Bulletin du Collectif Ya basta.
 
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Ya Basta! No.124

 
TENTATIVE DE COUP D’ETAT AU CHIAPAS ?
DENONCIATIONS EMISES PAR LES MUNICIPALITES AUTONOMES.
CCIODH.
ACCORD DE LIBRE ECHANGE MEXIQUE-UNION EUROPEENNE.
LA GUERRE BIOLOGIQUE AU CHIAPAS.
ZORRO EL ZAPATO.

Le climat politique en cette période pré-électorale.


  
    Chronologie du 19 au 25 novembre 1999.TENTATIVE DE COUP D’ETAT AU CHIAPAS ?
    ¨ Les événements pour accueillir l’arrivée de Mary Robinson ne pouvaient pas être plus explicites sur la situation politique du Chiapas. Lors du banquet en son honneur les plats les plus typiques de la politique nationale lui ont été servis : d’une part, la destitution de la présidente de la Commission nationale des droits humains, Mireille Rocatti (remplaçée illégalement par les sénateurs pour mettre à sa place J.L.Soberanes, personnage controversé et lié à l'Opus dei) et un nouvel épisode de la tragi-comédie chiapanèque [L.H.Navarro, La Jornada].
    Le 18 novembre, le parlement du Chiapas était en état de siège, la police occupait le bâtiment et les entreprises de transport bloquaient les routes du Chiapas et de la capitale. Une rumeur, diffusée à la presse par le président du parlement annonçait déjà depuis quelques jours que Vicente Granados Septien lui avait dit à quelle heure ce politicien presque inconnu allait prendre possession du gouvernement du Chiapas. Effectivement V.Granados a convoqué en pleine nuit des parlementaires du PRI en leur disant de préparer le remplacement de l’actuel gouverneur du Chiapas Albores Guillen.
    Il est vrai que cette menace était crédible puisqu’Albores Guillen a remplacé le précédent gouverneur, Luis Ferro, dans des conditions semblables et que le PRI aurait besoin de se débarrasser de ce gouverneur menacé de procès politique par l’opposition et boulet pour la réélection d’un PRIiste aux commandes de l’état du Chiapas. Pourtant, Roberto Albores Guillen estime être le grand gagnant de cette, ... euh..., bouffonnerie. ‘S’ils souhaitaient renforcer ma position, ils ont réussi’, a t’il déclaré. ‘Ce qui est important, c’est l’extraordinaire soutient spontané [les chauffeurs auraient été payés de 200 à 500 pesos, selon le leader du PAN] qu’ont apportés les chiapanèques à leur gouverneur’.
    Le pré-candidat PRIiste au poste de gouverneur du Chiapas, Santiago Ramirez, a dénoncé cette situation faite de rumeurs déstabilisantes et de tentatives de coups d’état. Il demande la nomination d’un candidat unique du PRI très rapidement. ‘ce qui devrait être simple et habituel, choisir un candidat par une consultation, est devenu un problème toujours plus sérieux qui donne au Chiapas un nouveau scandale honteux et lamentable’.
    Le plus courant c’est pourtant cette pratique de violence institutionnelle utilisée par les dirigeants du Mexique, qu’il semble avoir utilisée ici pour neutraliser la demande de procès politique à l’encontre du gouverneur du Chiapas. Albores Guillen a probablement manigancé lui-même ce simulacre de coup d'état pour montrer le soutien dont il dispose, de manière à rester gouverneur au moins jusqu'à la fin de son mandat.
    Le 20 novembre, lors d’une interview, Roberto Albores Guillen a déclaré que cette affaire était close. Il a insisté au contraire sur sa volonté de résoudre les problèmes avec l’EZLN. Il a déclaré : ‘l’EZLN est un mouvement légitime, que je respecte profondément et grâce auquel nous sommes en train de transformer l’état du Chiapas et c’est grâce à ce mouvement que je suis le gouverneur du Chiapas’ (sic) (La jornada).

    DENONCIATIONS EMISES PAR LES MUNICIPALITES AUTONOMES.
    ¨ Des autorités de la municipalité autonome de San Manuel ont dénoncé le 4 novembre des survols par des hélicoptères des communautés de la municipalité. Les hélicoptères ont notamment détruit les toits de paille des maisons de la communauté Arroyo de Santa Maria en les survolant à basse altitude. Ils dénoncent aussi la campagne de menaces des paramilitaires de la communauté La Trinidad, envers les membres zapatistes de la communauté. 
    ¨ Les autorités de l’éjido San Jeronimo Tulija, de la municipalité autonome en rébellion Ricardo Flores Magon, ont dénoncé le 08 novembre l’agression dont a été victime un paysan. Le 06 novembre des paramilitaires ont tendu une embuscade à Jeronimo Gomez Mendez sur le chemin menant à sa parcelle. Armés de fusils, de pistolets et de machettes, les paramilitaires portaient des cagoules identiques à celle de l’EZLN. Ils l’ont battu à coups de poing, de pied et de crosse, torturé et dénudé, le laissant pour mort. Une autre personne est arrivée en faisant arrêter le massacre. Il a reconnu les paramilitaires qui ont ensuite été arrêtés. Le chef du groupe a reconnu être entraîné par l’armée fédérale. Les autorités de la municipalité autonome demandent donc au gouverneur du Chiapas de retirer l’armée de la municipalité pour que cessent les affrontements entre paysans.
    ¨ Contrairement à la déclaration faite par le maire de Chénalho qui affirme que les populations déplacées peuvent retourner dans leurs communautés, le conseil municipal de Polho (municipalité autonome où se sont réfugiées les personnes sentant leur sécurité menacée à Chenalho) dénonce la  situation actuelle et dément cette déclaration. Dans une lettre ouverte datée du 18 novembre, le conseil explique que de nombreux terrains des déplacés ont été récupérés par des militants PRIistes dont certains avaient participé au massacre d’Actéal. Les déplacés ne peuvent pas aller sur leurs terres et récolter leur café parce qu’ils savent que les paramilitaires les y attendent.

    CCIODH.
    ¨ La Commission civile internationale d’observation des droits humains a fini son voyage d’observation au Chiapas. Lors de sa visite les observateurs ont noté le fait que la guerre de basse intensité était toujours présente dans de nombreuses zones du Chiapas ainsi que la dégradation des conditions de vie des populations indigènes qui en découle. La commission retransmettra à la Haute commissaire des Nations Unis, Mary Robinson, les doléances émises par les communautés. Elle transcrira dans un rapport les constatations qu’elle a faites durant sa visite. Ce rapport sera rendu public et diffusé le plus largement possible le 14 décembre et remis au parlement européen et aux gouvernements des différents pays dont la commission avait un ressortissant. Elle regrette d’avoir été gênée dans son travail par de nombreux contrôles d’identité et de n’avoir pas obtenu de la part du gouvernement mexicain suffisamment de visas spéciaux pour les observateurs des droits humains (11 FM3 pour les 41 membres de la commission).

    ACCORD DE LIBRE ECHANGE MEXIQUE-UNION EUROPEENNE.
    ¨ Le 24 novembre, les négociations pour établir un traité de libre échange entre le Mexique et l’Union européenne ont été conclues par la signature de cet accord qui entrera en vigueur au milieu de l’année 2000. Ce traité semble particulièrement favorable au Mexique, pour lui permettre de rattraper l’excédent commercial en faveur de l’Europe. 
    Il faut rappeler que l’article 1 de cet accord concerne le respect des droits humains (ce qui a été appelé la clause démocratique). Il n’est, selon nous, toujours pas respecté mais n’a pas empêché la signature de nos deux pays pour faire des ‘affaires’. Nous avions lancé une campagne de pétition contre la signature de cet accord (beaucoup de nos abonnés ont édité cette pétition envoyée avec le Ya Basta et l’on fait signer autour d’eux). Nous avons recueilli plus de 200 signatures que nous avons envoyées au parlement européen, à l’ambassade du Mexique, aux gouvernements, etc... 

    LA GUERRE BIOLOGIQUE AU CHIAPAS.
    D’après le bulletin n° 182 du CIEPAC (Centre d’étude économique et politique d’action communautaire.)
    ¨ Dans un conflit armé, lorsque l’utilisation de la force militaire est insuffisante, que l’ennemi est plus résistant et plus fort que prévu, il ne reste qu’à faire la guerre par d’autres moyens. La guerre de basse intensité est cette méthode pour saper les bases de l’organisation du mouvement d’opposition. Elle sert à isoler les combattants de leurs soutiens civils et à miner le moral des insurgés. Lorsque l’armée qui défend le pouvoir oppresseur ne maîtrise pas le terrain et ne peut prendre l’avantage grâce aux armes classiques, faute de connaître les conditions géographiques de la montagne et de la forêt, il lui reste la guerre biologique. Par conséquent, une trentaine de communautés de la région de ‘Tierra y libertad’ ont dénoncé depuis deux mois à l’opinion publique, les effets néfastes du programme gouvernemental de la MOSCAMED. Ce programme vise à combattre, depuis 1972, une espèce de ver de mouche qui s’introduit dans les fruits. Il consiste à produire des mouches stériles dans le but d’éradiquer la prolifération de la mouche méditerranéenne. En discutant avec les habitants (aussi bien PRIistes que sympathisants zapatistes) de la communauté Francisco Madero, où se trouve un hangar de la MOSCAMED, les enquêteurs du CIEPAC ont recueilli des informations selon lesquelles, les employés de la MOSCAMED sortiraient tous les jours en hélicoptère pour effectuer des épandages sur la région et qu’ils jetteraient au sol des sacs remplis de moustiques, de rats, de crapauds et de serpents. Sous le prétexte de combattre les mouches méditerranéennes, ils font des épandages sur les montagnes et les cultures, qui assèchent les feuilles des arbres, qui empêchent les grains de café de mûrir comme s’ils avaient été vidés de leur substance, ‘vampirisés’. Les habitants ont dénoncé le fait que les rats dévorent leurs cultures de maïs avant même qu’il n’arrive à maturité. Des villageois qui étaient allés vérifier le contenu des sacs jetés d’hélicoptère par la MOSCAMED y ont trouvé quantité de petits serpents.
    Alors que les communautés en résistance ne veulent rien recevoir de la part du gouvernement, tant que ce n’est pas ce qui leur revient de droit et que ce soit avec dignité, le gouvernement monte des programmes biologiques qui accroissent le périmètre de la faim et de la misère.
    En plus de l’effet concret de cette guerre biologique s’ajoute l’effet psychologique, amplifié par la rumeur, autour d’une méthode aussi abjecte.
    Vous pouvez nous envoyer vos réactions sur le forum de discussion de notre site internet : zapata.com/phorum.

    ZORRO EL ZAPATO.
    ¨ Un article du quotidien mexicain ‘La Jornada’ parle de la préoccupation de l’ambassade du Mexique à Paris à propos du spectacle intitulé Zorro, el zapato. Des enfants entre 6 et 11 ans jouent sur scène la situation des indigènes au Chiapas. C’est un très beau spectacle dans lequel les enfants ont mis tout leur enthousiasme et leur conviction pour le parti des révoltés zapatistes. Après dix ans d’absence, Don Durito de la Lacandona, un poète timide et romantique retourne avec sa sœur Tequilla dans leur ville, San Toto. Là, le gouverneur, Alena de Prouto, et le capitaine Ramon Jamon exploitent les indigènes au profit des gringos. Ainsi, la compagnie Tamérantong (et ton père en short) explique avec détails et fantaisie que la terre appartient au paysans mais que le gouverneur Alena l’a donnée aux gringos en échange de macdollars. Durito révèle à ses amis Tacho, Ramona et Ana Maria qu’il est Zorro el zapato et qu’ils doivent agir avec prudence, sans chercher la vengeance mais en luttant pour les droits de tous.

    Juan.  

    Le climat politique en cette période pré-électorale.

    Texte du CIEPAC 
    (Centre d’étude économique et politique d’action communautaire)
    Bulletin n°178, du 14/11/1999.

    Les élections présidentielles qui se dérouleront le 4 juillet prochain, seront historiques, aussi bien pour le pays que pour les partis politiques ; puisque se profile la perspective d’une alliance de l’opposition, composée de huit partis pour faire front au Parti de la révolution institutionnel (PRI) au pouvoir depuis plus de 70 ans. Pourtant, l’espoir de nombreux mexicains a disparu lorsque le 29 septembre le Parti d’action nationale (PAN) a déclaré qu’il ne participerait pas à cette coalition. Pour la première fois dans l’histoire du Mexique, un ‘conseil des notables’ citoyens a été constitué pour élaborer et proposer une méthode de sélection du candidat unique de l’opposition pour affronter le PRI. Le ‘conseil des notables’ a inclus dans sa proposition le système de sondage suggéré par le PAN ainsi que l’élection démocratique proposée par le Parti révolutionnaire démocratique (PRD) : avec cette proposition, il a fait un compromis équitable que le PAN a refusé.
    Je suppose que ce refus a été dû à la peur de perdre du candidat du PAN, Vicente Fox, et parce que les intentions du PAN n’étaient pas d’entrer dans cette alliance pour former un gouvernement de coalition, mais seulement de l’utiliser pour mener leur campagne.
    Le fait de ne pas avoir concrétisé cette alliance ne signifie pas que les autres partis politiques ne peuvent pas la rejoindre, mais ils doivent alors accepter Cuauhtemoc Cardenas (membre du PRD) comme seul candidat proposé pour l’instant par le Parti du travail (PT). Ce parti et le PRD maintiennent pour l’instant leur alliance, mais il est impossible de prévoir jusqu’où ils iront et ce qu’ils pourraient faire pour avoir de bon résultats. Il est certain que le PAN et le PRD paieront cher politiquement, le fait de n’avoir pas consommé leur alliance, puisque ce projet représentait, non seulement l’union de l’opposition face au PRI, mais aussi, l’espoir d’une large participation de l’expression organisée ou non de la société civile qui ne milite pas dans les partis politiques.
    Ce que l’on peut prévoir, c’est une augmentation de l’abstentionnisme dû au fort sectarisme qui a cours dans les partis politiques et dans leur manière traditionnelle de faire de la politique ; qui n’a pas changé face aux circonstances que vit actuellement le pays.
    Les partis politiques ont l’opportunité de se rapprocher davantage de cette société civile qui s’organise de plus en plus et qui cherche à participer à la construction démocratique du pays. Les partis politiques devront faire de grands efforts pour ne pas ‘vendre’ aux électeurs leurs propres objectifs et leurs projets, ils devront, au contraire, se rapprocher de la population pour récolter ses demandes, ses aspirations, ses besoins, ce qu’elle recherche et ce qu’elle attend de chaque candidat. Ceux-ci devront élaborer un projet et un programme de gouvernement sur la base de ces nécessités, à partir des communautés, des quartiers, des villages, etc ...
    Le travail de prosélytisme des partis politiques d’opposition n’est pas facile. Il est confronté à deux obstacles difficiles à vaincre : d’une part, au PRI qui  peut compter sur tout l’appareil d’état disposé à gagner avec lui et d’autre part, à leurs contradictions internes. Ce sont là les symptômes montrant que le système des partis politiques cesse d’être fonctionnel en ce qui concerne la participation démocratique, parce que la majorité de leurs dirigeants recherche le sommet du pouvoir sans prendre en compte les nécessités de changement structurel du pays, ni la nécessaire participation de la société à la construction du pays sur un nouveau modèle.
    Le PRD a montré qu’il avait des problèmes internes, les différents courants et les différentes positions politiques devraient être la richesse qui renforce un parti pluriel, mais les valeurs de tolérance, d’intégration, de dialogue interne, d’écoute et surtout de reconnaissance des erreurs commises, ont été perdues. Les durs, les radicaux, les modérés, les PRIistes déguisés en PRDistes, les infiltrés et tous les autres qui sont au parti, devraient donner la possibilité d’établir un projet différent, tolérant et intégrateur. Mais ce n’est pas possible parce qu’il y a toujours un groupe qui prétend faire suivre la ligne politique et donner des ordres à ceux qui ne doivent qu’obéir. Ceci n’est plus possible par les temps qui courent alors que les autres déclarent être marginalisés, les ‘exclus’ du parti et ne pas être pris en compte. Les deux dernières élections internes pour la direction nationale du parti ont démontré qu’ils répétaient les pratiques du PRI, en utilisant les mêmes méthodes, les fraudes et qu’ils gouvernaient le parti suivant le même schéma. La plupart des ONGs qui ont été intégrées au cabinet du gouvernement de l’état de Mexico [dirigé actuellement par le PRD. NdT.] ont été obligés de démissionner à cause d’une série de pratiques et de vices montrant l’absence de conception éthique et pluraliste d’une politique d’un nouveau genre.
    [...]
    Avec cette situation actuelle au PRD, il faut souligner le rôle de rassembleur joué par la personne de Cuauhtemoc Cardenas. Malgré la campagne de propagande contre lui menée à travers la télévision Azteca, il a su, en de multiples occasions, sauver l’image du parti et réparer les fractures conséquentes qui ont eu lieu à l’intérieur du PRD. Cardenas, c’est une chose et le PRD en est une autre.
    Le PAN subit une situation similaire et n’échappe pas aux problèmes internes de lutte pour le pouvoir dans le parti et dans la course à la  présidence de la république. Les anciens et les néo PANistes maintiennent pourtant leur alliance conjoncturelle avec le PRD pour faire chanter le PRI et le gouvernement, alors qu’ils rompront cette alliance dès qu’ils auront atteint leurs objectifs. La tactique de ce parti utilise l’alliance avec la gauche dans le cadre d’une stratégie envers la droite.
    Le PRI passe par l’une des pires périodes de son histoire. Il est confronté au risque d’une fracture interne importante due à la lutte entre le candidat officiel, Francisco Labastida [il a été élu le 7 novembre. Voir le Ya Basta n°122. NdT.], et son rival officiel, Roberto Madrazo. Francisco Labastida ne réussit pas politiquement comme il le voudrait parce qu’il est entouré d’une équipe habituée à commander, à donner des ordres et à la duplicité, alors qu’ils sont confrontés au travail politique, qui consiste à négocier, à être tolérants, etc. Ils sont donc en train d’échouer. Ils utilisent l’ancienne méthode qui consiste à négocier avec les ennemis puissants, à écraser les ennemis faibles et à être obligés de s’allier avec leurs ennemis de puissance moyenne. Humberto Roque et Manuel Bartleth, sont les ennemis internes avec lequel Labastida devra s’allier, alors qu’il invite sans cesse Roberto Madrazo à venir prendre un petit café. Mais, comme Madrazo considère avoir le rapport de force en sa faveur, il se fait prier et refuse en considérant qu’il gagnera les élections internes.
    La tension entre les pré-candidats du PRI vient des irrégularités de l’utilisation des structures des gouvernements des états, notamment en faveur de la pré-campagne de Francisco Labastida dans au moins huit états de la république. C’est ce qu’a dénoncé le coordinateur de la campagne de Roberto Madrazo, alors qu’ils ont déposé des objections, suite à des irrégularités, devant le comité d’organisation de la sélection du candidat du PRI. La propagande développée dans les médias est un autre aspect de cette confrontation, par le moyen d’attaques, de déclarations et de démentis mutuels, qui s’amplifie de plus en plus en laissant supposer que cela puisse dégénérer dans la violence. Trois indices nous laissent supposer qu’il est possible que la situation se déroule ainsi : l’attaque subie par les bureaux de la campagne de Francisco Labastida et l’enlèvement du fils de Roberto Madrazo, les avertissant qu’il est surveillé de toutes parts et que l’on sait toujours où il est (Voir le Proceso n°1196). L’incendie de la maison de campagne de Roberto Madrazo au Sinaloa est le troisième fait. L’enjeu de fond est la lutte entre le salinisme et le zedillisme.
    Il est clair que le changement de gouvernement, le changement de parti ou de personne ne modifiera pas la situation du Mexique; à moins qu’une large participation de la société prenne en main le contrôle de toutes les instances qui lui permette d’être et de construire son propre gouvernement sur la base de points communs et qu’elle organise un programme avec les secteurs sociaux qui ont été jusqu'à présent marginalisés et exclus du secteur politique.

    Le chaudron politique du Chiapas.
    Le président du PRI, Rodolfo Soto a annoncé, après avoir participé au conseil politique national de son parti que la convocation pour la sélection du candidat du PRI au poste de gouverneur du Chiapas sera diffusée à partir du 7 novembre. Il est logique que cette annonce soit effectuée à cette date puisque le candidat chiapanèque devra représenter les intérêts du candidat sélectionné au niveau national. Ces choix ne peuvent pas être contradictoires. Pourtant, quatre pré-candidats se sont déjà déclarés : José Antonio Aguilar Bodegas, Sami David David, Cesar Augusto Santiago Ramirez et Juan Carlos Gomez Aranda.
    Le candidat bénéficiant de la sympathie du gouverneur Albores Guillen est Sami David David. José Antonio Aguilar Bodegas, qui a l’appui des principaux chefs d’entreprises et des producteurs de café de la région de la Côte du Chiapas, est apparu dans les meetings de Francisco Labastida Ochoa*. Cesar Augusto Santiago Ramirez représente les groupes de pouvoir de la région des Altos et en particulier les ‘Authentique Coletos’ [les ‘blancs’ de San Cristobal] qui exigent que l’on ne leur impose pas le candidat avant la sélection. Juan Carlos Gomez Aranda représente les intérêts des habitants de Comitan qui ne lui voient pas beaucoup de chances de gagner.
    Pour les partis de l’opposition, l’espérance incarné dans l’alliance d’opposition persiste. Elle est soutenue par le PRD, le PT, le PAN, le Parti du centre démocratique et le Parti de la convergence démocratique, mais on ne peut pas savoir jusqu’où elle ira.
    Jusqu'à présent, le seul personnage pouvant être le porte-drapeau de cette coalition est le sénateur Indépendant Pablo Salazar Mendiguchia, représentant du Mouvement de l’espérance. Pourtant, à l’intérieur du PRD, l’aile droite dirigée par Jorge Moscoso (il faut souligner le rôle joué par ce personnage dans le gouvernement de Ruiz Ferro. Il a surtout travaillé aux cotés d’Eraclio Zepeda lorsque celui-ci était secrétaire du gouvernement) ; Placido Humberto Morales (transfuge du PRI) et Gilberto Gomez Masa (peut-être le moins compromis des trois) s’apprêtent à être l’opposition dans l’opposition. Jorge Moscoso est revenu au Chiapas en vociférant que « Ce serait une grave erreur pour le PRD d’accepter un candidat externe, c’est-à-dire, qui ne milite pas au parti. N’ayant pas travaillé au parti, les candidats ne seront pas légitimés, et ce serait priver de leur droit les véritables militants du parti’. Sa position paraît bloquer le travail de l’alliance ».
    Ce que l’on a pu voir, notamment dans la presse, c’est l’empressement du PT pour désigner Pablo Salazar Mendiguchia comme son candidat. Le PT sait le travail qu’il réalise, l’appui sur lequel il peut compter, autant de la part des organisations sociales, des partis politiques, des entreprises de transport, de personnes de la société civile, des évangéliques, des catholiques et d’une bonne partie des Comités municipaux du PRI de la région Istmo Costa et du Nord. Le PRI aurait besoin de réaliser une fraude exagérément insolente pour pouvoir gagner.
    Les personnes qui se sont proposées de collaborer avec Pablo Salazar Mendiguchia sont de simples citoyens et sont nouvelles dans l’engagement politique. C’est une bonne chose, mais c’est aussi risqué à cause de leur inexpérience. Cette participation citoyenne va plus loin que la participation individuelle, parce qu’il s’agit d’un réseau de relations citoyennes, d’organisations sociales ou simplement de personnes qui peuvent mobiliser d’autres personnes. Le soutien dont il dispose n’est pas offert les yeux fermés, les citoyens de bases se demandent : « Quelles garanties avons-nous que Pablo ne nous trahisse pas ou qu’il ne retourne pas au gouvernement ? » Ce n’est pas une réflexion gratuite. L’histoire de leur lutte est faite de l’expérience de multiples trahisons de dirigeants auquel ils avaient donné leur confiance. Ceux-ci dialoguaient avec le gouvernement dans le dos de la base, ont été intégrés au gouvernement, ont vendu les mouvements sociaux, divisé les organisations et ont bénéficié seuls de l’organisation. Les citoyens se demandent donc : « Que faire ? » C’est une réponse à laquelle ils doivent répondre en tant qu’organisation.
    La probabilité que l’Alliance ait une forte participation et un poids véritable face au PRI entraîne plusieurs scénarios possible :
    1)  Le plus brutal et le plus insolent serait un accident dont Pablo Salazar serait la victime.
    2)  Une répression des mouvements sociaux organisés, dont les têtes seraient décapitées.
    3)  Que le gouvernement mène une campagne de discrédit du Mouvement de l’Espérance et de son candidat.
    4)  Une relance des mandats d’arrestations (encore non  appliqués) envers les dirigeants paysans.
    5)  Une augmentation des actions de violence pour provoquer un vote de peur en faveur du PRI et donner l’impression que seul le PRI pourra protéger les gens s’ils votaient pour lui.
    6)  Ce qui a déjà cours ; la remise de crédits sous certaines conditions.
    7) Que le mouvement social se réorganise, qu’il mette ses demandes dans un programme avec des échéances et que Pablo Salazar s’engage a les défendre et a les respecter pendant son mandat. La réussite de cette élection ne serait pas le résultat du vote, mais l’accomplissement des demandes.
    8) Un contrôle des routes, des chemins, des urnes, des intimidations par les militaires, les groupes paramilitaires, les caciques PRIistes et les groupes de pouvoir régionaux.
    9)  Un mauvais placement des urnes et un nombre insuffisant de bulletins là où l’Alliance aurait pu gagner.

    Onécimo Hidalgo.
    (traduction : Juan)
     


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