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Des militants de la Unión Campesina Popular Francisco Villa (organisation paysanne du Chiapas, indépendante et radicale) dénoncent le harcèlement de la part des autorités. Ils disent que, suite à la saisie d'un lance-roquettes dans la région, l'armée cherche des groupes de guérilla à Angel Albino Corzo (Chiapas). Des guardias blancas qui essayaient de récupérer un terrain à Motozintla (Chiapas) ont assassiné un paysan et blessé deux personnes. Selon la police, les agresseurs sont payés par la propriétaire du terrain. Des membres du groupe paramilitaire Paz y Justicia ont agressé des représentants de l'ONG américaine Pastores pour la Paz, qui apportaient de l'aide humanitaire à une communauté du nord du Chiapas.
Le sous-commandant Marcos annonce que l'EZLN a accepté le projet de loi de la COCOPA sur les droits et cultures indiens : "nous avons décidé d'accepter la proposition et de clore la négociation. C'est à dire, s'il y a une contre-proposition [du gouvernement], nous ne la recevrons pas. La question est entre les mains du président". Remaniement ministériel au Mexique. Zedillo a demandé la démission du Procureur Général de la République Antonio Lozano Gracia et des ses collaborateurs. Il a nommé à sa place Jorge Madrazo Cuéllar, jusque là président de la Commission Nationale des Droits de l'Homme (officielle). Lozano Gracia était le premier haut-fonctionnaire issu de l'opposition (le PAN en l'occurrence), et il était souvent présenté par le pouvoir comme une preuve de son ouverture. Les analystes spéculent sur les motifs de sa destitution : ces derniers jours l'enquête sur l'assassinat de Colosio se tournait vers l'ancien président Salinas qui, apparemment, conserve un certain pouvoir dans le pays... Les magistrats du Tribunal Estatal Electoral de l'état de Mexico ont décidé d'annuler la décision qui donnait au PRI la majorité absolue à l'assemblée de cet état. Le parti officiel aura donc 30 députés, et l'ensemble de l'opposition 45. Entrée en vigueur de l'augmentation de 17 % au salaire minimum, qui passe à 26,45 pesos (environ 15 francs) par jour à Mexico. Cette augmentation est la seule prévue d'ici fin 1997. Elle a été acceptée par les syndicats proches du pouvoir, malgré les protestations des syndicats indépendants.
Le gouvernement a rendu à la COCOPA ses "observations" sur la loi des droits et cultures indiennes. Celle-ci va les transmettre à l'EZLN. 57 paysans du Mouvement des 400 Peuples de Veracruz ont entamé une grève de la faim depuis 6 jours devant les portes de l'Assemblée Nationale et du sénat. Ils exigent la libération de 7 de leurs camarades. Les employés de la voirie de Tabasco sont toujours en lutte. Deux d'entre eux sont en grève de la faim à Mexico depuis 51 jours... Ils exigent la suppression de licenciements opérés au printemps (cf. Ya Basta n 46, 6 et 9 février 96, et n 51 : 14 mars). L'agence de presse Reuter annonce l'apparition d'un nouveau groupe de guérilla au Mexique. Il s'agirait du Front Armé pour la Libération des Peuples Marginalisés du Guerrero (FALPMG). On n'en sait pas plus.
Publication d'un communiqué de Marcos, qui dit que la COCOPA leur a demandé "d'avoir la patience" d'attendre la réponse gouvernementale sur le projet de loi sur les droits et cultures indiens. Dans le Michoacán, un commando de l'EPR a distribué des tracts, des livres et des brochures à la population de El Grajenal. Le PRD dénonce la disparition de María Trinidad Morales Corzo, adjointe au maire récemment élue dans la municipalité Los Reyes La Paz (état de Mexico). Elle a réapparu deux jours plus tard, après avoir subi des tortures et avoir été menacée de mort...
Nouvelle crise dans les négociations sur la loi sur les droits
et culture indiens, à une semaine de l'échéance législative.
Même s'il n'y a pas encore de confirmation officielle, apparemment
les "observations" gouvernementales modifient sérieusement
la proposition acceptée par les zapatistes. Dans un communiqué,
Marcos annonce que les commandants zapatistes quittent San Cristóbal,
"afin de garantir leur sécurité, mise en péril
par l'incertitude due à la crise actuelle".
Enrique Calderon, coordinateur national de Alianza Cívica, annonce
qu'ils ont décidé de devenir un Groupement Politique National
(APN). Ces groupements, prévus dans la nouvelle loi électorale,
participeront au "développement de la vie démocratique
et de la culture politique du pays", et auront droit aux subventions
de l'état. Cependant, M. Calderon a dit que AC n'aura ni soutiendra
de candidat aux élections, afin de " garder son caractère
d'organisation citoyenne" indépendante des partis. Pour devenir
un APN, un groupe doit justifier d'au moins 7.000 membres et être
présent dans 10 états du pays. Calderon propose à
l'EZLN de s'unir au nouvel APN.
13 commandants zapatistes ont quitté San Cristóbal, tandis que Marcos et 6 autres restent, pour attendre des nouvelles de la position gouvernementale sur la loi indienne. A Mexico, la COCOPA annonce que Zedillo a envoyé un "message confidentiel et important à l'EZLN". Dans un communiqué, les zapatistes annoncent qu'ils attendent ce message et dénoncent le survol de plusieurs endroits du Chiapas par des avions militaires (voir encadré). L'EPR nie tout lien avec le Sentier Lumineux. D'autre part, environ 50 de ses guérilleros, cagoulés et armés de fusils d'assaut, ont tenu un meeting à Atoyac (Guerrero).
A San Cristóbal, la délégation zapatiste étudie le message envoyé par Zedillo. A Mexico, le FZLN annonce des mobilisations pour défendre le projet de loi indienne de la COCOPA. La mobilisation militaire augmente dans la région de la Costa Chica (Guerrero). Les combattants de l'EPR y tiennent quotidiennement des meetings clandestins depuis 6 jours. Bartolo Guzmán a été assassiné à Tepetixtla (Guerrero). En 1994, il avait fondé avec son frère Benigno l'OCSS (organisation paysanne indépendante très réprimée par le gouvernement), mais peu de temps après, il l'avait quitté pour fonder l'organisation Benito Juarez, proche du pouvoir.
Communiqué du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général de l'EZLN
Mexique, 6 décembre 1996.
Au peuple du Mexique ; Aux peuples et aux gouvernements du monde ; A la presse nationale et internationale.
Frères :
1 ) Il y a quelques minutes (22 heures 30, heure sud-orientale), nous avons reçu un appel téléphonique de Mr le sénateur Luis H. Alvarez, actuel président de la COCOPA, qui nous a annoncé qu'ils sortaient d'une réunion avec Mr Ernesto Zedillo Ponce de León.
2 ) Mr Luis H. Alvarez nous a dit qu'il portait un message personnel de Mr Zedillo pour l'EZLN, que les membres de la COCOPA quitteraient Mexico le 7 décembre 1996, et qu'ils pensaient être à San Cristóbal de las Casas, Chiapas, vers midi le même jour. Le sénateur Alvarez nous a demandé de rester calmes en ces temps où, dit-il, "nous sommes tous nerveux".
3 ) Aujourd'hui, tôt dans la matinée, un appareil de la dite "force d'action Arc-en-ciel", unité de l'Armée Fédérale spécialisée dans la contre-insurrection, de ceux qu'on utilise pour le transport des troupes spéciales d'assaut, a survolé à basse altitude l'ancien couvent Del Carmen de San Cristóbal, où est hébergée la délégation de l'EZLN lors des réunions tripartites . Des vols semblables ont étés signalés, ces dernières 48 heures, au dessus des cols de Patiwitz et de la communauté de La Realidad, dans la jungle Lacandone.
4 ) Le gouvernement fédéral assure qu' "il n'y a pas de crise, seulement quelques observations sur le document de la COCOPA". Alors pourquoi tant de mouvements militaires ? Les troupes aéroportées apportent-elles des "arguments" sur les "observations sur le document"?
5 ) La délégation de l'EZLN qui reste à San Cristóbal de las Casas n'est pas nerveuse, c'est seulement qu'elle trouve le temps un peu long, d'autant plus que nous connaissons ces survols militaires depuis bientôt trois ans, quand on nous a bombardés dans les montagnes qui entourent cette ville.
6 ) La délégation de l'EZLN a décidé d'attendre le message personnel que lui envoie Mr Zedillo Ponce de León, bien que nous ne sachions pas encore qui de la COCOPA ou de l'Armée Fédérale apportera ce message.
7 ) Il y a bientôt trois ans, dans cette ville de San Cristóbal, nous demandions démocratie, liberté et justice, et il y a bientôt trois ans, le gouvernement suprême a répondu à nous demandes avec des tanks, des avions, des hélicoptères et des bombes.
Aujourd'hui, mille soixante dix jours après le 1er janvier 1994, nous sommes ici et nous attendons la réponse du gouvernement à nos demandes de démocratie, liberté et justice pour les indiens mexicains, et nous n'avons pas apporté d'autres armes que la dignité, la raison et l'histoire.
Quelle que soit la réponse du gouvernement, nous l'attendrons ici.
Démocratie ! Liberté ! Justice !
Depuis les montagnes du sud-est mexicain, Sous-commandant insurgé Marcos.
Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général de l'EZLN.
Le président Zedillo a demandé un délai de 15 jours pour "réfléchir" à la réponse gouvernementale au projet de loi sur les droits et cultures indiens. Dans une conférence de presse à San Cristóbal, Marcos explique qu'après la décision des communautés indiennes d'interrompre le dialogue, "le gouvernement a voulu faire marche arrière sur les accords et faire passer une réforme anodine", et donne sa "version de la version" de la COCOPA sur la crise actuelle : quand la COCOPA aurait présenté un projet de réforme de la Constitution tenant compte des accords de février 1996, le ministre de l'Intérieur et la délégation gouvernementale au dialogue l'auraient accusée d'être "en faveur des zapatistes" et de "défendre une loi anticonstitutionnelle". La COCOPA aurait alors protesté que les autorités "découvrent des problèmes constitutionnels 10 mois après avoir signé les accords". Ce qui, selon Marcos "signifie que (...) le gouvernement signe des accords pour ne pas les respecter". Pour finir, la COCOPA a rencontré Zedillo, qui aurait d'abord refusé d'accepter la proposition de loi, avant de reconnaître manquer d'information, et de demander 15 jours pour étudier la question. Il aurait aussi promis de convoquer une session extraordinaire de l'Assemblée Nationale pour entériner les accords le cas échéant. Publication d'un communiqué daté du 7 décembre et adressé au président Zedillo, qui répond au message de Zedillo à l'EZLN (cf. Ya Basta ! précédent, 7 décembre, et encadré dans ce n ) : "... Nous savons que vous allez recevoir beaucoup de critiques pour nous avoir envoyé un message personnel. Beaucoup diront que, étant maître de l'Exécutif, vous n'avez pas de raison de vous adresser personnellement à une organisation de citoyens rebelles. Pour notre part, non seulement nous ne vous critiquons pas, mais nous vous en sommes reconnaissants. Et même, nous saluons le fait que ce message n'ait pas été un message de guerre ou de menace, mais au contraire qu'il reconnaisse qu'un pas en avant aussi fondamental que la réforme constitutionnelle en matière indigène, nécessite que vous demandiez conseil pour en assurer la solidité. Vous nous avez demandé de comprendre la nature de vos doutes et de vos craintes, et de comprendre aussi qu'il faut du temps pour éclaircir les uns et dissiper les autres. Nos chefs indiens sont d'accord pour attendre, afin que les choses soient plus claires (...) nous nous souvenons du 9 février 1995. Quelques jours auparavant, un message de vous, apporté par le ministre de l'intérieur de l'époque, et qui réaffirmait votre volonté de paix, était le prélude à une offensive militaire et policière contre nous. Devant notre inquiétude, les gens de la COCOPA nous ont assuré que vous vous étiez engagé à ne recourir à aucun moyen militaire ou policier à notre encontre, et à poursuivre le dialogue. En est-il bien ainsi, Monsieur Zedillo ? (...). Vous avez raison de dire que les réformes constitutionnelles en matière indigène sont fondamentales, et marqueront le futur de ce pays. Allez-y, prenez conseil. Ne craignez pas de faire le pas historique que tous attendent, et qui sera très important dans le processus de paix au Mexique. Je crois qu'il est maintenant clair pour vous que vos hommes vous trompent. Ils vous "orientent mal", comme on dit ici. Tout au long du processus de dialogue et de négociation, vous n'avez pas eu une vision réelle de ce qui se passait. Ils ont continuellement cherché à tirer leur épingle du jeu, en essayant de manipuler le conflit, de l'envenimer, de pousser à la crise et de le déformer. Hier ils mentaient sur le rôle de la CONAI, et aujourd'hui ils essaient de discréditer la COCOPA. Ils se moquent bien de provoquer l'échec du processus de paix, ou le retour de la guerre. Ils envisagent déjà de vous succéder ou de vous supplanter à Los Pinos [la résidence présidentielle, NdT]. A l'heure actuelle ils ont provoqué une nouvelle crise, dans laquelle la COCOPA, instance en laquelle vous dites avoir confiance, est mise en cause, et ils ont réussi à retarder encore la paix. Monsieur Zedillo, qui est responsable de cette crise et de ces obstacles ? Qu'allez vous faire pour que ces messieurs répondent de ce qu'ils font ?" Visite de Zedillo à New York. Il s'entretiendra avec des investisseurs, des hommes politiques et des représentants des médias américains.
L'EZLN rend public le texte de la réforme constitutionnelle proposée par la COCOPA et acceptée par eux. Ce texte s'inspire des accords signés le 16 février 1996, et prévoit le droit des peuples indiens à l'autodétermination et à l'autonomie politique, culturelle, sociale et économique. Le porte-parole de la Présidence de la République annonce que la proposition de loi à été soumise à des experts en droit, pour qu'ils émettent un avis sur sa constitutionnalité. Selon un rapport d'Amnesty International, les pays où les défenseurs des droits humains sont le plus persécutes sont le Mexique, le Zaïre et les pays de l'Amérique Centrale.
A propos de la loi indienne, Marcos a déclaré : "il est important de connaître la position du président, parce qu'elle définira la position de la majorité à l'assemblée nationale (...) S'il s'investit directement dans la négociation, c'est à dire s'il en prend directement la responsabilité, nous pensons que cela pourrait régler beaucoup de problèmes, et que l'atmosphère serait moins lourde qu'elle ne l'a été ces derniers temps. Depuis mai, nous avons pratiquement rebondi de crise en crise, rien qui avance et aucun accord depuis février 96. Ca va faire un an. Je crois que cela n'arrange ni le gouvernement ni l'EZLN que ce dialogue soit aussi bouché, sans accord ni respect des accords qui puisse donner espoir, en particulier aux autres groupes armés". Le Congrès National Indien et les conseillers de l'EZLN annoncent une campagne de soutien à la proposition de loi indienne de la COCOPA, durant les 15 jours de réflexion demandés par le président Zedillo. Attaque de militants présumés de l'EPR à Neza (banlieue de Mexico) : un policier tué. Les employés de la voirie de Tabasco poursuivent leur lutte à Mexico. (Cf. Ya Basta précédent, 4 décembre). Plus de 40 d'entre eux se sont fait faire une prise de sang, sang qu'il ont ensuite déversé devant le siège du Sénat, et utilisé pour faire des graffitis. 7 autres en sont à 58 jours de grève de la faim. Ils demandent l'annulation de 360 licenciements et de 40 mandats d'arrêt, et le payement des jours de grève. La prise de sang est un nouveau moyen de protestation au Mexique : ce sont les infirmières qui ont donné l'exemple cet été, suivies maintenant par d'autres. Des députés et sénateurs d'opposition, des représentants d'ONGs et d'organisations politiques annoncent la création d'un Front pour la Défense de la Sécurité Sociale. Layda Sansores, qui était jusqu'à il y a quelques jours sénateur du PRI, vient de quitter ce parti pour être candidate au poste de gouverneur du Campeche sous les couleurs du PRD pour les élections de juillet prochain. Les dirigeants du PRD se disent sûrs de gagner, vu la popularité de Mme Sansores ; les critiques parlent de parachutage décidé en haut lieu. La démission du PRI de Mme Sansores est la dernière d'une série de départs importants.
Le budget de 1997 a été approuvé par la majorité PRI à l'Assemblée Nationale (le PAN, le PRD et le PT s'y sont opposés). Les députés PRD et PT ont quitté la séance pour protester contre ce budget qui rogne les dépenses sociales pour "suivre les diktats du F.M.I.". Ainsi, le budget de lutte contre la pauvreté est réduit de 4,6 % (en monnaie constante), celui de l'éducation de 7 %. Par contre, les "fonds spéciaux" de la Présidence de la République augmentent de 153.8 %. (Ces fonds spéciaux, qui s'ajoutent au budget normal de la Présidence, sont utilisés pour toute sorte de besoins d'urgence, légaux ou non ; leur montant est passé à 38 milliards de pesos (plus de 25 milliards de francs), soit 12,3 % du budget total, 3 fois plus que le budget alloué à la lutte contre la pauvreté).
L'assemblée du Chiapas a reconduit Julio César Ruiz Ferro gouverneur du Chiapas, en remplacement de Eduardo Robledo Rincón (celui-ci avait été imposé par la fraude en 1994, mais avait dû démissionner sous la pression populaire, et est actuellement ambassadeur en Argentine). Ruiz Ferro était gouverneur intérimaire de l'état depuis le départ de Robledo Rincón. Dans une conférence de presse clandestine à Mexico, le commandement de l'EPR a rendu public son programme politique. Selon le groupe, la crise du régime de parti d'état permet, "qu'à partir de 1997, toutes les forces démocratiques et révolutionnaires s'unissent pour construire un nouveau gouvernement, une nouvelle constitution et réformer l'économie afin de répondre aux besoins de la population (...). Nous devons tous emprunter la voie révolutionnaire démocratique qui organise la combinaison et la généralisation de toutes les formes de lutte (...). Même si l'usage des armes, l'autodéfense et la propagande armée révolutionnaire sont primordiaux, ils sont subordonnés à la lutte politique, qui est la forme de lutte principale". Ils ont proposé une série de mesures politico-économiques visant à améliorer le niveau de vie des mexicains.
Dans le cadre de la campagne de soutien au projet de loi de la COCOPA, des militants du Congrès National Indigène, du FZLN et d'autres organisations sociales ont tenu un meeting devant les bureaux de l'ONU au Mexique. Le prix Nobel de la paix Rigoberta Menchú a déclaré à Mexico que le gouvernement mexicain ne devait pas craindre l'autonomie indienne. "Ils devraient craindre davantage la faim qui sévit dans de nombreuses régions du pays, et qui a provoqué l'émergence de mouvements armés". Suite des déclarations du commandement de l'EPR. A propos de l'arrestation à Oaxaca de 50 personnes présentées comme des guérilleros du groupe, l'EPR affirme qu' "il s'agit de gens innocents, de la population civile, des gens d'organisations démocratiques, de paysans et indiens...". Santiago Oñate Laborde, président national du PRI démissionne de son poste. Humberto Roque Villanueva, qui dirigeait la majorité à l'Assemblée Nationale, prendra sa place. [N.B. : même si on parle de "démission" ou d' "élection", tout le monde sait depuis longtemps au Mexique que les décisions de ce genre sont prises par le président du pays.]
Polémique suite aux déclarations de quelques experts juridiques, comme quoi le projet de loi de la COCOPA serait inacceptable parce qu'il favoriserait la formation de "petits États" dans l'État, ce qui est contraire à la Constitution.
Selon les autorités, 23 organisations ont demandé le statut de Regroupement Politique National (cf. Ya Basta ! nouvelle formule n 2 : 6 décembre), parmi lesquelles : Causa Ciudadana, Alianza Cívica, Uníos (à gauche du PRD) et Convergencia por la Democracia (font partie de cette dernière organisation des gens issus du pouvoir : les ex-gouverneurs PRI Dante Delgado et Francisco Luna Kan, l'ex-candidate du PT aux présidentielles Cecilia Soto, etc.). Selon l'hebdomadaire Proceso, durant les 21 premiers mois du gouvernement Zedillo, 1.199 mexicains ont demandé l'asile politique au Canada. En 1995, 40 mexicains ont reçu le statut de réfugié politique dans ce pays ; pour 1996, ils sont déjà 81. Sous le gouvernement Salinas, 138 personnes ont reçu le statut de réfugié.
Première apparition publique de la commandante Ramona après son opération : "Me voilà sortie (...). Je voudrais remercier les gens qui se sont cotisés pour payer l'opération (...). Je ne me sens pas encore tout à fait bien, je remercie tout le monde, mais il y a d'autres gens malades au Chiapas qui ont besoin d'aide". Le FZLN annonce avoir recueilli 142.885 pesos (un peu plus de 95.000 FF) dans la campagne pour Ramona. Presque tout a été dépensé pour l'opération. Une cinquantaine de juristes mexicains ont envoyé une lettre au président Zedillo pour soutenir la proposition de loi indienne de la COCOPA. Selon La Jornada, le gouvernement mexicain serait en train de négocier de nouveaux crédits (jusqu'à 19 milliards de dollars) auprès du F.M.I. et de la Banque Mondiale.
Plus de deux mille indiens tzotziles ont manifesté à Chenalhó (Chiapas) leur soutien au projet de loi indienne de la COCOPA. Selon l'un de leurs dirigeants, l'autonomie qu'ils réclament "ne signifie pas le séparatisme, la seule chose que nous voulons c'est qu'ils respectent nos droits, et que ce que nous produisons nous profite à nous, au lieu que cela profite à d'autres pays, comme c'est le cas depuis des années". Ils exigent aussi que la police et de l'armée fédérale quittent leurs villages. Le journal irlandais The Irish Times annonce qu'un groupe de Solidarité Irlande- Mexique organise une campagne de signatures et d'affiches contre la présence de Carlos Salinas de Gortari en Irlande (il s'y est réfugié). Dante Delgado a été arrêté par la police pour malversations, enrichissement illégal et abus d'autorité. Ces accusations ont été lancées il y a longtemps par l'opposition, alors que M. Delgado était gouverneur de l'état de Veracruz, mais à l'époque sa place au pouvoir (il a été haut- fonctionnaire, ambassadeur en Italie et même délégué du gouvernement au Chiapas) lui assurait l'impunité. Il a récemment quitté le PRI, et envisageait de fonder un nouveau parti politique. Deux de ses anciens collaborateurs ont été aussi arrêtés.
Début à Zurich d'une rencontre européenne des collectifs de solidarité avec la lutte zapatiste, pour discuter entre autres de l'éventualité d'une deuxième Rencontre Intercontinentale contre le néolibéralisme et pour l'humanité (voir encadré). Selon Mario Saucedo, membre du conseil national du PRD (le parti de gauche) ils ont proposé au PAN (le parti de droite) de mener une politique commune à l'assemblée nationale si le PRI perd la majorité en 1997. Il s'agirait de viser une baisse de la TVA, la renégociation de la dette extérieure, l'amélioration des salaires et la modification de l'ALENA. D'autre part, des représentants du PRD, du PT (Parti du Travail, centre-gauche) et du PVEM (Parti Vert Écologiste Mexicain) annoncent la formation d'une "coalition totale" de centre-gauche pour gagner les législatives de juillet 1997.
La COCOPA annonce avoir transmis à l'EZLN la réponse de Zedillo sur le projet de loi indienne. Les zapatistes ont demandé un délai de 22 jours pour consulter les communautés indiennes sur la réponse présidentielle. Toujours selon la COCOPA, Zedillo s'est engagé à convoquer une session législative extraordinaire pour discuter la réforme constitutionnelle proposée par la COCOPA. Des centaines d'indiens de 5 états du pays ont manifesté à Mexico pour soutenir le projet de loi de la COCOPA. José Luis Alamilla Magaña et Benancio Jiménez Martínez, employés des voiries de Tabasco, en sont à 67 jours de grève de la faim. Selon les médecins, leur vie est en "danger grave". Cependant, ils sont déterminés à continuer "jusqu'à la fin" : "Qu'avons-nous à gagner à suspendre notre grève de la faim sans avoir rien obtenu pour changer notre situation actuelle ? Tout ce qui nous attend c'est des humiliations, des moqueries, le chômage, le manque d'argent, les problèmes familiaux et les séquelles de tant de jours passés sans rien manger". Luis Eugenio Todd, ex haut-fonctionnaire du ministère de l'Éducation et ancien Ambassadeur en France, a démissionné du PRI pour accepter la candidature du PT au poste de gouverneur de l'état de Nuevo León.
Des représentants des indiens mixtecos dénoncent le harcèlement militaire sous prétexte de lutte contre l'EPR, dans la région de la Montaña et Costa Chica (Guerrero).
La COCOPA et une délégation de l'EZLN se réuniront vers le 11 janvier prochain pour analyser la réponse zapatiste aux observations du président Zedillo sur le projet de loi indienne. Selon l'hebdomadaire Proceso, l'église mexicaine entreprend l'évangélisation de l'armée fédérale, suivant en cela les indications de Jean Paul II. L'église aurait même l'intention de nommer un évêque, chargé d'un diocèse doté d'une cathédrale, d'un séminaire et de prêtres, le tout spécialement créé pour veiller sur l'âme des militaires... Selon le ministère des affaires étrangères, en 1996, 36 mexicains sont morts en essayant de passer illégalement aux États-Unis.
Des représentants de El Barzón annoncent que leur organisation travaillera à la formation d'une coalition de tous les partis d'opposition, dans le but de remporter les élections de 1997.
La police et l'armée ont lancé une véritable chasse aux sorcières dans la municipalité de Los Loxichas (Oaxaca), sous prétexte de lutte contre l'EPR. 38 personnes, pour la plupart des indiens zapotecos, ont été arrêtées. Parmi les détenus, le maire de San Agustín Loxicha et son suppléant, ainsi que d'autres fonctionnaires, et même deux flics ; L'argument est qu'après l'attaque de l'EPR du 29 août dernier à Huatulco, la police avait retrouvé le corps d'un guérillero tué, et qu'il s'agissait d'un fonctionnaire de la mairie. Dans la plupart des 52 écoles de la région il n'y a plus cours depuis deux mois, parce que des enseignants sont soupçonnés de faire partie de la guérilla ; 9 d'entre eux sont en prison. Les habitants de la région et les ONGs de défense des droits humains dénoncent la répression. De nombreuses irrégularités commises par les autorités ont étés relevées : ainsi, 5 des indiens emprisonnés ne parlent que le zapoteco, ce qui ne les a pas empêchés de "signer" des dépositions en espagnol... Selon Everardo Martínez Sánchez, président de la Commission Santé de l'Assemblée nationale, la stratégie gouvernementale de lutte contre le Sida n'a pas donné les résultats attendus et aujourd'hui le Sida "est le problème de santé publique n 1" dans le pays. Le Mexique proteste auprès des États-Unis, qui prévoient d'installer cinq décharges de déchets dangereux et radioactifs sur la frontière avec le Mexique.
Selon la Ligue Mexicaine des Droits de l'Homme (Limedh, indépendante), plus de 135 personnes ont été arrêtées ces 4 derniers mois dans la région de Los Loxichas (Oaxaca). La plupart ont été relâchées. Toujours selon la Limedh, 38 détenus accusés d'appartenir à l'EPR ont été torturés ; selon certains témoignages, des agents américains participeraient aux opérations militaires. Selon une étude du Congrès du Travail (fédération de syndicats proches du pouvoir), une famille moyenne mexicaine disposant du salaire minimum ne peut satisfaire que 39 % de ses besoins alimentaires, sans compter les dépenses de santé, loyer, vêtements, etc. Selon Miguel Angel González Félix, diplomate mexicain, certains pays, dont l'Espagne, font pression sur le Mexique et d'autres pays latino-américains pour que ceux-ci revoient à la baisse leur conception de l'asile politique (le Mexique a traditionnellement une politique d'accueil très ouverte : le pays a reçu des réfugiés fuyant différentes dictatures : Espagne (1938), Chili (1973), Argentine, Uruguay, etc. , mais cette politique commence à être modifiée dans les faits par les derniers gouvernements).
Les habitants de la région de Los Loxichas (Oaxaca) ont créé il y a trois mois l'Unión de Pueblos en Contra de la Represión de la Región Loxicha, pour se protéger des exactions de la police et de l'armée ; l'un de ses représentants a déclaré à La Jornada : "nos gens utiliseront ce qu'ils auront sous la main pour repousser toute tentative de répression [parce que] le gouvernement nous oblige à une lutte inégale, eux ont des armes puissantes, des unités mobiles et des agents entraînés à réprimer les manifestations, tandis que nous, nous n'avons que des pierres, des bâtons et des machettes. Mais nous avons aussi le principal : la dignité et le sens de l'honneur". Ils affirment de pas chercher l'affrontement avec les policiers ou les soldats "parce que ce sont nos frères, mais leurs raids nous obligent à nous défendre". Plus de 50 travailleurs des voiries de Tabasco se sont fait tirer du sang et l'on jeté devant le bâtiment de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH, officielle), pour protester "parce que cette institution reste indifférente devant le drame des sept cantonniers en grève de la faim". Deux des sept grévistes de la faim en sont à leur 75e jour sans manger ; ils campent devant le siège de la CNDH à Mexico.
Rencontre des comités européens de solidarité avec le Chiapas (Zurich, Suisse, 20, 21 et 22 décembre 1996).
Environ 150 personnes, représentant des collectifs de 12 pays européens se sont réunies à Zurich. En attendant le compte-rendu officiel et détaillé des décisions issues de cette rencontre, en voici les grandes lignes :
1.- La deuxième rencontre intercontinentale contre le néolibéralisme et pour l'humanité se tiendra en Espagne du 27 juillet au 3 août 1997, dans cinq lieux différents.
2.- L'ordre du jour de la rencontre sera défini d'ici mars 1997. Pour l'élaborer, la participation du plus de gens possible est souhaitée. Pour cela, une consultation internationale est prévue, ainsi que des débats, des rencontres préparatoires, etc.
3.- Une rencontre européenne préparatoire (comme celle de Berlin de l'année dernière) sera organisée à Prague (ou à défaut, en Italie) début mars. Des rencontres préparatoires pour les autres continents devraient aussi être organisées.
4.- Pour assurer l'organisation de la rencontre, plusieurs commissions seront mises en place en Espagne et dans chaque pays (financement, contacts, etc.). La composition, les fonctions et le calendrier de ces commissions seront définis lors d'une réunion technique (deux délégués par pays) qui aura lieu à Barcelone début février.
Il faut préciser que les décisions prises à Zurich ne se veulent pas définitives. Elles sont soumises à l'approbation des personnes intéressé(e)s par la rencontre, par le biais de la consultation (# 2).
D'autre part, les comités francophones qui étaient présents se sont réunis à la fin de la rencontre et se sont mis d'accord pour travailler ensemble pour diffuser l'information et appeler les collectifs, organisations et personnes (pas nécessairement liés à la solidarité avec le Chiapas) qui n'étaient pas à Zurich à participer à l'organisation de la deuxième rencontre.
La préoccupation générale était d'élargir la participation à la Rencontre aux différents mouvements de résistance qui ne sont pas allés au Chiapas cet été. Beaucoup de gens ne veulent pas répéter sans critique les rencontres précédentes. A nous de les améliorer!
La présidence de la COCOPA est tournante : chacun des ses membres en est président tour à tour. Kesako à vérifier (Cocopa, Conai + EZLN).
En 1996, 683 délits par jour ont été commis en moyenne à Mexico. 75 % sont des vols, cambriolages, hold-up ; il y a d'ailleurs eu 70 hold-up sur l'année dans des banques, 3 assassinats, 55 commerces et 80 camions de ravitaillement attaqués par jour.
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