Bulletin du Collectif Ya basta.
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Ya Basta! No.121
 Inondations : dans la Sierra de Puebla
le PRI instrumentalise l'aide humanitaire.
 
    Chronologie du 21 octobre au 2 novembre 1999.
    Intimidation et agressions. 
  • Edgar Cortez, directeur du Centre des Droits Humains Miguel Agustín Pro informe que le centre reçoit annuellement de 300 à 400 plaintes pour violation de droits. Il essaye chaque fois d'aider à trouver des solutions définitives, assisté dans un certain nombre de cas par les avocats du Centre. Malgré les menaces de mort reçues, le Centre continuera son combat pour la démocratie dont les composantes fondamentales sont le respect des garanties individuelles et la pleine application de l'état de droit. 

  • Les attentats et menaces contre les membres du Centre des Droits Humains Miguel Agustín Pro Juárez culminèrent le 28 octobre à un niveau encore jamais atteint. L'avocate Digna Ochoa, coordinatrice du service juridique fut interrogée à son domicile par des inconnus durant neuf heures attachée à une chaise, les yeux bandés et par la suite abandonnée attachée sur son lit à côté duquel une bouteille de gaz, valve ouverte, avait été déposée. Soumise à un "interrogatoire" sur les activités et les informations personnelles de chaque membre du Centre Pro Juarez, les questions étant accompagnées d'agressions verbales et de menaces à son encontre, elle perdit connaissance. L'interrogatoire porta en outre sur de supposés liens avec l'EZLN, l'ERPI et l'EPR, ainsi que sur la connaissance de la manipulation d'armes des membres de cette ONG. A un moment donné, on lui enleva le bandeau pour lui montrer les photos de diverses personnes. Elle put se rendre compte que ses agresseurs transcrivaient sur ordinateur tout ce qu'elle disait. Ils n'ont toutefois pas réussi à lui faire signer "un procès verbal". Par la suite elle découvrit chez elle le portefeuille qui lui avait été volé le 9 août quand elle fut déjà séquestrée dans une automobile durant quatre heures. Dans l'un de ses carnets était écrit le mot "bruja" (sorcière). 
    Le Procureur Général de Justice du District Fédéral a proposé au Centre des Droits Humains Miguel Agustin Pro Juarez une surveillance spéciale pour la protection de l'avocate Digna Ochoa. Le Centre est très sceptique sur l'efficacité de ces mesures de protection. En effet depuis plusieurs mois des menaces diverses ont été faites au Centre et à divers responsables. Les bureaux ont été fouillés, Digna Ochoa avait déjà fait l'objet de nombreuses menaces d'intimidation. Tous ces faits étaient connus des autorités judiciaires qui avaient déjà mis en place un dispositif de surveillance particulièrement inefficace. [à moins, qu'il ait précisément servi les auteurs des faits délictueux, mais aucune preuve ne peut être apportée et ce ne serait donc que supposition malveillante. Ndlr.] Un fait est certain et repris par une partie de la presse, les membres des ONG qui se consacrent à la défense des Droits Humains sont en permanence l'objet d'intimidation et de harcèlement. 
  • Dans le cadre de sa campagne électorale (voir plus loin), Cuauhtémoc Cárdenas a accordé une entrevue au journaliste Carlos Avendaño Nagaya de la station locale, de Tapachula, XEKQ. Le patron de la station, qui n'est autre que le sénateur suppléant du pré-candidat priiste au gouvernement du Chiapas, l'a immédiatement licencié. En outre, lui et sa famille ont reçu des menaces de mort et de séquestration. Lors d'une conférence de presse, le journaliste responsable de l'émission "sans concession" a accusé nommément le directeur de la communication sociale de l'Etat du Chiapas. 
  • PERSÉCUTIONS 

  • Si le 1er novembre n'est pas fêté au Mexique, le 2 novembre "Dia de los Muertos" est sacré dans tous les milieux de la société mexicaine. Pourtant des centaines de Tzotziles déplacés de la municipalité de Chenalho n'ont pas osé sortir pour aller dans leur communauté de peur de tomber dans des embuscades de paramilitaires et de ne pas pouvoir revenir. Ils craignaient notamment que se concrétisent les rumeurs selon lesquelles se préparent des violences et des massacres comme celui d'Acteal en décembre 1997. 
  • La pression militaire sur la population du Chiapas ne fait que s'accroître. Ce qui se passe actuellement entre Ocosingo et Altamirano en est un parfait exemple. Sous prétexte de faire une nouvelle route d'une vingtaine de kilomètres les habitants sont en but à l'hostilité constante des militaires qui prétendent contrôler quotidiennement aussi bien les enfants que les adultes, demandant les identités et procédant à des fouilles. L'accès à Moises Gandhi et à une dizaine de communautés extrêmement pauvres, aussi bien priistes que zapatistes, est totalement contrôlé par l'armée. L'unique voie d'accès passe par un poste militaire à Cuxulja. En outre à Moises Gandhi les soldats ont occupé des terres pour les transformer en terrain de football. La population est complètement désemparée devant cette situation qu'elle considère comme particulièrement humiliante. 
  • A Tuxtla Gutierez, capitale de l'Etat du Chiapas, des centaines d'Indiens se sont réunis pour une messe dédiée aux morts du massacre d'Actéal. A cette occasion ils ont dénoncé les menaces de morts qu'ils reçoivent des paramilitaires priistes des communautés de Canolal, Los Chorros, Pechiquil, Puebla Yashemel et Bajoveltic. Durant la cérémonie, l'organisation "Las Abejas" a lu un communiqué adressé aux Nations Unis demandant son intervention de façon à éviter d'autres massacres. 
  • Le 30 octobre, plusieurs centaines d'Indigènes sympathisants zapatistes, portant des pancartes et le visage recouvert d'un passe-montagne défilèrent pacifiquement dans les rues de Cancuc réclamant pouvoir bénéficer des programmes de santé et d'alimentation et l'accomplissement des accords de San Andres [dans d’autres régions, les zapatistes ne veulent rien recevoir du gouvernement. Cette différence peut aussi venir de l’interprétation faite pour les journalistes qui ont retransmis l’info. NdlR]. Marginalisés et réduits à la pauvreté la plus extrême faute de bénéficier des programmes gouvernementaux, ils demandent également que cessent les harcèlements de toutes sortes de la part des autorités municipales, comme celles pour défaut de payement d'électricité. Après être restés trois heures dans le Parc Central et avoir peint des consignes en faveur de l'EZLN sur le palais municipal, ils se sont retirés sans qu'il y eut de violence. 
  • 69 priistes (selon la Jornada) ont débarqué dans la communauté El Portal pour exiger que les habitants de la municipalité autonome Tierra y Libertad, abandonnent leur militantisme zapatiste. Les agresseurs étaient conduits par les autorités de la localité dont dépend la communauté. Devant le refus des habitants de signer "un accord de réconciliation", ils furent expulsés et leurs maisons détruites . Ce type d'action priiste devient de plus en plus fréquent au Chiapas. Ces derniers mois, dans cette localité, une dizaine de personnes ont été arrêtées accusées des délits d'attentat contre la paix et l'intégrité patrimoniale de la collectivité. 
  • RESISTANCE et LUTTES 

  • Une table ronde a été organisée le 27 octobre avec pour thème : "De la Culture souterraine à la Culture de Résistance", avec la participation du groupe Aztlán Underground, Hermann Bellinghausen, Nacho Pineda, du Forum Alicia, Colectif Anarko-Punk du FZLN. Le prix d'entrée au Palais des Sports consistait en deux kilos de grains qui seront donnés aux communautés chiapanèques. Un concert de Rage Against Machine, Aztlán Underground y Tijuana No et une Vidéo Zapatiste ont suivi. 
  • "La Résistance irrite les Puissants" : la vidéo présentée lors de cette table ronde, enregistrée par le sous-commandant Marcos explique que les indigènes insurgés du Chiapas ont choisi de résister à la pauvreté parce qu'ils ont décidé de ne pas se vendre ni se rendre. Il dit également que refuser les aides gouvernementales, en résistant, "emmerde les puissants". "Ainsi avec une particulière allégresse nous nous consacrons à résister, à dire non, à transformer notre pauvreté en arme : l'arme de la résistance. " 
  • Considéré comme étant l'un des fondateurs de l'EPR (Armée Populaire Révolutionnaire) et l’actuel dirigeant de l'ERPI (Armée Révolutionnaire du Peuple Insurgé), après la scission de janvier 1998, Jacob Silva Nogales, "Commandant Antonio", a été conduit dans la prison de haute sécurité de Almoya, après sa récente arrestation. Il était accompagné de Gloria Arenas Ajís, "colonel Aurora", son épouse, de Carlos García Rosales, ainsi que d’Ofelia Flores Nava, accusés d'être également membres de l'ERPI. Présenté à la presse le Commandant Antonio présentait des traces de coups, Aurora fit comprendre clairement qu'elle avait été frappée. L'absence de l'autre détenue Ofelia Flores Nava, fut justifiée par le fait qu'elle ne se sentait pas bien et ne pouvait sortir. -"Vous ne l'auriez pas un peu trop frappée demandèrent les journalistes ? -Absolument pas, elle est seulement un peu indisposée et rien d'autre ". Quelques jours plus tard, un communiqué de l'ERPI tend à démontrer qu'il n'est pas décapité par les arrestations. Le Commandant "Hermenegildo" se présente comme l'unique dirigeant, signalant qu'il fut lui-même le fondateur de l'EPR dont il s'est séparé en février 1988. De quoi embrouiller les services de renseignements et la Police Judiciaire Fédérale qui se vantaient de leurs prises considérées comme capitales. 
  • Selon la Police Fédérale de Prévention (PFP), l'ERPI se développerait dans de nombreux Etats notamment dans l'Etat de Mexico, San Luis Potosí, Chihuahua, Puebla, Guerrero, Oaxaca, Hidalgo et Morelos, ainsi que des tentatives à Veracruz, Tabasco et dans le District Fédéral. Plusieurs arrestations auraient eu lieu dont une certaine "Laura" présentée comme la trésorière de l'ERPI. D'autre part, la PFP enquête sur diverses organisations sociales dans la pays, supposées proches du PRD, lui-même soupçonné d'être en relation avec l'ERPI. De sources policières on affirme avoir les preuves que l'ERPI est appuyé par les commerçants ambulants de la capitale, des membres de la Coordination Nationale des Travailleurs de l'Enseignement (CNTE) etc. Les enquêtes portent également sur différentes personnes notamment dans le milieu étudiant soupçonnées d'apporter une aide logistique et matérielle à l'EZLN 
  • Les députés du PAN et du PRD exigent que le gouvernement agisse avec énergie contre les supposés groupes armés qui opèrent sur le territoire national, chaque fois qu'il y a des preuves ou des éléments cherchant à déstabiliser le pays au moment des élections de l'année 2000. Dans le cas contraire ils demandent que le gouvernement s'abstienne de diffuser des informations qui sèment peur et désarroi dans la société mexicaine. Les coordinateurs des groupes parlementaires PRD et PAN pensent que le gouvernement est en train de créer une situation de panique afin que les élections se passent dans le climat de peur qui a donné de si bons résultats en 1994. 
  • La direction nationale du PRD a démenti que des groupes ou des membres perredistes utilisent des armes ou financent des groupes de guérilleros. Elle exige que le gouvernement fédéral s'explique sur les accusations portées contre le parti. Le PRD affirme que la violence n'existe pas au sein du PRD qui recherche le pouvoir par la voie légale. 
  • Un climat d'inquiétude se développe depuis quelque temps à Acapulco où des militants perredistes ont été arrêtés après un attentat commis contre un conseiller municipal élu pourtant du PRD au cours duquel son fils de 21 ans a été tué. Quand le sénateur Félix Salgado Macedonio entreprit de rendre visite aux détenus, il fut séquestré pendant 30 minutes dans un parloir de la prison "par ordre supérieur" selon le directeur de la prison. Il a pu néanmoins constater que les perredistes prisonniers étaient au secret selon les ordres reçus, la décision étant entre les mains du gouverneur René Juárez Cisneros ou même du president Ernesto Zedillo. 
  • La presse a fait état de menaces par courrier électronique attribuées à l'ERPI. Ces menaces seraient en relation avec la disparition de Felicitas Padilla, depuis son arrestation. Le procureur de l'Etat de Guerrero (Acapulco) dément qu'il existe une situation d'alerte pour de supposées menaces de guérilleros d'attaquer les institutions locales. 
  • Selon le journal El Universal de Mexico, diverses organisations ont commencé à recevoir depuis juillet de la propagande signée TAGIN (Triple Alianza Guerrillera Indígena Nacional) qui serait présente dans les Etats de Guerrero, Oaxaca et Chiapas. D'après les services de renseignements gouvernementaux, cette triple alliance pourrait se consolider à moyen terme comme axe allant de l'EZLN, à l'EPR et à l’ERPI. Selon les mêmes sources, cette alliance pourrait représenter une sorte d'état major de la guérilla au Mexique dans le cas d'une insurrection indigène appuyée par des groupes civils en zones urbaines. 
  • Le correspondant de La Jornada à Monterrey rapporte les éléments d'une conférence de presse donnée par Jorge Poo Hurtado militant de la Ligue Communiste 23 septembre et fondateur du Centre de Recherches Historiques sur les Mouvements Armés (CIHMA). Il existerait au Mexique 14 groupes armés (on ne parle pas des milices gouvernementales ou privées ni des paramilitaires priistes). Poo signale qu'une perte de crédibilité dans les institutions après des décades de manipulations et de corruption a généré l'apparition de l'EZLN, l'EPR et l’ERPI, au Chiapas, Oaxaca et Guerrero. Des embryons apparaissent en Basse Californie, au Sonora, à San Luis Potosi à Puebla et à Veracruz qui coïncident avec la carte de la plus grande pauvreté. Il pense néanmoins que l'apparition de ces groupes est un facteur de déstabilisation et qu'il faut être prudent. Il rappelle que le soulèvement au Chiapas a surgi pendant que le gouvernement célébrait l'entrée dans l'ALENA ( TLC en espagnol - Tratado de Libre Comercio) le 1er janvier 1994. Il est aussi très dangereux selon Poo de nier l'existence des groupes armés à l'instar de Chuayffet alors Ministre de l'Intérieur, traitant de pantomime l'apparition de l'EPR. Les solutions policières ou militaires peuvent retarder les luttes de ses groupes mais elles resurgissent. Poo fait un parallèle avec la situation des années 70 où de nombreux groupes de guérilleros sont apparus après la répression de 68. Le gouvernement actuel semble commettre exactement les mêmes erreurs. Jorge Poo Hurtado conclue que jusqu'à présent aucun groupe n'a passé le stade d'une offensive militaire, l'étape actuelle étant la première phase d'accumulation de forces en attendant le moment où la conjoncture et leur analyse les décideront à passer à la seconde phase d'actions militaires. Pour éviter cet enchaînement, selon lui, la solution réside dans le développement des communautés indigènes et notamment la construction d'écoles et d'hôpitaux. 
  • LA GAUCHE REFLECHIT 

  • Une trentaine de personnalités de gauche se sont réunies pour la première fois depuis dix ans, pour une réflexion collective sur le présent et les doutes du passé, face à l'avenir. Philosophes, politologues, économistes, écrivains et sociologues exprimèrent leur grand pessimisme face au perredisme, leurs opinions enthousiastes et leur désillusion face au zapatisme. Il y a dix ans que le mur de Berlin est tombé et que la carte du Monde a changé. En même temps au Mexique s'est créé le Parti de la Révolution Démocratique. A mi-chemin a surgi le soulèvement zapatiste et actuellement, on vit la crise la plus grave d'une grève universitaire jamais vue sur le continent américain. Pluralité, Démocratie, Radicalité et Equité furent les trois axes de la réunion. 
  • Luis Hernández Navarro a montré les apports rénovateurs de la proposition zapatiste et sa prétention rebelle de promouvoir l'organisation de luttes à partir d'un ensemble de valeur partagées par la société, précisément au moment des luttes électorales dans lesquelles les partis, - y compris de gauche - se convertissent en attrape-tout. De son côté, Antonio Garcia de Léon et d'autres se questionnèrent sur la démocratie interne de l'EZLN, demandant ce qu'est devenu le projet zapatiste qui enthousiasma la société mexicaine à ses débuts. Les zapatistes proposent-ils réellement un projet démocratique ou est-ce seulement que nous l'avions cru au début, demanda Rodríguez Araujo. Garcia de Léon définit la grève de l'UNAM comme une arène de disputes de la gauche. 
  • COKE - BASTON ET FILOUTERIE 

  • A la suite de la découverte d'un échange de farine contre sept kilos de cocaïne, tout un bataillon d'infanterie de l'armée se trouve impliqué dans le cadre d’une enquête du procureur général de justice. L'enquête porte aussi sur les possibles ventes de cocaïne entre militaires et hors de l'armée. 
  • Selon le Conseil d'honneur et de justice de la Sécurité Publique, il n'y aura aucune poursuite à l'encontre des deux policiers accusés de s'être livrés à des violences pourtant qualifiées d'excessives pour disperser les étudiants qui bloquaient le périphérique le 14 octobre. Selon la direction de la police, leur action entrait dans le cadre des pratiques conférées aux troupes de choc, en l'occurrence, "Agrupamiento de Granaderos". 
  • Les habitants de la région de Monte Azul dans la muncipalité d'Ocosingo ont dénoncé le détournement de 2 millions de dollars versés par des organismes internationaux pour la conservation de la biosphère. Sur 18 millions de dollars envoyés par la Banque Mondiale, les 2 millions destinés à la forêt Lancandon ne sont jamais parvenus à destination. La communauté Lacandonienne dénonce les graves conséquences de ce détournement. 50 pour cent de la faune est en voie d'extinction. Des espèces d'aigles, de singes, de crocodiles, de perroquets et d'ocelots risquent dans peu de temps de se trouver seulement dans des musées. 
  • ELECTIONS 

  • Après la décision du PRD, c'est maintenant l'ensemble de l'opposition PAN, PRD et PT, qui soutient la candidature du sénateur indépendant (ex-membre du PRI) Pablo Salazar Mendiguchia au poste de gouverneur du Chiapas. De son côté Pablo Salazar a réaffirmé la nécessité d'appliquer les accords de San Andres. 
  • Quelques mois avant les prochaines élections présidentielles qui auront lieu début juillet 2000, le quotidien El Financiero rappelle qu'en 1988, le Ministère de la défense avait donné favori Cuauhtémoc Cardenas, selon des enquêtes montrant un fort courant pour empêcher les fraudes du PRI en faveur de son candidat Carlos Salinas de Gortari. El Finaciero s'appuye notamment sur de nombreux rapports de la DIA américaine (CIA du Pentagone). L'armée aurait reçu des ordres de ne pas intervenir dans le processus électoral. Les rapports de la DIA feraient état de la grande surprise des milieux officiels mexicains au vu des premiers résultats donnant Salinas et Cardenas au coude à coude. On sait qu'après plusieurs jours de tension pendant lesquels les ordinateurs chargés du comptage sont tombés en panne, les résultats officiels ont donné 50.7 pour cent à Salinas et 31 pour cent à Cardenas. Peut-on espérer qu'il n'y aura pas de panne en juillet prochain ? 
  • Cuauhtémoc Cárdenas Solórzano, candidat du PRD a la Présidence de la Republique a réaffirmé qu'une fois élu il appliquera les accords de San Andres afin que reprenne le dialogue au Chiapas et avec l'EZLN. Une fois de plus, il a accusé le gouverneur intérimaire Albores de ne respecter ni le droit ni la loi, d’encourager les crimes et les massacres et de laisser les groupes paramilitaires impunis. Il propose une nouvelle politique comprenant des programmes de développement, des projets économiques et éducatifs, la solution des problèmes agraires et la fin des grandes propriétés qui existe actuellement dans l'Etat. 
  • L'OTAN AU CHIAPAS ? ! ? 

  • Selon Al Gore, candidat à la Présidence des Etats Unis, son pays est le leader naturel du monde. Pour plusieurs congressistes, il convient de déterminer si l'OTAN doit être utilisé dans les conflits à l'extérieur comme au Kosovo afin de maintenir à l'aube du prochain siècle, la suprématie américaine, politiquement, économiquement et militairement. Durant une session du sénat sur le rôle de l'OTAN dans le futur, on a débattu de concept stratégique de l'Alliance. A une question sur la possibilité de poursuivre des actions à l'extérieur comme au Kosovo, Gore indiqua que le Président Mexicain avait effectivement demandé si l'alliance pourrait intervenir dans n'importe quel cas. Le vice président américain pense qu'il se référait au Chiapas. Gore conclue en disant : "Je ne pense pas que ce soit faisable, mais je ne pensais pas non plus que nous irions au Kosovo." 
  • B. Erre.
  
  
    Inondations : 
    dans la Sierra de Puebla le PRI instrumentalise l'aide humanitaire.

    Depuis un mois, tout le centre-sud du Mexique subit de terribles inondations. 
    Les pluies diluviennes ont particulièrement touché le pourtour du Golfe, dont la Sierra de Puebla, dans le nord de l'Etat du même nom, où de nombreux glissements de terrain ont causé la destruction partielle et parfois totale de dizaines de villages et petites villes. Dès la première semaine de la catastrophe, rien que dans la Sierra de Puebla (une région de 9000 km² qui compte près d'un million d'habitants, à majorité indigène nahuat et totonaque), on comptait déjà 400 morts, plusieurs centaines de milliers de réfugiés, déplacés, sans-abri, et cela alors que l'on ne disposait encore d'aucune nouvelle des communautés les plus détruites qui restaient isolées dans les montagnes, et alors que la "tempête tropicale n°11" ne s'apaisait toujours pas*. 
    Villages emportés par les eaux ou littéralement ensevelis sous des pans entiers de montagne, routes complètement coupées, cadavres en putréfaction charriés par les cours d'eau, premiers cas de choléra… un bilan qui ne manque pas de rappeler les tristes conséquences du cyclone Mitch de l'an passé en Amérique centrale. Encore faut-il y ajouter la pratique devenue courante de la part du parti gouvernemental (PRI) en cas de catastrophes naturelles, de les instrumentaliser à des fins politiques, profitant de l'aide humanitaire pour faire du prosélytisme préélectoral. 
     Pour ne pas avouer son impuissance (les autorités locales et fédérales ne sont absolument pas préparées à une urgence de cette envergure : aucun plan de sauvetage, lenteur de l'aide…) et surtout pour ne pas fragiliser sa position économique aux yeux des bailleurs de fonds internationaux, et par un de ces réflexes chauvins propre au parti officiel, le gouvernement Zedillo "corrige" à la baisse le nombre de victimes et refuse de faire appel à l'aide internationale, prétendant pouvoir faire face à la situation, tout en reconnaissant qu'il s'agit de "la pire catastrophe de la décennie". 
    L'impuissance des autorités est pourtant flagrante sur le terrain, que ce soit au Tabasco (dont on a le plus parlé, puisque ce sont là d'importants centres urbains comme Villa Hermosa qui sont sous plus d'un mètre d'eau), au Veracruz ou dans la Sierra de Puebla. Les secours n'arrivèrent d'abord pas, puis que très lentement et sélectivement,  rien n'a été prévu pour le logement de centaines de milliers de sans-abri. Mais surtout l'aide humanitaire durement collectée par la société civile n'est acheminée par les hélicoptères gouvernementaux qu'aux chefs-lieux des municipalités et monopolisée par les maires du parti officiel qui la distribuent prioritairement aux militants de ce parti ou en échange de promesses de vote pour les élections présidentielles de juillet 2000. 
    Ainsi dans les municipalités de la Sierra de Puebla, l'aide n'arrive que dans les bourgs chef-lieu où se trouve la mairie (généralement tenue par des métis affiliés au PRI) qui ne la redistribuent pas aux communautés indigènes. Par ailleurs, notamment à Huehuetla, les autorités municipales distribuent l'aide en prétendant qu'il s'agit d'un "cadeau de la part du PRI et de Labastida Ochoa" (l'un des quatre pré-candidats présidentiels du PRI). De plus  l'Organisation Indépendante Totonaque (OIT) dénonce dans une lettre à la presse régionale (El Sol de Puebla, 19/10/99), le détournement par les polices municipales de divers chargements d'aide humanitaires acheminés par l'OIT et destinés aux communautés indigènes. 
    Ces attitudes officielles laisseraient à penser que le gouvernement s'arrange finalement assez bien des catastrophes naturelles, tant qu'elles touchent plus spécifiquement les populations rurales, ces mêmes populations qui lui posent par ailleurs tant de "problèmes" non seulement au Chiapas mais dans toutes les régions indigènes du Mexique. Et s'il se voit obligé d'agir face à la pression de l'opinion publique, c'est pour essayer d'en tirer un profit politique sur le dos des sinistrés. 

    Récoltes dévastées 
    Le bilan en pertes humaines, que les chiffres officiels tentent de minimiser est sans doute déjà très lourd. Dans une communauté complètement rayée de la carte (du municipio de Comocuautla), l'armée prétend qu'il n'y eut que 20 morts, alors que selon des témoins du village, rien que dans l'église, complètement détruite et d'où personne n'a pu s'échapper à temps, s'étaient réfugiées plus de 200 personnes. 
     Mais, au delà de la catastrophe immédiate, c'est la destruction à plus de 70% de la production agricole, notamment de la récolte annuelle de maïs et de café (principales sources de subsistance des communautés), qui laisse présager une situation de crise à long terme dans la région. Face à l'urgence des préoccupations de survie quotidienne auxquelles se trouveront confrontées les organisations indigènes de la région, on peut déjà anticiper une démobilisation des communautés par rapport aux dynamiques créées récemment par la consultation nationale zapatiste, notamment autour de la reconnaissance des droits des peuples indigènes dans la constitution de l'Etat de Puebla (nous y reviendrons sans doute dans un prochain bulletin). 
    La nécessité de reconstruction et la situation de pénurie à long terme dans laquelle vont se trouver les communautés nahuas et totonaques de la Sierra de Puebla, mérite une mobilisation de la solidarité internationale. 
    Il vous est possible d'apporter un soutien concret aux communautés sinistrées : le Centro de Comunicación Popular (CCP, association civile qui avait fait la coordination de la Consulta nationale dans la région) fait appel à la solidarité nationale et internationale. Les dons vont directement aux communautés de la Sierra en réponse aux besoins exprimés. 
    Pour la collecte en France, le CCP s'appuie sur l'organisme d'économie solidaire "Civilités" (participant à la plate-forme franco-mexicaine d'économie solidaire, P.F.F.M) : [Association CIVILITES P.F.F.M. Code Banque : 30003 -  Code Guichet :  03150, N°  de compte : 00250491078, Société Générale, 5 rue Saint Antoine 75 004 Paris.] 

    * Le bilan définitif est sans doute de plusieurs milliers, mais les autorités ne reconnaissent que 427 morts. 
     

Nico
  
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 Cette Chronique a été faite pour l'essentiel
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