, de couleur et de taille raisonnable, sur lequel on met ce dont on a envie ; ils ont l'avantage de ne pas se dévaluer, de ne pas être côtés dans d'autres bourses que celle qu'on a dans la poche de son pantalon, de sa jupe, sa blouse ou sa chemise (si tant est qu'on en ait), ils sont échangeables sur la Lune la plus proche de son domicile, lieu de travail ou d'études.
6. Le jury sera annoncé quand nous aurons trouvé quelqu'un qui voudra bien se jeter dans la mêlée. A l'heure qu'il est nous n'avons pas la moindre idée de qui cela pourrait être, mais nous pouvons vous assurer qu'il s'agira de personnes de notoriété nulle et de grand courage (parce que personne ne se risquerait à être jury dans un concours pour dessinateurs aussi dingues).
7. Les résultats seront rendus (à supposer bien sûr que quelqu'un participe et envoie son travail) quand nous pourrons, et par les moyens adéquats (petits avions et bateaux en papier qui rempliront les airs et les eaux du Mexique, avec pour avantage de n'être pas polluants, et, comme ils seront de couleurs variées, de paraître un pont ou un arc-en-ciel).
8. La remise des prix se fera en une date et un lieu aussi indéfinis que le cap du néolibéralisme, mais aussi précis que l'espoir qui nous fait humains.
9. Tous les points non prévus par cette convocation (c'est à dire à peu près tous) seront laissés, pour qu'ils les résolvent (?), au discernement et à la sagesse des convoquants (qui d'ailleurs, ont brillé par leur manque de discernement et de sagesse).
10. les scarabées ne pourront participer à ce concours.
Pour la Commission d'Organisation du Concours de Dessin, etcétéra :
Sup Marcos.
Montagnes du Sud-Est mexicain.
Selon une étude du ministère des affaires étrangères mexicain, près de 20.000 enseignants des écoles primaires et secondaires ayant demandé un congé sont partis aux Etats-Unis occuper des emplois non-qualifiés : agents de nettoyage, vendeurs, employés de fast-foods, journaliers agricoles. Cela donne une idée de l'ampleur de la crise au Mexique, et de la légitimité des revendications des enseignants en lutte depuis plusieurs mois (cf. Ya Basta! précédents). Les autorités américaines annoncent l'attribution d'un budget de 4,3 millions de dollars pour construire un mur parallèle à celui qui existe déjà dans la ville frontalière de San Diego, afin d'empêcher le passage d'immigrants clandestins en provenance de Tijuana. Le projet final prévoit trois murs parallèles, sur une longueur de 106 kilomètres, mais le budget accordé sera utilisé pour construire dans un premier temps un mur expérimental de 3,5 kilomètres de long. Des ONG's mexicaines dénoncent l'inutilité de ce triple mur, et l'augmentation prévisible du nombre de morts dans des tentatives de passages clandestins (la région est désertique).
Le groupe paramilitaire Paz y justicia a assassiné une personne, en a blessé quatre et séquestré deux autres, dans la communauté de Corzal Nuevo (municipalité de Tila, Chiapas). Dans l'état de Guerrero, la police a violemment dispersé des militants du FAC-MLN (Front Ample pour la Construction du Mouvement de Libération National, rassemblement d'organisations de gauche visant à construire un mouvement pluriel -le futur MLN- pour lutter contre le parti d'Etat, Cf. Ya Basta n 42 sur le FZLN) qui manifestaient en trois endroits : ils bloquaient l'entrée du palais gouvernemental à Chilpancingo (capitale de l'état), et celle du palais municipal d'Ahuacuotzingo, et occupaient deux terrains à Chilpancingo. 7 dirigeants d'organisations membres du FAC-MLN ont été arrêtés. Les manifestants exigent du gouvernement : des engrais, du matériel de construction, la démission du maire de Ahuacuotzingo pour détournement de fonds, attribution de postes à ses proches, et responsabilité dans l'assassinat de deux militants. Les personnes qui occupaient les terrains demandaient qu'ils leur soient attribués, et demandaient aussi des crédits pour construire des logements. La direction des chemins de fer mexicains annonce que 28.300 cheminots (soit 60,2 % des effectifs) n'entrent pas dans les plans de modernisation de l'entreprise, et seront probablement licenciés lors de la privatisation prochaine. Il y a 165.810 places dans les lycées publics de la ville de Mexico, pour 262.308 inscrits au concours de sélection. L'année dernière, le mécontentement des élèves refusés avait été à l'origine de grèves de lycéens et de l'occupation des lycées durant plusieurs semaines. Plusieurs personnes sont mortes en essayant de passer clandestinement la frontière avec les Etats-Unis : au sud du Texas, une petite embarcation a coulé dans le rio Bravo, et on a retrouvé quatres corps, quatre autres personnes au moins ayant disparu ; au sud de l'Arizona, 5 clandestins sont morts de déshydratation dans le désert. Selon le consulat mexicain en Californie, depuis janvier et rien que dans cet état, 17 personnes sont mortes en essayant de passer aux Etats-Unis.
Selon des responsables du Parti du Travail (PT, proche du gouvernement), deux indiens ont été assassinés et quatre autres blessés dans une embuscade à El Vergel (municipalité de Simojovel). Le maire (PT) accuse des militants du PRD. Selon la Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH, commission officielle), les 7 présumés zapatistes arrêtés à Yanga (Veracruz) en février 1995 ont été torturés physiquement et psychologiquement. Il y a 24 milliards 582 millions de dollars sur les comptes bancaires mexicains aux Etats- Unis. Ces comptes appartiennent pour la plupart aux entreprises exportatrices, à Pemex (l'entreprise pétrolière), et à la Banque du Mexique. Le Mexique est le premier épargnant latino-américain aux Etats-Unis.
Nouveau massacre dans la municipalité de Tila (Chiapas). Trois membres d'une même famille (dont un enfant de trois ans) ont été assassinés, et deux autres ont été blessées par un groupe de personnes armées. Selon les survivants, les motifs seraient politiques (on n'en sait pas plus). La Coordinations des ONG's pour la paix (Conpaz, indépendante) dénonce le climat de violence qui règne dans le nord du Chiapas où, ces 5 derniers jours, 5 paysans ont été assassinés, 14 ont étés blessés, et un autre est porté disparu. Selon la Conpaz, cette situation "est le résultat de la négligence des autorités, malgré l'insistance de la société civile pour qu'on enquête et punisse les responsables. L'indifférence des autorités fait que [les] responsables jouissent d'une totale impunité". Selon des chiffres officiels, 29 personnes sont mortes au Chiapas au cours des 6 premiers mois de l'année, lors d'affrontements, d'embuscades ou d'expulsions de terres. Nouvelle journée de mobilisation des enseignants. Il ont été des milliers à manifester à Mexico DF et dans les états de Mexico, Veracruz, Yucatán, Tlaxcala, Nuevo León, Zacatecas et Durango.
Affrontement armé dans la communauté de Jesús Carranza (municipalité de Sabanilla, Chiapas). Deux indiens choles, apparemment militants du PRI, ont été tués, et 5 autres ont été blessés.
Réunion entre des représentants de l'EZLN et la Cocopa. Il a été décidé de reprendre le dialogue de paix le 8 juillet. L'armée zapatiste a proposé que la loi d'amnistie soit modifiée pour permettre la participation directe aux négociations de représentants des trois pouvoirs du gouvernement (exécutif, judiciaire et législatif), ainsi que de la Conai et de la société civile, ceci afin d'éviter une nouvelle crise (sur la crise, voir le communiqué du 5 mai, publié dans Ya Basta ! n 59, et la lettre de l'EZLN à la Cocopa, datée du 18 mai, et publiée en supplément à Ya Basta n 61). Dans la conférence de presse qui a suivi la réunion Cocopa-EZLN, le sous-commandant Marcos a dénoncé le climat de violence qui règne dans le nord du Chiapas : "...des affrontements sanglants ont lieu là où l'EZLN n'est pas présente (...) il s'agit de déstabiliser, de provoquer ces affrontements, et d'en rendre responsables ceux qui font avancer le processus de paix, en l'occurrence, la Conai par le biais du diocèse, à cause du rôle de Samuel Ruiz (...) Nous voyons une très nette coïncidence dans le calendrier. Les gardes blanches [milices à la solde du PRI et des propriétaires terriens, ndt] ont un calendrier d'action : elles sont mises en sommeil hors des périodes de dialogue. La seule fois où il n'y a pas eu d'affrontements, c'était lorsque le dialogue n'avançait pas, pendant la première phase. Mais dès qu'on a commencé à faire des progrès, les affrontements ont repris, ainsi que les expulsions et tout ça. La logique et parfaitement claire. Peu importe pour ceux qui jouent à cela si ceux qui meurent sont du PRI, du PAN, du PRD, du PT. Ce qui leur importe c'est de pouvoir dire qu'il y a des affrontements armés, que c'est le chaos, et qu'il faut y mettre de l'ordre comme avant". Au cours d'une autre conférence de presse, Marcos a estimé que le forum spécial sur la réforme de l'Etat, organisé par les zapatistes et prévu du 30 juin au 6 juillet à San Cristobal, serait important dans la définition de l'avenir politique et militaire de l'EZLN. Selon lui, il servira à évaluer les possibilités d'action politique du Front Zapatiste de Libération Nationale, et à resserrer les liens entre l'armée zapatiste et la société civile organisée. Il a ajouté que le forum serait un lieu de rencontre pour avancer vers la construction d'un front d'organisations de gauche ("s'il y en a encore au Mexique") qui ne se proposent pas la prise du pouvoir. Les journalistes lui demandant s'ils étaient prêts à rendre les armes et à accepter une éventuelle amnistie du gouvernement, il a répondu que le premier point n'était pas à l'ordre du jour, et que l'idée d'amnistie était très prématurée. Enfin, on lui a demandé ce que cela signifiait, qu'il ai signé un communiqué de la commission d'organisation du FZLN : "Ce que cela veut dire, c'est qu'il faut toujours que je me fasse remarquer (rires). Non, cela veut dire que l'EZLN est directement impliquée dans l'affaire (...) l'organigramme n'existe pas encore, seulement existent pour l'instant les comités de dialogue, comme façon de nous retrouver". Trois morts et quatre blessés dans un nouvel affrontement dans la municipalité de Tila, cette fois dans à El Guanal. Apparemment, les victimes étaient militants au PRI. Selon les chiffres officiels, cela porte à 14 le nombre d'indiens morts dans les différents affrontements ces 8 derniers jours au Chiapas. Au moins 10 écoles du nord du Chiapas ont été fermées à cause de la vague de violence qui secoue la région. Le secrétaire du groupe Paz y justicia, organisation paramilitaire proche du PRI et dénoncée comme responsable de plusieurs assassinats, accuse les prêtres du diocèse de San Cristobal (présidé par l'évêque Samuel Ruiz), les dirigeants nationaux du PRD et le sous- commandant Marcos d'être les "auteurs intellectuels" des violences.
Des habitants de Tila informent que des dizaines de familles ont fuit vers les montagnes, à cause de la violence. Ils dénoncent que des policiers ont perquisitionné illégalement des maisons dans la communauté de Jolnishtié, où ils ont séquestré trois hommes et trois femmes, qu'ils ont violées. Selon les habitants de Tila, les policiers et les membres de Paz y Justicia "harcèlent ensemble la population (...) ils ont saccagé les maisons des gens qui ont fui". Dans un communiqué de presse, le diocèse de San Cristobal affirme que si on ne met pas fin à la violence au Chiapas, l'état sera bientôt plongé dans "une guerre fratricide aux conséquences désastreuses". Le dirigeant du PRD au Chiapas a déclaré qu'ils allaient exiger du ministère de l'intérieur des mesures visant à mettre fin aux violences de 4 groupes paramilitaires liés au PRI ou aux caciques de la région. Il s'agit des groupes : Paz y Justicia, Los Chinchulines, Fray Bartolomé de los Llanos et Los Orantes (du nom d'une famille de grands propriétaires). Les deux premiers sévissent dans le nord-ouest du Chiapas (Sabanilla, Tila, Salto de Agua, Yajalón et Chilón), les deux autres dans le centre de l'état et vers la frontière avec le Guatemala (Villa Corzo, Venustiano Carranza, Angel Albino Corzo, La Concordia et Chicomosuelo). Selon estimations de la PGR (Procuraduría General de la República, police judiciaire), les gains des trafiquants de drogue ont été de 30 milliards de dollars par an pendant le sexenant de Carlos Salinas de Gortari (1988-1994), soit 7 fois plus que les profits des 50 plus grosses entreprises mexicaines en 1994.
Des milliers d’indiens et de paysans ont manifesté et bloqué des routes dans le nord du Chiapas pour exiger la fin des violences qui secouent les municipalités de Tila, Sabanilla et Simojovel. D’autre part, la Commission de Surveillance de Tila (association de citoyens contre la violence) dénonce l’arrivée dans le village d’une cinquantaine d’individus armés, logés chez , ce qui a provoqué dans la population. Selon l’association, il s’agit là de . Plus de 35.000 personnes ont manifesté à Tabasco à l’appel du PRD pour exiger la démission du gouverneur de l’état Roberto Madrazo, accusé d’avoir financé sa campagne électorale (en 1994) avec des fonds provenant du narcotrafic. Les manifestants on décidé d’occuper les places principales des 17 municipalités de l’état lors de la visite du président Zedillo prévue mardi prochain. Dans une étude sur la pauvreté à l’échelle planétaire, la Banque Mondiale rapporte qu’au Mexique, 85 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (revenus inférieurs à 5 dollars par personne et par jour). Le ministère de développement social a démenti les chiffres de la Banque Mondiale : selon lui, il y aurait 22 millions de mexicains en situation d’extrême pauvreté, et 20 millions de pauvres, soit en tout 46 % de la population.
Un jour de salaire minimum au Mexique suffit à peine pour acheter 800 grammes de viande de qualité moyenne.
Samuel Ruiz, évêque de San Cristobal et président de la Conai, a déclaré que la violence dans les communautés de Tila, Tumbalá, Sabanilla et Salto de Agua était provoquée intentionnellement, et que pour agresser la population. Dans le Tabasco, journée de protestation à l’occasion de la visite du président Zedillo. Des milliers de militants du PRD ont manifesté pour exiger la démission du gouverneur Roberto Madrazo ; ils ont bloqué des autoroutes (la communication routière du Sud-est du Mexique a été complètement coupée), occupé des installations pétrolières et un port. Il y a eu plusieurs affrontements avec la police et avec des gros bras du PRI. Bilan : 30 blessés, dont 4 graves, 29 arrestations, 4 disparus.
20 membres du CCRI-CG de l’EZLN participeront au , qui se tiendra du 30 juin au 6 juillet à San Cristobal (cf. Ya Basta! n 63, 14 juin). Y assisteront aussi le sous-commandant Marcos, Cuauhtémoc Cardenas (dirigeant du PRD), Manuel Camacho Solís (ex-membre du PRI qui a mené les toutes premières discussions avec les zapatistes au printemps 94, avant d’abandonner en dénonçant l’immobilisme de son parti), El Barzón, et des représentants de plusieurs organisations sociales et politiques, et des 335 qui dans tout le pays discutent de la construction du Front Zapatiste de Libération Nationale (FZLN). Anniversaire du massacre d’Aguas Blancas (Guerrero), dans lequel 17 paysans avaient été tués dans une embuscade tendue par la police (cf. Ya Basta n 17, 29 juin, n 49, 26 et 28 février). Rubén Figueroa, gouverneur du Guerrero à l’époque, et désigné comme le principal responsable du crime, est toujours en liberté. Une centaine de travailleurs de l’industrie sucrière sont venus depuis les états de Veracruz, Morelos, Puebla, Tamaulipas et San Luis Potosí manifester devant le siège du ministère de l’intérieur à Mexico. Ils protestent contre la corruption du dirigeant du syndicat qu’ils accusent d’avoir détourné 6 milliards de pesos (environ 4 milliards de francs) sur les fonds de logement, retraite et épargne des travailleurs.
Apparition dans le Guerrero d’un nouveau groupe de guérilla : l’Armée Populaire Révolutionnaire(voir encadré).
Environ 1.000 personnes ont participé à la 18ème marche pour la fierté homosexuelle à Mexico. Les participant(e)s ont demandé l’arrêt des persécutions policières et le respect de leurs droits humains, civils et professionnels. Selon le ministère des finances, le Mexique devra payer plus de 97 milliards de dollars au titre des intérêts de sa dette extérieure ces 6 prochaines années. Le montant de la dette est actuellement de 165,9 milliards de dollars (soit 270 % des exportations mexicaines annuelles, pétrole compris). Ces 15 dernières années, le Mexique a payé environ 150 milliards de dollars pour les seuls intérêts de sa dette.
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