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Affrontements entre l'armée et l'EPR à La Perdiz (Oaxaca). Un rebelle tué et quatre faits prisonniers. Felipe Edgardo Canseco Ruiz, porte-parole des prisonniers du PROCUP-PdlP, a déclaré depuis sa cellule que cette organisation avait cessé d'exister pour s'intégrer à l'EPR.
Dans son rapport annuel devant le Parlement, Zedillo a déclaré
que l'économie allait bien, que la stratégie du gouvernement
était la meilleure, mais que les gens ne sentiraient l'amélioration
que dans quelques années (ne nous moquons pas, ici on nous dit la
même chose depuis quinze ans...), qu'on allait utiliser "toute
la force de l'État" pour combattre l'EPR, et qu'on continuerait
à rechercher une solution pacifique au conflit chiapanèque
grâce au dialogue et à la mise en oeuvre de programmes sociaux...
Le rapport du président se serait sans doute perdu dans les sables
de l'ennui s'il n'y avait eu quelques parlementaires du PRD pour organiser
au pied de la tribune un sous-titrage intelligent : Marcos Rascón,
un masque de cochon sur le visage, a joué la comédie en exhibant
des banderoles de protestation : "Merci pour l'impunité",
"Donner le pays n'est pas un délit, c'est de l'efficacité",
"Merci de continuer ma politique et de suivre mes instructions en
politique économique, signé Carlos Salinas de Gortari",
etc. Les parlementaires du PRI et du PAN se sont insurgés, et il
y a eu quelques accrochages... Conclusion : même un rapport annuel
de Zedillo peut être marrant, pour peu qu'on y mette du sien. 1.500
personnes ont assisté au contre-rapport organisé par la Convergence
Nationale (regroupement d'organisations sociales et politiques). Parmi
les organisations présentes, le Frente Popular Francisco Villa,
El Barzón, le FDOMEZ, le FAC-MLN (sur le FAC-MLN, cf. Ya Basta !
n 64, 18 juin 96), le PRD, la Coordinadora intersindical, des travailleurs
de la Sécurité sociale, des ONGs.
Deux axes principaux sont ressortis des onze discours prononcés
:
-D'abord, des propositions pour une issue pacifique à la profonde
crise politique que traverse le pays ; entre autres, la demande au gouvernement
et à l'EPR d'accorder une trêve pour "donner une chance
à la paix" et l'appel à tous les secteurs de la population
à "s'unir pour soutenir les vraies demandes du peuple"
et empêcher les gouvernants de continuer la destruction de la nation.
-Ensuite, un accord plus ou moins général pour dénoncer
les politiques néolibérales comme étant les causes
de la violence. Les organisations participantes vont se mettre d'accord
sur des actions de résistance civile pour novembre. La police de
Oaxaca a présenté devant la presse deux membres présumés
de l'EPR. On annonce aussi la découverte et le démantèlement
d'un campement du groupe armé, dans lequel la police a trouvé
le corps d'un marin disparu dans un accrochage fin août. D'après
la police, le corps du marin portait des "traces évidentes
de torture et d'étranglement".
Après consultation, l'EZLN a décidé de suspendre le dialogue avec le gouvernement, les communautés estimant que le gouvernement n'avait la volonté d'arriver à une paix juste et digne. Publication de quatre communiqués de l'EZLN.
Le premier, daté du 29 août et adressé aux peuples et aux gouvernements du monde, explique les raisons de la rupture du dialogue : "l'EZLN a accepté les accords [de janvier, cf. Ya Basta n 44, 19 janvier 96, et n 45, 20 janvier] pour démontrer aux peuples indiens, à la nation mexicaine et à l'opinion publique internationale que le gouvernement ne voulait pas apporter une solution de fond au problème indigène national. Le gouvernement fait mine d'y être disposé, mais en aucune façon il n'a l'intention de changer réellement les rapports entre la nation et les indigènes mexicains." Il se conclut sur cinq conditions pour reprendre le dialogue : "- Libération de tous les prisonniers zapatistes et bases d'appui actuellement détenus (...). - Un interlocuteur gouvernemental avec capacité de décision, volonté politique de négociation et respectant la délégation zapatiste. - Mise en place de la Commission de suivi et vérification [cf. Ya Basta!... n 50 : 6, 7, et 9 mars 96, et n 55, 12 avril], et respect des accords de la table 1 "droits et culture indienne. - Propositions sérieuses et concrètes d'accords pour la table "démocratie et justice", et engagement d'arriver à des accords sur ce thème. - Fin du climat de persécution et de harcèlement militaire et policier contre les indiens chiapanèques, et démantèlement des gardes blanches (ou une loi qui les reconnaisse officiellement et les oblige à porter un uniforme pour qu'ils ne puissent plus opérer impunément)".
Le deuxième, daté aussi du 29 août, est adressé à l'EPR, et rejette sa proposition d'appui : "Nous prenons acte du ton respectueux que vous utilisez pour parler de nous. Nous autres, nous respectons qui nous respecte. (...) Mais je vous écris à propos de vos déclarations. (...) Comme vous l'aurez appris par la presse, nos peuples ont décidé de suspendre leur participation à un dialogue qui est, de nouveau, en crise. (...) Nous ne voulons pas de votre appui. Nous n'en avons pas besoin, nous ne le cherchons pas, nous ne le voulons pas. (...) L'appui que nous voulons, celui que nous cherchons et dont nous avons besoin, est celui de la société civile nationale et internationale, et ce sont des mobilisations pacifiques et civiles que nous espérons. (...) Je sais que vous allez dire que c'est utopique et peu orthodoxe, mais c'est comme cela que sont les zapatistes. (...) Continuez votre chemin et laissez nous suivre le notre. (...) Ne vous préoccupez pas de nous. Nous ne vous attaquerons pas. Nous ne sommes pas tombés dans le piège du pouvoir qui cherche à provoquer un affrontement entre la "bonne" et la "mauvaise" guérilla. [cf. Ya Basta ! précédent, 30 août, déclaration de Pablo Salazar] (...) Nous ne vous pensons pas non plus comme des "rivaux pour la direction de la lutte au Mexique", entre autres parce que nous ne prétendons pas conduire d'autre lutte que celle de notre dignité.(...) Mais ce qu'il faut remarquer, et répéter, c'est que (...) nos propositions politiques sont diamétralement opposées. (...) Alors que j'écris cette lettre, j'écoute les nouvelles de vos opérations militaires (...) l'opération de propagande au Chiapas m'a parut être une chose inutile et stupide dans le meilleur des cas, et une provocation dans le pire. (...) Etes-vous tombés dans le piège du "jeu de rivalité" que vous tend le gouvernement ? (...) Vous luttez pour la prise du pouvoir. Nous, pour la démocratie, la liberté et la justice. Ce n'est pas pareil. Même si vous réussissez et prenez le pouvoir, nous continuerons à lutter pour la démocratie, la liberté et la justice. Peu importe qui est au pouvoir, les zapatistes luttent et lutteront pour la démocratie, la liberté et la justice (...)".
Le troisième est une lettre à "Madame" la Société civile, pour lui rappeler que les zapatistes existent, et que leur lutte est la sienne. (On le publie dans la prochaine brochure qui, c'est promis, sort bientôt...)
Le dernier est une lettre à Zedillo, qui parle de l'échec du dialogue, et prend congé du président. Nouveau bilan officiel des affrontements entre l'armée et l'EPR : 16 morts, 28 blessés et 19 prisonniers, la plupart dans le Guerrero.
4 membres présumés de l'EPR ont été arrêtés à Villahermosa (Tabasco). Jusqu'ici, on n'avait arrêté que des gens d'organisations d'opposition, mais cette fois-ci, les accusés sont... militants du PRI ! l'un d'eux est même connu pour faire partie du "service d'ordre" du PRI du Tabasco. Tous les quatre ont nié faire partie l'EPR et ont revendiqué leur appartenance au PRI. Réunion entre le Ministre de l'Intérieur, les délégués gouvernementaux et la COCOPA pour discuter des réponses a donner aux conditions posées par les zapatistes pour reprendre le dialogue. D'après Marco A. Bernal, chef de la délégation gouvernementale à San Andrés, le Ministre de l'Intérieur a dit qu'il était possible de satisfaire les conditions zapatistes sauf la demande de changement des délégués gouvernementaux ; le ministre aurait promis "la nécessaire patience" jusqu'à la reprise du dialogue. Mais il n'y a pas de propositions nouvelles de la part du gouvernement et sa "bonne disposition" est restée dans le flou. D'après le Ministère de la Défense, entre 1986 et 1996 les effectifs de l'armée auraient augmenté de 35%, pour atteindre aujourd'hui 229 152 personnes.
Étrange suite dans l'affaire des membres présumés de l'EPR détenus à Villahermosa. Le gouverneur de Tabasco et le porte-parole de Zedillo ont bien entendu nié que les détenus fassent partie du PRI, et le gouverneur en a profité pour dire qu'il y avait des enseignants de Tabasco impliqués avec le PROCUP (et donc avec l'EPR) et qu'ils sont membres de la Coordination indépendante au sein du Syndicat des Enseignants (c'est-à-dire qu'on ne pointe à nouveau que des membres d'organisations de l'opposition). De son côté, le PRD du Tabasco a émit l'hypothèse que certains gouverneurs fidèles à Salinas soient les instigateurs de l'EPR. Dans le même temps, la police a trouvé des drapeaux et des graffitis du groupe armé à Nacajuca, (région chontale, fief du PRD et de la résistance contre le gouvernement). Bref, on est pas loin du chaos. Communiqué de l'EPR : "devant la déclaration de guerre du premier septembre de 1996, [le rapport présidentiel] nous appelons toutes les organisations sociales, politiques et armées révolutionnaires à répondre avec toute la force du peuple par la généralisation de l'autodéfense armée". En ce qui pourrait être une réponse aussi bien au gouvernement qu'à l'EZLN, l'EPR demande "Faudra-t-il montrer la population civile insurgée qui nous soutient et gonfle nos rangs ? Faudra-t-il montrer une disposition à dialoguer, une disposition à négocier ce qui ne peut se négocier, pour finalement rendre les armes ? Faudra-t-il que l'on pleure, repentant de notre action armée, comme les actuels conseillers en contre-insurrection de l'État [référence au fait qu'un certains nombre de conseillers gouvernementaux et de délégués envoyés au dialogue avec les zapatistes sont d'anciens militants d'extrême-gauche, voire plus...], qui essaient de retarder la libération de nos peuples par leurs actions indignes ?" L'EPR dit rechercher la reconnaissance, non du gouvernement mais de tous ceux qui veulent construire la "force historique qui libérera la nation de l'État oppresseur". Le gouvernement du Chiapas prépare une grande "réunion de réconciliation" pour la zone nord de l'état, le 11 septembre. Devraient y participer différentes institutions et organismes gouvernementaux, des autorités locales, la Centrale paysanne "officielle", le PRI, le PRD et diverses ONGs. D'après Marina Jimenéz, secrétaire du Centre Las Casas (présidé par Samuel Ruiz), cette réunion serait une réponse à l'une des conditions posées par l'EZLN pour la reprise du dialogue, à savoir "la fin du climat de persécution et harcèlement militaire et policier contre les indiens chiapanèques et la disparition des gardes blanches (milices privées)." Des indiens yaquis (dans le nord du pays) ont occupé un aqueduc pour exiger des fonds pour le développement social et la solution des problèmes de délimitation des différents territoires (les yaquis ont un statut particulier qui fait qu'on leur reconnaît des territoires). Réunis dans le "Conseil des huit peuples", les yaquis ont obtenu des fonds pour des projets productifs, l'eau et les routes, mais les problèmes de limites de territoires restent sans solution.
Arrestation à Huatulco (Oaxaca) de 6 membres présumés de l'EPR qui auraient participé aux attaques des 28 et 29 août. Ils sont accusés de coups et blessures, homicide, atteintes à la propriété, séquestration, vol, détention d'armes, terrorisme, sabotage, conspiration et association de malfaiteurs. A Mexico, deux membres du PROCUP - PdlP, Ana María Vera et Felipe Canseco, en prison depuis 1992, ont été transférés vers une destination inconnue. Rumeurs d'affrontements entre l'armée et l'EPR dans la région de Zongolica (à la frontière des états Puebla, Veracruz et Oaxaca). On parle de 20 morts. Les gouvernements des états impliqués ont nié qu'il se soit passé quoi que ce soit. Communiqué de l'EPR qui nie que les personnes arrêtées dans le Tabasco (cf. Ya Basta précédent, 4 et 5 septembre) fassent partie de ses troupes. Selon le groupe armé, le gouvernement essaie de faire croire que l'EPR est lié au PRI pour la disqualifier vis à vis de l'opinion ; le communiqué nie aussi que l'EPR ait opéré des attentats (il y a eu depuis quelques jours plusieurs alertes à la bombe dans des lieux publics en divers endroits du pays). D'autre part, des députés du PRD du Tabasco ont sorti des preuves comme quoi les présumés rebelles feraient partie du PRI. Reste à prouver qu'ils appartiennent à l'EPR. Le procureur a demandé 50 ans de prison ferme contre les huit présumés zapatistes de Cacalomacán : Gerardo López, Brenda Rodríguez, Gonzalo Sánchez, Celia Martínez, Ofelia Hernández, Patricia Jiménez, Joel Martínez et Fernando Rodríguez. Les charges relèvent du droit commun, il n'y a pas d'accusations "politiques". 67 prisonniers de la prison de Cerro Hueco (Chiapas) entament une grève de la faim pour demander la révision de leurs procès. Au Chiapas, démission pour "raisons de santé" de deux maires de villages des Altos, Chenalhó et San Juan Chamula, dans lesquels il y a eu des affrontements constants ces derniers temps (7 indiens tués à Chenalhó fin août).
D'après Herman Bellinghausen, journaliste à La Jornada, en 2 ans la police, l'armée et des milices privées du nord du Chiapas ont fait 313 victimes.
Les travailleurs de Ruta-100 s'organisent en coopératives : 200 taxis et 3 autobus ont ainsi recommencé à circuler. Ruta-100, ex-entreprise publique des transports de Mexico, avait été déclarée en faillite par le gouvernement en avril 95, qui en avait profité pour licencier ses 13.000 employés, et emprisonner ses dirigeants syndicaux. Une lutte très dure s'en était suivie, qui avait duré plus d'un an. (cf. entre autres Ya Basta! n 8, 9 avril 95, et n 9 (encadré), n 38, 20 novembre 95,n 55, 8 avril 96 et n 57, 25 avril 96). Depuis, les travailleurs de Ruta-100 essayent de s'organiser pour recréer leurs emplois.
Communiqué très dur du Ministère de l'Intérieur (intitulé "l’EZLN ment". ) en réponse au communiqué zapatiste du 29 août (cf. Ya Basta précédent, 3 septembre). Il commence par rappeler que la loi ne protège les zapatistes qu'aussi longtemps que dure le dialogue, ce qui ressemble fort à une menace. Puis il reprend point par point les reproches adressés par l’EZLN au gouvernement pour les démentir : il nie que la stratégie gouvernementale soit de "minimiser" l'EZLN ou "d'enterrer" les accords "Droits et culture indiens", accords que le gouvernement se dit prêt à honorer ; à propos de la Commission de Vérification, il accuse les zapatistes de ne pas avoir fixé la date de sa mise en place, et de n'avoir nommé personne pour en faire partie (c'est en partie là-dessus que porte le conflit, l'EZLN voulant qu'il y ait des zapatistes et des délégués gouvernementaux dans cette commission, le gouvernement refusant que des zapatistes en fassent partie, et exigeant qu'ils soient représentés par des personnalités issues de la société civile) ; etc. Mais la partie la plus alarmante du communiqué du gouvernement est celle qui parle des présumés zapatistes : tandis que l'EZLN avait évoqué les personnes emprisonnées, le gouvernement prétend prouver sa bonne foi en parlant des "zapatistes" remis en liberté : Fernando Yañez "fondateur et dirigeant de l'EZLN", Gloria Benavides "membre de la direction centrale de l'EZLN et responsable de la logistique à Mexico", Javier Elorriaga " membre de la direction centrale de l'EZLN", Silvia Fernández "fondatrice de l'EZLN" et Sebastián Entzin "qui s'est déclaré membre de l'EZLN". Message sous-jacent : "revenez au dialogue, car nous ne céderons pas... et on sait où trouver vos copains..." Du coup la tension monte encore. Alianza Cívica a organisé une "1ere journée nationale de condamnation de la politique économique du gouvernement" sous la forme d'une consultation constituée de questions "ouvertes" (c'est à dire auxquelles on ne répond pas en cochant des cases, mais en écrivant ce qu'on veut). 6.000 personnes, issues d'une centaine d'organisations (dont l'Association Nationale des Chefs d'Entreprises (patrons de petites entreprises), le Parti du Forum Démocratique (centre), le Centre de Réflexion et d'Action sur le Travail, des syndicats et diverses organisations sociales) ont participé à l'organisation, tenant 2.000 lieux de remplissage des bulletins dans tous les états du Mexique et récoltant plus de 130 mille réponses. Selon les premiers résultats, les préoccupations principales des gens sont : les impôts jugés trop élevés (90 % des réponses le mentionnent), la baisse des revenus, et la mauvaise alimentation. Les résultats définitifs seront remis au Parlement, et non pas au président "parce qu'il n'écoute pas la société civile". Selon les habitants et les journaux locaux des Sierras Tezonapa et de Zongolica (Veracruz), l’armée et la police mènent des opérations de grande ampleur dans la région (cf. 6 septembre). Le gouverneur dément, affirmant que "la tranquillité et l'harmonie règnent dans la région".
James Jones, ambassadeur des États-Unis à Mexico, a déclaré que son gouvernement était prêt intervenir au Mexique en cas de besoin. Chiffres officiels de l'inflation : 18,5% sur la période janvier-août 96. Dans l'État de Oaxaca, affrontements entre la police et trois individus qu'on suppose membres de l’EPR : deux policiers blessés et une personne arrêtée.
Opération conjointe de la Police Judiciaire (PGR) et de la police au nord-est de Tuxtla Gutiérrez (Chiapas). Ils cherchent, dit-on, un commando de l’EPR. Le gouvernement mexicain remercie les États-Unis de leur proposition d'aide, mais explique qu'il s'agit d’une affaire intérieure qui ne regarde que les autorités mexicaines. Il se dit en revanche prêt à acheter des hélicoptères "pour lutter contre le trafic de drogue".
Des PDG de grandes entreprises et de banques mexicaines ont fait part au président Zedillo de leur préoccupation devant "le marasme provoqué par la violence". Ils demandent "des solutions immédiates pour rétablir l’ordre, car l’insécurité nuit gravement à l’économie du pays". [ NdR : C'est sibyllin mais néanmoins clair...] Dans une interview à la presse, le commandant Ramon annonce que l’armée "est en train de chercher l’EZLN dans la jungle". Depuis le 2 septembre, il y a des patrouilles incessantes entre Patihuitz et La Grandeza, et La Garrucha et Tierra Negra. Il raconte aussi que les soldats encerclent toutes les nuits le village d’Ibarra, en criant qu’ils auront la peau des zapatistes. La CONAI (Commission de médiation présidée par Samuel Ruiz, évêque progressiste de San Cristobal, et qui depuis le début joue un rôle très important dans le maintien du dialogue) insiste auprès du gouvernement et des zapatistes pour qu'ils renouent le dialogue. Elle demande au gouvernement d'accepter de changer de délégués (c'est l'une des cinq exigences des zapatistes pour revenir au dialogue, cf. communiqué du 29 août, Ya Basta n 73, 3 septembre). Violents affrontements entre commerçants ambulants à Mexico pour une question d'emplacements.
Des députés, des dirigeants politiques et des militants (principalement du PRI et du PAN) demandent dans une lettre ouverte qu’il y ait des élections extraordinaires au Chiapas pour élire un gouverneur. Ils expliquent que c'est le seul moyen de régler les actuels conflits au Chiapas. Assassinat d’un militant du PRD dans le Guerrero et tentative d’assassinat d’un autre dans le Tabasco. "Le gouvernement n’a pas militarisé tout le pays, mais l’exécutif garantit, par le pouvoir constitutionnel qui lui a été conféré, la sécurité de la population" a proclamé le ministre de l’Intérieur. "Une paix digne, sans vainqueur ni vaincu est possible au Chiapas," a-t-il ajouté. La CONAI a instamment demandé au gouvernement et à l’EPR de trouver les moyens politiques de résoudre les causes du conflit qui les oppose. Elle estime que la violence met en danger la reprise des dialogues avec l’EZLN. La Maison Blanche demande au gouvernement de Zedillo d'autoriser que des hélicoptères des garde-côtes survolent le territoire mexicain et se posent dans les zones où auront lieu des opérations (menées conjointement) contre des narcotraficants. Juan Francisco Ealy Ortiz, président du quotidien de Mexico El Universal a été arrêté pour fraude fiscale, et relâché le lendemain sous caution. Le journal a dénoncé l'"atteinte à la liberté de la presse". Il est vrai que récemment le journal avait engagé des journalistes quelque peu critiques vis à vis du gouvernement, mais depuis une trentaine d'années El Universal est lié aux gouvernements et pratique un journalisme servile. S'il semble acquis pour tout le monde que l'accusation de fraude fiscale n'est qu'un prétexte, et qu'il s'agit plutôt, comme le dit l'hebdomadaire Proceso, d'une "histoire de famille", on s'interroge sur le motif réel des poursuites engagées contre Ealy Ortiz : peut-être ses liens avec Carlos Salinas de Gortari et l'ex-futur président de la république Luis Donaldo Colosio (assassiné en mars 94, cf. Ya Basta n 70, 8 août 96).
Le harcèlement policier continue au Guerrero sous prétexte de lutte contre l'EPR. Deux militants du PRD (la présidente du comité municipal de Petatlán, et le candidat aux élections à Coyuca de Catalán) ont été arrêtés illégalement et interrogés sur leurs rapports avec la guérilla. Relâchés le lendemain, ils ont déclaré que les autorités faisaient cela pour gêner les campagnes électorales là où le PRD avait des chances de l'emporter (des élections locales auront lieu dans le Guerrero le 6 octobre). Dans un communiqué envoyé à La Jornada, l'EPR dénonce comme un faux un document qu'un quotidien de la ville de Mexico avait publié comme étant un texte du groupe. Le document prenait position contre la lutte électorale et le travail des ONGs, et laissait planer la menace d'attentats sur la fête nationale du 15 septembre. L'EPR explique que ce document doit émaner des services gouvernementaux de contre-insurrection, dans le but de les discréditer. Une bombe artisanale de très faible puissance a été découverte et désamorcée près du monument de la Révolution à Mexico. Selon les autorités, dans le même colis il y avait quelques coupures de presse : des photos de Che Guevara, d'un enfant ensanglanté, et d'un groupe d'hommes armés. Chiffres officiels : 1.300 cas de dengue (maladie transmise par des moustiques) ont été enregistrés dans les états de Veracruz et Tamaulipas en 1996, faisant 5 morts.
Chasse aux guérillas dans tout le pays. L'armée et la police patrouillent dans la zone de Tlalmanalco (état de Mexico). Des témoins ont aperçu un groupe d'hommes armés et cagoulés qui essayaient de mettre le feu à une ferme ; un accrochage a ensuite eu lieu avec la police sans faire de victimes, et les hommes ont disparu dans la forêt. Dans le Chihuahua (nord du pays), le gouvernement a crée un "comité anti-guérilla" pour enquêter sur les manifestations de l'EPR dans la région : communiqués envoyés aux journaux, brochures distribuées par la poste, alertes à la bombe, etc. Les personnes liées au PROCUP sont spécialement surveillées et des dizaines de barrages routiers ont été mis en place. Au San Luis Potosi, la police enquête suite à la découverte de banderoles et tracts portant la signature de l'EPR. Au Chiapas, l'armée annonce des opérations "contre le trafic de drogue", mais tout le monde pense qu'elle est plutôt à la recherche de groupes armés. Dans un communiqué déposé à Oaxaca et signé par le commandant Francisco, l'EPR déclare qu'ils respectent la position de l'EZLN (dialogue avec le gouvernement et refus poli mais ferme du soutien proposé par l'EPR, cf. lettre de l'EZLN à l'EPR du 29 août, Ya Basta n 73, 3 septembre). Ils disent aussi qu'ils saluent le fait que l'EZLN "ne soit pas tombée dans le piège du gouvernement qui voulait créer une rivalité entre les deux guérillas", et qu'ils partagent l'opinion zapatiste comme quoi les deux organisations sont différentes mais non ennemies. Enfin, ils reconnaissent avoir eu tort de parler de questions internes à l'EZLN (cf. la version intégrale de la lettre à l'EPR, publiée dans la brochure "Solidarité Chiapas" n 5). Conférence de presse clandestine de quelques dirigeants de l'EPR dans les montagnes de Oaxaca : le commandant Francisco a déclaré que l'EPR était "en situation d'autodéfense", et que si la répression s'intensifiait, ils se disperseraient temporairement pour renforcer leur implantation sociale. Il a ajouté qu'un affrontement frontal avec l'armée fédérale serait "un suicide", étant donné les différences d'armement. La police a violemment chassé vendeurs ambulants de la place centrale de Tuxtla Gutiérrez (capitale du Chiapas). Bilan : un vendeur mort, et 33 blessés. Selon des anthropologues, environ 450.000 indiens travaillent et pour certains vivent dans des conditions précaires et une pauvreté extrême dans les rues de Mexico.
Fête de l'indépendance. Des défilés militaires sont organisés dans les grandes villes du pays.
Mario Valdez Lucena, dirigeant du PRD à Atoyac (Guerrero) a été attaqué et blessé par balle par un groupe de 8 personnes, mené, selon des témoins, par des militants du PRI. Deux jours plus tôt, Valdez Lucena avait été menacé de mort. Un "membre présumé de l'EPR" a été retrouvé mort au matin aux alentours d'un campement militaire près de Coyuca de Benitez (Guerrero). Chose étrange, il était porteur de ses papiers d'identité. L'armée explique que dans la nuit ils ont essuyé une attaque de la guérilla, et que, d'ailleurs, deux de leurs soldats ont été blessés. Information plus que suspecte... Arrestation et détention à Tijuana (nord-ouest du pays) de 12 militants de l'Union de Lutte du Peuple (ULP), accusés de travailler pour l'EPR. Selon la police, ils ont été arrêtés alors qu'ils distribuaient des tracts de l'EPR sur la place publique. Selon un agent du ministère de l'intérieur, l'ULP servirait à recruter des militants pour l'EPR, et pour cela s'adresserait aux mexicains qui essaient d'émigrer vers les États-Unis. Affrontements entre producteurs de cacao proches du PRD et proches du PRI à Paraíso (Tabasco). Ces derniers sont arrivés en force pour chasser les premiers du local de l'Asociación Agrícola de Productores de Cacao, et pour y installer un nouveau président d'organisation. Bilan : 30 blessés. Sur les 20 premiers mois du gouvernement Zedillo, l'État a privatisé 22 entreprises. Depuis 1983, 80 % des entreprises ont connu le même sort. Le gouvernement compte accélérer les privatisations pour essayer de combler le déficit public.
Communiqué de l'EPR annonçant des actions offensives contre le gouvernement. Le ministère de l'intérieur avoue que les autorités de Chihuahua connaissent l'existence dans l'état d'une"Ejército Popular Francisco Villa" (Armée populaire Francisco Villa). Dans un appel téléphonique à un journal, celle-ci se serait présentée comme étant une cellule de l'EPR, et aurait fait savoir qu'ils allaient commencer a agir dans les jours prochains. Les autorités de Oaxaca annoncent qu'un groupe de militants de l'EPR ont fait une "garde d'honneur" devant le monument à Morelos (héros de l'indépendance) situé à 150 mètres du siège de la police judiciaire. Trois personnes qui pendant la fête de l'indépendance portaient une banderole exprimant leur soutien à l'EZLN ont été arrêtées à San Luis Potosi. La police a affirme qu'ils s'agit de sympathisants de l'EPR. Enrique Salinas de Gortari, frère de l'ex-président mexicain Carlos Salinas, a été interrogé par un juge français sur les conditions d'achat de biens immobiliers en France. Les frères Salinas sont soupçonnés d'avoir participé à un réseau de blanchiment d'argent de la drogue. Une enquête est en cours en France.
11ème anniversaire du tremblement de terre de Mexico. A l'époque, l'inefficacité et la corruption gouvernementales avaient fait apparaître une grande solidarité entre les gens, et de nombreuses organisations civiles avaient vu le jour après la tragédie. Les 14 et 15 septembre s'est déroulé au Chiapas le 3ème forum pour la création du FAC- MLN. Trois des plus importantes organisations qui y ont participé sont signalées par le gouvernement comme probablement liées à l'EPR. Il s'agit de l'Union Campesina Popular Francisco Villa (UCPFV), de l'Organizacion Campesina Emiliano Zapata (OCEZ), et des représentants de l'École Normale Rurale Mactumactzá (la police soupçonne des étudiants de celle-ci d'être les auteurs de l'action de propagande du 28 août, cf. Ya Basta! n 72). Des représentants de ces trois organisations ont dit ne pas condamner l'EPR, mais ont précisé que eux participaient à la lutte civile. Selon Juan Guerra, député du PRD et membre de la COCOPA, une "sale guerre" a été déclenchée par le gouvernement au Mexique, qui aurait établi des "listes noires" de dirigeants d'opposition et de leaders sociaux, afin de les accuser faussement d'avoir des liens avec la guérilla, pour légitimer leur répression.
Publication de trois communiqués de l'EZLN. Dans le premier, daté du 17 septembre, Marcos affirme que l'armée fédérale continue son avancée vers les positions zapatistes (voir communiqué). Dans le deuxième, daté du 19 septembre, Marcos parle des organisations civiles issues de l'auto- organisation citoyenne pour faire face aux conséquences du tremblement de terre de 1985. Le troisième est un communiqué littéraire. La CONAI annonce qu'elle va faire une proposition au ministère de l'Intérieur pour que le dialogue de paix gouvernement-zapatistes puisse reprendre. Il s'agit d'une proposition d'élargissement du dialogue à niveau national. Deux manifestations et un meeting ont été réalisés à Mexico pour commémorer le tremblement de terre de 1985. Les orateurs ont condamné la militarisation du pays, la répression contre les dirigeants des organisations sociales, le harcèlement des dissidents, et le modèle économique néolibéral. Le communiqué zapatiste écrit pour l'occasion a été aussi lu. Razhy Gonzalez Rodriguez, directeur de l'hebdomadaire régional Contrapunto, a été séquestré par des inconnus pendant 44 heures à Oaxaca. Il fait partie des journalistes qui ont assisté à la conférence de presse clandestine de l'EPR (cf. 15 septembre). Selon lui, ses ravisseurs ne peuvent être que policiers. Ils l'ont interrogé sur l'EPR et sur les conditions de réalisation de la conférence de presse. Ils l'on menacé de le tuer, et de laisser son corps avec un billet "de l'EPR" le dénonçant comme "traître". Une trentaine de personnes cagoulées ont investi la prison de Bochil, et invité les prisonniers à s'échapper, ce qu'on fait 7 indiens (14 autres sont restés). Il y a ensuite eu un affrontement avec la police dans lequel l'un des attaquants est mort, et 4 policiers ont été blessés. Selon des documents du congrès américain, 53 hélicoptères UH-1H Huey, et quatre avions de reconnaissance seront livrés au gouvernement mexicain en 1997. Officiellement, ils serviront à la lutte contre le trafic de drogue... Des représentants du gouvernement du Guatemala et de la guérilla de ce pays ont signé dans les bureaux du ministère mexicain des affaires étrangères des accords qui semblent être très importants pour le processus de paix au Guatemala. Les accords prévoient la démilitarisation du pays, une diminution de 33 % des effectifs de l'armée, et des restrictions pour ses activités de celle-ci.
Dans une interview, Diódoro Carrasco, gouverneur de Oaxaca, a menacé les médias :"ne jouez pas aux héros (...) on ne peut pas jouer au journalisme critique, indépendant...", les accusant à demi-mot de tisser des "réseaux de complicité" avec la guérilla. Des rumeurs circulent comme quoi les autorités de Oaxaca et du Guerrero auraient dressé une liste de journalistes, pour enquêter sur leurs "liens" avec l'EPR.
Des journalistes du Chiapas dénoncent être l'objet d'enquêtes de la police, et que celle-ci gêne leur travail sous prétexte d'enquêter sur les réseaux de soutien à l'EPR. 17ème assemblée nationale du PRI à Mexico. Cette réunion est très attendue à cause du mécontentement qui règne au sein même du parti officiel. Les tendances qui ont été écartées du pouvoir (notamment celle de Colosio, le candidat aux présidentielles assassiné en 1994, et les opposants de la politique néolibérale à tous crins) essaient de grignoter des postes dans le parti et au gouvernement. Ils demandent l'expulsion du parti de l'ancien président Salinas et sa comparution devant les tribunaux pour déposer sur l'assassinat de Colosio, la disparition des statuts du PRI de la notion de "libéralisme social" (formule rhétorique inventée par Salinas pour faire passer sa politique néolibérale), l'interdiction de privatiser l'industrie pétrochimique, qu'on exige des candidats aux élections une réelle expérience politique et non pas seulement administrative... Pour l'anecdote, les délégués à l'assemblée se sont insurgés contre 4 articles d'un "code éthique" que le parti était en train d'élaborer, et qui demandait aux militants de ne pas avoir recours à la corruption (malversation de fonds, trafic d'influences, etc.). Ces articles ont été finalement éliminés...
Communiqué du Comité Clandestin Révolutionnaire indigène, Commandement Général de l'EZLN.
Mexique, 17 septembre 1996.
Au peuple du Mexique ;
Aux peuples et aux gouvernements du monde ;
Frères :
L'Armée Zapatiste de Libération Nationale déclare ce qui suit:
Premièrement : le gouvernement suprême ment quand il dit qu'il n'opère pas de mouvements de troupes dans la zone dite "de conflit", et quand il déclare que les positions de l'armée n'ont pas changé depuis un an et demi. Les garnisons basées à La Garrucha et Patiwitz continuent d'avancer vers les positions de montagnes de l'EZLN. Les 13, 14, et 15 de ce mois, des patrouilles gouvernementales ont pénétré dans la zone des cols de Patiwitz. De plus, les troupes fédérales cantonnées dans les éjidos de San Caralampio et Calvario ont avancé aujourd'hui, 17 septembre 1996, et par un mouvement dit "enveloppant", ont encerclé la communauté de San José, dans la vallée du río Perlas.
Deuxièmement : l'armement moderne présenté par les unités fédérales spéciales lors du défilé du 16 septembre est déjà utilisé par les commandos gouvernementaux qui se sont déployés dans la forêt du Nord et dans les Altos de Chiapas. Les avions de contre-espionnage "Condor" d'origine américaine, silencieux et équipés de capteurs infrarouges, ont servi dans les zones zapatistes depuis mai 1994, et sont actuellement utilisés pour détecter les postes de commandement de l'EZLN dans la montagne.
Troisièmement : sous couvert de "service social", on militarise le nord du Chiapas et on perpétue l'impunité des "gardes blanches" et la persécution des sympathisants de l'EZLN et des militants sociaux sans affiliation politique.
Quatrièmement : la détente n'est que dans les mots, dans les faits la logique militaire est en marche. Le gouvernement veut exercer sur nous une pression militaire pour nous obliger à revenir à une table de dialogue inutile et trompeuse. La volonté gouvernementale est très loin de la reprise du dialogue, et l'armée pousse à la guerre. Quant à nous, nous attendons.
Démocratie ! Liberté ! Justice !
Depuis les montagnes du sud-est mexicain. Pour le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général de l'EZLN. Sous-commandant Marcos.
Deux paysans ont été retrouvés morts dans les communautés
de El Papayo et El Ciruelo Amarillo (Guerrero). Selon le maire de la commune,
ils seraient morts au cours d'une attaque contre l'armée, à
laquelle ils auraient participé. Cependant, une première
enquête semble écarter la possibilité qu'il s'agisse
de guérilleros de l'EPR ; quelques irrégularités (le
témoignage des proches de l'une des victimes n'a pas été
consigné dans les dépositions, alors qu'ils étaient
présents à l'arrivée des enquêteurs) font penser
qu'il s'agirait plutôt d'assassinats.
La 17ème assemblée nationale du PRI s'est achevée
sans changements profonds dans le fonctionnement du parti (comme d'habitude).
Les priistes ont manifesté leur soutien au président Zedillo
et rejeté la proposition de juger l'ex-président Salinas,
mais se sont prononcés pour un retour au nationalisme révolutionnaire
(défense de la souveraineté nationale, du pétrole,
etc.) et de nouvelles conditions pour la nomination des candidats priistes
(notamment qu'ils aient une expérience politique).
Selon le ministre uruguayen de la défense, la police de son pays
a confisqué le matériel d'une station de radio clandestine
qui diffusait des textes de l'EZLN à Montevideo. Toujours selon
lui, du matériel venant du Nicaragua et expliquant comment fabriquer
des explosifs aurait été trouvé dans les locaux de
la station.
Le groupe paramilitaire "Paz y Justicia" (proche du PRI) impose
un véritable état de siège aux communautés
chiapanèques de Shucja', Yochija', Jomajil et Patastal ; plus de
800 personnes ne sortent presque plus de leurs maisons de peur d'être
assassinées.
Pedro Pérez Soyateco, dirigeant du PRD à Mexcaltepec (Guerrero)
a été assassiné. Tout semble indiquer qu'il s'agit
d'un crime politique commis par des militants du PRI (qui lui reprochaient
son travail politique dans le village), dans le contexte de la campagne
pour les élections du 6 octobre.
Dans une interview au journal espagnol ABC, le président Zedillo
affirme que les zapatistes ont interrompu le dialogue de paix "simplement
parce qu'ils sont en train de spéculer sur la situation de l'EPR".
Selon lui son gouvernement, qui a prouvé son bonne foi, sa souplesse
et sa tolérance envers les zapatistes, "ne cédera pas
à la provocation".
La CONAI et plusieurs ONGs demandent la démilitarisation du pays
et proposent que le dialogue de paix soit national et qu'y participent
l'EZLN et l'EPR.
Plus d'une centaine de détenus de la prison de Cerro Hueco (Chiapas)
ont repris la grève de la faim (cf. Ya Basta! précédent,
6 septembre) qu'ils avaient interrompue le 10. La plupart sont des indiens
emprisonnés à cause de conflits politiques qui demandent
une grâce ou une amnistie.
La Jornada fait état d'un document, qu'elle présente comme
un rapport officiel adressé au ministère de l'Intérieur
et selon lequel la force de l'EZLN serait en train de diminuer à
cause de désertions en faveur de l'EPR, et d'une "diminution
de la capacité du sous-commandant Marcos à influencer la
société". La conclusion du rapport est que la situation
militaire et politique est favorable au gouvernement.
Devant l'assemblée générale de l'ONU, Bill Clinton
a annoncé l'envoi d'équipement militaire (pour une valeur
de 112 millions de dollars en tout) à quelques pays de l'Amérique
Latine, dont le Mexique.
La Commission de promotion du FZLN a demandé le soutien de l'ONU
pour qu'une délégation de l'EZLN puisse venir participer
au Congrès National Indigène qui aura lieu du 8 au 12 octobre
à Mexico. Les zapatistes ont été invités par
les organisateurs de cette rencontre, qui avait été décidée
au Forum National Indien de janvier dernier.
A propos de cette invitation des zapatistes au Congrès Indien, Marco
Antonio Bernal Gutiérrez, membre de la délégation
gouvernementale au dialogue a déclaré qu'il était
"impossible" que les commandants zapatistes sortent du Chiapas,
parce que cela violerait la loi d'amnistie [que le gouvernement, lui, respecte,
c'est bien connu..., NdR].
Dans un communiqué, le ministère de l'intérieur fustige
la CONAI pour avoir fait une proposition de dialogue, "alors qu'elle
n'a qu'un rôle de médiation" et pas de "porte-parole
de la société".
Selon des représentants du PRD du Chiapas et de la CIOAC (Central
Independiente de Obreros Agricolas y Campesinos), Pedro Luna Gómez,
fonctionnaire de la mairie PRD de Las Margaritas (situé dans la
zone du conflit) a été séquestré, torturé
et assassiné par un groupe d'individus armés. Selon la police,
il s'est noyé.
Un certain nombre d'organisations indépendantes (depuis des organisations
d'étudiants ou de quartier, jusqu'à El Barzón et quelques
petits industriels) commencent à mettre sur pieds la logistique
nécessaire à la sécurité de la délégation
zapatiste invitée au Congrès National Indigène à
Mexico. Pour le gouvernement, il n'est pas question que les zapatistes
sortent du Chiapas.
Selon Javier Elorriaga Berdegué, ancien prisonnier présumé
zapatiste et actuel membre du FZLN, le Congrès National Indigène
qui va se tenir représente un nouvel espace de dialogue au Mexique.
Les organisations indiennes vont discuter de leur mouvement, et du suivi
des accords signés entre l'EZLN et le gouvernement en janvier 1996.
Ces accords prévoient des réformes constitutionnelles afin
d'accorder une certaine autonomie aux peuples indiens, mais rien n'a été
fait pour les appliquer. Le mot d'ordre du Congrès est : "Plus
jamais un Mexique sans nous".
Des membres de l'Assemblée Citoyenne des Débiteurs vont faire
la grève de la faim du 30 septembre au 2 octobre devant le siège
du F.M.I. à Washington, en même temps que se tient l'assemblée
annuelle de cet organisme, pour protester contre la politique économique
que le gouvernement mexicain applique "suivant les instructions du
F.M.I.".
Selon Ana Langer, féministe mexicaine, il y a au Mexique près
de 500.000 avortements clandestins par an (l'avortement est interdit),
soit 21 pour 100 naissances.
Quelques membres de la COCOPA sont allés voir les habitants de
La Garrucha et Patihuitz, communautés chiapanèques à
forte présence zapatiste, pour vérifier les dires de l'EZLN
sur les mouvements de troupes. Un groupe d'indiennes tzeltales leur a dit
que ce qui les inquiétait le plus c'était "les patrouilles
de l'armée ; elle vient dans la montagne, et nous craignons que
quelque chose puisse arriver. Nous, nous voulons qu'il y ait un dialogue,
mais le gouvernement veut dialoguer avec les armes (...) Si le gouvernement
veut trahir à nouveau sa parole, nous sommes prêts à
tout, même les enfants, quoi qu'il arrive". Un autre groupe
a dit : "Nous, nous ne luttons pas pour le pouvoir, et nous avons
quitté le dialogue parce que le gouvernement n'apportait pas de
solution aux problèmes ; les commandants et le sous-commnadant Marcos
respectent la décision de la majorité parce que ce ne sont
pas eux qui commandent, ici ce sont les communautés qui commandent".
Au cours de la visite, plusieurs camions militaires et deux hélicoptères
sont passés près des villages.
Dans le Guerrero la tactique contre-insurrectionelle de l'armée
s'appuie sur les recensements officiels : aux barrages militaires, les
soldats notent minutieusement le passage de chaque personne, pour repérer
celles qui habitent dans les villages "dangereux" ; ils comparent
aussi les listes des habitants de la région avec les listes des
gens qui passent les barrages : ceux qui manquent sont soupçonnés
d'être dans la guérilla. Les soldats interrogent aussi les
enfants dans les écoles, souvent en leur donnant des cadeaux, pour
savoir où sont leurs pères.
Dans une interview à La Jornada, Orbelín Jaramillo, prêtre
qui se revendique de la Théologie de la Libération et qui
a été accusé par le gouvernement d'être l'un
des idéologues de l'OCSS (il a travaillé dans des paroisses
où cette organisation, liée -selon le gouvernement- à
l'EPR, est implantée) affirme que l'abstention aux prochaines élections
dans Guerrero sera élevée, à cause du climat d'insécurité,
et de l'indifférence de la population envers des élections
truquées. Interrogé sur la guérilla, il a dit : "L'EPR
est une organisation armée qui était en gestation depuis
les années 70, c'est la renaissance d'une lutte qui incubait et
attendait pour émerger que les conditions soient réunies,
et qui a tiré parti de ce qui se passait à Aguas Blancas
pour se manifester; ce n'est donc pas quelque chose qui est né à
Coyuca ces jours-ci, mais quelque chose qui a pris le temps d'exister clandestinement,
qui s'est organisé dans l'ombre (...). L'EPR a surgi face au manque
de justice(...). Nous ne vivons pas dans un état de droit mais dans
un état de barbarie, où chacun se fait justice lui- même.
Nous sommes devant un État toujours plus demantelé par la
violence (...) L'idéal serait le dialogue, mais je pense que l'EPR
est plus radical que l'EZLN, et implanté sur une zone plus large,
si bien que cela va durer longtemps. L'EPR n'est pas disposé à
négocier avec le gouvernement, tant qu'il n'a pas obtenu l'État
de transition qu'il demande, un gouvernement intérimaire, pour après
chercher un gouvernement démocratique. Alors, sa tendance et son
projet de pays paraissent très radicaux, in-négociables,
et de même qu'ils ont attendu longtemps pour sortir, ils attendront
davantage pour obtenir ce qu'ils veulent. L'EPR est une guérilla
urbaine et paysanne qui reste clandestine, très difficile à
démanteler, parce qu'elle est bien organisée et bien faite.
Combien de fois l'armée s'est-elle ridiculisée, comme à
Chilpancingo, quand l'EPR est apparu et qu'ils ont mobilisé beaucoup
d'effectifs, et n'ont trouvé personne. L'EPR a montré qu'ils
connaissaient très bien le terrain, qu'ils avaient une stratégie
assez intelligente, et depuis le 28 juin, qu'il savent attaquer et se replier".
Lors de la visite des membres de la COCOPA, des habitants de l'ejido
San José, (situé dans la zone de conflit), ont dénoncé
le fait que les soldats prennent position autour du village, comme s'ils
allaient l'attaquer. Les habitants disent qu'ils veulent continuer le dialogue
de paix, mais que "le gouvernement veut seulement dialoguer avec des
mots, et pas avec des faits". Un sénateur du PRI leur a demandé
s'ils avaient reçu les panneaux solaires d'un programme social du
gouvernement. Un indien a répondu : "Non, on n'a rien reçu";
et a continué : "Mais écoutez messieurs, et sachez-le
bien, même si vous nous donnez des panneaux solaires, ou si vous
nous donnez un million, pour nous ce sont des miettes ; ce que nous voulons
pour calmer la colère c'est la solution des dix demandes [déclaration
de la forêt Lacandone] et que s'en aillent les soldats".
La CONAI dénonce que Enrique Flota (qui fait par ailleurs partie
de la CONAI), Pilar Noriega et Digna Ochoa, avocats défenseurs des
prisonniers présumés zapatistes ont reçu des menaces
de mort.
Pour un véritable dialogue national, nous invitons l'EZLN à Mexico.
Sous le titre "Plus jamais un Mexique sans nous", du 8 a 12 octobre aura lieu dans la capitale du pays un Congrès National Indien. Les organisateurs ont déjà rendu publique une invitation au Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général de l'EZLN, afin qu'ils et elles participent au Congrès. Nous, organisations et personnes signataires de ce texte, manifestons notre soutien à la réalisation de Congrès National Indien, et informons l'opinion publique nationale et internationale que nous avons d'ores et déjà commencé à travailler pour rendre possible la présence de la délégation de l'EZLN à Mexico. Devant le faux-semblant du gouvernement qui a causé la suspension du dialogue de San Andrés et l'aggravation du conflit au Chiapas, devant l'absence d'espaces de dialogue authentiques et efficaces pouvant faire espérer une solution aux problèmes du pays, devant la poursuite d'une politique économique qui conduit le pays au désastre, devant la militarisation et la répression et alors que la transition à la démocratie est escamotée et repoussée, la présence de la délégation zapatiste donnera l'occasion de reprendre la réflexion commencée lors du Forum Spécial sur la Réforme de l'État à San Cristóbal de Las Casas, et de commencer un véritable dialogue national dans la capitale du pays elle- même, avec la participation des principaux acteurs sociaux et politiques venus de tout le pays. Leur présence sera une nouvelle opportunité pour que la mobilisation de la conscience et de l'énergie de la société civile ouvre, avant qu'il ne soit trop tard, une autre voie que celle de la militarisation et du désespoir dans laquelle s'enfonce le Mexique. Nous appelons le gouvernement mexicain à écouter l'exigence d'un dialogue véritable et à respecter les garanties de libre déplacement inscrites dans la Constitution mexicaine et dans la Loi de Concorde et Pacification. Mais surtout, nous appelons toutes les organisations sociales citoyennes et politiques, les travailleurs, paysans, indiens, femmes au foyer, étudiants, intellectuels, artistes, hommes et femmes, anciens et jeunes, à appuyer la réalisation du Congrès National Indien, à s'unir à l'invitation que nous lançons aux zapatistes pour qu'ils et elles viennent à Mexico, et à participer à la tâche que s'est donnée la société civile d'assurer la sécurité et l'intégrité de la délégation zapatiste.
Commission spéciale pour la promotion du front zapatiste, 25 sept 1996
Communiqué du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général de l'EZLN
Mexique, 19 septembre 1996
Au peuple du Mexique, Aux peuples et aux gouvernements du monde,
Frères :
Ce jour, 19 septembre 1996, est le 11 anniversaire de l'apparition d'une nouvelle force politique et sociale, produit de l'incapacité du gouvernement à affronter les problèmes dus au tremblement de terre qui venait de secouer la capitale du pays ; cette nouvelle force a démontré qu'on peut répondre à la destruction par la créativité, au chaos par l'organisation, à la mort par la vie. Tandis que le gouvernement hésitait entre les déclarations mensongères et le vol de l'aide humanitaire, la société civile s'organisait elle-même pour revivre et reconstruire une ville qui, tout à coup, dans la douleur, se rappelait à elle-même qu'elle n'est rien sans ceux qui l'habitent. Des milliers de citoyens se mobilisèrent, sans autre moteur qu'un sentiment de collectivité qu'ils croyaient enterré par le tremblement de terre de la modernité néolibérale. De sous les décombres, la destruction et la mort, les mexicains ont ramené à la vie la décence et la dignité. Des milliers de mexicains, il y a 11 ans, n'ont pas inventé leur force, ils s'en sont souvenue et l'ont remise en chemin. Ils ont découvert, et le pays avec eux, qu'on peut participer directement à la solution des problèmes que les gouvernants éludent. Il n'y a pas de monuments historiques ni d'hommages gouvernementaux pour tous ces hommes et femmes qui ont délogé l'héroïsme de son piédestal surhumain, qui l'ont vécu et en sont morts sans prétention, sans condition, qui n'ont même pas de nom ni de visage. L'héroïsme anonyme et sans visage qui a illuminé septembre 1985 a été la réponse aux hommes gris qui, du pouvoir, machinaient la vente de la dignité et l'oubli de l'histoire. Première réponse spontanée face à la catastrophe, la force qui a émergé il y a onze ans a poursuivi son chemin et, dans beaucoup de cas, s'est faite organisation citoyenne. L'auto-découverte de septembre 1985 n'a pas suffi et il a fallu élever et cultiver cette force, l'organiser. La force civile d'il y a onze ans s'est organisée et s'est transformée, peu à peu, en exemple de ce qu'on peut participer en politique sans aspirer à des postes publics, qu'on peut être organisé politiquement sans que cela implique appartenir à un parti politique. De ce qu'on peut surveiller le gouvernement et faire pression pour qu'il "commande en obéissant", de ce qu'on peut être efficace et discret, volontaire et désintéressé, noble et honnête. Ainsi naquirent des organisations, comme il y en a beaucoup désormais, qui sont au service des citoyens et dont les membres ne reçoivent pour récompense que la satisfaction du devoir accompli et la reconnaissance nationale et internationale de leur travail. Aujourd'hui, onze ans plus tard , les forces politiques qui ont le plus d'autorité morale, de légitimité et d'efficacité, ne sont pas les partis politiques ni les gouvernements. Les organisations citoyennes du Mexique d'aujourd'hui sont les seules qui ont une crédibilité. Cette nouvelle force, la société civile qui dérange tant les gouvernants, que méprisent tellement les dirigeants politiques et les intellectuels, est aujourd'hui l'espoir qu'il est possible de reconstruire le pays, en dépit de la destruction que le projet néolibéral a infligée à la nation mexicaine. Pendant qu'eux, ceux qui se bousculent au pouvoir, administrent la violence et la mort en militarisant la vie mexicaine à travers un coup d'État qui, pour être lent, n'en est pas moins autoritaire. Pendant qu'eux, ceux qui s'assourdissent au pouvoir, répartissent des monologues dans des réunions inutiles et font valoir, pour uniques arguments, la superbe et l'arrogance. Pendant qu'eux, ceux qui se cachent dans le pouvoir, exproprient la liberté des dissidents et insoumis et font cadeau de l'impunité aux véritables criminels, ceux qui, hier et à présent, furent et sont gouvernement. Pendant qu'eux, ceux qui s'enrichissent au pouvoir, décrètent la mort de l'histoire d'une nation et condamnent à la pauvreté des millions de mexicains avec le néolibéralisme. Pendant qu'eux, ceux qui s'enferment au pouvoir, excluent du dialogue et de l'action historique les seuls qui peuvent lui donner dignité et décence, pourchassent et harcèlent tout ceux qui ne font pas écho au message puissant des forces de la loi et de la mort, et méprisent ceux qui au lieu de l'affrontement promeuvent l'accord par le dialogue. Deux projets de nation, deux pays, deux Mexiques s'affrontent aujourd'hui. D'un côté, leur pays à eux, leur Mexique à eux. Le projet de pays que le pouvoir brandit, les mains ensanglantées, où la loi et la légitimité sont souillées de corruption et de crime. Le projet de nation qui signifie destruction, misère et mort, guerre partout et à tous les niveaux. L'argument unique de la force dans le monologue que le pouvoir exécute devant le miroir, et l'arbitraire consacré comme "État de droit". La souveraineté bradée. Le Mexique du pouvoir, le Mexique qui agonise. De l'autre côté, le Mexique des organisations citoyennes, le pays de la société civile, le Mexique des Mexicains. Le projet de pays qui porte le drapeau de la démocratie, de la liberté et de la justice. Le projet de nation qui signifie sa reconstruction, justice et vie, paix en tout et pour tous. Le dialogue comme chemin qui se fait lui- même et d'où naissent les espoirs, avec pour moteurs le coeur et la raison. La souveraineté expropriée, mais à présent pour le peuple mexicain. Le Mexique des citoyens, le Mexique qui revit. Deux pays qui luttent entre eux pour se faire une place dans l'avenir. L'un, celui du pouvoir, qui lutte par la force. L'autre, celui de la société, qui lutte par la raison et le sentiment. L'un, celui du pouvoir, par la guerre. L'autre, celui de la société, par la paix. Nous, les Zapatistes, on nous a critiqués hier parce que nous voulions dialoguer avec la société civile, parce que nous nous adressions à elle dans nos initiatives. Aujourd'hui, on nous critique parce qu'au lieu d'avoir recours au soutien des organisations politiques, armées et non armées, nous réaffirmons notre confiance dans la société civile. On nous dit que c'est un pari mal parti, on nous dit que nous allons perdre, on nous condamne à la défaite. On nous conseille d'apprendre que la société civile, on ne lui parle pas, on ne l'écoute pas, on la dirige. La possibilité d'une nouvelle patrie est née parmi les décombres d'une ville qui jusqu'alors s'était présentée toujours comme synonyme d'égoïsme et d'inhumanité. Depuis, cette patrie nouvelle marche aux côtés de gens comme ceux-là, ceux de septembre 1985. Des gens, hommes et femmes, enfants et vieux. Des gens au visage quelconque, c'est-à-dire, sans aucun visage. Des gens au nom quelconque, c'est-à-dire, sans nom défini. Des gens à la ville et à la campagne. Des gens, ouvriers et paysans, des gens indiens et métis, des gens professeurs et étudiants, des gens femmes et hommes des quartiers de misère, des gens artistes et intellectuels, des gens religieux et laïques, des gens de profession libérale ou chômeurs, des gens comme tout le monde, mais pas comme n'importe qui. La société civile, ce concept incommode et cette réalité gênante. Les oubliés de toujours, sauf à l'heure des campagnes électorales. Les négligeables, sauf à l'heure d'exiger qu'ils fassent leur devoir. Les exclus, sauf à l'heure de leur imposer des tributs. Les méprisés, sauf à l'heure de la mort. La société civile et son projet de pays, plus seulement, désormais, une intuition, mais une possibilité, confrontée au pouvoir et à son projet de destruction. Pendant que le pouvoir militarise le désespoir déjà devenu guerre civile sur les terres mexicaines, la société civile exige d'arrêter la guerre et de faire reculer la militarisation du pays. Pendant que le pouvoir monologue, la société civile exige un dialogue national efficace et incluant. Pendant que le pouvoir emprisonne les opposants et laisse en liberté les criminels, la société civile met en cause l'impunité du puissant et la geôle des prisonniers politiques. Pendant que le pouvoir impose brutalement un modèle économique assassin, la société civile se manifeste en faveur d'une nouvelle politique économique. Pendant que le pouvoir minimise les médiations, se moque des parlementaires, attaque les autorités intellectuelles et pourchasse les honnêtetés, la société civile travaille à construire une commission de médiation et de concorde pour toute la nation. Pendant que le pouvoir détruit, la société civile construit. Pendant que le pouvoir fait la guerre, la société civile cherche la paix. Pendant que le pouvoir tue, la société civile vit. Les partis et organisations politiques, armés et non armés, légaux et illégaux, ouverts et clandestins, régionaux et nationaux, devront choisir, tôt ou tard, entre ces deux projets de nation. L'EZLN a déjà choisi. Que vive la patrie des Mexicains, la nouvelle. Plus jamais la patrie momifiée des défilés militaires ostentatoires et ridicules qui n'effraient pas même ceux qui devraient se sentir directement concernés. Plus jamais la patrie diffuse des discours gris de gris fonctionnaires. Plus jamais la patrie en solde au supermarché néolibéral. Plus jamais la patrie morte des manuels et des musées. Que meurent toujours le pouvoir et sa guerre. Que vivent toujours les hommes et les femmes de la société civile.
Démocratie! Liberté! Justice!
Depuis les montagnes du Sud-est mexicain, pour le CCRI-CG de l'EZLN
Sous-commandant Insurgé Marcos.
(Caen, 19 septembre) Le syndicat C.G.T. du groupe Moulinex dénonce que "1.000 postes de travail vont être délocalisés au Mexique. (...) On va faire travailler des femmes [dans les maquiladoras] à 14 francs par jour, alors que 2.600 emplois vont être supprimés dans le groupe, dont 2.100 en France".
Info-Mex est un nouveau bulletin mensuel édité par le gouvernement mexicain pour faire du lobying auprès de la Commission de Bruxelles, dans le but d'établir un accord d' "Association économique et de concertation politique". Bien que l'accord parle de coopération économique, de transfert de technologie, de développement de l'industrie agricole, des télécommunications, de l'industrie minière, etc., priorité est donnée à l'établissement d'un accord de libre échange : "l'objectif du nouvel accord est d'institutionnaliser le dialogue politique, d'intensifier la coopération, d'offrir des garanties de sécurité pour les agents économiques et d'élargir l'accès des marchés respectifs, par l'intermédiaire d'une libération progressive et réciproque des échanges de marchandises des services et des capitaux" (n 0, juillet 96).
Levée de boucliers au gouvernement suite aux propositions de la CONAI (Commission Nationale de Médiation) pour un dialogue national (cf. Ya Basta n 74, 12 et 13 septembre, n 75, 20 septembre, et n 76, 25 et 26 septembre). Marco Antonio Bernal (Président de la délégation gouvernementale au Dialogue) lui a demandé si elle était "médiatrice, (...)auquel cas elle doit être neutre, responsable et objective", ou bien actrice politique. Dans une interview à la télé, Zedillo a déclaré :"Le Gouvernement a toujours été ouvert au dialogue mais il ne tolérerai pas que de soi- disant rédempteurs fassent croire qu’il existe une violence généralisée pour apparaître dans un dialogue national comme les sauveurs du pays." [Bonjour l'ambiance !...]
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