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table n° 3
 

Toutes les cultures sont pour tous, et les moyens ? Des fresques au cyber-espace

Présentation


@ Des hommes et des femmes du monde entier sont venus à Morelia appelés par l'espoir.
Après un voyage d'Oventic à Aguascalientes IV se sont ouvertes les activités de la Table 3 : "Toutes les cultures pour tous" ; elle regroupait environ quatre cents participants de vingt-et-un pays du monde dont les commandants de l'EZLN : Zebedeo, Magdalena, Salvador, Elisabeth, Carlos, Emelina, Ismael, Yesenia, Eliseo et Alejandro.
Sur la joyeuse musique de "Porque esto ya comenzo y nadie lo va a parar" ("Parce que ceci a commencé et personne ne l'arrêtera"), le commandant Zebedeo a pris la parole pour inaugurer les travaux. La coordination de la table a remercié l'EZLN d'avoir redonné espoir à un monde qui l'avait perdu, et d'avoir pu réaliser cette rencontre dont la valeur éthique, morale et en tant qu'alternative de résistance et de construction d'un monde meilleur est aujourd'hui inestimable. On a remercié aussi la communauté de Morelia pour son hospitalité et la construction des belles installations de Aguascalientes IV, sachant qu'ils ont cédé pour cela une partie de leurs terres cultivables. Tous ceux qui sont venus des endroits les plus éloignés pour se retrouver avec de nouveaux frères ont également été remerciés et les indications ont été fournies pour que les rapporteurs se répartissent sur les différents thèmes et que commence le travail.
Une des caractéristiques de cette table a été la présence d'artistes et de travailleurs de la culture, dont certains ont présenté leur rapport sous forme de pièce de théâtre ou de poème. Il y avait aussi bien des jongleurs que des groupes de musique classique, des troupes de théâtre de différents pays, des chanteurs, des ensembles de musiques régionales du Mexique, des poètes, des peintres, des groupes d'improvisation, ainsi que de nombreux invités qui, spontanément leur ont emboîté le pas, sans oublier les nombreux groupes de Morelia même. La coordination des activités artistiques a organisé la présentation de tous ces groupes parallèlement dans la communauté et à Aguascalientes, de façon à ce que tous puissent intervenir sans interférer sur le travail. Des activités artistiques ont ainsi été organisées le matin avec des enfants de la communauté de Morelia, et l'après-midi avec l'ensemble de la communauté. A Aguascalientes, différents marathons ont eu lieu à partir de neuf heures du soir, et parfois pendant la journée. Après les présentations, on a dansé toutes les nuits jusqu'au petit matin. Une exposition des peintures a également été installée sur les murs de l'auditorium et plusieurs vidéos ont été diffusées.
Les activités artistiques ont contribué à créer une ambiance ludique détendue et fraternelle, qui a aidé à la réalisation du travail et à l'établissement de bonnes relations entre tous les participants. Elles ont également permis aux participants à la Rencontre, d'établir des liens avec les habitants de la communauté de Morelia qui, heureux des spectacles présentés à la communauté, venaient le soir aux marathons de Aguascalientes où leurs groupes se produisaient et où nous finissions tous par danser.
La répartition des participants sur les différents thèmes a été hétérogène. Alors que les thèmes "Communication", "Art", "Éducation et science", onr réuni une centaine de participants, celui de "Cultures diverses" n'en a attiré que trente deux. Dans chaque groupe, tout le monde est intervenu, et les participants des différents groupes ont eu l'occasion de s'écouter et, dans certains cas, de commenter les autres interventions. Les conclusions de chaque thème ont été élaborées collectivement par les participants avec l'idée – qui a prévalu au cours de la Rencontre – que la majeure partie du travail devait être le fruit d'un effort collectif.
D'une façon générale, les interventions orales des participants ont été plus riches que les rapports reçus. Ces interventions ont montré la variété des expériences accumulées pendant des semaines de travail par de nombreux groupes, et différents aspects de leur lutte de résistance dans leurs propres pays. Près d'un tiers des participants provenait d'organisations internationales de solidarité avec le Chiapas et le mouvement zapatiste. Ajoutons les Mexicains qui représentaient les Comités civils de dialogue et d'autres formes de solidarité avec le zapatisme, soit environ dix pour cent supplémentaires. A peu près cinq pour cent venaient d'universités et de centres d'études ou de recherche, et autant ne représentaient aucun groupe ; il y a eu aussi quelques syndicalistes. Les autres participants appartenaient à différentes organisations politiques d'opposition ou à des médias de différents pays qui, bien que proches du zapatisme, ne sont pas nés du mouvement international engendré par l'EZLN. Cette répartition semble montrer la portée significative du zapatisme sur des secteurs qui, auparavant, n'avaient pas été organisés.
La plupart des personnes présentes (plus de soixante quinze pour cent) n'a pas présenté d'exposé. Parmi tous les participants aux tables, il n'y a eu que quelque quatre-vingts rapports, dont seuls soixante-quatre ont été lus parce que leurs auteurs n'étaient pas présents à l'événement ou n'ont pas participé au thème sur lequel portait leur document. Vingt-deux rapports sur le thème "Moyens de communication" ont été commentés, vingt-quatre sur celui d'"Éducation et science à visage humain", et seize sur le thème de l'"Art". A la table portant sur "Cultures diverses", trois rapports ont été lus mais l'activité principale a été un fort intéressant débat sur les différents thèmes culturels proposés par les personnes présentes. Sur le thème de la "Communication" et celui de l'"Art", les rapports émanaient de plusieurs pays du monde (principalement Espagne, Allemagne, France, Italie, Mexique et États-Unis), alors que, pour celui portant sur "Éducation et science", quatre-vingt pour cent des participants étaient mexicains.
Dans les groupes, l'influence du néolibéralisme sur les différents champs de l'activité humaine a été analysée et des alternatives ont été proposées pour essayer de contrecarrer ses effets. Chacune des tables s'attachait à ce que, conformément à la philosophie zapatiste, les propositions issues de cette Rencontre n'aient ni une définition zapatiste ni aucune autre définition. Ainsi, en refusant l'esprit d'avant-garde et le sectarisme, toutes les propositions avaient la même place, à la seule condition de rechercher un monde plus humain.
Après trois jours de travail sur les quatre thèmes, les participants et la commission d'organisation ont préparé les documents sur les exposés et les conclusions des propositions et des débats. Les propositions de chaque table ont été lues en assemblée plénière, ce qui donna lieu à quelques modifications et annexes, pour que les documents soient approuvés par tous.
L'assemblée plénière s'est déroulée dans l'ambiance de solidarité et de joie que la confrontation d'expériences, le travail et les manifestations artistiques avaient créée. On a remercié les commandants de l'EZLN pour leurs discours et le temps passé avec nous, et la communauté pour l'attention portée, la nourriture délicieuse, la musique, la présence des enfants, garçons et filles, des hommes et des femmes, jusqu'à la surveillance de la propreté des toilettes et aux pierres placées pour éviter les bourbiers. Le travail des artistes, de la commission d'organisation et des participants aux tables s'est caractérisé par la bonne volonté et la souplesse avec lesquelles ont été résolus les problèmes qui surgissent inévitablement au cours d'un événement si riche et si divers. Le commandant Zebedeo a lu quelques mots de conclusion et les presque six cents personnes de l'assemblée ont entonné l'hymne zapatiste.
On trouvera en annexe les conclusions sur chaque thème, qui ne sont que le début d'un processus de rencontre où l'essentiel n'est pas qu'une idée ait prévalu ou que les conceptions soient nouvelles ou dépassées, mais que toutes les voix – aussi distinctes soient-elles – aient pu se faire entendre. Dans cet esprit, nous présentons d'avance nos excuses si nous nous n'avons pas su recueillir fidèlement toutes les voix, et espérons apprendre à le faire mieux pour collaborer à la construction du chemin de l'acceptation, du respect, de la tolérance et de la solidarité que tous nous voulons et dont nous avons besoin.

Commentaires sur les activités artistiques
L'expérience que nous avons vécue les 29, 30 et 31 juillet 1996 à la Table de Culture, à Aguascalientes IV, Morelia et l'organisation des activités artistiques pendant cette foisonnante Rencontre – ainsi que les journées de pluie qui formaient des chemins boueux emplis de boue, de rires, d'orthoptères, de jungle, d'odeur de bois, de pleurs et d'avions militaires – ont créé en nous le besoin de faire savoir ce qui a été réalisé en si peu de temps. Le temps existait-il d'ailleurs ?
Nous n'étions pas aussi préparés que certains camarades belges et français qui prenaient des médicaments contre la malaria, ou que la joyeuse Isabel Escudero, professeur de psychodidactique et de communication à l'Université nationale d'enseignement à distance de Madrid, et surtout poète – et quel poète ! – qui portait un authentique costume de safari et un appareil spécial contre les morsures de serpents (qui, bien sûr, ne fut pas nécessaire), ou que la camarade de campement des États-Unis à qui toutes disaient qu'elle ressemblait à la reine d'Afrique avec son équipement miniature intégrant moustiquaire et le reste. La narratrice a eu froid – mais s'est réchauffée en dansant – et n'a utilisé qu'une fois l'insecticide anti-moustiques, sans savoir que l'attaque ne viendrait pas d'eux, mais de la quantité d'artistes, qui, venant pour la plupart pour la première fois au Mexique, arrivaient directement à la Rencontre en zone zapatiste. Point de départ de la découverte du Mexique.
En comptant les enfants et les adultes de la communauté de Morelia, et environ six cents personnes à Aguascalientes IV, plus de soixante quinze groupes d'artistes ont défilé : artistes de la communautés, artistes plasticiens, cybernétistes, vidéastes, photographes, etc.
Les artistes plasticiens étaient bien chargés ! Ils avaient des xérographies, des huiles, des aquarelles, des encres, des dessins, des couvertures, des projets de peintures murales, des sculptures. Aïe ! Tous ensemble, ils ont organisé l'espace dont ils avaient besoin et ils ont installé leurs œuvres près des dessins des enfants de la communauté, les protégeant de joie naturelle de la pluie, dans le grand auditorium construit spécialement, tout en bois, par la communauté. Là s'est réfugié le monde des inclémences de la météo.
Une exposition d'infographie a attiré mon attention, où "la photographie n'est pas une fin en soi, mais un élément de plus qui forme l'ensemble" (Jorge Juan, Malaga).
Tous les participants n'ont pas amené leurs œuvres. Au cours d'une discussion avec un Français, je restais sans voix rien qu'à penser à ce qui serait advenu s'il avait apporté ses installations ; je m'en souviens bien, peintre installationniste qui ne parlait pas espagnol et qui passait toute la journée en contemplation devant la nature et son spectacle, il disait que ça lui suffisait. A la fin, le rouge aux joues, il a commencé à balbutier ses premiers mots d'espagnol ; ou était-ce du tzeltal ?
Parmi les poètes, jongleurs, acteurs, chanteurs et musiciens qui ont porté les violons, guitares, marimbas, flûtes, percussions, vestiaires, décors de scène, etc... nous avons eu le plaisir d'avoir des artistes d'Allemagne, d'Espagne, de France, de Belgique, du Pérou, des États-Unis, de Porto Rico, d'Italie, du Japon, d'Irlande, du Mexique, du Brésil, du Costa Rica, et avec eux, avec les enfants, les jeunes et les adultes de la communauté, nous finissions la journée en dansant, pour nous réveiller et constater que nous avions encore la même volonté et la même espérance.
Nous remercions les artistes de la communauté (enfants et adultes) qui ont chanté et dansé avec nous pour la joie que nous a apportée de nous avoir égayés par leur infatigable et savoureux groupe musical. Nous voulons également signaler que deux chansons ont été composées sur la Rencontre, par le groupe espagnol Canarias et le groupe musical de la communauté de Morelia. A la fin de chaque journée de la Rencontre, nous avons chanté et dansé tous ensemble.
Pour l'élaboration des documents rapportant les conclusions sur chaque thème, une procédure aussi démocratique que possible a été suivie afin que de refléter le plus fidèlement possible le sentiment collectif et de recueillir toutes les voix et propositions. Sur certains thèmes, les rapporteurs ainsi que, parfois, le médiateur ont élaboré un document de synthèse qui a fait l'objet de discussions et de corrections par l'ensemble des participants à chaque thème. Sur d'autres thèmes, quelques participants se sont réunis pour élaborer les conclusions, qui ont été lues au cours de l'assemblée plénière de Morelia, où des modifications et des ajouts ont été apportés.