23 septembre
q Emilio Rabasa Gamboa, coordinateur
gouvernemental pour le conflit au Chiapas, a rencontré la COCOPA,
pour évaluer avec elle l'état de réalisation du "plan
gouvernemental de détente" (sur le plan de détente, cf. Ya
Basta n°71, 9 juillet 98, et n°72, 10, 14 et 16 juillet, et n°73,
17 juillet 98). A l'issue de cette rencontre, il a estimé qu'il
existait des "conditions objectives" permettant de renouer les négociations
avec l'EZLN : "nous espérons que l'EZLN voudra reprendre le dialogue"
[NdC : vu le contenu du "plan de détente" en question, ça
paraît plutôt mal parti, ou alors il faudrait vraiment que
le gouvernement l'ait sérieusement remanié].
q Douzième visite au
Chiapas de Zedillo cette année : il a été à
Ocosingo présider une réunion sur la remunicipalisation du
Chiapas. Il a déclaré qu'il fallait "laisser de côté
les divergences et les conflits, et unir les volontés pour régler
les problèmes du Chiapas". A propos de la catastrophe provoquée
par les inondations, il a déclaré (sans rire) qu'il ne fallait
pas "profiter de la tragédie pour faire du prosélytisme politique",
et a affirmé que "le gouvernement garantira qu'aucune aide publique
ne serait utilisée à des fins partisanes".
q Au cours d'une réunion
de congratulations - pardon, d'évaluation - du programme d'action
urgente [par rapport aux inondations], qui s'est tenue à Tapachula
(Chiapas), le gouverneur du Chiapas Roberto Albores Guillén a déclaré
: "en ces jours longs et douloureux, (...) le président Zedillo
a su nous tendre une main forte et amicale, dans un élan de justice
et de grandeur que nous apprécions beaucoup et que les chiapanèques
n'oublieront jamais"... Il a affirmé que l'heure était maintenant
à la reconstruction, et s'est félicité de ce que l'excellente
coordination inter-institutionnelle qui a, selon lui, prévalu sur
tous les fronts entre les échelons fédéral, estatal
et municipal avait permis de faire face à l'urgence. [NdC : autant
qu'on puisse en juger, ladite coordination concerne surtout la propagande,
comme le montre ce tir nourri d'auto-félicitation...].
q Il continue de pleuvoir au
Chiapas. Deux nouveaux ponts se sont écroulés, et des chemins
provisoirement dégagés sont à nouveau impraticables.
q L'organisation Caritas chiffre
de 400 à 500 le nombre des victimes des inondations, tout en précisant
"on continue de retrouver des corps". Toujours selon l'ONG, le nombre des
sinistrés s'élève à 282 mille, "dont 30% n'ont
pas encore été secourus". Aidée par 2.500 volontaires,
Caritas a distribué 630 tonnes de vivres à 56 mille sinistrés
de 481 communautés.
q Discussion entre Rosario
Green, ministre des Affaires Étrangères du Mexique, et Mary
Robinson, Haut-commissaire de l'ONU pour les droits humains, au siège
de l'ONU à New-York. Robinson a fait part à la ministre mexicaine
de sa préoccupation quant à la situation au Chiapas, laquelle
l'a invitée à visiter le pays pour observer la situation
par elle-même, ce que Robinson a accepté. Pas de date fixée
pour l'instant, mais ce devrait être vers la fin de l'année.
D'autre part, Robinson s'est aussi entretenue sur le sujet avec Kofi Annan,
secrétaire général de l'ONU, qui s'est dit lui aussi
préoccupé.
24 septembre
q Suite aux inondations et
au débat qui a suivi sur le report ou non des élections,
le Conseil Électoral de l'état du Chiapas a finalement décidé
de reporter les élections dans seulement 3 districts sur 24 (les
15e, 16e, et 17e, les deux premiers sont sur la Côte, et le troisième
dans la Sierra ; les districts servent à l'élection des députés).
Ces trois districts regroupent 22 municipalités, mais seulement
8 d'entre-elles voient leurs élections municipales remises à
plus tard : Maspatepec, Huixtla, Pijijiapan, Acacoyagua, Escuintla, Villacomaltitla,
Siltepec et Motozintla. Le Chiapas compte en tout 111 municipalités.
q Suite aux dénonciations
de détournement de l'aide au sinistrés du Chiapas, la présidente
(PAN) de la Commission Sénatoriale d'Aide Sociale Maria Elena Alvarez
de Vicencio a convoqué Esteban Moctezuma, ministre du Développement
Social, Juan Ramón de la Fuente, ministre de la Santé, et
le général Enrique Cervantes Aguirre, ministre de la Défense,
ainsi que le président de la Croix Rouge mexicaine.
q Les avocats des personnes
emprisonnées après l'intervention militaire de Taniperlas
ont déposé devant le juge une demande de remise en liberté
pour "évanouissement de preuves", les témoins de l'accusation
s'étant contredits dans leurs déclarations (cf. Ya Basta
précédent, 21 septembre). En effet, ils n'ont pas pu donner
les noms des personnes prétendument victimes de vol, pas plus qu'il
n'ont pu dire où se situaient les arbres qui auraient été
coupés (cf. Ya Basta n°66, 23 mai 98). Le juge doit donner une
réponse sous trois jours, et les avocats sont optimistes.
q Emilio Rabasa a déclaré
que les membres de la COCOPA avaient très bien reçu le plan
de détente du gouvernement (cf. la veille), et que pour résoudre
le conflit au Chiapas, il ne manquait plus que la volonté de l'EZLN.
Il s'est "étonné" du "mépris" de l'EZLN pour le processus
de dialogue. Mais il a aussi fait savoir que le plan de détente
n'était "pas soumis l'acceptation de la contrepartie", qu'il s'agissait
d' "une série de mesures, précisément destinées
à faire disparaître les points de tension dans la zone de
conflit". Autrement dit, pour cette question comme pour celle des accords
de San Andrés, le gouvernement "règle" les problèmes
unilatéralement et à sa convenance, et fait mine ensuite
de s'étonner que l'EZLN refuse de participer à ce jeu de
dupes.
25 septembre
q Dans un discours devant le
Sénat, Labastida Ochoa, ministre de l'Intérieur, a défendu
le projet gouvernemental de "loi indienne", et estimé qu'il était
"temps que le pouvoir législatif examine les différents projets
et se prononce". Le projet gouvernemental de "loi indienne" est ce projet
de loi proposé au printemps dernier par le gouvernement pour concurrencer
le projet élaboré par la COCOPA à partir des Accords
de San Andrés, afin de les intégrer à la Constitution
mexicaine. Dans un premier temps, le gouvernement avait avalisé
ce projet, avant de se rétracter, et de demander une renégociation
d'un certain nombre de points. Devant le refus de l'EZLN (qui avait accepté
le projet de la COCOPA), il a essayé de faire adopter par l'Assemblée
un projet concurrent, soulevant une polémique qui s'est poursuivie
pendant toute la session parlementaire de printemps. La voici donc qui
resurgit pour la session d'automne (sur le projet gouvernemental, cf. Ya
Basta n°45, 20 décembre 97, n°55, 28 février 98,
n°56, 2 mars et encadré, n°57, 16 et 18 mars, n°59,
encadré).
q José Efrain Rodríguez
García, dirigeant du Centre de Défense des Droits Humains
Sergio Mendez Arceo (Guerrero) et dirigeant local du PRD, a été
assassiné de 4 balles de 9 millimètres par trois individus
qui l'attendaient au coin d'une rue déserte.
26 septembre
q Selon Pablo Salazar Mendiguchía,
sénateur PRIiste et membre de la COCOPA, le conflit au Chiapas "est
déjà tombé dans la dynamique de la succession présidentielle
de l'an 2.000". Il estime que la paix ne pourra revenir "que s'il y a une
réelle volonté d'aller au fond des choses", et qu'il ne "voit
pas [que les deux parties aient] la volonté de résoudre rapidement
le conflit". Il parle d' "attitudes unilatérales et capricieuses
de l'EZLN et du gouvernement, alors que tous les deux doivent faire des
concessions", et dit qu'il craint le pourrissement de la situation, qui
pourrait "rééditer des épisodes comme ceux d'Acteal".
q Inondations : selon les chiffres
officiels, il reste à ce jour 16 lieux d'accueil d'urgence d'ouverts,
qui hébergent plus de 3.500 personnes.
q Les pluies continuent au
Chiapas, et ont provoqué de nouvelles inondations dans les municipalités
de Pijijiapan, Mapastepec, Escuintla et Huixtla. Deux nouveaux corps ont
été retrouvés. D'autre part, malgré les informations
officielles rassurantes, la situation est toujours difficile dans les régions
frappées par les inondations : les routes à moitié
réparées ne tiennent que quelques heures, et s'éboulent
à nouveau à cause des pluies, le ravitaillement en vivres
est toujours incertain, surtout dans les communautés de la Sierra.
Le recasement des personnes qui ont tout perdu est toujours à l'état
de projet, et la dengue et le choléra menacent dans les lieux d'accueil
d'urgence.
28 septembre
q L'organisation de la société
civile Las Abejas annonce son intention de boycotter le scrutin du 4 octobre
au Chiapas, parce que "les conditions minimales [pour réaliser les
élections] ne sont pas réunies". Dans un communiqué
de presse, elle assure que les menaces des groupes paramilitaires continuent,
que la justice n'a pas été faite dans l'affaire d'Acteal
(ce sont 45 des membres de cette organisation qui ont été
massacrés en décembre dernier à Acteal), et que l'armée
a pris position dans la majorité des villages de la municipalité
de Chenalhó : "il y a en ce moment au moins 20 campements, qui ne
servent à rien et ne font que menacer la population". Ils réclament
aussi l'application des Accords de San Andrés.
q D'après un article
paru dans Excelsior, les candidats aux élections n'ont pas pris
la peine de rendre visite aux communautés situés sur le territoire
des municipalités autonomes, et les villages tojolabales situés
le long des 100 km de route qui vont à la Realidad n'ont vu personne...
q En tournée en Espagne,
Abelardo Mendez, militant de La Voz de Cerro Hueco, a tenu une conférence
de presse à Barcelone, organisée par le comité de
solidarité de cette ville. Il a expliqué que les conditions
de détention à Cerro Hueco constituaient "une atteinte aux
droits humains", et que, la prison étant prévue pour 350
détenus, elle en compte aujourd'hui plus de mille. Il a aussi fait
savoir qu'il y a actuellement une centaine de prisonniers zapatistes, répartis
dans plusieurs centres pénitentiaires du Chiapas, mais que la majorité
sont détenus à Cerro Hueco.
q Tournée de trois jours
au Canada pour Emilio Rabasa Gamboa, à l'invitation du gouvernement
canadien. Le coordinateur gouvernemental pour le conflit au Chiapas y rencontrera
des fonctionnaires, des parlementaires et des organisations de la société
civile, pour leur parler de la situation au Chiapas, et surtout des "efforts
du gouvernement mexicain pour mettre fin au conflit de manière pacifique"
[vous aurez reconnu la version officielle, NdC]. Il rencontrera aussi des
parlementaires canadiens qui ont l'intention de se rendre au Chiapas en
tant qu'observateurs, à l'occasion de élections locales du
4 octobre.
q Rigoberta Menchú a
rencontré la direction nationale du PRD, pour évoquer les
projets de "loi indienne". Elle rencontrera aussi le PAN et le PRI sur
le sujet.
q Derniers chiffres officiels
sur les inondations : 185 morts et 89 disparus. Mais d'autres sources donnent
des bilans beaucoup plus lourds : on parle de 407 morts rien qu'à
Motozintla, et de 849 disparus dans tout l'état. Caritas parle de
plus de 500 morts au total, la Croix Rouge mexicaine de 400. Une des organisations
sociales les plus représentatives de la région, les Indiens
de la Sierra Madre de Motozintla, dit que "les témoignages de centaines
de personnes nous font penser qu'il y a plus de deux mille morts", chiffre
corroboré par un rapport non officiel, issu semble-t-il des services
du gouvernement du Chiapas. Il est très probable qu'on ne connaîtra
jamais le nombre exact de victimes, mais ce qui est sûr, c'est que
les chiffres officiels sont largement sous-estimés.
q La Commission Interaméricaine
des Droits Humains (qui dépend de l'Organisation des États
Américains) a rendu public un rapport de onze chapitres, aboutissement
d'un voyage d'observation réalisé en juillet 96. Elle y
dénonce "la spirale de la violence contre les dirigeants des organisations
sociales, souvent par le biais de l'action des "gardes blanches", groupes
armés bénéficiant du soutien ou de la bienveillance
des autorités de l'état" du Chiapas. Elle fait aussi état
de "récits et témoignages extrêmement graves et alarmants
sur la corruption, les abus et les violences commis dans les postes de
police du pays". Le ministère mexicain des affaires étrangères
a aussitôt répondu qu'il allait étudier avec soin ce
rapport, pour voir ce qui correspondait à des mesures déjà
prises par les autorités (puisque les faits relatés datent
de 96, la CIDH étant assez lente), et ce qui pouvait être
fait pour améliorer les garanties de respect des droits humains
dans le pays.
29 septembre
q Le président de l'ARIC-indépendante
(organisation paysanne indépendante assez radicale) dénonce
que l'armée mexicaine a augmenté depuis trois jours ses patrouilles
dans la zone des cols de Patihuitz, Betania et Aguazul (municipalité
d'Ocosingo), et qu'une centaine de soldats ont pénétré
dans des communautés habitées en majorité par des
sympathisants de l'EZLN, et y ont installé des barrages routiers.
"Nous sommes inquiets parce que la présence des militaires va faire
que beaucoup d'indiens de la zone ne vont pas aller voter le 4 octobre
prochain", dit-il. Il précise que les patrouilles les plus nombreuses
concernent la route de 200 kms qui relie le chef-lieu municipal Ocosingo
au village de San Quintín (situé tout près de La Realidad,
et où une nouvelle caserne - la plus importante de la Selva - a
été achevée récemment). D'après le responsable
(PRIiste) de l'ejido Sibaca et le candidat PRDiste à la mairie d'Ocosingo,
ce sont 200 véhicules militaires (camions de troupes et blindés
légers) qui ont pénétré dans la zone d'influence
zapatiste, officiellement pour surveiller le scrutin de dimanche prochain.
On apprend d'ailleurs que des troupes sont rassemblées à
San Cristóbal de las Casas, en prévision d'éventuelles
actions de l'EZLN. Ces mobilisations inquiètent fortement les populations
de la Selva, et certains ont préféré abandonner leur
maison, de crainte d'une reprise des hostilités entre l'armée
et l'EZLN.
q Le ministère de la
Défense dément l'arrivée de nouvelles troupes dans
la zone de la Selva, en disant qu'il s'agit seulement d'une relève
des troupes.
q L'Organisation Régionale
des Cultivateurs de café d'Ocosingo, l'ARIC-union de Uniones, et
la Coordination Nationale des Peuples Indiens, entre autres, demandent
au gouvernement fédéral un repositionnement de l'armée,
et le démantèlement des groupes paramilitaires.
q D'après Luis Francisco
Verra Segura, président du Conseil Municipal Électoral d'Ocosingo,
les militaires présents sur le terrain ne participeront pas aux
élections.
q Le juge a refusé la
libération des 4 de Taniperlas. On a pas plus de détails.
q Quatre parlementaires canadiens,
représentant les différents partis politiques du pays, vont
se rendre au Chiapas pour observer le déroulement des élections
du 4 octobre (cf. 28 septembre). Ils iront dans plusieurs endroits des
Altos, et à Tuxtla Gutiérrez, capitale de l'état.
q Après les inondations,
le plan "nouveau millénaire" (cf. Ya Basta précédent)
du gouvernement s'est donné pour objectif de reloger 8.637 familles.
Pour cela, il leur attribuera à chacune un lopin de 10 mètres
sur 12, et leur fournira des matériaux de construction pour la maison.
Un programme d'emplois temporaires est aussi prévu, pour déblayer
les zones affectées et reconstruire les maisons.
q Nouvelles pluies, et nouvelles
inondations, dans la région de Tuxtla Gutiérrez. Un mort,
deux disparus.
30 septembre
q Les habitants de San Juan
Chamula, traditionnellement PRIistes, menacent de boycotter les élections,
si le gouverneur n'accède pas à deux de leurs revendications
: la libération de quatre des leurs, emprisonnés à
Cerro Hueco pour homicide, vol et atteinte à la propriété,
et l'interdiction de construire d'autres temples évangéliques
sur la zone. Les conflits religieux sont très aigus à San
Juan Chamula ; ils datent de bien avant le conflit zapatiste, et mettent
principalement aux prises des catholiques traditionalistes et des évangélistes,
les premiers ayant expulsé une bonne partie des seconds il y a plusieurs
années. Les expulsés se sont réfugiés à
San Cristóbal.
q Inondations : Rien que dans
la municipalité de Motozintla, il reste encore 50 villages (soit
environ cinq mille familles) inaccessibles
par voie terrestre. Ils sont ravitaillés, quand les conditions météo
le permettent, par hélicoptère.
q Irma Serrano, sénatrice
du PRD, a dénoncé à la tribune du Sénat le
détournement de l'aide destinée aux sinistrés des
inondations : originaire du Chiapas, elle s'est mobilisée, et a
réussi à réunir 500 mille pesos, avec lesquels elle
a acheté des médicaments. Médicaments qu'elle a remis
à la Croix Rouge mexicaine, pour que celle-ci les amène,
par camion, à Motozintla. Problème : le camion et son chargement
se sont évaporés en chemin. "Je crois qu'on devrait enquêter
sur M. Barroso Chávez [l'inénarrable directeur de la Croix
Rouge mexicaine, cf. Ya Basta n°58, 22 mars 98], pour les détournements
qui ont eu lieu à la Croix Rouge", dit-elle.
2 octobre
q Dans un interview accordé
à La Cronica de Hoy, le député du Parti du Travail
et membre de la COCOPA José Luis López, actuel président
de cette commission, fait savoir que celle-ci s'est réunie la veille
pour voir comment réactiver ses activités, mais n'a pas réussi
à se mettre d'accord sur les moyens concrets à mettre en
oeuvre. D'autre part, plusieurs autres membres de la COCOPA, (PAN et PRD),
réaffirment leur mécontentement et leur inquiétude
devant le silence du président Zedillo sur le Chiapas, dans son
Rapport à la Nation du 1er septembre dernier.
q Alianza Cívica exprime
des doutes quant à la capacité réelle des élections
du 4 octobre d'être un facteur de détente au Chiapas, à
cause, dénonce-t-elle, du "manque de volonté" du gouvernement,
des partis politiques, des groupes paramilitaires et de l'EZLN. Elle met
aussi en garde contre le fait que le report des élections dans seulement
certains districts risque de poser des problèmes d'ordre législatif
et juridique, certains quorums risquant de ne pas être atteints.
q Le gouvernement des États-Unis
va donner 25.000 dollars à l'Institut Mexicain de Sécurité
Sociale, comme aide aux sinistrés du Chiapas.
3 octobre
q Publication d'un communiqué
zapatiste daté du 28 septembre, et adressé à "la digne
génération de 68", à l'occasion de la célébration
de l'anniversaire du massacre de la Place des Trois Cultures de Tlatelolco
(c'est à México) du 2 octobre 1968. Ce massacre, dont le
nombre de victimes est toujours inconnu, mais que les estimations les plus
basses chiffrent à au moins 200 morts, avait mis fin, dix jours
avant le début des jeux olympiques de Mexico, à un grand
mouvement de protestation, majoritairement étudiant, qui demandait
un assouplissement et une démocratisation du régime. Suite
à ce massacre, de nombreux jeunes ont rejoint les guérillas
des années 70. Dans son texte, Marcos dit : "68 est une fenêtre
par laquelle on peut voir et comprendre la confrontation ouverte qui existe
entre des façons différentes de faire de la politique, différentes
manières d'être humain. Le mouvement de 68 a marqué
l'histoire de ce pays de manière définitive. Deux pays se
sont alors affrontés : celui construit sur la base de l'autoritarisme,
l'intolérance, la répression et l'exploitation les plus brutales
; et celui qui voulait et veut se construire sur la base de la démocratie,
de l'inclusion, de la liberté et de la justice. (...) En haut, le
Mexique des puissants (...). Le Mexique du PRI et des militaires. Le Mexique
de la violence et du mensonge. (...) En bas, le Mexique de 68. (...) Le
Mexique de ceux qui ont continué, et continuent d'exiger, de lutter,
de s'organiser, de résister. Le Mexique de ceux qui n'ont pas regardé
passer les années avec amertume, de ceux qui se sont levés
et sont retombés. Qui se sont levés à nouveau, et
se relèveront chaque fois. (...) 1968 - 1998. Il est temps d'exiger
de connaître toute la vérité, pour que les crimes d'hier
et d'aujourd'hui ne restent pas impunis. 1968 - 1998. Hier comme aujourd'hui,
le mensonge venait d'en haut, pour dissimuler la réalité.
Hier comme aujourd'hui, la vérité venait d'en bas, pour montrer
la réalité. (...) 1968 - 1998. La réalité des
morts et des vivants se souvenant, et cultivant la mémoire. La réalité
de la lutte qui continue. La réalité du lendemain qui s'annonce,
du lendemain qui viendra... Allez, salut, et n'oubliez pas : 30 ans après...
la lutte continue. Depuis les montagnes du sud-est Mexicain...".
q De source officielle, 7.000
soldats supplémentaires ont été envoyés dans
les régions de la Selva et des Altos, pour "veiller au bon déroulement
des élections". Depuis plusieurs jours, même s'il n'y a eu
aucune déclaration officielle de l'EZLN en ce sens, différents
articles de presse estiment que les sympathisants zapatistes ne voteront
pas "puisqu'ils ont déjà leurs autorités" (avec les
municipalités autonomes), et qu'il pourrait même y avoir des
incidents, comme lors des élections de l'année dernière,
où les habitants des communautés zapatistes avaient empêché
l'installation des bureaux de vote dans leurs villages, et en avaient brûlé
un certain nombre, en signe de protestation contre des élections
qu'ils estimaient se tenir dans des conditions inacceptables (cf. Ya Basta
n°26, 5, 6 et 7 juillet, et encadré).
q Dans un bref communiqué
daté du 1er octobre, l'EZLN annonce qu'elle ne réalisera
aucune action qui pourrait perturber les élections au Chiapas (cf.
encadré).
q Le PRD et Alianza Cívica
ont réagi positivement à cette annonce, mais ont réaffirmé
qu'en de nombreux endroits, comme Ocosingo, Chenalhó, Las Margaritas,
Yajalón, Chilón, Tumbalá et Huithuipan, les conditions
élémentaires n'étaient pas réunies pour le
vote. Ils ont aussi dénoncé que, en plus des 335 véhicules
militaires (blindés légers et camions de transports de troupes),
qui ont pénétré dans la région de San Quintín,
à cent kilomètres à l'intérieur de la zone
d'influence zapatiste, entre le 25 et le 28 septembre, 93 autres véhicules
militaires étaient entrés du côté de Las Margaritas
en direction de Guadalupe Tepeyac, situé à 10 km de la Realidad
[en clair : le village de La Realidad est cerné]. Par leurs votes,
disent-ils, les soldats vont influencer de manière décisive
les résultats dans certaines municipalités.
q La question de savoir si
les soldats vont ou non voter dans les zones qu'ils occupent n'étant
pas claire (cf. 29 septembre), La Jornada en a interviewés quelques-uns,
qui tenaient des barrages militaires dans les municipalités de El
Bosque, Chenalhó, San Andrés, Simojovel et Pantelhó.
Tous disent qu'ils vont voter, un seul, sur le barrage de San Cayetano
(municipalité de El Bosque), émet des doutes : "ils nous
ont dit qu'on pourrait voter, mais on ne sait pas s'il vont nous laisser".
Rappelons qu'il y a actuellement au Chiapas (renforts de troupes venues
surveiller les élections compris), entre 60 et 70 mille soldats
déployés dans les régions de la Selva, du Nord, et
des Altos (chiffres fournis par les ONGs).
q La direction du PRD du Chiapas
dénonce que le gouvernement local a donné des instructions
aux fonctionnaires pour qu'ils votent PRI, en leur demandant de se rendre
aux urnes à une heure bien précise [pour pouvoir vérifier,
apparemment].
q Le gouvernement du Chiapas
essaye de négocier avec les indiens de San Juan Chamula (30.000
électeurs traditionnellement acquis au PRI), pour qu'ils reviennent
sur leur menace de boycott (cf. 30 septembre). Il offre de réexaminer
les cas des indiens emprisonnés, mais refuse pour l'instant de les
libérer.
q Les pluies ont baissé
d'intensité, mais dans les régions frappées par les
inondations, des dizaines de villages sont toujours isolés. La voie
ferrée entre Villa Comaltitlan et Pijijiapan n'est toujours pas
remise en service.
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