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août
q Le
ministère de l'Intérieur va déléguer certaines
de ses prérogatives en matière de migration (autorisations
d'entrée sur le territoire, décisions d'expulsion, fixation
de la durée d'interdiction de territoire en cas d'expulsion, retraits
de visas, etc.) ; elles seront désormais exercées
à l'échelle régionale et locale. Cela permettra
de faciliter et d'accélérer les expulsions d'étrangers
"indésirables" (par exemple les observateurs des droits humains
au Chiapas).
7 août
q Dans
une lettre envoyée à La Jornada, Peter Brown,
directeur du Projet pour la construction d'écoles au Chiapas
récemment expulsé par les autorités mexicaines (cf.
Ya Basta précédent, 26 juillet), rappelle qu'une caravane
nommée Éducation pour la Paix partira le 8 août
de Mexico pour les Altos de Chiapas. Il dit aussi qu' "au cours
des deux dernières années, des volontaires de tout le Mexique
et d'autres pays ont participé à un échange culturel
et éducatif pour la création du premier collège autonome
indigène du Chiapas. Aujourd'hui, le rêve d'avoir une institution
éducative à Oventic, Aguascalientes II, est très près
de devenir une réalité, et moi, j'ai été
expulsé de façon définitive du Mexique pour le "délit"
d'aider à la construction d'une école pour ceux qui n'en
n'ont jamais eu". Il rappelle qu'il n'existe pas de collège
ni de lycée pour les enfants de la région d'Oventic, ni pour
les 250.000 habitants des cinq municipalités que la nouvelle école
desservira. Pour finir, il fait savoir que pour éviter d'être
expulsés eux aussi, les membres étrangers de la caravane
ne participeront à aucune des activités pour lesquelles il
l'a été, mais, précise-t-il, "sans renoncer à
notre soutien d'une éducation publique, gratuite et universelle".
q Erica
Irene A. Daes, coordinatrice du groupe de travail de l'ONU sur les peuples
indiens, a déclaré à Genève que le Mexique
était le pays où existent "les plus graves situations
de violation des droits humains" des peuples indiens et des minorités.
Les deux pays qui suivent dans son palmarès sont la Turquie et Chypre.
8 août
q Dans
une lettre publiée par La Jornada, près de 250
professeurs, chercheurs et "membres de la communauté universitaire
de la Universidad Iberoamericana (université privée de
Mexico)" demandent au gouverneur du Chiapas la libération
de Luis Menéndez Medina, chercheur en poste dans cette université,
arrêté le 11 avril dernier dans la municipalité
autonome Ricardo Flores Magón lors de son démantèlement
(cf. Ya Basta n°60, encadré, et n°61, 12 avril 98). Les
signataires rappellent que son arrestation et son procès ont
été marqués par de graves irrégularités,
et par des violations de ses droits (reconnues même par la CNDH,
l'organisme officiel de "défense" des droits humains). Pour conclure,
ils dénoncent que M. Menéndez Medina soit injustement en
prison, en raison de l'exercice de sa profession (il était au Chiapas
pour un projet de recherche).
9 août
q Ces
20 derniers jours, l'armée mexicaine a empêché
au moins 15 étrangers de visiter la communauté zapatiste
de Roberto Barrios (dans laquelle se trouve l'un des Aguascalientes
- centres de résistance zapatistes qui ont accueilli la première
Rencontre Intercontinentale contre le Néolibéralisme et
pour l'Humanité). "Arguments" des soldats : "c'est pour éviter
un problème international", ou "les sympathisants de l'EZLN
sont des gens dangereux".
q La
Jornada retrace l'histoire de Javier Gil, député
PRIiste et membre de la COCOPA (Commission de Concorde et Pacification,
chargée d'aider au dialogue entre les zapatistes et le gouvernement).
En 1977, Gil fait partie des militants d'extrême gauche
qui arrivent au Chiapas pour essayer d'organiser les paysans
; il travaille principalement dans les communautés de Betania (Ocosingo)
et San Quintín (Las Margaritas). Comme les autres, il doit quitter
la région suite à des problèmes avec les communautés
et avec le diocèse de San Cristóbal, mais continue à
travailler avec les producteurs de café de la municipalité
de Motonzintla (sud-ouest du Chiapas). Plus tard, il participe à
la création d'une organisation paysanne dans le Oaxaca. Vers
1981, il aurait rompu avec Adolfo Orive (lui aussi ex-militant
d'extrême gauche et aujourd'hui conseiller du ministre de l'Intérieur,
cf. Ya Basta n°50, 15 janvier 98). Sous la présidence de
Salinas (1988-1994), Gil adhère à la politique paysanne
du gouvernement, c'est pourquoi il est évincé de la direction
d'une organisation paysanne (l'Unorca, pourtant pas franchement indépendante)
et se retrouve au syndicat paysan officiel (CNC, adhérent
au PRI). Toujours sous Salinas, Gil est nommé conseiller de la
Commission Nationale des Droits Humains (CNDH, officielle).
Enfin, il devient député fédéral pour le PRI,
parti qui le désigne pour faire partie de la COCOPA.
10 août
q Julio
Hernández López, journaliste à La Jornada,
dévoile que plusieurs épouses de journalistes, dont
la sienne, ont reçu une invitation du gouvernement du Chiapas
pour faire "un séjour de trois jours (21-23 août)
au Chiapas (...) pour mieux connaître la culture et
les coutumes des femmes indiennes de l'état". Le voyage est
payé par le gouvernement du Chiapas, et Mme María
Gleason de Albores Guillén, épouse du gouverneur, y participera
(sans doute pour éclairer les épouses de journalistes sur
les bienfaits de la politique gouvernementale au Chiapas).
q De
source américaine, on apprend que l'Ambassade américaine
à Mexico a demandé plusieurs fois aux autorités
mexicaines la permission de visiter les bases de l'armée
mexicaine au Chiapas. Motif invoqué : connaître le
nombre de soldats et la nature de l'équipement militaire. Il parait
qu'ils ont dû se contenter de visiter la caserne de Tuxtla
Gutiérrez, les bases situées dans la zone du conflit zapatiste
étant déclarées non-accessibles pour des raisons de
"sécurité militaire".
q L'ambassadeur
américain au Mexique dément les déclarations
du Département de Défense de son pays, selon lesquelles
les deux militaires américains avaient étés retenus
par des paramilitaires liés au parti au pouvoir (cf. Ya Basta précédent,
29 juillet). "Il n'y avait pas de paramilitaires", a-t-il
assuré, mais seulement des gens hostiles à la venue d'étrangers
dans leur communauté.
q Lors
d'une conférence de presse clandestine, Antonio et Santiago,
commandants de l'ERPI (Armée Révolutionnaire du
Peuple Insurgé), confirment que cette guérilla est
née le 8 janvier 1998 d'une scission au sein de l'EPR (Armée
Populaire Révolutionnaire, groupe armé qui s'est fait
connaître en juin 1996, cf. Ya Basta ancienne formule n°65).
Ils affirment que tous les combattants de l'EPR du Guerrero (état
où la guérilla était la plus active) sont passés
à l'ERPI. Ils expliquent que leurs divergences avec la direction
centrale de l'EPR portaient sur la position à avoir par rapport
aux élections, eux semblant penser qu'il peut être utile
de travailler à partir des mouvements sociaux suscités
par la lutte électorale, tandis que l'EPR était beaucoup
plus réservée. Ils mettent d'ailleurs le gouverneur qui sera
issu des prochaines élections au défi de leur retirer les
raisons de se soulever, en gouvernant de manière démocratique.
Leur deuxième divergence avec l'EPR porte sur la stratégie
dite d'"autodéfense armée" (qui consiste à
tendre des embuscades à l'armée) : "[nous ne la pratiquons]
qu'à la demande des communautés (...) là
où le peuple le décide". Sur le massacre de El Charco
(cf. Ya Basta n°68, 8 juin, et n°69, 10 juin 98), ils disent
qu'ils ont été surpris au cours d'une "consultation"
destinée à connaître les revendications de la population
; ils promettent la sanction des coupables "puisque l'État
ne fait pas la justice, et leur garantit l'impunité". Enfin,
il disent n'avoir aucune relation avec l'EZLN, mais qu'ils soutiendront
dans la mesure du possible la consultation lancée par eux sur
le projet de loi indienne de la COCOPA (cf. Ya Basta n°73, 21 juillet).
q Selon
El Colegio de la Frontera Norte (c'est un centre de recherche),
un million de mexicains traversent chaque année la
frontière avec les États-Unis pour chercher du travail
; 70 % reviennent ensuite au pays. Ces émigrés envoient
6 milliards de dollars par an au Mexique. Selon la même source,
90 % des ouvriers agricoles de Californie sont d'origine mexicaine ; cet
état assure un tiers de la production agricole des États-Unis.
11 août
q 7ème
visite au Chiapas de la Commission Épiscopale pour la Paix
et la Réconciliation au Chiapas (CEPRC). Cette commission
est composée de 9 évêques, dont Samuel Ruíz
et Raúl Vera, du diocèse de San Cristóbal. Elle
visitera Tuxtla Gutiérrez (la capitale de l'état), San Cristóbal,
Polhó, Acteal et San Andrés Larráinzar. Elle rencontrera
des organisations évangéliques, des déplacés,
des représentants de divers groupes, les députés,
le gouverneur et, si possible, des bases zapatistes. Luis Morales, président
de la Commission de l'Épiscopat Mexicain (CEM)
et membre de la CEPRC, a déclaré qu'il espérait
que "pour la visite du pape au Mexique [en janvier prochain]
la paix au Chiapas sera signée".
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Chiapas
: le facteur américain
Luis Hernández Navarro (La
Jornada, 5 août 1998).
L'activité américaine
autour du conflit au Chiapas s'est nettement renforcée depuis un
mois et demi. Aux traditionnelles actions des ONGs de droits humains, commissions
gouvernementales d'études et groupes de solidarité, se sont
ajoutés les propos de Madeleine Albright [secrétaire d'État
américaine, NdT] sur la pression que l'administration Clinton exerce
sur le gouvernement mexicain pour qu'il résolve le conflit, l'audience
du sous-comité pour l'hémisphère [nord] de la Chambre
des représentants, l'initiative du sénateur du Vermont Patrick
Leahy pour que le Sénat demande au département d'État
d'appeler à une solution pacifique, et l'arrestation de deux militaires
américains par des groupes paramilitaires dans la communauté
de Los Plátanos.
Cette augmentation de la pression
américaine résulte autant de l'action continue des réseaux
de solidarité que de la préoccupation qui s'installe à
l'intérieur des cercles officiels devant la détérioration
croissante de la situation des droits humains dans la région [NdT
: comment les politiciens du pays qui enseigne les subtilités de
la guerre dite "de basse-intensité" aux militaires mexicains peuvent-ils
être préoccupés par la "détérioration
croissante de la situation des droits humains", me reste bien mystérieux]
et la perte de contrôle du gouvernement [mexicain]. Traditionnellement,
les administrations des États-Unis ont privilégié
le soutien à la stabilité politique du Mexique plus que les
processus de démocratisation [doux euphémismes...]. Mais
aujourd'hui, les deux se mélangent.
Des ressortissants américains
ont été expulsés du Mexique pour avoir apporté
au Chiapas de l'aide humanitaire, ou participé à la construction
d'écoles. En 12 mois (selon La Jornada du 1er août
98), il y a eu 9 tournées de militaires américains au Chiapas,
et au cours des premiers mois de cette année, il y a eu au moins
deux fois plus de visites dans cet état que pour tout 1997.
Le gouvernement américain
ne voudrait surtout pas qu'une crise de grande envergure se développe
dans ce qu'il considère comme son arrière-cour. La crise
asiatique perdure, une crise est imminente en Russie, les caisses des organismes
financiers internationaux sont vides, et un nouveau sursaut de l'économie
mexicaine serait très difficile à gérer. Surtout que,
comme on l'a vu lors de l'offensive militaro-policière de El Bosque,
les marchés mexicains commencent à considérer le conflit
au Chiapas avec inquiétude.
De plus, il y a dans la culture
politique américaine une longue tradition de pression des électeurs
sur les parlementaires. Et l'action des réseaux de solidarité
sur les représentants et sénateurs, ajoutée aux rapports
publiés par des organismes reconnus à Washington comme Human
Rights Watch ou Wolla sur le conflit et la situation des droits
humains, commencent à mettre le Chiapas à l'ordre du jour
du Congrès américain ; au moins dans la mesure où
ses membres veulent savoir ce qui s'y passe.
Le mouvement de solidarité
avec le Chiapas, selon l'enquête de Lynn Stephen, s'articule autour
de 4 grands réseaux nationaux, plusieurs projets régionaux
et une cinquantaine de groupes locaux. Le 7 mai dernier, ils ont lancé
le Réseau de Solidarité avec le Mexique. Les quatre
principaux groupes sont : la Commission Nationale pour la Démocratie
au Mexique (CNDM), à Los Angeles et El Paso ; le Service
National pour la Paix (SIPAZ), basé à Santa Cruz, en
Californie ; Global Exchange, avec des bureaux à San Francisco
et San Cristóbal ; et la Fondation Interreligieuse pour l'Organisation
de la Communauté - Pasteurs pour la Paix, à New-York
et Chicago. On trouve aussi des projets comme celui des Équipes
de Construction d'Écoles au Chiapas de Peter Brown - récemment
expulsé - ainsi qu'une multitude de groupes locaux composés
d'équipes stables comme Tonantzin, de Boston, les Zapatistes
de New-York ou l'Alliance Zapatiste de Pittsburgh. Depuis 4 ans,
ce sont 2 à 3 mille américains qui ont été
au Chiapas pour des raisons liées à la solidarité.
Parmi les éléments
qui favorisent ces regroupements et cet activisme, il y a la préoccupation
suscitée par l'usage que fait le Mexique de l'aide militaire fournie
au pays, l'expérience de travail de solidarité avec l'Amérique
Centrale, l'existence préalable de coalitions binationales sur la
question du libre commerce, l'impact de la rébellion zapatiste dans
les médias et l'utilisation d'Internet.
Le facteur américain dans
le conflit au Chiapas est bien installé. Sa présence se renforcera
dans les mois qui viennent. |