| 28 août
q Publication de deux communiqués zapatistes. Le premier parle du scandale du Fobaproa et de la consultation lancée par le PRD sur le sujet (cf. Ya Basta précédent, article). Marcos estime que ce scandale "met radicalement en question le modèle politique et économique imposé au Mexique par le système de Parti-État (...) nous sommes plus pauvres, il n'y a ni stabilité financière ni monétaire, nous sommes toujours moins indépendants, il n'y a pas d'emplois, la délinquance augmente, les liens entre le gouvernement et les délinquants sont de plus en plus étroits. Bref, la situation empire, à l'échelle micro et macro-économique"(voir encadré). q Dans le deuxième communiqué, Marcos célèbre le 20ème anniversaire d'une grève de la faim, menée principalement par des femmes, pour exiger la libération des prisonniers politiques et la présentation des disparus. Ce mouvement, dont le personnage le plus connu fut Rosario Ibarra de Piedra (elle-même mère d'un disparu, elle n'a depuis jamais cessé de militer pour la libération des prisonniers et pour la recherche des disparus ; elle a été plusieurs fois candidate aux élections présidentielles pour le PRT [Parti Révolutionnaire des Travailleurs, trotskiste], et soutient le mouvement zapatiste), a donné naissance au Comité Eureka. Le porte-parole zapatiste ajoute que "nous, et d'autres aujourd'hui sans mémoire, devons beaucoup à ces femmes à la tendresse obstinée. Parmi ce que nous leur devons, il y a cet avenir que nous promettent ceux qui, comme ces femmes, savent que la mémoire ne se repose pas ni ne se rend, et que la dignité n'a ni âge ni taille". Marcos leur dédie une histoire du Vieil Antonio (voir encadré...). q Rosario Green, ministre mexicaine des Affaires Étrangères, a déclaré que ce n'est pas son ministère, mais le gouverneur du Chiapas, qui a invité les ambassadeurs à visiter le Chiapas. Au programme : Tuxtla Gutiérrez, Chiapa de Corzo, San Cristóbal, Zinacantán, San Juan Chamula, Comitán, Las Margaritas et Tapachula, entre le 10 et le 12 septembre prochains (cf. Ya Basta n°76, 20 août). 31 août
1er septembre
2 septembre
3 septembre
4 septembre
5 septembre
6 septembre
9 septembre
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Les plus anciens des anciens de chez nous racontent que les tous premiers dieux, ceux qui accouchèrent le monde, partagèrent la mémoire entre les hommes et les femmes du monde. La mémoire est bonne - disaient-ils et se disaient-ils - parce qu'elle est le miroir qui aide à comprendre le présent, et qui promet le futur. Et les tous premiers dieux prirent un récipient pour mesurer la mémoire, et la répartir entre tous les hommes et femmes, qui passèrent devant eux recevoir leur part. Mais comme certains étaient plus grands que d'autres, la mesure de mémoire ne les remplissait pas tous de la même manière. Dans les plus petits d'entre eux, elle brillait plus fort, tandis qu'elle semblait s'éteindre dans les plus grands. C'est pour ça dit-on, qu'on dit que la mémoire est plus grande et plus forte chez les plus petits, et plus difficile à trouver chez les puissants. C'est pour cela aussi dit-on, que les hommes et les femmes deviennent plus petits à mesure qu'ils vieillissent : pour que la mémoire brille mieux. On dit que c'est cela le travail des plus anciens des anciens : faire que la mémoire soit grande. Et on dit aussi que la dignité n'est rien d'autre que de la mémoire vivante. C'est ce qu'on dit. Allez. Salut, et que la mémoire fasse son oeuvre, c'est à dire, fasse justice. Depuis les montagnes du sud-est mexicain. Sous commandant insurgé Marcos.
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| "Il faut saluer la lutte menée par certains parlementaires pour
conquérir leur indépendance et leur autonomie. Leur attitude
critique face aux initiatives de l'exécutif sert la vie républicaine.
Le pays a besoin d'un Congrès qui soit véritablement indépendant,
et représentatif des intérêts de tous les mexicains.
La lutte pour l'indépendance des pouvoirs doit aller jusqu'au bout.
Dans un régime républicain sain, l'exécutif se soumet
au législatif. Le présidentialisme dont continue de souffrir
notre système politique doit complètement disparaître.
Tant qu'il n'en sera pas ainsi, la démocratisation restera dans
la rubrique "articles pour discours" et "démagogie".
L'affaire du Fobaproa a mis en évidence la lutte que mène le pouvoir législatif pour conquérir son indépendance et son autonomie. Elle a aussi montré le mécontentement croissant qui règne au sein du système de parti d'état, et est une preuve supplémentaire de la maladresse politique et économique des technocrates. Mais elle est peut-être aussi le signe d'une progression, à l'intérieur des partis politiques, des courants plus sensibles aux nécessités populaires qu'aux indices macro-économiques. Au sein du PAN et du PRD, il existe des tendances qui essayent de trouver une solution au problème créé par l'incapacité de l'exécutif sans pénaliser davantage la population. (...) Pourtant, le débat et la prise de décisions sur le Fobaproa continuent de se passer "en haut", entre législateurs, analystes, leaders d'opinion et direction des partis. Il faut les faire "redescendre", et que cela soit suivi d'effets. Si la politique nationale n'est plus exclusivement dictée par l'exécutif, si les partis politiques (et non plus seulement l'un d'entre eux) participent mieux et davantage aux décisions, si les professionnels de la politique semblent disposés à écouter ou à anticiper les réactions de la population contre les mesures qui leur nuisent, il faut encore que la voix des citoyens se fasse écouter, et que son poids se fasse sentir de manière déterminante. C'est cela la démocratie, «le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple». La proposition du PRD de faire une consultation sur le Fobaproa est une tentative sérieuse d'ouvrir un espace pour que les citoyens se manifestent et donnent leur avis sur ce sujet. L'initiative du PRD est un exemple de politique incluante et démocratique, et elle sera utile au Mexique. Mais des mécanismes pour que la voix des citoyens se fasse entendre et pèse dans la vie républicaine obligeant ceux qui gouvernent à «commander en obéissant», continuent de manquer. La lutte pour la démocratie au Mexique, ce n'est pas seulement la lutte pour des élections équitables, justes et libres ; ce n'est pas seulement la lutte pour le pluripartisme ; ce n'est pas seulement l'alternance au pouvoir. C'est, surtout, la lutte pour «citoyennetisation» de la politique. La lutte pour trouver les voies, pour créer les espaces, pour encourager les initiatives qui donnent de la voix et du poids à ceux qui font un pays : les travailleurs des champs et des villes, les indiens, les colons, les femmes au foyer, les enseignants, les étudiants, les retraités et les pensionnés, les petits propriétaires, les membres des professions libérales, les employés, les handicapés, les séropositifs, les intellectuels, les artistes, les chercheurs, les chômeurs, les homosexuels, les lesbiennes, les jeunes, les femmes, les enfants et les anciens, et tous ceux qui, sous des noms et des visages différents, font le peuple. (...) L'EZLN salue et soutient la consultation sur le Fobaproa organisée par le PRD, et à laquelle participent d'autres organisations politiques et sociales, ainsi que des individus, et qui se tiendra le 30 août prochain. (...) Nous appelons le peuple mexicain à participer à la consultation nationale sur le Fobaproa ce 30 août 1998, nous appelons chacun à lutter pour les droits de tous : pour la santé, pour le logement, l'alimentation, le travail payé à un prix juste, la terre, l'éducation, la culture et l'information, la liberté, l'indépendance, la démocratie et la paix. Salut à la lutte pour l'indépendance et l'autonomie du pouvoir législatif. Salut aux organisations politiques qui se tournent vers en bas ; salut aussi à la Consultation sur le Fobaproa. Salut à ceux qui ouvrent des espaces de participation citoyenne. Et surtout, salut à ceux qui luttent pour «citoyenniser» la politique, c'est à dire, pour démocratiser le pays. |