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table n° 5
 

A. La réalité, comme barbarie Autoritarisme, génocide, ethnocide, guerre civile.



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Les différents aspects de ce thème ont été discutés par environ 35 camarades, venus d'Allemagne, de Belgique, du Canada, d'Espagne, du Pays Basque, de Catalogne, des Iles Canaries, de France, des États-Unis et du Japon. Pour le Mexique étaient représentés le Conseil de Guerrero 500 ans de résistance indigène et noire, l'organisation Xi-nich, de Palenque, Chiapas, le Comité civil zapatiste 17 novembre, de la ville de Mexico et le Comité civil pour le dialogue "El Arco Donato Guerra".
L'EZLN était représentée par les commandantes Hernán, Daniela, Dionisio et Simon. Les interventions ont montré une riche mosaïque d'expériences diverses. Nous avons discuté des liens entre le développement actuel du néolibéralisme au niveau mondial, la militarisation et la répression des différences culturelles et ethniques, des minorités et des dissidences. Nous avons présenté les formes adoptées par les différentes luttes pour résister à l'oppression, l'inégalité, la discrimination et la négation des droits des peuples ; ces luttes ont pris bien des chemins de par le monde, depuis les luttes élémentaires pour la survie et la reproduction physique et culturelle, jusqu'aux luttes pour l'autonomie, la démocratie et l'autodétermination.
Dans ce qui suit, nous essayons de transcrire les points de vue et les idées exprimés sur ces problèmes et ce qu'ils signifient.

LES VISAGES DE LA BARBARIE

Le racisme
C'est l'une des bases des génocides et des ethnocides. L'expérience montre que le racisme s'exprime de différentes façons selon les niveaux de la société, et qu'il a pour fondements les inégalités économiques.
Ce n'est pas la seule arme idéologique utilisée par ceux qui veulent conquérir ou conserver le pouvoir, ou pour justifier la mort de l'autre, mais c'est l'une des plus employées et des plus efficaces. C'est pourquoi il serait important d'identifier les moyens utilisés par les pouvoirs pour fomenter et manipuler le racisme dans les populations. C'est de cette façon que l'on pourra développer des stratégies effectives contre son expansion. Le succès de cette tâche priverait le pouvoir d'une de ses armes les plus efficaces, les plus douloureuses et les plus inhumaines.

Le nationalisme xénophobe, un danger pour la paix
Nous avons lancé un cri d'alarme contre les nationalismes aux couleurs d'intolérance et de xénophobie qui deviennent un danger pour la paix. Ils sont soutenus par des groupes de pression liés à l'industrie de la guerre, et dont l'intérêt est de fomenter des conflits pour en tirer un bénéfice personnel. C'est le cas des luttes qui se déchaînent en ex-Yougoslavie. Il serait difficile de convaincre les Serbes ou les Croates, ou qui que ce soit, de tuer et violer pour que leurs dirigeants aient plus de pouvoir ou plus de bénéfices ; aussi ceux-ci recourent-ils à la manipulation idéologique et fomentent-ils la haine pour une autre race ou un autre groupe ethnique.
En résumé, le racisme et la xénophobie servent d'outil au pouvoir pour mobiliser la population et lui faire exécuter sa politique de génocide. Ce mécanisme revient sans cesse au cours de l'Histoire.

Le génocide
Les formes de génocides et d'ethnocides sont nombreuses. Il y a le génocide ouvert - par guerres d'extermination – comme, par exemple, contre les Indiens d'Amérique du Nord, et de nombreuses régions d'Amérique du Sud. Mais il peut aussi se pratiquer de façon cachée, en laissant les peuples mourir de pauvreté, de maladie et de faim, comme au Mexique. Pour tuer les peuples, les armes ne sont pas nécessaires : il suffit de les laisser mourir de maladies guérissables.
Une constante des territoires indigènes est le non-accès à l'éducation, ce qui fait que les Indiens réalisent les pires travaux comme main-d'œuvre non qualifiée et sur-exploitée. A ceci s'ajoute l'exploitation des ressources naturelles de leurs zones pour le bénéfice de compagnies transnationales qui emportent les bénéfices et laissent derrière elles des désastres écologiques. Le Chiapas est un bon exemple d'État riche, mais dont la population est majoritairement appauvrie. Il fabrique de l'électricité pour le reste du pays, et néanmoins les communautés indiennes ne disposent pas de ce service ... ou le paient excessivement cher. Et pourtant les barrages ont envahi leurs terres collectives, où ils produisaient leur maïs et leur haricot.

L'ethnocide
L'élimination d'un groupe humain peut se faire par la destruction de sa culture. L'assassinat culturel des groupes ethniques a été un processus très fréquent dans l'histoire récente de l'humanité. L'ethnocide se définit comme la politique de destruction systématique de l'identité culturelle d'un groupe ; c'est une politique d'État et non un processus spontané de changement culturel.
Il y a beaucoup d'exemples d'ethnocides : en France, il a été commis en Bretagne, en Corse et en Occitanie, le gouvernement franquiste l'a pratiqué sur les Catalans et les Basques, l'Angleterre sur les Irlandais, les Gallois et les Écossais, les États-Unis et les pays latino-américains sur les populations indiennes.
On a observé que les populations hétérogènes du point de vue ethnique et culturel ne reconnaissent en général pas leur pluralisme. Historiquement, la tendance a été qu'un groupe impose sa domination sur les autres, qu'ils soient majoritaires ou minoritaires. Le groupe dominant identifie alors la nation à ses propres intérêts et utilise les concepts d'unité nationale ou de sécurité nationale pour réprimer ceux qui s'opposent à lui. La construction de la nation sur la base de l'homogénéité ethnique débouche couramment sur une idéologie nationale fondée sur le racisme. Il suffit de voir le cas de l'Allemagne nazi.
Ayant constaté l'évidence de multiples ethnocides, nous avons conclu que le respect de l'identité culturelle doit être reconnu comme un droit effectif conduisant à une politique d'appui actif au développement culturel et matériel.

Les guerres de basse intensité
Lors de la première session, le commandante Hernán nous a appelés à considérer la situation de guerre contre les populations, et décrit en particulier les agressions dont ont souffert les communautés indigènes du Chiapas. Les interventions qui ont suivi ont conduit aux conclusions suivantes :
Les gouvernements mettent en route toute leur machinerie militaire et policière dès que les populations opposent une résistance aux politiques qui les oppriment et les marginalisent. Pour mettre des barrières à leurs actions et les harceler, pour leur imposer un contrôle social et/ou les exterminer, on emploie aujourd'hui la guerre de basse intensité. Il s'agit d'une science répressive perfectionnée aux États-Unis après la guerre du Vietnam et utilisée maintenant en Amérique centrale et dans tous les conflits du monde.
Au Mexique, cette forme de guerre utilise par exemple la militarisation des zones indigènes, sous prétexte de lutte contre le trafic de drogues. Le gouvernement se donne l'apparence de dialoguer avec l'EZLN, mais il accroît sa présence militaire au Chiapas et dans d'autres régions indigènes du pays. Ses services de renseignement s'infiltrent et forment des jeunes, de sorte que quand l'armée se retire, les communautés se retrouvent divisées.
Au Mexique, comme dans d'autres pays de ce que l'on appelle le Tiers Monde, le néolibéralisme a une attitude sauvage face à la vie du peuple. Partout dans le monde, le bien-être des populations et l'harmonie de vie entre les êtres humains ne présentent aucun intérêt pour le néolibéralisme. L'État abandonne ses fonctions de bienfaiteur et tous les services qu'il avait l'habitude de fournir sont privatisés. Si l'économie s'ouvre, la politique se ferme, la répression augmente et le système n'a aucune intention de faire des concessions.

RÉSISTANCE ET LUTTE

Résistance au militarisme
Le militarisme est imposé aux peuples par les gouvernements. Son chemin se heurte fréquemment à la résistance des civils. Prenons l'exemple des objecteurs de conscience en Espagne : ils ont refusé de faire leur service militaire pour des raisons de conscience. La loi faisant qu'ils peuvent être jugés et jetés en prison, leur lutte s'est transformée en insoumission et en désobéissance civile. Plusieurs groupes de soutien se sont créés : groupes culturels, groupes de jeunes, groupes de parents, etc. Le mouvement a gagné des forces, de sorte que l'État s'est vu obligé à changer de stratégie. Aujourd'hui, il applique une répression sélective et des amnisties successives. Récemment, le gouvernement a cherché à modifier la loi pour interdire aux insoumis le droit de vote et le droit d'occuper des fonctions publiques.

La lutte pour le droit à l'autodétermination
Les participants de cette table ont été d'accord sur le fait que l'autodétermination est un droit humain fondamental et collectif qui devrait protéger toutes les communautés ethniques, tous les peuples, qu'ils soient dotés d'organisations politiques ou qu'ils soient répartis sur les territoires de plusieurs nations. Les États, au-delà de toute considération politique, doivent admettre comme principe juridique que le droit à l'autodétermination, fondé sur les idées de liberté et de démocratie, impose des obligations aux autres peuples et aux États. La reconnaissance de ce droit serait la base de la construction de la paix en beaucoup de lieux aujourd'hui en conflit.
L'autonomie et l'autodétermination doivent être compris comme un moyen de libérer les peuples et non comme une fin en soi. De fait, l'égalité sociale définitive n'est atteinte nulle part, car il faut renouveler sans cesse les formes de lutte, depuis l'insoumission jusqu'à la révolution permanente.

L'autonomie, une proposition pour construire la démocratie
L'autonomie proposée pour les régions indigènes du Mexique par des organisations comme le Conseil de Guerrero 500 Ans de résistance indigène et noire et le Xi-nich, a un sens bien différent du séparatisme, car il cherche à redéfinir la relation entre les peuples et l'État en termes de respect et de véritable démocratie, mais sans rompre l'unité nationale.
On nous répond qu'au Mexique il n'y a pas de régime d'autonomie prévu par la Constitution. Si – sur le papier – la Constitution mexicaine est en faveur des travailleurs, dans la pratique, les droits constitutionnels et les garanties individuelles ne sont pas respectés. Le système politique est régi par un autoritarisme présidentiel ; et ce que le gouvernement qualifie d'État de droit est en réalité un bien grand mensonge : dans le cas des peuples indiens, il s'agit de facto d'un ethnocide. Alors qu'en Europe la démocratie est une façon de vivre, même quand elle est limitée, au Mexique c'est encore une idée subversive, l'aspiration d'arriver à une vie digne.
Il ne peut y avoir d'autonomie sans démocratie, et les Indiens apportent l'autonomie à la démocratie. Ce que les Indiens mexicains veulent, ce n'est ni une balkanisation ni la création de réserves, mais un nouveau projet de nation qui mette fin à la marginalisation et à l'exclusion, et permette la représentation des indigènes à tous les niveaux du gouvernement. Dans le processus d'autonomie, il faut donner un rôle fondamental à la femme indigène, car il n'y aura jamais de régime libre et démocratique si l'on ne reconnaît pas l'égalité des droits des femmes et des hommes.

CONCLUSIONS ET ALTERNATIVES
Comment lutter contre le néolibéralisme ? Comment mettre fin à l'ethnocide et à l'autoritarisme ? Comment arriver à la paix ?
Le néolibéralisme a globalisé la barbarie. Il fabrique la pauvreté pour la plus grande partie des gens, il détruit la nature et engendre les guerres. Il produit le bien-être pour une minorité et la majorité de la population n'entre pas dans ses projets : elle reste marginalisée et sans travail. Il développe la militarisation internationale, et quand un peuple devient un obstacle pour lui, il l'élimine.
Cette Rencontre a permis de constater que le néolibéralisme porte préjudice non seulement aux peuples des pays sous-développés, mais aussi à ceux des pays avancés - Japon, États-Unis, Europe. Là aussi, il y a de graves problèmes de chômage, d'oppression et d'inégalités.
Seul un effort global peut arrêter la globalisation néolibérale. Pour cela, nous avons formé des comités de résistance contre le néolibéralisme. Cette Rencontre se propose de trouver des façons de continuer à additionner nos forces dans cette lutte internationale. Ceci implique la création de réseaux d'information qui fassent connaître les formes de résistance, qui donnent l'alarme en cas de répression et appellent à la solidarité quand elle est nécessaire.