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Selon une étude réalisée par plusieurs ministères du gouvernement mexicain, entre 8 et 10 millions de mexicain(e)s n'ont pas accès aux services de santé.
Les autorités ont décidé de reporter à une date indéterminée les élections dans la municipalité d'Ocosingo, où les menaces de violence électorale persistent à cause des irrégularités dans le processus (cf. Ya Basta! n 32, 15 octobre). Publication d'une lettre du sous-commandant Marcos adressée à Alianza Democrática Nacional (ADN), front d'opposition présidé par Cuauhtémoc Cárdenas (ex-candidat du PRD aux présidentielles). Le motif de la lettre est la fusion de l'ADN avec le Frente Patriótico Nacional (qui est un autre front d'opposition). Marcos reconnaît le travail des membres de l'ADN "en faveur de la création d'un ample front d'opposition, unifiant toutes les forces politiques et sociales qui luttent pour une réelle transition vers la démocratie, c'est-à-dire, une transition qui se fera sur les ruines du système de parti d’État, et non sur sa survie négociée". Ceci est clairement une critique à la stratégie politique officielle du PRD défendue par son président, Porfirio Muñoz Ledo, et adoptée lors du dernier congrès national du PRD), stratégie selon laquelle la transition vers la démocratie doit être négociée avec le parti au pouvoir. C'est dans un guide aux investisseurs édité par le Ministère du Commerce des États-Unis, que les mexicains ont pu apprendre les nouvelles privatisations en projet au Mexique : 22 ports, 58 aéroports, 26 000 kilomètres de chemins de fer, 61 usines pétrochimiques, des autoroutes, des infrastructures de distribution de gaz, etc. Dans la même brochure, on lit que près du 27 % de la bourse mexicaine est contrôlée par les investisseurs étrangers; et que le 62 % des 50 milliards de dollars d'investissements étrangers directs viennent des US.
Dans une interview à La Jornada, Fernando Yáñez Muñoz déclare qu'il n'a pas l'intention de passer pour le théoricien ou le inspirateur de l'EZLN. Il ajoute : "C'est le gouvernement m'a fait commandant".
Rumeurs de coup d’État militaire, qui s’avèrent infondées, mais peut-être pas accidentelles. On en reparlera la semaine prochaine...
Cécilia Rodríguez, Déclaration du 3 novembre.
Cécilia Rodríguez, citoyenne des États-Unis et coordinatrice de la Commission Nationale pour la Démocratie au Mexique (aux États-Unis) et représentante "officielle" de l'EZLN, a rendu publique le 03 novembre une déclaration dans laquelle elle dénonce avoir été agressée et violée par trois hommes armés alors qu'elle était en visite au Chiapas. Voici quelques extraits de sa déclaration : "J'ai décidé de rendre publique cette déclaration parce que j'ai l'espoir que cette douloureuse expérience contribue à dénoncer le caractère brutal de la guerre de basse intensité qui est menée aujourd'hui dans le Chiapas. Je suis une preuve de plus du fait que la violence sexuelle est devenue une arme spécifique, dirigée contre les femmes, dans cette stratégie de guerre. (...) Il est humiliant et douloureux de faire cette déclaration publique. Mon stigmate matériel sera livré à la spéculation et à la moquerie, de la même façon que la douleur de mon époux, de mes parents, de mes frères et soeurs, et de mes trois enfants. Cependant, même si cette dénonciation n'a pas d'autre but que d'exposer à l'opinion publique l'horreur que les gens vivent au Mexique, elle en vaut la peine. (...) Je n'espère pas de justice des deux gouvernements qui aujourd'hui sont liés maffieusement dans leur entreprise de pillage, d'oppression et de militarisation. Je demande justice aux hommes et femmes honnêtes du Mexique, des États-Unis et du monde, qui sont celles et ceux qui peuvent construire une paix juste, une véritable démocratie. Je demande qu'on écoute les revendications du peuple chiapanèque pour faire partir l'armée, et en finir avec la terreur institutionnelle. Halte à la guerre spécifique contre les femmes ! Enfin, à ceux qui m'ont violée et outragée, je leur dis : vous êtes des bêtes stupides. (...) Vous avez commis une erreur en me laissant en vie. Ce que vous m'avez fait ne me fera pas taire, je ne cesserai pas d'aller dans le Chiapas accomplir mon travail, je n'interromprai pas l'activité solidaire que j'ai l'honneur de réaliser en représentation de l'EZLN aux États-Unis. Je suivrai le chemin de milliers d'autres mexicains qui continuent leur lutte, qui disent la vérité malgré la souffrance physique et mentale. Vous m'avez laissée en vie et en colère, et cela me donnera des forces pour continuer à travailler infatigablement pour obtenir les exigences zapatistes de justice, démocratie et liberté." Suite à cette affaire, la Commission des droits de la personne de la Conpaz a demandé l'éclaircissement des nombreux cas d'agressions à caractère sexuel recensés au Chiapas : Elle dénonce que l'enquête sur les viol des trois infirmières à San Andrés (cf. Ya Basta n 31, 8 octobre) "n'avance pas", et qu'"il n'y a aucun signe de volonté de la faire avancer". Elle rappelle le cas plus ancien de trois jeunes indiennes qui, en juin 94, avaient été malmenées et violées au passage d'un barrage militaire par plusieurs soldats, et dénonce que bien que les jeunes victimes aient déposé plainte, "les autorités n’ont pas trouvé les responsables, ni montré un quelconque intérêt à éclaircir les faits". Elle signale que le Groupe de Femmes de San Cristóbal a eu connaissance de 50 cas de viol sur les 18 derniers mois, et que ces cas s'inscrivent dans le contexte de la guerre de basse intensité. Elle dénonce que ces faits violent gravement les droits humains des femmes, et pour cette raison exige des autorités qu'elles enquêtent sérieusement, impartialement et en profondeur sur ces faits, afin de les élucider et de punir les coupables. Elle exige qu'on en finisse avec l'impunité dont bénéficient les agresseurs sexuels, et demande à la Commission Nationale des Droits de l'Homme (commission officielle) d'intervenir fermement pour que l'on garantisse la justice dans ces cas.
(Vous pouvez envoyer vos messages de protestation et de solidarité avec Cécilia Rodrigez au Comité, qui transmettra).
Dans son édition du 6 novembre, l'hebdomadaire Proceso analyse le scandale qui secoue en ce moment le Mexique et l'Argentine : l'arrestation au Mexique le 28 octobre et l'expulsion vers son pays de l'argentin Enrique Gorriarán Merlo, ancien militant d'extrême gauche, et ayant fait partie de plusieurs groupes de guerilla en Argentine. Il était poursuivi par les autorités argentines pour plusieurs faits, dont l'attaque d'une colone de soldats en 1989. L'affaire, qui, selon le gouvernement mexicain relève seulement d'une question d'"imigration clandestine", démontre le degré de coopération des services d'intelligence des deux pays; Menem lui-même a déclaré que 60 agents argentins avaient aidé à "traquer le terroriste". Publication dans l'hebdomadaire Proceso d'une lettre signée de plusieurs comités européens de solidarité avec le Chiapas, dont celui de Paris, lettre qui, suite à l'affaire Yañez, proteste contre la répression au Mexique, et demande le retrait de l'armée du Chiapas ainsi que la libération des prisonniers politiques. Dans la municipalité de Nicolas Ruiz (Chiapas) les élections au poste de maire ont eu lieu dimanche 5 novembre. La totalité des voix (56 % du total des inscrits) ont été pour le candidat du PRD Manuel de Jesús Ramírez López, sympatisant zapatiste. Cela s'explique par le fait que les gens ont l'habitude de se réunir avant les élections et de décider collectivement pour qui ils vont voter (hé oui...). Pour avoir une idée de l'impact de l'EZLN sur la zone, il faut savoir que lors des élections à la mairie de 1991, la totalité des voix s'était portée vers le parti au pouvoir, le PRI, avec une abstention de 15 % (chiffres officiels), mais que, en 1994, la totalité des voix se s'était exprimée pour le candidat du PRD au poste de gouverneur, M. Amado Avendaño. Dans ses premières declarations, le nouveau maire a déclaré que la muninipalité continuerait "d'être rebelle et zapatiste".
María Gloria Benavides Guevara, accusée par le gouvernement d'être la commandante zapatiste Elisa, a été acquitée des délits de sédition, rébellion et détention d'armes illégales. Cette décision clôt définitivement la procèdure à son encontre, et lui rend sa "complète liberté" (façon de parler...). Le témoin clé de l'accusation, M. Salvador Morales Garibay, présenté par le pouvoir comme un déserteur de l'EZLN, mais que personne n'a jamais vu, ne s'est pas rendu au tribunal pour ratifier ses déclarations (tiens donc !...). María Gloria a déclaré que sa libération représente "un espoir pour la solution des cas des autres détenus (19 personnes), qui se trouvent dans une situation semblable à la mienne". Interview du sous-commandant Marcos à Radio Unam, dans laquelle il dénonce la présence, au sein des organisations paysannes non zapatistes, d'instructeurs argentins et américains qui entraînent des commandos et des groupes paramilitaires dans le but, le moment venu, qu'ils s'affrontent à l'EZLN. Il a aussi affirmé que l'on va vers "une véritable guerre civile" entre factions à l'intérieur du PRI, qui cherchent à se faire leur place pour combler "l'indéfinition politique" du président Zedillo. Cela, a-t-il expliqué, est problématique, puisqu'on ne sait pas bien qui, finalement, est l'interlocuteur des zapatistes au dialogue, et cette situation peut provoquer la guerre. Puis Marcos a parlé de leurs divergences avec le PRD : "Que ce soit clair: c'est une embrouille avec une ligne politique qui règne aujourd'hui au PRD, et ce n'est pas une embrouille avec la lutte électorale, et encore moins avec la lutte pacifique et civile, non plus qu'avec le PRD comme parti. Ce qui nous gène c'est qu'on nous dise : "tu est un ingrat, il faut prendre en compte nos morts", comme si le processus historique du PRD était une garantie d'impunité pour que Eraclio Zepeda, depuis le secretariat du gouvernement du Chiapas, ordonne l'assassinat de militants du PRD". (Eraclio Zepeda est un homme politique issu du PRD, mais proche du PRI, et qui est actuellement le second dans la hiérarchie du gouvernement du Chiapas, cf. Ya Basta! n 31, interview de Marcos).
Dans une lettre à La Jornada, un groupe de lesbiennes et d'homosexuels appelent à une réunion pour discuter de leur participation au le dialogue de la société civile convoqué par les zapatistes, afin de donner "la parole aux exclus et exploités".
Dans une lettre à La Jornada, les prisonniers accusés d'appartenance à l'EZLN remercient M. Fernando Yáñez Muñoz pour sa solidarité et son engagement dans la lutte pour leur libération. Près de 45 000 personnes se sont prononcées, lors d'un referendum dans la ville petrolière de Minatitlán, contre la privatisation annoncée de l'industrie petrochimique.
Selon le député du PRI Sebastián Lerdo de Tejada, depuis mars dernier, les affrontements entre indiens sympatisants du PRI et du PRD ont causé la mort de plus de 21 personnes à Tumbalá, Salto de Agua, Tila et Sabanilla (communautés du nord du Chiapas). Ils ont aussi provoqué, à un moment donné, le déplacement de plus de 1 500 personnes.
Elections locales dans six États du Mexique (Michoacán, Sinaloa, Tamaulipas, Puebla, Tlaxcala et Oaxaca) et dans la capitale du pays, México (le District Fédéral). Tous les regards se tournent vers le Michoacán, où le poste de gouverneur pourrait être très disputé entre les candidats du PAN, du PRD et du PRI.
Le Mexique : entre crise et coup d'Etat.
La crise... ce petit mot est devenu partie du quotidien au Mexique. Crise politique, crise sociale, crise économique bien sûr. La dernière semaine a offert un exemple dramatique du dégré de décomposition du pays.
Vendredi 3 novembre, on s'est révéillé avec des bruits de coup d'Etat, une nouvelle qui contenait trois rumeurs : le président Zédillo négociait sa démission avec l'armée fédérale ; au Chiapas il y avait des affrontements entre l'armée et les zapatistes, tandis qu'à México les troupes patrouillaient dans les rues ; le ministre du Trésor, principal négociateur des accords avec les Etats- Unis, avait démissioné.
Les conséquences : des attaques spéculatives contre le peso, la chute de la bourse et une nouvelle crise financière. Depuis septembre, le taux de change du peso avait chuté, mais cette semaine la dévaluation a pris un nouvel élan : jeudi 8 novembre, le peso a atteind le taux record de 8,50 pesos pour un dollar, la dévaluation cumulée étant ainsi passée à 140 % par rapport au niveau de décembre 94 (3,5 pesos pour un dollar). Devant ces événements, les analystes ont donné des explications assez variées : conspiration de l'ancien président Salinas, pression de l'armée ou des spéculateurs internationaux, ce qui aurait entraîné la fuite des grands capitaux "nationaux", etc.
Dans cette confusion, deux éléments se dégagent de façon claire : D'abord, la crise récurrente des marchés financiers montre que la stratégie économique de Zédillo ne fonctionne pas, dans la mesure où elle n'est pas capable de stabiliser l'économie. Au delà des technicités et de la "sagesse" économique, ceci a des mécanismes simples. Dans sa dimension la plus élémentaire, le problème central de la stratégie néolibérale est de financer les soldes négatifs croissants causés par l'ouverture économique (libre échange, essor des investissements étrangers). La solution trouvée a été l'ouverture des marchés financiers et la fixation de hauts taux d'intérêts, afin d'attirer et de retenir les capitaux. Cette solution a fonctioné entre 1992 et 1994, même si elle reposait sur un élément assez fragile : la "confiance" des investisseurs. Ceux-ci, face à l'extrême fragilité de l'économie mexicaine (déficit commercial de plus de 28 milliards de dollars), et effrayés par la nouvelle offensive de l'EZLN, ont décidé, en décembre 94 de récupérer leurs capitaux investis au Mexique, déclenchant la première crise du peso. Ce qui est terrible dans la situation actuelle est que, malgré cette expérience, le gouvernement de Zedillo a continué à appliquer la même recette... ne rien faire ! Et ceci trois fois (décembre 94, fin octobre, et début novembre 95), avec chaque fois le même résultat (trois crises graves, et une instabilité permanente).
Si la stratégie de Zedillo n'a pas été capable de surmonter la crise, par contre, elle a servi les grands spéculateurs. Ceux-ci peuvent, grâce à la libéralisation financière, générer des situations de panique pour leur plus grand profit. L'activité des spéculateurs est orientée par le comportement des investisseurs les plus "réputés", et ce n'est pas un hasard si à l'origine de la rumeur de coup d'état on retrouve Dow Jones, une entreprise très importante dans les millieux financiers (celle, entre autres, qui édite l'"indice" du même nom, et qui publie le Wall Street journal). Par contre, et est-ce ou non une coincidence (troublante), cette entreprise employe un certain Mr. Carlos Salinas de Gortari, ancien président de la République du Mexique... On n'en sait pas plus. Mais sans nier le rôle éventuel des spéculateurs, il faut signaler que de telles choses ne pourraient pas se produire si le gouvernement ne laissait pas sous leur contrôle les deux aspects centraux de l'économie, le taux de change et les réserves de devises. On ne peut pas demander aux spéculateurs de ne pas se comporter comme des spéculateurs ; par contre, il est nécéssaire et urgent de changer de cap dans le domaine de la stratégie économique.
Le deuxième point à souligner est la vitesse à laquelle se développe l'ingouvernabilité du Mexique. Si les assassinats politiques de 94 avaient montré l'ampleur des divisions au sein du parti au pouvoir, le début de la période présidentielle apparaissait comme une bonne occasion d'atteindre un nouvel équilibre politique : certaines forces politiques d'opposition espéraient même y trouver des conditions plus favorables au développement d'espaces démocratiques. Cependant, la première année de présidence de Zedillo a été marquée par une suite de reculs : les accords avec les Etats-Unis qui ont hypothéqué les ressources pétrolières du pays, la trahison en février de l'engagement à rechercher la paix au Chiapas par la négociation, les assassinats de paysans dans le Guerrero, et récement l'arrestation de Yañez, ne sont que quelques exemples de l'incapacité du groupe au pouvoir de rompre avec le projet saliniste, en même temps qu'ils représentent la fin de l'illusion d'un changement inicié par le gouvernement.
Le Mexique vit dans l'incertitude absolue, personne ne nait qui détient réelement le pouvoir ; par contre, tout le monde sait qu'on ne peut pas se fier à la parole du gouvernement, non seulement parce qu'il ment, mais aussi parce qu'il a perdu presque tous les moyens de respecter ses engagements. Dans ce cadre, la rumeur de coup d'Etat démontre l'existance du groupes politiques et financiers suffisaments puissants pour disputer le pouvoir en dehors des règles établies. De ce point de vue, on peut noter deux faits des plus préocupants : d'une part l'évidence du contrôle des investisseurs étrangers sur l'économie et donc la politique du pays, d'autre part, l'importance croissante de l'armée comme acteur politique. De plus, ces événements sont venus renforcer la bousculade vers la droite qui caractérise la politique "institutionelle" au Mexique actuellement (et dont on a pu voir aussi des signes dans les récentes victoires électorales du PAN). En l'absence d'une réforme politique profonde, le jeu "démocratique" devient de plus en plus une forme vide, sans aucune valeur réele, ainsi que l'ont montré les élections au Chiapas d'octobre 95.
Au Mexique, les politiques gouvernementales et les jeux des maîtres du pouvoir économique et politique ont réduit les possibilités d'une transition pacifique à la démocratie, et il est urgent de trouver des alternatives à la guerre. Le pouvoir semble prêt à en passer par la violence, tout maintenant une facade de légalité pour garder une bonne image à l'étranger. Seul l'essor des mouvements sociaux à une échelle nationale serait capable de changer le rapport de force et d'ouvrir de nouveaux terrains de lutte pour la démocratie, mais cela est une autre histoire...
Arturo.
Publication de deux communiqués de l'EZLN. Le premier, daté du 4 novembre, dénonce l'agression dont à été a été victime Cecilia Rodríguez, ainsi que la pratique du viol comme moyen d'intimider les femmes, et annonce que le gouvernement étant "incapable d'assurer la sécurité de qui que ce soit dans le Chiapas, malgré les milliers de soldats qu'il y maintient dans le seul but d'assurer l'impunité des puissants", (...) "l'EZLN a décidé de se charger de trouver et de faire prisonniers les coupables de cette agression et d'autres du même genre contre des femmes au Chiapas, afin de les juger selon les lois zapatistes". Le second, signé du sous-commandant Marcos, et daté du 10 novembre, est un communiqué "littéraire", dans lequel une petite fille indienne de 5 ans lui demande "qu'est-ce que c'est, un "coup d'état?" " (allusion aux rumeurs qui ont circulé, cf. Ya Basta ! n 36). D'après les réponses de Marcos, la petite conclut qu'un coup d'état, c'est ce qui se passe au Chiapas. Ce communiqué sera publié dans la prochaine brochure du Comité. Reprise des négociations gouvernement-EZLN sur le thème des "droits et cultures indiens". La délégation gouvernementale annonce qu'ils n'accepteront pas deux des propositions zapatistes : - sur la question de l'autonomie territoriale pluriethnique, les représentants du gouvernement se déclarent prêts à discuter l'autonomie au niveau des communautés, mais pas au niveau des régions, comme le demandent les zapatistes. - sur la réforme de l'article 27 de la constitution (celui qui parle des régimes de propriétés de la terre, et dont la révision faite au moment de l’entrée du Mexique dans l'ALENA est l'une des causes du soulèvement), ils disent qu'ils n'est même pas question d'en discuter. Selon Efraín Larraurí Rodríguez, prêtre de Tumbalá, communauté du nord du Chiapas, les problèmes de violence que vit la région (cf. Ya Basta! précédents) ne sont pas seulement d'ordre politique ou religieux, mais il y a aussi des intérêts économiques en jeu, et notamment en ce qui concerne la propriété des terres. Les autorités ont délivré un mandat d'arrêt contre Larraurí Rodríguez, l'accusant d'être impliqué dans des affrontements entre indiens de l’ejido Emiliano Zapata, mais il a reçu la protection de la justice fédérale (amparo ), et légalement, il ne peut pas être arrêté. Un autre religieux se trouve dans la même situation (protection de la justice contre un mandat d'arrêt pour les mêmes faits) : Heriberto Cruz, prêtre de Tila, communauté voisine.
La police du Chiapas a expulsé violemment des indiens qui occupaient un terrain près de San Cristóbal. Le bilan est de un mort et sept blessés. Les indiens, des chamulas appartenant à la Sociedad Cooperativa por el Mejoramiento de Nuestra Raza (Scopnur), s'étaient réunis afin de trouver une parade aux agressions de la police. Ces événements viennent s'ajouter à une situation de tension qui fait craindre le pire : un conflit divise plusieurs communautés indiennes de la municipalité de San Juan Cancuc. Le 6 octobre, des habitants de Nishteel ont occupé des installations agricoles de la communauté El Pozo; ses habitants ont riposté quelques jours plus tard, et cela risque de provoquer de nouveaux affrontements, car il semblerait que 60 indiens de Nishteel (soutenus par le PRI), aient été pris en otage. Marcos sait ce qu'il dit quand il affirme que la stratégie du gouvernement est de diviser les indiens pour provoquer des affrontements entre eux (cf. Ya Basta! n 31)... Depuis le début de l'année, les membres de la Central Independiente de Obreros Agrícolas y Campesinos (CIOAC, organisation paysanne indépendante) et de la Coordinadora Nacional Plan de Ayala (CNPA, indépendante) ont occupé 600 terrains, d'un total de 800 000 hectares. Enrique Culebro Trejo, président d'une association de propriétaires, déclare qu'ils n'ont même pas reçu l’acompte de la vente de 390 des ces terrains à leurs occupants. Il ajoute que la tension augmente "à cause des rapts et des assassinats d'éleveurs et de propriétaires, dont beaucoup ne sont pas dénoncés par crainte de représailles". L'ambassade américaine au Mexique a demandé aux autorités mexicaines d'enquêter sur l'agression dont Cecilia Rodríguez a été victime. Dans un communiqué lu par le commandant Zebedeo, l'EZLN qualifie l'attaque policière de la veille contre les indiens qui occupaient un terrain, de "claire provocation de la part de ceux qui ne veulent pas la paix, mais la rupture du dialogue et une solution militaire". Les zapatistes exigent des autorités "une explication publique et complète des faits" , et demandent que justice soit faite. Dans une conférence de presse, des représentants de AEDPCH (l'Assemblée Démocratique du Peuple Chiapanèque, l'analogue locale de la CND) ont dénoncé le fait que, depuis le début 1995, plus de 40 de leurs militants ont été assassinés, 860 leaders sociaux ont été incarcérés, et que plus de 60 terrains occupés ont été récupérés violemment par les autorités. Arturo Warman, ministre mexicain de la Réforme Agraire, et Julio César Ruiz Ferro, gouverneur (fantoche) du Chiapas, ont officiellement octroyé près de 12 000 hectares de terres à 4 372 familles, militantes de la Confederación Nacional Campesina (CNC, l'un des piliers du contrôle et du pouvoir du PRI, le parti officiel), de deux organisations du Parti du Front Cardeniste de Reconstruction National (parti téléguidé par le gouvernement), d'Alianza Campesina Alfredo Bonfil et de l'Organisation Prolétaire Emiliano Zapata (OPEZ, indépendante). Selon Warman, les demandes de terre au Chiapas seront complètement satisfaites vers le milieu de l'année prochaine, lorsqu'on aura donné plus de 120 000 hectares au paysans, dont plus de la moitié à ceux de la CNC... Début du processus de privatisation des chemins de fer mexicains.
On apprend que les membres de l'Institut National Indigéniste (INI, organisme officiel chargé de mener des projets sociaux et de développement chez les indiens du pays), qui faisaient partie de la délégation gouvernementale en tant que conseillers, n'y participent plus. Du coup, les indiens invités par le gouvernement ne sont pas venus non plus, puisqu'ils venaient avec les gens de l'INI. Ces absences sont apparemment dues aux propositions que ces conseillers ont fait au sujet de l'autonomie indienne, et qui ne sont pas acceptées officiellement par le gouvernement. Le gouvernement a fait connaître un plan pour encourager encore davantage l'installation d'usines maquiladoras sur le territoire mexicain. Ces usines, qui fabriquent des produits finis en assemblant des pièces détachées venues d'autres pays, et qui les réexportent ensuite, ont commencé à proliférer au Mexique (surtout vers la frontière nord) il y a plus de 15 ans, ce qui selon certains analystes a constitué la phase expérimentale de l'Accord de Libre Échange. Aujourd'hui, il y a environ 3000 maquiladoras au Mexique, qui fournissent 18 % des emplois industriels, et totalisent 34 % des exportations mexicaines. Il faut ajouter que leurs salaires sont extrêmement bas, qu'elles jouissent d'avantages fiscaux exceptionnels, qu'elles ont entraîné la remise en cause de nombreux acquis sociaux et que, de plus, leurs propriétaires sont pour la plupart des étrangers, capitalistes du "premier monde".
Les délégations zapatiste et gouvernementale annoncent
être arrivées à des accords ponctuels. Il s'agirait
de principes que les deux parties partagent et qui serviront de base lors
de la prochaine rencontre de négociation. Parmi ces principes, on
trouve :
a) la nécessité de faire un "diagnostique" de la
situation des populations indiennes;
b) le caractère national et non seulement régional des revendications
zapatistes ;
c) la nécessité que le Mexique respecte les conventions internationales
- en particulier celle de l'Organisation Internationale du Travail (O.I.T.)
;
d) la nécessité de prendre en compte le fait que les indiens
constituent des peuples;
e) le fait que "l'autonomie est la contribution des peuples indiens
à la nécessaire transition vers la démocratie".
Dans un rapport sur le Mexique, Amnesty International indique que les violations
des droits de la personne sont en augmentation au Mexique. Pour l'année
1995, ils ont recensé 40 exécutions sommaires et 25 cas de
torture de la part des forces armées et policières (il s'agit
seulement des cas formellement avérés). La situation dans
le Guerrero est qualifiée de "terrifiante".
Les délégations zapatiste et gouvernementale sont arrivées à un accord de principe reconnaissant que le système juridique des peuples indiens (fonctionnant selon leurs us et coutumes) devrait être reconnu par la constitution. Le ministère public a fait appel de la décision du juge de libérer Maria Gloria Benavides (accusée d'être la commandante Elisa). La procédure contre elle reprend.
Publication d'un communiqué du CCRI-CG de l'EZLN qui commémore le 12ème anniversaire de l'armée zapatiste (qui était le 17 novembre). Ils déclarent : "pendant ces douze ans de vie, nous avons commis beaucoup d'erreurs, mais jamais celle de renoncer à être meilleurs ". On apprend que le gouvernement a dû retirer une proposition sur la participation et représentation politique au Chiapas, les zapatistes s'étant fermement opposés à ce document, qui était en recul par rapport à la législation existante. Selon quelques conseillers des zapatistes, le fait de présenter un document "mauvais" pour le retirer ensuite, pourrait faire partie de la stratégie de négociation du gouvernement.
Samuel Ruiz, évêque du diocèse de San Cristóbal, a reçu le prix "Droits Humains" 1995, attribué par l'Association Pour les Droits Humains en Espagne. Il partage ce prix avec l'économiste espagnol José Luis Sampedro et avec le journal espagnol La Farola , qui est un journal vendu par les SDF.
85ème anniversaire du début de la première révolution mexicaine, celle d'Emiliano Zapata, Francisco Villa et Francisco Madero. (La deuxième est en train de se produire sous vos yeux ébahis, et vous pouvez participer...) A México, une manifestation contre la politique néoliberale du gouvernement a rassemblé plus de 50.000 personnes, à l'appel du syndicat des travailleurs de RUTA 100 (entreprise publique de transports qui a été déclarée en faillite et dont les travailleurs ont été licenciés et les dirigeants syndicaux emprisonnés, cf. Ya Basta n 8, 9 avril, et n 9), et de la Coordination intersyndicale Primero de Mayo. Ont défilé, entre autres, des travailleur(se)s de l'IMSS (l'Institut Mexicain de la Sécurité Sociale, que le gouvernement essaie de réformer), des membres de la Convention Nationale Indigène et Paysanne, des enseignants des syndicats indépendants... Lors du meeting qui a suivi la manif, il y avait, à la tribune, derrière les orateurs qui dénonçaient les privatisations de RUTA 100, l'IMSS et PEMEX (l'entreprise pétrolière), une grande affiche portant les lettres "EZLN".
Des militants de AEDPCH ont bloqué 16 routes du Chiapas, parmi lesquelles celles qui communiquent avec les états voisins de Tabasco, Veracruz et Oaxaca, et celle qui va vers le Guatemala. Ces actions sont le point fort d'une Journée de Lutte pour la Conquête de la Démocratie et d'une Paix avec Justice et Dignité, organisée par AEDPCH. Celle-ci annonce en même temps la rupture des négociations qu'elle menait avec Dante Delgado (envoyé du gouvernement fédéral au Chiapas, et par ailleurs personnage important de la scène politique mexicaine) et sa non-reconnaissance du gouverneur officiel Julio César Ruiz Ferro. AEDPCH exige le retrait de l'armée fédérale des communautés indiennes, et demande la reconnaissance du gouvernement rebelle de transition, la création d'une nouvelle constitution, la réforme de l'article 27 de la constitution fédérale, et la reconnaissance de l'autonomie indienne. Dans la communauté de Arbenza I (municipalité de San Juan Chamula), deux jours d'affrontements entre des indiens chamulas évangélistes et des indiens catholiques traditionalistes, ont fait au moins 6 morts, et plusieurs blessés, ainsi que 4 maisons et 4 véhicules incendiés. La tension à caractère religieux existe depuis longtemps dans la région ; cette fois-ci, l'origine du conflit est apparemment l'enlèvement d'un indien évangélique, Agustín Pérez López, le 20 septembre dernier. Les affrontements auraient commencé lorsque des catholiques seraient venus en force libérer deux des leurs, kidnappés en représailles par des évangélistes qui les accusent d'avoir capturé M. Pérez López. La suite du dialogue EZLN-gouvernement est prévue pour le 10 janvier 1996, sous forme d'une assemblée plénière, qui reprendra les accords de principe des phases précédentes. A cette réunion, chaque partie pourra venir avec 12 délégués et 20 conseillers. Pour la première fois depuis le début du dialogue, la délégation zapatiste qui partait de San Andrés Larrainzar été escortée par des véhicules de l'armée fédérale, et cela à cause de la tension qui règne dans la communauté de San Juan Chamula (cf. plus haut), par laquelle doit passer la caravane zapatiste pour quitter les lieux du dialogue (habituellement les délégués de l'EZLN ne sont accompagnés que par des membres de la Croix Rouge, de la CONAI et des ONGs). L'EZLN annonce qu'ils vont organiser un forum sur les droits indiens, du 3 au 8 janvier 1996. On n'en sait pas plus pour l'instant. Le président mexicain a inauguré une vaste et prestigieuse exposition technologique intitulée France-2000, à laquelle participent quelques 150 entreprises françaises, pour un tiers installées au Mexique. Le ministre français du commerce extérieur, Mr Yves Galland, arrivé la veille, a souligné que le Mexique était le premier partenaire commercial de la France en Amérique Latine, avec un volume d'échanges commerciaux de plus de deux milliards de dollars. "Nous croyons au Mexique et le Mexique nous intéresse", a déclaré le ministre, en soulignant que "La France a confiance, et croit que le Mexique pourra sortir de la crise". 300 entreprises à capitaux français opèrent au Mexique, a-t-il relevé, et emploient près de 50.000 personnes. Le ministre a annoncé la "prochaine" signature d'un accord bilatéral en matière de protection des investissements. La France est le 4ème investisseur au Mexique, après les Etats-Unis, l'Allemagne et le Japon. La balance commerciale entre les deux pays en 1994 était excédentaire d'environ 1,5 milliards de dollars en faveur de la France.
La communauté de Tepetixtla, dans l'état de Guerrero, a vu augmenter de 60 % les effectifs policiers envoyés par le gouvernement pour réprimer l'Organización Campesina de la Sierra del Sur (OCSS). L'OCSS est une organisation paysanne indépendante très combative, qui est née dans ce village le 14 janvier 1994. Elle a vite acquis une grande audience, et pour cela a été sauvagement réprimée par le gouvernement de l'état, qui l'accuse d'être proche de l'EZLN et de préparer une guérilla dans les montagnes de la région. Depuis le 28 juin dernier, jour du massacre de 17 paysans qui en étaient membres, en tout 23 de ses militants ont été assassinés, et des mandats d'arrêt ont été délivrés contres ses principaux dirigeants, lesquels se sont, semble-t-il, réfugiés dans la forêt... (cf. Ya Basta n 16, 29 juin, n 20, 20 juillet).
La police a violemment délogé les militants de AEDPCH qui bloquaient la route qui va vers l'état de Tabasco. 176 hommes, 26 femmes et 10 mineurs auraient été arrêtés au cours de cette opération (sources officielles). Cinq autres routes ont été débloquées de la même manière, et il y a 18 autres détenus. Selon la police, il ne reste plus que deux routes bloquées. Plus de 200 indiens, délégués des communautés des états de la Huasteca (région du centre du pays) ont participé à la réalisation de la deuxième rencontre d'organisations démocratiques et paysannes de la région. Les participants ont exigé du gouvernement deux choses : la justice et la fin des assassinats.
On annonce l'arrestation en Suisse de Paulina Castañón Ríos, épouse de Raul Salinas de Gortari (frère de l'ancien président du Mexique, actuellement en prison, accusé d'être le commanditaire de l'assassinat de Francisco Ruiz Massieu, secrétaire du PRI). Mme. Castañón Ríos s’apprêtait à retirer 84 millions de dollars d'un compte ouvert par son mari sous un faux nom. Les enquêteurs soupçonnent que cet argent provient non seulement de la corruption, mais aussi du trafic de drogue. Selon une étude réalisé par l'Unicef, le DIF (organisation officielle qui fait partie du système de santé mexicain), le Centro Mexicano de Filantropía et l'Instituto Mexicano de Estudios Sociales, plus 60 % des habitants de México vivent dans la pauvreté (marginalisés et prolétaires), 20 % font partie de la classe moyenne et seulement 3 % ont une position sociale très élevée. Selon cette étude, la taille moyenne d'une famille de México est de 5,6 personnes.
Manifestation pour les droits des femmes à Paris. Dans le cortège, une groupe de femmes cagoulées portait une banderole sur laquelle on lisait : "Du Chiapas à Paris : ôtons les voiles, mettons les cagoules"...
Dans une assemblée, près de 1 500 personnes, indiennes
et métisses, ont élu, de façon complètement
indépendante, un conseil municipal dans la municipalité d'Ocosingo
(où les élections locales ont été annulées
deux fois, cf. Ya Basta n 32, 15 octobre et n 35, 2 novembre). Ont assisté
à cette assemblée les délégués de quelques
20 organisations indiennes liés au PRD, l'ARIC-I, l'AEDPCH, ainsi
qu'une organisation de citoyens proche du PRI. Il y avait des observateurs
de 28 organisations nationales, telles que Alianza Civica, la CONAI, des
organisations de droits de la personne, des députés locaux
et fédéraux du PRD, etc...
Selon le député du PRD Martín Longoria, la chambre
des députés du Chiapas a trois possibilités, pour
nommer les autorités officielles cette municipalité :
a) accepter la proposition issue de cette assemblée ;
b) présenter une autre proposition de conseil municipal ; et
c) convoquer à des élections extraordinaires. Légalement,
la décision doit être prise dans un délai de 20 jours.
Selon des déclarations de fonctionnaires du ministère des finances mexicain, le gouvernement n'attend pas plus de 2 milliards de dollars de la privatisation de 61 usines pétrochimiques. Heberto Castillo, dirigeant du PRD et expert en ingénierie, dénonce la sous- estimation du prix de ces usines, qu'il estime à 17 milliards de dollars.
Le maire de México a déclaré que un million d'habitants de sa ville (qui en compte entre 18 et 20 millions), travaillent dans l'économie informelle, ou ont un emploi précaire, ou encore travaillent moins de 40 heures par semaine, et gagnent moins que le salaire minimum. De plus, et selon les chiffres officiels, le chômage à Mexico est de 7.8 %.
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