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Qu'est-ce qu'une société qui n'est pas une société civile ? |
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Nous les désorganisés, nous avons discuté de choses que la politique avait oubliées. Pendant quatre jours, nous nous sommes réunis à Oventic, représentants d'ONG, syndicats, organisations sociales, maîtresses de maison, chômeurs et chômeuses, artistes, migrants, homosexuels, lesbiennes, académiciens, scientifiques, et beaucoup d'autres, certains encore non classés ; mais tous nous ressentant comme partie intégrante de ce que nous appelons la société civile. Bien que nous soyons toujours incapables de définir ce qu'est la société civile et de dresser la liste de ceux et celles qui la composent, aucun d'entre nous ne s'est senti relégué, marginalisé ou exclu. Chacun d'entre nous a plutôt cherché de quelle façon il ou elle pouvait participer, avec ce qui fait sa différence mais qui lui permet de créer un espace commun avec les autres : l'espace de la société civile.
Nous avons beaucoup parlé d'une société nouvelle et nous avons essayé de lui donner un nom, mais nous n'avons pas trouvé les mots. Comment nommer quelque chose à l'état de germe, qui n'existe pas encore, qui surgit de ces terres du sud-est mexicain mais qui est encore fragile et reste menacé ? Dans ce contexte, nous nous sommes réunis pour partager nos luttes contre l'exclusion, en cherchant à identifier – au milieu de nouvelles expériences et d'antiques traditions – des formes alternatives aux tendances dominantes d'organisation de nos sociétés. En tant que société civile internationale, nous devons inventer nos propres formes d'organisation, nos symboles ; nous devons mener à bien des actions conjointes car, isolées, elles n'ont pas autant de force. Nous avons besoin d'un symbole commun qui nous unisse dans notre diversité, qui nous donne une identité : une bannière de l'espérance. Pour organiser le débat, nous nous sommes répartis des sujets, des thèmes de discussions qui se retrouvent dans notre vie quotidienne et déterminent notre qualité de vie. Dans la discussion, nous sommes passés du général aux problèmes spécifiques auxquels se confrontent divers secteurs. Nous avons essayé d'identifier quels étaient les plus grands impacts du néolibéralisme sur nos vies, et de comprendre comment nous organiser pour affronter ces impacts, quelles alternatives ou manières d'agir nous proposions pour globaliser nos luttes particulières afin de les convertir en une lutte conjointe. Les pages qui suivent présentent les conclusions résumées des débats. Elles ne regroupent pas tous les thèmes importants et ne représentent pas non plus tous les points de vue exprimés ; en réalité, elles reflètent combien il a été difficile de nous réunir pour la première fois, d'apprendre à écouter et à être écoutés. Nous reconnaissons ne pas avoir traité de façon satisfaisante de nombreux thèmes et problèmes fondamentaux. Des crises mondiales aussi graves que celle de la faim n'ont pas été discutées ; des voix aussi importantes que celles des femmes pauvres et citadines des pays les moins développés n'ont pas été suffisamment représentées. En ce qui concerne d'autres thèmes qui, eux, ont été abordés, nous n'avons pas abouti à des conclusions satisfaisantes pour tous et toutes. Mais proposer des solutions définitives pour chaque problème et chaque conflit n'était pas le but de l'exercice. Venus de secteurs très divers de la société, nous nous sommes proposés de nous asseoir ensemble, et nous avons réussi ; nous nous sommes rendu compte que nos luttes avaient beaucoup en commun et qu'elles ne devaient plus jamais être isolées, mais que nous devions plutôt élaborer une stratégie conjointe contre un ennemi commun. La diversité, la complexité, et même les contradictions présentes à cette Rencontre, montrent notre désir de soutenir et de créer des espaces ouverts à tous et à toutes, pour une rencontre continue, pour le débat et les différences. Malgré la diversité des expériences, des perspectives et des propositions, ce qui nous a le plus étonnés a été le grand nombre de nos points communs ; surtout le désir de pouvoir vivre en paix et dans la dignité, et notre disposition à travailler ensemble à ce qui promet d'être une lutte ardue jusqu'à cet objectif, qui se profile à grande échelle, tel un horizon chaque jour moins distant. |
