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D. De la diversité des cultures à la société du spectacle |
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Trente deux délégués de France, d'Italie, d'Allemagne, des États-Unis et du Mexique ont débattu sur ce thème. La plupart sont des travailleurs du secteur culturel et participent à des mouvements sociaux, même s'ils revendiquent haut et fort leur individualisme radical. Il y avait des acteurs, des étudiants, des poètes, des clowns, des écrivains et des chercheurs. Ce rapport est le fruit d'un effort collectif et le consensus de tous les participants à cette table. Préambule Premièrement, précisons que, dans le titre du thème : "De la diversité des cultures à la société du spectacle" nous avons substitué "les cultures" au terme "la Culture" pour faire un pied-de-nez aux positions hiérarchiques, centralistes, hégémoniques que peut impliquer le terme "Culture" au singulier et avec une majuscules. À cette table, nous avons essayé d'aborder les différents thèmes au sens large, sans donner dans la simplification. La taille réduite du groupe a permis de les aborder avec une certaine liberté, en laissant apparaître une foule d'aspects, de positions et d'opinions. Nous avons donc pu constater cette diversité, ainsi que la difficulté d'en faire la synthèse en un temps et dans un espace réduits. Introduction Pour aborder le thème des cultures et de la société du spectacle, nous sommes partis de la culture telle qu'elle a été définie à la table des "droits indigènes" du dialogue de San Andrés Sacamch'en de los Pobres : "La culture est ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, ce qui se voit et ce qui ne se voit pas. C'est une façon d'être, de vivre et de cohabiter, le produit de nos rapports avec la nature et les autres hommes et femmes. Elle s'exprime dans les fêtes, les bals, la nourriture, la musique, l'art, les vêtements, les usines, la langue. Mais ce n'est pas uniquement cela, c'est tout le sens de la vie." C'est à dire que ce n'est pas uniquement le folklore, ni seulement l'art. Nous avons souligné pendant la discussion les relations de la culture avec le quotidien, avec les pratiques et les représentations que les différents individus se font d'eux mêmes et des autres. Les frontières de la culture sont des barrières mais ont aussi des portes : ce sont des espaces d'interrelations, de relations temporelles, des espaces virtuels et des espaces physiques. Les cultures sont des modes de vie. Les cultures et la société du spectacle Néolibéralisme et cultures. Nous savons que le néolibéralisme est la forme avancée et globalisatrice qu'adopte le capitalisme. La relation du spectacle avec le néolibéralisme s'exprime comme "le capital a un tel degré d'accumulation qu'il en arrive à être une image". À tout soumettre aux lois du marché, on commercialise non seulement les objets mais également les personnes, les relations humaines et leurs cultures en les rendant exotiques et stéréotypées, en convertissant tout en produit de consommation. Le néolibéralisme tend à uniformiser même la diversité. Par contre, simultanément, il divise les personnes. L'exemple en est l'exacerbation du nationalisme qui peut nous conduire à la guerre comme en ex-Yougoslavie. Le capitalisme néolibéral s'est caractérisé aussi par sa déprédation en convertissant la nature en un banal produit de consommation. Dans la société du spectacle, la capacité d'étonnement et de critique se voit menacée par le contrôle du désir de voir, qui est alimenté par un marché audiovisuel impitoyable. Tous et tout font partie du spectacle, parfois involontairement ou sournoisement ; c'est le cas de la vie politique institutionnelle (les débats politiques deviennent spectacles) et de la guerre (la guerre du Golfe). La violence et l'intimidation deviennent triviales. Traditionnelles, populaires, modernistes et de masse : les sous cultures La tradition et le modernisme ne sont pas seulement opposés : le mélange de leurs éléments peut servir à créer de nouvelles propositions (l'EZLN est le cas le plus flagrant). Une tradition, c'est quelque chose qui continue d'être actif et de vivre au présent. On peut sauvegarder une tradition par décision interne. "Une véritable tradition n'est pas le témoignage d'un passé écoulé : c'est une force vivante qui anime et informe le présent", disait Stravinski. Les sociétés traditionnelles et la société moderne ont des formes parfois équivalentes. Le nomadisme d'aujourd'hui, des néohippies et autres groupes marginaux et d'auto-exclusion de la société actuelle, s'assimile aux tribus nomades et aux gitans. Les médias s'approprient ce qui est populaire, le récupèrent et le reconditionnent en marchandise, tout en marginalisant les éléments qui ne lui sont pas utiles. Néanmoins, nous ne devons pas voir la communication de masse comme un espace d'aliénation, car les éléments qui nous sont présentés sont également récupérés par la culture, qui leur donne une nouvelle signification. Le politique et la culture La politique fait partie de la culture et les deux ne sont pas divisibles. Les positions politiques sont donc culturelles. Le néolibéralisme, comme partie intégrante de notre culture, se trouve personnalisé dans chacun des êtres qui la compose, y compris nous-mêmes. C'est pourquoi on ne peut pas réduire les questions politiques à des pratiques électorales ou militantes. Par exemple, certains groupes de théâtre se disent apolitiques, et présentent des époques et des lieux différents ; leur participation politique ne correspond pas à un rythme de changement ou une évolution rapide. Ce n'est par pour cela qu'il faut les croire hors des processus politiques. La progression des différents groupes sociaux n'a pas non plus à se faire de façon homogène vers un même endroit, ni avec les mêmes désirs. Partant de l'idée que la politique fait partie de l'intériorisation de la culture, les changements politiques doivent venir de l'intérieur même des individus, des collectivités et de leur quotidien, et pas uniquement des structures et des institutions politiques. La personne dans la culture Les rapports entre intellectuels sont menacés par un double danger. D'un côté, le fait de concevoir l'autre comme un autre soi-même implique sa négation. Au contraire, si on le conçoit comme totalement différent, cela confine à l'exotisme et engendre des sentiments de haine, de racisme, de xénophobie, d'homophobie, de nationalisme, etc. La résistance et les changements s'opposent non seulement à une menace du pouvoir extérieur, mais également aux formes intérieures de ce pouvoir. Il faut éviter la construction manichéenne d'un ennemi parfaitement défini et complètement extérieur à nous-mêmes. Un des facteurs fondamentaux de la défense et de la pluralité des droits culturels est la revendication de la dignité. Culture et médias Les médias font de certains aspects de la culture (folklore, art) une marchandise, les éloignant des personnes qui les produisent. Par contre, les médias ne sont pas seulement des instruments d'éloignement, car il sont aussi les médiateurs culturels incorporés par la culture populaire. La réalité sociale se construit dans les médias. Nous avons parlé de l'utilisation des médias d'une façon flexible et contextuelle. Il faut utiliser les médias et non l'inverse. Nous proposons de créer de nouveaux médias, ainsi que des stratégies efficaces pour éviter la neutralisation ou l'annulation de certains discours ou pratiques de mouvements ou groupes alternatifs. Formes et espaces de résistance culturelle Les formes de résistance culturelle se manifestent dans des réseaux et des espaces du quotidien, dans la fête du quartier, sur internet, dans les espaces physiques libres, symboliques. Elles se manifestent non seulement par des actions, mais également dans des attitudes de résistance, de reconnaissance et d'appropriation. Elles créent aussi des espaces d'interaction et de réaffirmation de son identité. De même, le thème de la marginalisation et de l'automarginalisation en opposition à l'intégration a été abordé. Il a été fait remarquer que nous sommes intégrés dans une culture néolibérale que nous ne pouvons ignorer, mais qu'il existe également des mouvements alternatifs qui font des propositions. Si nous sommes partie intégrante de la culture néolibérale, la lutte se fait également contre nous-mêmes. L'EZLN, la diversité culturelle et la société du spectacle La table a exprimé ses remerciements d'avoir eu l'occasion de participer à cette Première Rencontre pour l'humanité et contre le néolibéralisme ; c'est un événement qui montre la créativité culturelle de la résistance et qui reflète en partie le monde que nous voulons. Il a été considéré que plus qu'une idéologie, le zapatisme est un projet qui rend possible la convergence vers un monde meilleur sans marginalisation et intégrant les diversités culturelles, puisqu'il n'appelle pas à un mouvement mais à une multitude de mouvements : "Chacun a son propre revers de la médaille". Il incorpore l'humour, le ludique et le poétique à sa lutte politique et l'antimilitarisme à sa pratique militaire. L'usage que l'EZLN fait des médias est un exemple de lutte créative. PROPOSITIONS ET POSITIONS - Affirmer nos différences pour rechercher nos coïncidences : la convergence. - La lutte est au quotidien et dans l'intimité, c'est-à)dire en nous. - Cesser d'être des spectateurs pour nous convertir en acteurs sociaux. - Le zapatisme n'est pas une idéologie mais un projet imaginatif et poétique en constante construction. - Plaider pour la fin des conflits par la non-violence. - La réalité sociale est si complexe que nous ne pouvons tomber dans le réductionnisme. - Nous reconnaître dans l'autre comme une partie de nous-mêmes. - La culture doit être l'expression d'un être digne. Il ne faut pas permettre qu'elle soit convertie en objet. - Revendiquer le ludique et le sensible. - Le néolibéralisme absorbe les expressions contestataires et rend ainsi nécessaire la perpétuelle réinvention de celles-ci. - Ouvrir, prendre ou libérer les espaces de tous types, pour la libre manifestation culturelle, artistique, politique, éducative, sanitaire, etc. - Créer un réseau alternatif pour la distribution et l'échange des matériaux culturels produits dans les différents endroits. - Étendre les mécanismes d'échange d'information alternative face aux monopoles des médias de masse. - Pour que tous ces points ne restent pas vaine spéculation, il faudrait que nous travaillions à un changement d'attitude qui nous conduise à nous reconnaître entre tous comme des êtres humains égaux. - Mouvements de solidarité, convergences à partir des différences, assumer que nous sommes différents et à partir de nos différences construire des attitudes qui ne soient ni sexistes ni racistes. |
