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1er juin
q La caravane Ricardo Flores Magón, composée de 300 personnes, est partie de Mexico pour Chiapas, où elle apporte 35 tonnes d'aide humanitaire aux communautés indiennes. Lors du concert organisé pour le départ du convoi, Javier Elorriaga, membre du Front Zapatiste de Libération Nationale (FZLN), a annoncé que le 1er août prochain, une nouvelle caravane partira vers le Chiapas, et qu'y participeront des membres de 1.111 organisations sociales (le même nombre que celui des délégués zapatistes venus à Mexico en septembre 97 exiger le respect des accords de San Andrés, cf. Ya Basta n°33, 9 sept. 97). Selon lui, cette caravane sera une "réponse de la société civile aux intentions du gouvernement d'encercler les communautés sympathisant avec les zapatistes".
q On rapporte que des employés du ministère de la Défense parcourent les municipalités chiapanèques de La Trinitaria, Las Margaritas, Ocosingo, La Independencia, Tzimol et Comitán, en indiquant aux habitants qu'ils ont de droit de posséder des armes pour "se défendre".
q Abelardo Mendez Arcos, porte-parole extérieur de "la Voz de Cerro Hueco" (l'association des prisonniers pro-zapatistes), dénonce s'être fait enlever pendant plusieurs heures dans la municipalité de Yajalón. Ses ravisseurs se prétendaient de la police municipale, mais lui pense qu'il s'agissait de membres du groupe paramilitaire Paz y Justicia. Ils l'ont finalement remis à la police, qui l'a libéré sur l'intervention des autorités judiciaires de l'état.
q Alors que le gouverneur du Chiapas annonce depuis plusieurs jours le démantèlement volontaire de la municipalité autonome de Morelia, plusieurs dizaines de sympathisants zapatistes du lieu affirment qu'il n'en est rien, et que les PRIistes sont minoritaires. Ils dénoncent que le gouvernement essaye d'acheter la population en offrant de l'argent et des véhicules, et rejettent fermement "remunicipalisation" défendue par le gouverneur (cf. 29 mai).
q Le président municipal d'Altamirano dément également que les communautés de la région aient demandé le démantèlement de la municipalité autonome 17 noviembre.
q Remunicipalisation : devant les protestations de 8 maires PRD, Emilio Rabasa (représentant du gouvernement fédéral pour le conflit au Chiapas) a promis d'intercéder auprès du gouverneur pour qu'il consulte préalablement les populations concernées avant le redécoupage.
q Les 18 maires PRD du Chiapas dénoncent le "harcèlement" mené contre eux par le gouverneur, qui a réduit leurs budgets et les accuse de délits divers, depuis qu'ils ont refusé son "plan de paix" (cf. Ya Basta n°56, 1er et 3 mars 98).
q L'armée a attaqué la municipalité autonome de Nicolás Ruíz (cf. Ya Basta n°66, 19 et 20 mai, et ce n°, 31 mai). Le prétexte officiel est de "secourir" des membres de la communauté, qui seraient séquestrés. En réalité, il semble bien que les personnes "secourues" aient été amenées jusqu'au lieu de leur "sauvetage" par les militaires eux-mêmes... 1.000 soldats et policiers, appuyés par deux hélicoptères et 20 tanks, ont copieusement arrosé de gaz lacrymogène le cordon civil d'environ 250 femmes et enfants armés de bâtons et de pierres qui tentaient de les empêcher d'entrer dans le village. Guidés par dix hommes au visage masqué qui leur indiquaient les maisons à attaquer, les soldats ont défoncé les portes à coups de pieds et emmené les gens sans aucun mandat d'arrêt. L'opération a duré 7 heures. 167 personnes ont été arrêtées, dont 4 catéchistes, 1 femme et 4 mineurs, et 20 sont portées disparues. Une centaine de soldats est restée occuper la place principale pour "assurer la sécurité" de la population. Selon l'agence de presse Reuters, la secrétaire du gouvernement chiapanèque, Arely Madrid, assure que l'intervention a été menée suite à une demande expresse de la branche chiapanèque de la CNDH (cf. 31 mai).
q 26 membres du groupe paramilitaire les Chinchulines, emprisonnés depuis le 29 mai 1996 sous l'accusation d'homicides, vols et blessures, ont annoncé qu'ils soutenaient le plan de paix du gouverneur du Chiapas ; ils ont décidé de suspendre les pressions pour que leurs peines soit écourtées, mais pensent néanmoins être bientôt libérés [cherchez l'erreur... NdR].
q La Mission Civile d'Observation (mexicaine) qui s'est rendue au Chiapas, juge la situation extrêmement alarmante, et dénonce comme une "bombe à retardement" la question des réfugiés, qui seraient environ 18.000 dans l'ensemble du Chiapas.
q Rolando Villafuerte Aguilar, maire de San Cristóbal, demande à l'Institut National de Migration d'enquêter non seulement sur les étrangers de passage, mais aussi sur la situation légale, les activités et le mode de vie de ceux qui résident de manière permanente au Chiapas.
q Plus de 80 familles sympathisantes de l'EZLN ont quitté ces derniers jours leurs villages de Bademia (municipalité de La Independancía) et de Navil (municipalité de Tenejapa) et se sont réfugiées dans la montagne pour fuir les menaces constantes que des groupes PRIistes locaux faisaient peser sur leurs vies.
q Nicolas Ruíz : parmi les personnes arrêtées, 16 personnes ont été écrouées à Cerro Hueco, les autres ont été relâchées. 200 policiers, postés à tous les coins de rue, sur les places et autour du palais municipal du village, "maintiennent l'ordre". Selon le FZLN, un millier de personnes auraient fui dans les montagnes.
q 850 membres de l'association Las Abejas de Chenalhó annoncent qu'ils rentreront dans leurs communautés (Los Chorros et Yibeljoj) le 25 juin prochain (beaucoup d'entre eux avaient dû fuir en décembre dernier les attaques de Paz y Justicia ; c'est un de leurs groupes qui avait été attaqué à Acteal). De même, 102 Indiens de Las Limas (municipalité de Pantelhó) organisent leur retour, avec l'aide du gouvernement.
q Sondage publié par la revue "Este País" : plus de la moitié des personnes interrogées disent réprouver l'attitude gouvernementale dans le conflit au Chiapas.
q 9 des 16 personnes emprisonnées suite à l'intervention militaire à Nicolás Ruíz ont été libérées sous caution.
q A l'issue de la Première Assemblée Indienne du Chiapas, qui s'est déroulée dans les locaux de l'Institut National Indigéniste, plusieurs organisations sociales chiapanèques, dont la CIOAC (Centrale Indépendante d'Ouvriers et de Paysans), la OCEZ (Organisation Paysanne Emiliano Zapata) et Las Abejas se sont prononcées contre le "projet unilatéral de remunicipalisation" du gouverneur, et ont exigé l'arrêt des opérations militaires contre les municipalités.
q Un membre du groupe paramilitaire Paz y Justicia a été tué par balles à Nuevo Limar (municipalité de Tila, nord du Chiapas).
q Dans la municipalité de Cintilapa (centre du Chiapas), la police fédérale a arrêté 9 personnes qui, à bord de deux véhicules, transportaient 1.600 cartouches de calibres divers et "de provenance illégale".
q La caravane étudiante Flores Magón, qui tentait d'apporter une aide humanitaire aux femmes bases d'appui zapatistes de la municipalité autonome Tierra y Libertad (chef lieu : Amparo Agua Tinta), a été agressée et empêchée de passer par des militants du PRI.
q Le Centre des Droits Humains Miguel Agustín Pro Juárez demande à la Commission Interaméricaine des Droits Humains d'intervenir auprès du gouvernement mexicain en faveur des déplacés de Taniperlas, qui depuis l'opération militaire du 11 avril dernier, ne peuvent pas retourner dans leur village, tenu par le MIRA (Mouvement Indien Révolutionnaire Antizapatiste).
q Le Canada annonce qu'il va renforcer son aide économique aux villages chiapanèques indiens, et promet 69.000 dollars US pour 98-99 (soit un cinquième des fonds canadiens destinés au Mexique).
q Dans une lettre de deux pages et demie où il dénonce le manque de volonté de dialogue du gouvernement, Mgr Samuel Ruíz a annoncé sa démission de la CONAI. Au cours de son homélie dominicale, il a évoqué la campagne de harcèlement que le gouvernement a mené contre son diocèse dès avant 1994. Il a rappelé que depuis le début du soulèvement zapatiste, 7 prêtres du diocèse ont été expulsés par les autorités mexicaines, et 4 emprisonnés, que 40 églises ont été fermées, certaines étant de surcroît occupées par l'armée. De nombreuses voix (PRD et PAN) se sont élevées pour saluer son travail, tandis que du côté gouvernemental, on continue de l'accuser de partialité et de parler indûment de politique.
q Le même soir, la CONAI annonçait qu'elle "avait terminé son travail de médiation", expliquant dans un communiqué titré "Pour la paix : une plus grande participation de la société" que le gouvernement "continue de saper les conditions nécessaires au dialogue et à la négociation". Elle souligne en six points la mauvaise volonté du gouvernement : militarisation accrue, surtout depuis Acteal, prolifération des groupes paramilitaires, non-application des accords de San Andrés, attaques - liées à une proposition de "remunicipalisation" - contre les municipalités autonomes, problème des déplacés et des prisonniers politiques, et attaques contre la CONAI.
q Le ministère de la Défense fait état d'"affrontements" entre l'armée et l'EPR à El Charco, village mixtèque de la Costa Chica (Guerrero). 11 guérilleros morts, 5 blessés et 21 arrestations. Mais la population du village a une autre versions des faits : plusieurs centaines de militaires auraient investi le village à 1 heure du matin, et surpris dans leur sommeil les supposés guérilleros, qui dormaient dans l'école après une réunion qu'ils avaient tenu la veille dans le village (ce qui explique qu'il n'y ait pas une seule victime du côté de l'armée). Il semble d'ailleurs que les supposés guerilléros n'étaient pas armés. Depuis, l'armée empêche les gens d'entrer et de sortir de la communauté, elle a évacué les cadavres par hélicoptère, et tient la presse à l'écart. Les informations sont parvenues par des villageois qui ont pu quitter le village très tôt le matin, et on ne sait pas encore qui sont les personnes assassinées : selon le gouvernement, ce seraient d'importants dirigeants de l'EPR, mais rien n'est sûr.
q Réactions à la dissolution de la CONAI : l'Église catholique déclare renoncer à jouer un rôle de médiation, et jure ses grands dieux qu'il n'y a eu aucune négociation secrète avec le gouvernement pour pousser Ruíz à l'abandon (sur les velléités de la hiérarchie catholique, cf. Ya Basta n°38, article). Le PRI est enchanté, et continue de couvrir d'injures Samuel Ruíz. Le PAN lui rend hommage mais rejette toute idée de médiation internationale, tandis que le PRD semble au contraire envisager cette possibilité, de même que certains membres de l'ex-CONAI. La COCOPA offre ses services pour reprendre le dialogue. Le Congrès National Indigène en apelle à la mobilisation de la société civile. Amnesty International manifeste sa "grave préoccupation".
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Ce 10 juin, l'armée a attaqué à l'aube quatre communautés de la municipalité autonome de San Juan de la Libertad (dans la municipalité officielle de El Bosque).
A 3 heures du matin, aidés des PRIistes locaux, des militaires et des policiers ont pris d'assaut la mairie rebelle de San Juan de La Libertad. Les personnes qui se trouvaient à l'intérieur ont été durement battues, et emmenées à la prison de Cerro Hueco.
A 4 heures du matin, appuyées par des hélicoptères, la police et l'armée ont attaqué la communauté de Chabajeval, bombardant et arrosant l'endroit de gaz lacrymogène, détruisant les maisons, profanant l'église et volant tout ce qui était à portée de main. Sur les 3.000 habitants que compte la communauté (350 familles pro-zapatistes et 50 PRIistes), 2.000 seraient en fuite dans la montagne, et le reste aurait cherché refuge dans les communautés voisines et le chef-lieu municipal. Il y a au moins deux morts.
A 5h30 du matin, dans la petite communauté tzotzile de Union Progreso (160 personnes habitants), une cinquantaine de véhicules militaires, appuyés par deux hélicoptères ont fait irruption. 7 jeunes qui se rendaient aux champs ont voulu s'enfuir vers la montagne. Les soldats ont alors tiré une cinquantaine de coups de feu et les ont tués, avant de faire disparaître les corps. Militaires et policiers ont retenu les hommes, ne laissant fuir que les femmes et les enfants, qui se sont réfugiés sans eau ni nourriture dans la forêt. On déplore également plusieurs disparus. Les militaires ont détruit, pillé et volé l'argent de la coopérative du village. Une caravane civile a pu se rendre sur les lieux et constater que le village est quasiment détruit et désert.
Enfin, à peu près à la même heure, l'armée a tenté d'entrer dans la communauté d'Obregón, où la population a réussi à bloquer pacifiquement la route. L'armée a promis qu'elle reviendrait.
Selon un communiqué de la municipalité autonome de San Juan de La Libertad, l'opération aurait mobilisé environ 1.200 hommes - les images à la télévision montrent d'ailleurs le caractère massif de cette opération, terrestre et aérienne. Le bilan provisoire est de neuf indiens et un policier tués. Le communiqué demande l'intervention d'ONGs nationales et internationales et de la Croix Rouge Internationale.
Plusieurs organisations civiles ont immédiatement protesté dans un texte conjoint, notamment : Bacosan, CIAM, Enlace Civil, FZLN, Foca, Kinal Antsetik.
Mobilisation de la solidarité à
travers le monde (liste bien sûr non exhaustive) :
Au Brésil : A Puerto Alegre, 100 personnes vêtues de blanc ont manifesté le 25 mai pour protester auprès du consulat mexicain sur le thème "Arrêtez le massacre au Chiapas". Les manifestants voulaient remettre une lettre signée notamment d'Amnesty International Brésil, Service Paix et Justice, Caritas-Brésil, mais ils n'ont pas été reçus. A Rio, constitution le 4 juin d'un Comité de solidarité avec le Chiapas, et préparation d'une manifestation devant le Consulat mexicain. A Brasilia, remise d'une lettre de protestation signée par de nombreuses organisations. A Espiritu Santo, recueil de signatures pour demander l'application des accords de San Andrés par un ensemble d'églises de toutes confessions chrétiennes.
Au Costa Rica, avec une fête de la solidarité avec le Mexique. En Espagne, la Plate-forme de solidarité avec le Chiapas d'Aragon fera une grande fête pour réunir des fonds, avec strip-tease de cinq membres de la plate-forme dans le style "Full Monty".
Enfin, The Chiapas alert network a envoyé une lettre à l'ONU demandant "que cessent les crimes contre l'humanité au Chiapas", lettre qui a été rendue publique par Amnesty international.
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(extraits de l'article de Concepción Suárez Aguilar [membre du Centro de Investigación y Acción para la Mujer Latinoamericana] paru dans la Doble Jornada du 1er juin 98).
(....) Il faut se rappeler qu'après l'opération de démantèlement de la municipalité autonome Ricardo Flores Magón le 11 avril, au cours de laquelle neuf indiens et douze étrangers ont étés arrêtés, le reste des hommes - sympathisants zapatistes - a fui dans les montagnes pour éviter les multiples provocations des PRIistes qui menacent de brûler les maisons, et que les femmes et les enfants ont du rester pour protéger leur peu de biens.
Chacune des ces femmes reste dans sa maison, et on ne leur permet pas d'aller à la boutique acheter de quoi manger ou d'autres biens nécessaires à leur subsistance. Quand elles sortent pour chercher de l'eau ou pour un autre motif, elles sont harcelées, tant par les PRIistes que par les policiers et les soldats qui sont dans ce village pour "protéger et garantir l'état de droit". Oui, un état de droit qui se moque que 120 familles soient dispersées, et qui se moque du risque physique encouru par ces femmes, non seulement à cause des menaces de mort qu'elles ont reçu des groupes paramilitaires, mais aussi à cause de la mauvaise alimentation et de l'absence de soins médicaux. Une situation qui est la même pour des milliers de femmes, enfants et déplacé(e)s des Altos, du Nord et de la Selva.
Au cours de la visite réalisée par la caravane italienne, plusieurs observatrices ont recueilli le témoignage de quelques-unes de ces "prisonnières". Un point commun était leur grande préoccupation et leur tristesse de devoir défendre seules leurs biens et leur enfants, pendant que les hommes se cachaient dans les montagnes.
"Avez-vous peur ?" demandaient chaque fois les italiennes. Et la réponse était : "non, nous allons résister, nous sommes prêtes à supporter ce qu'ils veulent nous faire", et des phrases de ce genre. Mais par moments, quand la tension montait, il y avait des larmes discrètes que certaines séchaient rapidement avec leur main ou leur tablier. (...)
Les effets de la guerre de basse-intensité que le gouvernement a déchaîné contre les insurgés, bases d'appui et sympathisants zapatistes, en en réservant autant pour le Diocèse de San Cristóbal et les ONGs et organisations sociales, ont touché avant tout les femmes, qui sont devenues la principale cible, et semble-t-il, la cible préférée.
Ces femmes, de par leur condition, vivent une triple oppression, de genre, de classe et d'ethnie. Elles déploient beaucoup d'efforts pour se défaire de leurs liens et construire peu à peu une nouvelle façon d'être des femmes indiennes. Cette tension à laquelle elles sont soumises les amène à déployer ce courage et cette créativité dont elles ont fait preuve au cours de ces années de conflit. Mais aussi elle les transforme, physiquement et émotionellement.
Elles sont exposées à toute une série de maladies, alors que plusieurs sont enceintes. De plus, elle portent le souci quotidien de ce que vont manger leurs enfants, et la peur d'être assassinées, battues ou violées.
q Dans la presse mexicaine, la version selon laquelle les "affrontements" de El Charco (Guerrero, cf. Ya Basta n° 68, 8 juin) auraient été en réalité une exécution sommaire de présumés guérilleros gagne en force. Les victimes seraient liées à l'ERPI (Armée Révolutionnaire du Peuple Insurgé), un groupe issu d'une scission au sein de l'EPR et qui, contrairement à cette dernière, privilégierait un travail politique de base avec les communautés indiennes et plutôt que des opérations de guérilla isolées contre des cibles militaires ou policières. Selon Julio Hernández López, journaliste à La Jornada, par cette opération, l'armée aurait voulu annoncer que la répression de guérilla au Guerrero sera sanglante.
q Un groupe d'anthropologues mexicains dénonce les vexations que le gouvernement mexicain a fait subir à leur collègue allemand Ulrich Köhler. Celui-ci travaille pour l'Université de Fribourg, et a consacré des dizaines d'années de recherche aux groupes indiens du Mexique, sur lesquels il a publié plusieurs livres. Dernièrement, il s'est rendu au Chiapas pour présenter son livre "Santa Catarina Pantelhó" aux autorités de Pantelhó et à la maison de culture municipale. Sur le chemin du retour, les services migratoires lui ont confisqué son visa, l'ont soumis à deux interrogatoires de cinq heures et lui ont infligé une amende pour avoir "publié [des livres et des articles] dans le pays et à l'étranger, sans autorisation du ministère de l'Intérieur". Il a dû quitter le pays sur le champ. Les scientifiques mexicains rappellent qu'il y a quelques années, Köhler aurait reçu des prix et des éloges de la part du gouvernement.
q Opération militaro-policière contre la municipalité autonome de San Juan de la Libertad (municipalité officielle de El Bosque, Chiapas, cf. Ya Basta précédent, encadré). Plus d'un millier de soldats et de policiers ont attaqué les communautés de San Juan de la Libertad, Unión Progreso et Chabajeval. La raison officielle était de "rétablir l'état de droit". Les autorités ont pris pour motif l'assassinat, la veille, dans une embuscade, d'un militant du PRI (le parti officiel) dans la communauté Los Plátanos (l'une des rares communautés de la municipalité à majorité PRIiste). Les agresseurs portant des passe-montagnes, les autorités en ont conclu qu'il s'agissait de zapatistes... et ont déclenché cette opération pour démanteler la municipalité autonome. Pourtant, certains font remarquer qu'une telle opération ne s'organise pas en un jour, et qu'elle était donc planifiée... Un bilan provisoire fourni par les autorités fait état de 9 morts (8 indiens et 1 policier), et 57 interpellations, auxquels il faut ajouter une trentaine de maisons saccagées et deux magasins d'une coopérative pillés. Les autorités disent avoir saisi des armes et parlent d'"affrontements" avec des groupes d'indiens, ce que démentent les habitants des villages concernés. L'armée a installé une dizaine de nouveaux barrages routiers dans la zone. De toute évidence, les autorités ont voulu profiter de la distraction provoquée par le Coupe du monde de foot (dont le match d'inauguration a eu lieu le même jour) pour intensifier son offensive contre les communautés zapatistes au Chiapas.
q Dans un communiqué, l'ERPI informe que seules quelques-unes des personnes tuées par l'armée fédérale à El Charco (Guerrero, cf. Ya Basta précédent, 8 juin) appartiennent à l'organisation. L'ERPI estime que l'armée a profité de l'occasion pour assassiner des dirigeants sociaux en les accusant d'être des guérilleros. L'ERPI affirme aussi que ses militants étaient venus à El Charco réaliser une "consultation populaire" pour "écouter les revendications [de la société civile] pour, sur cette base, élaborer celles de l'Armée Révolutionnaire".
q Un commando d'hommes armés habillés en militaires a assassiné le dirigeant local du PRI (le parti officiel) à Metlatónoc (Guerrero), provoquant une forte tension dans la municipalité : l'armée assiège une dizaine de communautés indiennes de la zone, apparemment à la recherche de guérilleros, et les habitants craignent une opération similaire à celle de El Charco (cf. Ya Basta précédent, 8 juin).
q Manifestation à Seattle (États-Unis) contre la répression des indiens au Mexique.
q 16 des 27 indiens arrêtés lors de l'opération militaire d'El Charco (Guerrero) ont été libérés, faute de preuves ; 7 autres ont été mis en examen, accusés d'appartenance à l'Armée Révolutionnaire du Peuple Insurgé (ERPI). Auparavant, la mairie d'Ayutla avait demandé au gouvernement la libération de 24 des personnes arrêtées, assurant pouvoir prouver que ces paysans étaient venus des communautés avoisinantes pour participer à une réunion sur des questions agraires. Selon elle, les guérilleros se seraient invités à cette réunion, et seraient restés passer la nuit dans le village. D'autre part, les 5 personnes blessées lors de l'opération sont des dirigeants sociaux connus et des militants du PRD ; elles restent en détention.
q Selon Octavio Rodríguez Araujo, universitaire et journaliste à La Jornada, la dissolution de la CONAI (Commission Nationale de Médiation, cf. Ya Basta précédent, 8 juin) est la "conséquence logique de la stratégie guerrière du gouvernement" mexicain au Chiapas. Rodríguez Araujo estime que la CONAI gênait les plans de lutte contre-insurrectionelle du gouvernement, qui tout fait pour s'en débarrasser. Il conclut que la disparition de la CONAI rend encore plus incertaine une éventuelle reprise du dialogue entre le gouvernement et les zapatistes.
q Selon Miguel Alvarez, ex-secrétaire de la CONAI, les relations de cette commission avec le gouvernement fédéral sont entrées en crise quand elle a insisté auprès des autorités pour que celles-ci tentent de résoudre le conflit au Chiapas et dans d'autres états du pays par un "dialogue au niveau national", ceci tout de suite après l'apparition de l'EPR, en juin 1996.
q Après le massacre perpétré par l'armée dans la municipalité autonome de San Juan de la Libertad (cf. 11 juin), nouvelle tournée de Zedillo au Chiapas, et nouvel "appel au dialogue" lancé à l'EZLN : "Je réaffirme que la voie du dialogue est sans condition ouverte (...) je suis convaincu que la violence n'amène rien de bon", a-t-il osé affirmer, sans craindre de passer pour ridicule ou schizophrène.
q Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits Humains, s'est déclarée "très préoccupée par la situation des droits humains au Chiapas". Elle a lancé un appel au gouvernement mexicain pour qu'il "analyse d'urgence les moyens de renouer le dialogue avec les communautés du Chiapas", et affirme qu' "une réduction de la présence militaire dans la région serait un premier pas très important pour restaurer la confiance en la recherche d'une solution pacifique" au conflit.
q Dans un communiqué, Amnesty International met en garde contre un possible "désastre pour les droits humains au Chiapas", estimant que le gouvernement mexicain profitait de la situation pour se débarrasser d'opposants politiques.
q France : des militants de la solidarité avec les zapatistes sont venus accueillir l'équipe mexicaine de football à son arrivée à Lyon, où elle devait jouer un match de la Coupe du Monde. Le joueur Claudio Suárez raconte avoir vu "un zapatiste français" qui portait un passe-montagne et "qui a crié je-ne-sais-pas-quoi, mais je n'ai pas vu de violence. Peut-être les gens de la sécurité l'ont écarté".
q France, encore : les Verts ont appelé le gouvernement français et la communauté européenne à "faire pression" sur le gouvernement mexicain pour "l'amener à reprendre le chemin du dialogue et de la négociation". Le communiqué ajoute que "l'agression [de San Juan de la Libertad] est une illustration dramatique du caractère totalitaire du néolibéralisme (...) incapable de supporter la contestation de ses effets destructeurs".
q Les habitants de 12 communautés zapatistes de la municipalité autonome de San Andrés Sacamch'en de Los Pobres (Chiapas, nom officiel San Andrés Larráinzar) sont en état d'alerte : ils craignent une attaque de l'armée pour démanteler leur municipalité. Les autorités autonomes dénoncent que les soldats réalisent jour et nuit des exercices dans les environs de certaines communautés comme Oventic (où il y a un Aguascalientes, c'est à dire un centre de résistance zapatiste, un de ces lieux construits en 1995 pour accueillir la première Rencontre Intercontinentale pour l'Humanité et contre le Néolibéralisme), Yolté, Patentic et Camtealuc'um. Selon eux, ces mouvements visent à "intimider et menacer la population, mais aussi à étudier comment attaquer les bases d'appui de l'EZLN".
q Dans une interview à La Jornada, Gonzalo Ituarte, prêtre catholique et ex-secrétaire technique de la CONAI, a déclaré que celle-ci s'est dissoute "parce que le gouvernement a fait échouer le processus de paix et a opté pour le chemin de la guerre. Il fallait en finir avec la simulation, et rendre public le fait que le gouvernement ne veut pas le dialogue (...) Les événements de ces derniers mois, surtout depuis Acteal, montrent très clairement que le gouvernement ne reviendra pas au dialogue. Par ses actes, il a montré qu'il n'a pas la moindre intention de retourner au dialogue de San Andrés ni de considérer l'EZLN comme un interlocuteur. Il cherche à démanteler tout ce processus très riche, à détourner ce qui a été signé pour ne pas le respecter (...) Continuer avec la CONAI aurait pu donner une vision fausse de la réalité : les gens auraient cru que parce que la CONAI existait, il y avait une possibilité de dialogue entre le gouvernement et l'EZLN". A une question sur la stratégie gouvernementale, qui consiste à attendre que la mobilisation de la société et des médias s'use pour résoudre militairement le conflit, M. Ituarte a répondu : "Si c'était vrai [que l'opinion publique se désintéresse du conflit], l'énorme campagne de propagande que mène le gouvernement n'aurait pas lieu d'être. Le fait que Zedillo vienne chaque semaine au Chiapas pour que les gens l'écoutent, signifie que l'affaire intéresse d'une certaine façon l'opinion publique".
q La caserne que l'armée fédérale construit à San Quintín (Chiapas, tout à côté de La Realidad, un des cinq Aguascalientes zapatistes) sera bientôt achevée. Elle servira à loger la Force Arco Iris ("Arc-en-ciel"), qui est le groupe d'élite spécialisé en contre-insurrection créé pour lutter contre les zapatistes. C'est la deuxième caserne construite dans la municipalité d'Ocosingo, en violation flagrante de la loi du dialogue, qui interdit l'escalade militaire.
q Réunis en assemblée, environ un millier d'indiens de Mitontic (Chiapas) ont exigé la démission du maire (PRIiste), qu'ils accusent de corruption et de "préparer un autre Acteal". Les contestataires appartiennent aux trois principaux partis politiques : PRI, PAN et PRD.
q Manifestations devant les consulats mexicains à Atlanta, San Francisco et Los Angeles, pour protester contre l'opération militaro-policière de San Juan de la Libertad.
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(extraits d'un article de Carlos Montemayor paru dans La Jornada du 11 juin 98)
Depuis plusieurs mois déjà nous pouvions voir clairement que le gouvernement gérait la guerre au Chiapas sans rechercher la paix. La guerre s'aiguise aujourd'hui, parce que sa gestion suppose l'enchaînement de différentes phases : nous sommes à présent dans certaines des plus critiques de ces phases, dont dépendra l'anéantissement de l'EZLN dans un futur immédiat. La suppression de la CONAI doit se comprendre comme faisant partie de cet enchaînement.
(...) La logique de guerre pouvait laisser prévoir [la dissolution de la CONAI]. Au palais présidentiel, au ministère de l'Intérieur et au ministère de la Défense, on doit s'en féliciter. Mais le pays doit comprendre ce qui se passe, et empêcher ce qui risque de se passer.
Avant le soulèvement zapatiste de janvier 1994, l'évêque Samuel Ruíz était considéré par une grande partie du gouvernement de Salinas comme la seule explication de l'existence des groupes subversifs dans la région des Cañadas [au Chiapas, NdT]. Le principal argument provenait des anciens cadres de Línea Proletaria (ancien groupe maoïste), qui, avec Adolfo Orive (actuel conseiller du ministre de l'Intérieur, cf. Ya Basta n°50, 15 janvier 1998) à leur tête, avaient collaboré avec Samuel Ruíz dans un premier temps, avant de diverger dans un second temps. Depuis le soulèvement zapatiste, dans les milieux politiques et militaires, on estimait en effet que Marcos était le sous-commandant, et l'évêque le commandant. Aujourd'hui ils pensent avoir décapité l'EZLN, et c'est de cela qu'ils se félicitent.
La CONAI empêchait le gouvernement mexicain d'agir librement pour effectuer son travail de sape des bases sociales de l'EZLN dans plus de 30 municipalités du Chiapas. Réprimer, tuer, voler, piller, humilier, traquer, incendier, détruire, sont les tâches du gouvernement au Chiapas, et celles-ci requièrent un secret total, inviolable. La CONAI favorisait la venue de témoins nationaux et internationaux dans les zones du conflit. C'est pour cela qu'il fallait qu'elle disparaisse. Le gouvernement veut s'assurer la tranquillité au Chiapas pour ce qu'il prépare.
La guerre avance, mais il manque encore des maillons à la chaîne. Il faut encore expulser d'autres voix et d'autres témoins. Mais surtout, il faut à nouveau étouffer à l'abri du silence les populations indiennes que le gouvernement, par ses discours et ses réformes, dit soulager, quand, à l'aide des paramilitaires, des polices et de l'armée, il a commencé à les anéantir. (...)
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q Madeleine Albright, secrétaire d'État américaine, a déclaré que son gouvernement faisait pression sur les autorités mexicaines pour qu'elles trouvent une solution [pacifique ?] à la situation au Chiapas et mènent une enquête approfondie sur le massacre d'Acteal.
q L'Association Nationale des Avocats Démocrates (ANAD, indépendante) lance "un appel urgent à toutes les organisations civiles et politiques, aux ONGs, aux personnes et citoyens en général pour demander la médiation [dans le conflit du Chiapas] de personnalités internationales de prestige moral et intellectuel reconnu, mais aussi d'organisations internationales de défense des droits humains pour résoudre le conflit par la voie pacifique". Selon l'ANAD, le gouvernement mexicain n'a aucune intention de résoudre pacifiquement le conflit.
q Erika Zamora Pardo, jeune femme arrêtée lors de l'opération militaire d'El Charco (Guerrero, cf. Ya Basta n°68, 8 juin 98) a fait parvenir à la presse un communiqué dans lequel elle dément ce que les autorités ont présenté comme étant ses déclarations à la justice, et selon lesquelles elle ferait partie de l'Armée Révolutionnaire du Peuple Insurgé (ERPI, cf. Ya Basta n°69, 10 juin 98), groupe qui serait financé par des "comités au Canada, des États-Unis et de France, coordonnés par [un ex-député réfugié politique en France]". Dans sa déposition, elle aurait aussi accusé Rocío Mesino, dirigeante de l'OCSS (Organisation Paysanne des Montagnes du Sud, organisation radicale basée au Guerrero), d'être liée à la guérilla. Mais Erika Zamora assure avoir été obligé de signer sous la torture (on lui a bandé les yeux, on l'a déshabillée, on lui a appliqué des décharges électriques et on a menacé de la faire disparaître) et de "mêler à ce problème des gens qui n'ont rien à voir". D'autre part, la famille Zamora Pardo, qui habite à El Rosario (état de Hidalgo), dénonce que le 11 juin, une vingtaine d'hommes armés, cagoulés et habillés de noir sont venus chez eux et ont menacé de mort les parents et les frères d'Erika.
q En France, action à l'occasion de la fête de la musique, au Centre culturel du Mexique à Paris, qui avait organisé un concert de musique mexicaine. Environ 40 personnes se sont invitées et ont crié des slogans, distribué des tracts et sont montées sur scène pour protester contre les massacres au Chiapas et au Guerrero, et défendre les municipalités autonomes. 9 personnes portant des T-shirts tachés de sang se sont étendues sur le sol pour simuler les morts du 10 juin. L'ambassadrice, présente sur les lieux, a modérément apprécié. Seule ombre au tableau, un excité en mal d'action individuelle a héroïquement aspergé de gaz lacrymogène une gamine de 4 ans, en voulant gazer quelque grosse légume mexicaine : manque de chance, il ne savait pas viser...
q Dans une interview à La Jornada, le prêtre Pablo Romo, porte-parole du Centre de Droits Humains Fray Bartolomé de las Casas (présidé par l'évêque Samuel Ruíz) a déclaré que l'enquête officielle sur le massacre d'Acteal a été "petit à petit ralentie et politisée", ce qui a donné "des résultats très pauvres, puisque seuls les pions de l'opération ont été arrêtés". Il a ajouté que la priorité de la police dans la zone a été d'accompagner les opérations militaires pour démanteler les municipalités autonomes plutôt que de lutter contre les groupes paramilitaires. Toujours selon lui, au moins 12 haut-fonctionnaires du gouvernement du Chiapas de l'époque sont impliqués dans ce massacre.
q 2.000 indiens ont fui leurs villages après les opérations militaires menées contre des communautés de la municipalité autonome de San Juan de la Libertad (cf. Ya Basta n°68, encadré, et n°69, 11 juin).
q Les membres de la caravane Ricardo Flores Magón (qui a récemment été au Chiapas apporter une aide humanitaire aux communautés indiennes, cf. Ya Basta n°68, 1er et 7 juin 98) dénoncent l'existence d'une campagne d'intimidation contre certains d'entre eux, qui ont reçu des appels téléphoniques anonymes les menaçant ou les insultant.
q Un millier de personnes ont manifesté à San Cristóbal pour commémorer le massacre d'Acteal, qui a eu lieu il y a six mois. Les manifestants demandaient la démission du gouverneur du Chiapas (nommé par intérimaire en remplacement du précédent, "démissioné" après le massacre) et l'arrêt de l'offensive contre les municipalités autonomes. Plusieurs autres manifestations ont eu lieu dans d'autres villes de l'état, réunissant elles aussi un millier d'indiens. Il y a eu aussi des manifestations à Mexico, Mérida (état de Yucatan) et Puebla (état de Puebla).
q Germán Martínez, actuel président de la COCOPA, a déclaré que cette commission avait deux priorités : faire cesser la violence policière et militaire contre les communautés indigènes du Chiapas, et mettre fin au silence "funeste" de l'EZLN.
q Une patrouille de l'armée a été attaquée près du village de Los Pantanos (municipalité de Coyuca de Catalán, Guerrero). Le bilan est de trois soldats morts et trois autres blessés. On ignore l'identité des agresseurs, mais des sources non-officielles estiment qu'il pourrait s'agir de guérilleros de l'EPR ou de l'ERPI.
q Dans la municipalité de Venustiano Carranza (Chiapas), la police a délogé des paysans de l'Organisation Paysanne Emiliano Zapata (OCEZ) qui occupaient 340 hectares d'un terrain depuis 1995. Les paysans dénoncent la disparition de 6 personnes pendant l'opération, et la destruction de 27 maisons.
q 850 indiens déplacés par la violence au Chiapas qui avaient décidé de rentrer dans leurs communautés (Los Chorros et Yibeljoj, municipalité de Chenalhó) ont renoncé alors qu'ils étaient en route, après qu'ils aient eu des informations selon lesquelles les groupes paramilitaires avaient l'intention de les prendre en otage pour exiger la libération des personnes incarcérées dans le cadre de l'enquête sur le massacre de Acteal.
q Lors d'une cérémonie commémorant le troisième anniversaire du massacre d'Aguas Blancas (où 17 paysans avaient été exécutés par la police dans l'état de Guerrero en juin 95, cf. Ya Basta ancienne formule n°17, 29 juin 95), Adrián Ramírez, président de la Ligue Mexicaine pour la Défense des Droits Humains, a informé que les violations des droits humains ont augmenté dans le Guerrero. Depuis Aguas Blancas, il y a eu 63 assassinats politiques dans cet état, et 73 cas de séquestration et torture. D'autre part, les proches des victimes d'Aguas Blancas exigent toujours que Rubén Figueroa Alcocer, gouverneur du Guerrero à l'époque, soit sanctionné comme responsable du massacre.
q Le
président Zedillo a nommé l'anthropologue Melba Pría
directrice de l'Institut National Indigéniste (INI,
bureau gouvernemental chargé d'appliquer la politique du gouvernement
concernant les peuples indiens du pays). Selon Julio Hernández López,
journaliste à La Jornada, cette nomination pourrait faire
partie de la stratégie de contre-insurrection du gouvernement.
Entre autres indices, Hernández López fait état d'un
article écrit par un responsable du ministère de l'Intérieur
dans le journal gouvernemental El Nacional, où il demande
un "changement radical de la politique de cette institution [l'INI]"
où "il y a des tendances favorables au zapatisme". D'ailleurs,
Magda Gómez, sous-directrice de l'INI, qui avait critiqué
à plusieurs reprises la politique gouvernementale au Chiapas a démissionné
après la nomination de Melba Pría.
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