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B. Femmes et société civile exclue |
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Homosexuels, séropositifs, toxicomanes, vieillards et enfants La discussion du thème des femmes face au néolibéralisme a été divisée en quatre sujets : le féminisme, les femmes indigènes, les lesbiennes et homosexuels, et la santé. Dans cette table, nous nous sommes proposés de ne pas qualifier le terme de néolibéralisme ni de chercher ses définitions, mais plutôt de garder les questions ouvertes. Voici certains des principaux points deconsensus : Le patriarcat est le fondement du néolibéralisme ; ses effets sont la négation de la démocratie et l'exclusion de grands secteurs de la société : indigènes, jeunes, lesbiennes et homosexuels, indigents, malades, handicapés, filles et garçons abandonnés à leur sort, anciens et anciennes, migrants et migrantes. D'autres fondements du néolibéralisme sont le concept de liberté compris comme la libre concurrence ; la domination des minorités qui contrôlent l'économie et la politique, et cherchent à asservir les majorités par l'emploi parfaitement étudié de la marginalisation, la discrimination et l'exclusion ; l'homogénéisation des individus ; l'uniformisation massive des consciences pour entraver les capacités individuelles de réfléchir, de se développer et d'espérer – qualités humaines qui permettent l'organisation en vue d'objectifs communs tels que la paix, la justice, la liberté, ou le bonheur. La fragmentation, la confiance dans le marché et dans la productivité sauvage au moindre coût sont aussi des bases néolibérales. La logique de ce système est une logique de mort. L'unique diversité à laquelle il accorde de l'importance est celle des produits. "Déshumaniser" est sa consigne. Le zapatisme est son exacte antithèse ; en effet, le "Tout pour tous, rien pour nous" s'affronte directement à la thèse centrale du néolibéralisme : "Rien pour tous, tout pour nous". Les femmes face au néolibéralisme La situation des femmes entre dans un schéma très complexe car on ne peut parler d'elles comme d'un groupe ou d'un secteur. Elles constituent plus de la moitié de la population mondiale et sont présentes dans tous les groupes humains. Parler des problèmes des femmes équivaut à parler des problèmes du monde entier, mais dans une perspective de rapports sociaux entre les sexes. La soumission des femmes sert les intérêts des gouvernements. Voici les maillons de la chaîne de domination du système néolibéral détachés par les femmes : • la famille patriarcale : elle empêche la construction de structures sociales plus communautaires et diverses, • le concept de nation vue comme une grande famille, • l'entretien par les États de la production d'armes, la répression, le contrôle, les guerres, • l'argent, • les rôles traditionnels enferment les femmes et les hommes dans des lignes de conduites prédéterminées à tous les niveaux et entravent les femmes dans leur développement professionnel et intellectuel, ou dans leur vie affective en leur imposant l'hétérosexualité. • l'égalité n'a pas été obtenue dans les pays les plus industrialisés. • un des cas les plus difficiles est celui des femmes migrantes. Dans de nombreux pays d'Europe, leur statut légal dépend du mariage. • la violence sexiste est promue dans les médias. En analysant la manière dont le néolibéralisme atteint les femmes, c'est à dire comment les politiques néolibérales affectent leurs conditions de vie, on ne peut éviter de considérer le travail reproductif qui leur est imposé. De fait, leur accès au travail productif implique une double charge de travail : elles doivent continuer d'accomplir seules leur travail reproductif non rémunéré, en plus du travail productif. La politique de réduction budgétaire qui touche les services sociaux affecte particulièrement les femmes, dont la journée de travail est beaucoup plus longue à cause de la charge de travail qui, une fois de plus, retombe sur elles. Or, la nouvelle organisation du travail impose aux travailleurs des deux sexes une disponibilité maximale en temps et en énergie. En ce qui concerne les femmes mexicaines, la discrimination et la marginalité qu'elles subissent est alarmante, et principalement pour les femmes indigènes ou celles qui vivent avec de faibles revenus. Bien que le mouvement féministe mexicain ait remporté des victoires concernant leurs propositions sur les rapports sociaux entre les sexes, les femmes ne sont pas encore parvenues à accéder aux centres de décisions. Dans les organisations démocratiques, la plupart du temps, on leur met des obstacles ou on réduit leur action à des travaux de base. Au Mexique et dans toute l'Amérique Latine, de par le fort enracinement de la tradition familiale patriarcale, les Mexicaines vivent quotidiennement la violence intra-familiale, la violence dans les rues ou au travail. Le harcèlement sexuel reste un problème grave. Par conséquent, elles ne jouissent pas des mêmes opportunités de travail et d'éducation, et ne reçoivent pas toujours le même salaire que les hommes pour le même emploi. Le zapatisme coïncide avec certains points des thèses féministes dans la mesure où il propose une nouvelle éthique du pouvoir : un pouvoir non patriarcal, un pouvoir décentralisé ("commander en obéissant"). Il parle d'un monde sans hiérarchie, horizontal, où les voix de toutes et de tous seraient écoutées. Les femmes indigènes Dans le groupe de discussion sur les femmes indigènes, les commandantes zapatistes ont répondu aux questions des participantes quant à leur situation : elles ont toujours été écartées et ont vécu comme des animaux. Elles ont supporté la violence venant du gouvernement, comme à l'intérieur de leurs familles ; elles n'ont pas été écoutées dans les assemblées. Pour ces raisons et beaucoup d'autres, elles ont décidé d'entrer dans l'EZLN. Avant d'appartenir à l'EZLN, leur situation était plus dure. Aujourd'hui, on les écoute et on les prend enfin en compte. Leur situation est déjà différente. Celles qui ne se sont pas intégrées à l'organisation souffrent toujours de la même situation. Le diagnostic général de la table de discussion sur les femmes indigènes a été le suivant : la situation des femmes indigènes reste la plus grave car elles sont discriminées en tant que femmes, pauvres, et indiennes. La participation des femmes à l'EZLN a surpris, de par le caractère innovateur de leurs propositions ; les zapatistes conduisent une politique d'intégration. Lors des dialogues de paix avec le gouvernement fédéral, les zapatistes ont pu présenter des demandes d'orientation féministe, tout en respectant la cosmogonie indigène. L'EZLN a invité des femmes d'organisations sociales, de groupes féministes et des femmes de tous genres aux dialogues de San Andrès. Avec le soulèvement zapatiste, un espace a été ouvert aux femmes. Or, la représentation politique est un axe essentiel de la lutte pour la transformation des rapports sociaux de sexes. Il est nécessaire d'unir nos efforts pour soutenir le travail organisé de toutes les femmes indigènes du monde cherchant une vie digne et pleine. Lesbiennes et homosexuels Au sujet des lesbiennes et homosexuels, le diagnostique a été le suivant : les lesbiennes et homosexuels ont toujours existé mais ont vécu rejetés ou rejetées, car on les considère comme des malades, anormales et anormaux, folles et fous, dangereuses et dangereux. Dans la société néolibérale, être lesbienne signifie avoir une double vie, car cette orientation sexuelle provoque le rejet d'une société qui ne peut tolérer les différences. C'est ainsi que dans le monde entier, les lesbiennes sont condamnées à la discrimination, l'exclusion, l'invisibilité. La famille patriarcale, qui s'inscrit dans un modèle néolibéral de domination, est une institution que l'on peut totalement remettre en question. Le mariage reproduit ces lignes de conduite et se convertit en un petit foyer de domination patriarcale. Il faut chercher de nouvelles manières de comprendre et structurer la famille et le mariage. Lors de la discussion, il a été mentionné que les zapatistes avaient appelé les homosexuels et les lesbiennes, les avaient inclus dans leur lutte et créé un espace de dialogue. Filles et garçons La pensée néolibérale n'accorde aucune importance à la problématique des enfants, pourtant protagonistes du futur. Tout changement social nécessite une démarche tournée vers eux. L'éducation n'est pas seulement un apport scolaire car les enfants se forment aussi dans la vie de tous les jours. Il est donc nécessaire de travailler pour que les centres infantiles et d'éducation répondent réellement aux besoins physiques et affectifs des petits, à leur recherche d'identité et à leur créativité, pour les amener à se forger une conscience critique, solidaire et respectueuse de leur environnement. Parce que le jeu est le fondement d'un développement intégral de l'être humain, et que les lieux qui lui sont destinés sont insuffisants et se réduisent toujours plus, il est important de promouvoir la création d'espaces de jeu et de récréation. Santé De nombreux gouvernements ne respectent pas les accords internationaux conclus en matière de santé. Les problèmes de santé des femmes indigènes sont le résultat de leur marginalisation, de la discrimination et du racisme. Tous les problèmes sanitaires retombent sur elles. La situation des femmes vivant avec de faibles revenus (on a particulièrement discuté des femmes indigènes) permet un plus grand rapprochement entre les mères et les enfants ; mais elles ne peuvent compter sur des conditions économiques suffisantes pour garantir la santé et la vie heureuse des nouveau-nés. Loin de lui accorder l'importance qu'elle a dans la structuration des relations sociales et humaines, la société néolibérale réduit la maternité à une raison supplémentaire de consommer. Nous devons bien comprendre que le système néolibéral est présent à l'intérieur même de chacun de nous, et que chaque jour, nous le reproduisons dans nos vies par nos angoisses et frustrations. Cela s'exprime par des tendances destructrices, un désir indiscriminé de pouvoir, un manque de respect, des agressions à l'intégrité physique et morale, etc., se traduisant par des tensions chroniques qui affectent la structure organique de nos corps, par ce que William Reich nomme "la plaie émotionnelle". Sida Le sida est LA maladie par excellence de notre fin de millénaire, et surtout de l'époque néolibérale. Le sida n'est pas une maladie, mais plutôt une déficience immunitaire qui favorise l'apparition en chaîne de diverses maladies pouvant conduire à la mort. Le sida est la première pandémie de l'histoire de l'humanité. Sa diffusion sur les cinq continents est la conséquence de la globalisation de la domination capitaliste néolibérale. Le sida touche tant les pays en voie de développement que les métropoles des pays capitalistes "avancés". Les pandémies – et le Ssida en est le plus parfait exemple – nous confrontent à des problèmes sociaux qu'il faut résoudre rapidement. Pour combattre le sida, nous proposons l'analyse du préjudice, la liberté de choisir, l'autodétermination des situations personnelles sans que personne ne soit rejeté, la reconstruction de notre propre identité, la récupération du pouvoir et de notre propre vie, la distribution gratuite de préservatifs et de matériel d'information concernant la problématique du sida. Dans l'obscurité des vie perdues, on ne voit que des lueurs illusoires, mais la résistance reste forte pour notre essence humaine, et les possibilités de se libérer sont encore à développer. Pharmacodépendance Le néolibéralisme n'a pas exclu les personnes pharmacodépendantes. Il les a intégrées comme des consommatrices et des victimes d'un système économique qui, à l'abri des politiques de libre entreprise et de globalisation, est devenu un nouvel instrument du capital, destiné à renforcer la domination des pays ou groupes. Le trafic de drogue s'est converti en un facteur fonctionnel d'importance vitale : par sa puissance économique et sa faculté d'engendrer la corruption, il affaiblit le pouvoir de résistance des personnes et des communautés à la destruction de leur environnement. CE QUE NOUS VOULONS Que les concepts d'être homme et d'être femme dans la société soient redéfinis. Que les compétences individuelles se développent. Que l'on comprenne que la construction d'une société nouvelle ne peut aboutir sans la voix, sans la présence des femmes. Que, quand on légiférera sur les droits à l'autonomie des peuples indigènes, on garantisse une participation politique équitable des femmes. Que les us et coutumes qui violent les droits humains des femmes indigènes soient revus. Que les droits des travailleuses domestiques soient reconnus. Que les hommes s'interrogent sur leur rôle patriarcal dans la famille, au travail, en politique, et qu'ils prennent la décision d'abandonner leurs attitudes sexistes qui empêchent le bon déroulement des projets féministes. Que les femmes indigènes du monde entier apparaissent dans toutes les lois, comme cela a été obtenu à San Andrès Sacamch'en de los Pobres. Que les hommes sexistes révisent leurs attitudes inhumaines et primitives pour mettre fin au harcèlement et à la violence sexuelle sous toutes ses formes. Que l'on comprenne que la sexualité est profondément enracinée dans la vie, qu'elle en fait partie intégrante. Que l'on comprenne que l'orientation sexuelle n'est pas sujette à discussion et que les relations affectives et amoureuses doivent être libres. Que l'on bannisse le concept selon lequel l'unique fin de la sexualité serait la reproduction. Que l'on comprenne que les droits sexuels sont des droits humains. Nos rêves Nous rêvons d'un monde où la société ne se conformerait plus à des structures patriarcales ; d'un monde sans militarisme, sans discrimination sexuelle, raciale, religieuse, ni orientation sexuelle ; d'un monde où les femmes de toutes races, religions ou classes jouiraient du droit au plaisir, à tous les niveaux. Un monde sans violence ; un monde où être une femme serait un plaisir et non une charge excessive de travail. Nous rêvons d'un monde où le désespoir se transformerait en une force organisée et enthousiaste ; d'un monde où avoir un ventre fertile ne deviendrait plus un cauchemar de familles nombreuses, avec son inévitable cortège de pauvreté et de douleur ; d'un monde où les enfants apprendraient à partager et à être solidaires, où ils pourraient construire la planète sur laquelle ils voudraient vivre ; d'un monde humain et libre, sans aucune espèce d'esclavage. En deux mots, nous sommes pour l'humanité et contre le néolibéralisme. LES MYTHES GÉNIAUX DU NÉOLIBÉRALISME "Bien-être pour toutes et tous". "Individualisme". "Tout est immédiat". "Commercialisation de tous les aspects de la vie". "Les médias transmettent la vérité, non une réalité virtuelle". "L'homologation et l'uniformisation massive des cultures est opportune". "Sois compétitif et tu triompheras". "L'efficacité avant tout". "Consommer, c'est exister", "Obéir et se soumettre, c'est le bonheur". Nous proposons à toutes et à tous de travailler ensemble à la destruction de ces mythes et à la construction d'un monde meilleur. Le sentiment de toutes les femmes présentes à cette table se résume par cette phrase zapatiste : "Quand nous marchons tous égaux, nos cœurs sont contents". Tant qu'il y aura une seule femme opprimée, il y aura des oppresseurs et nous ne pourrons parler d'un monde libre. Liberté, justice et révolution dans la rue, à la maison, et au lit. |
