| 23 août
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Demande d'observateurs Le 4 octobre prochain il y aura des élections locales au Chiapas. Et comme d'habitude, les conditions sont telles (activité des groupes paramilitaires, situation des réfugiés, présence massive de l'armée fédérale, violence croissante, etc.) que le déroulement normal du scrutin n'est pas assuré. L'ONG mexicaine Alianza Cívica organise une délégation de soutien aux observateurs de l'élection, du 1 au 7 octobre. Au niveau international, l'ONG américaine Global Exchange collabore à cette initiative ; elle se chargera de la demande de visas spéciaux et de l'accréditation des observateurs internationaux ; elle recherche aussi des candidats observateurs. Pour en savoir plus, contacter Ted Lewis au (415) 255 7296 (aux USA), ou par internet : tedlewis@globalexchabge.org. Une autre page Internet propose des renseignements sur les élections et les observateurs : http://www.nonviolence.org/sipaz/info/int-ob.htm. |
| Le Fobaproa (Fonds Bancaire de Protection de l'Épargne)
est un fonds de prêt aux banques, mis en place par le gouvernement
mexicain pour les protéger contre d'éventuelles crises financières.
Lors de la crise du peso de 1995, plusieurs banques, dont les plus importantes
du pays, se sont trouvées en difficulté. Déjà
lourdement endettées auprès du Fobaproa, elles ont du emprunter
encore davantage pour assurer leur fonctionnement. Mais elles se sont ensuite
révélées incapables de rembourser, et le montant total
des créances non honorées par les banques est aujourd'hui
de 550 milliards de pesos (soit 55 milliards de dollars au taux de change
actuel).
En mars dernier, profitant d'une actualité chargée (incendies de forêt, attaques de municipalités autonomes, campagne xénophobe, etc.), le président mexicain a essayé de faire passer à l'Assemblée, dissimulé au milieu d'une loi sur le système financier, un article transformant la dette des banques envers le Fobaproa en dette publique (c'est à dire que l'état - le contribuable - s'engagerait à payer à la place des banques). Mais le bon temps n'est plus où l'Assemblée était
entièrement soumise au gouvernement, et où un tel tour de
passe-passe aurait été approuvé sans discussion, sans
même que le contribuable de base ne soit au courant (depuis les élections
de juillet 96, l'opposition - PAN plus PRD - est majoritaire). Et quelques
députés (PRDistes, majoritairement 1) ont eu l'insolence
d'exiger, avant d'approuver le transfert de dette, d'être informés,
et de savoir où étaient passés les 55 milliards de
dollars en question. Le gouvernement a hurlé au non-respect du secret
bancaire, mais les députés ont tenu bon, et refusé
d'examiner l'article litigieux tant qu'ils n'en sauraient pas davantage.
A la lecture des informations révélées par
le PRD, on comprend que le gouvernement aurait préféré
se passer de publicité : rien qu'en étudiant ces données
parcellaires, il ressort qu'une bonne partie des pertes datent de bien
avant la crise du peso (qui a bon dos), et résultent de pratiques
plus que douteuses de la part des banquiers. Ces informations établissent
aussi, pour qui en doutait encore, la collusion entre le pouvoir économique
et pouvoir politique au Mexique.
Toujours en n'étudiant que les informations publiées à ce jour, on peut avoir une idée de où est passé l'argent : outre le PRI, on trouve parmi les bénéficiaires des gens qui on fait fortune en très peu de temps pendant le sexenat Salinas 3, ou dont les noms figurent sur la "liste des personnes les plus riches du monde" établie régulièrement par le magazine américain Forbes (cf. Ya Basta ancienne formule n°66, 1er juillet 96, et nouvelle formule n°27, 12 juillet 97), ainsi que des membres de la commission de financement de la campagne électorale de Salinas. Un certain nombre de ces bénéficiaires sont poursuivis, et l'un d'eux est même en prison. Mais on peut sans peine imaginer que si le gouvernement refuse de donner le reste des informations, c'est sûrement parce qu'il a des choses à cacher - et des gens à protéger ; et que les informations qu'il a donné lui permettent par la même occasion de se débarrasser d'"amis" devenus peut-être encombrants. Ainsi, Gerardo de Prevoisin, ex-directeur d'Aeromexico, en fuite depuis décembre 94 (date d'arrivée au pouvoir de Zedillo) et arrêté le 5 août dernier en Suisse, a déclaré devant une cour américaine avoir du donner 8 millions de dollars pour la campagne Zedillo (on lui reproche d'avoir, pour son compte personnel, "emprunté définitivement" 72 millions de dollars, en garantissant le prêt sur Aeromexico, qui a fait les frais de l'opération)... Pour payer la dette, le gouvernement propose de vendre les biens
sur lesquels ont étés garantis les prêts (il y a de
fortes chances que cette mesure ne touche que les petits emprunteurs, qui
ont bénéficié de prêts dans un cadre légal
4), et d'augmenter impôts et taxes : on parle d'une augmentation
de la TVA, du prix de l'essence et de l'électricité. La somme
que les mexicains devraient rembourser serait équivalente à
9,1 fois le budget annuel de l'éducation publique, ou 31,3 fois
celui de la santé, ou 162,4 fois celui de la lutte contre la pauvreté,
ou encore 184,1 fois celui accordé à l'agriculture....
Pour le contrer, le PRD a présenté une proposition
alternative de remboursement, qui prévoit de laisser les banques
assumer elles-mêmes les prêts interbancaires, d'obliger les
500 groupes les plus puissants à rembourser intégralement
(les dettes additionnées de ces 500 groupes représenteraient
80 % du total de la dette des banques), et d'étudier un remboursement
partiel des petits et moyens endettés, au cas par cas.
De son côté, le PAN (droite) a refusé l'invitation du PRD à co-organiser la consultation, et a présenté lui aussi un projet alternatif de remboursement, assez proche de celui du PRD, mais moins radical. Il faut dire que même au PRI, il y a des grognements, certains PRIistes étant favorables à une modification du projet gouvernemental. Bref, tout semble indiquer que le projet de Zedillo n'est pas
prêt d'être adopté, et que la crise bancaire est loin
d'être résolue.
1) L'un des députés les plus engagés dans la bataille est l'un des leaders du Barzón, élu sous étiquette PRD. El Barzón est une organisation qui regroupe des personnes endettées en lutte contre les pratiques abusives des banques. Elle est forte de plus d'un million d'adhérents dans tout le pays, et a fait beaucoup parler d'elle en organisant des grèves de remboursement, et des mobilisations pour empêcher les saisies ou récupérer les biens saisis. Pour les élections législatives de juillet 97, elle a fait alliance avec le PRD (il faut être mandaté par un parti reconnu pour pouvoir se présenter), afin que "les personnes endettées soient représentées à l'Assemblée Nationale et au Sénat". 2) Cela a d'ailleurs valu au président du PRD de recevoir des menaces de mort. 3) Président de la République de 1988 à 1994 et actuellement en fuite, il reste néanmoins très lié aux milieux de Wall Street, et, dit-on, extrêmement puissant. 4) Selon El Barzón, en novembre 96, 90.000 personnes avaient vu leurs biens (maisons ou immeubles, dans la plupart des cas) saisis pour cause de non-remboursement de leurs dettes. Rien qu'à Mexico, ils étaient 15.000 à avoir ainsi perdu leur maison ou leur appartement en mai 97 (cf. Ya Basta ancienne formule n°81, 2 novembre 96, et nouvelle formule n°20, 11 mai 97). 5) Nous en traduirons des extraits la semaine prochaine. |