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table n° 5
 

PROPOSITIONS DE LA TABLE 5

Réseau international contre le néolibéralisme et pour la défense de l'identité humaine


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À La Garrucha, nous avons tous appuyé la proposition de nous joindre à l'appel de l'EZLN pour construire une Internationale de l'espoir, chacun apportant les nuances qu'il considérait nécessaires. Ce réseau solidaire devra être horizontal, sans hiérarchie ni frontière. Il aura pour objectif d'établir des liens nous permettant de commencer un travail de contact entre tous les pays. Nous avons incité toutes les personnes, qui le veulent et qui le peuvent à entreprendre dès aujourd'hui un travail concret de lutte constante et de résistance au néolibéralisme.
Ce front devra inclure des représentants d'Afrique et d'Asie, de fait très rares à cette Rencontre.
Nous proposons aussi d'autres réseaux : un pour que les jeunes discutent de la politique néolibérale et prennent conscience des alternatives futures ; un autre pour que les femmes défendent notre mère la Terre ; un autre pour défendre les Droits de l'Homme des expulsés, des exilés et des peuples en risque de le devenir.
Parmi les activités proposées pour le réseau, notons :
- lutter ensemble pour sauver notre mère la Terre. Dans ce cas, la contribution des peuples indiens est riche d'enseignements,
- nous aider les uns les autres dans les luttes pour les droits de chacun de ceux qui constituent ce monde,
- rejeter ensemble et simultanément ce que nous impose le monstre néolibéral, ennemi commun de tous les êtres humains et non humains,
- nous informer sur ce qui se passe dans les divers pays, alors que les moyens d'information officiels nous cachent toujours la réalité,
- établir une journée d'action mondiale contre le néolibéralisme et pour l'humanité, à une date qui sera fixée par l'EZLN.

Condamnation de la militarisation des zones indigènes du Mexique
Nous exigeons que, d'ici à quatre mois, cesse la guerre de basse intensité contre les peuples du monde, et que l'armée nationale et tous les groupes paramilitaires se retirent de toutes les régions indiennes du Mexique. Nous condamnons la militarisation de ces zones, l'état de siège que subissent l'État de Guerrero et d'autres États. Leurs populations sont tous les jours violées dans leurs droits constitutionnels, le cas le plus flagrant étant l'expulsion de la population civile de Guadalupe Tepeyac de son ejido (terres communautaires). Nous considérons que les massacres de civils ces dernières années sont des crimes de guerre (celui d'Aguas Blancas, par exemple) ; nous exigeons le jugement et le châtiment des coupables. Nous demandons que les avions cessent de survoler en rase-motte les zapatistes, comme nous avons pu le constater au cours des trois jours de cette Rencontre.
Nous voulons dénoncer les gouvernements qui exportent la répression (l'Argentine, la Suisse, les USA, etc.) et particulièrement accuser le gouvernement chilien d'aider la contre-insurrection au Chiapas. Nous demandons que tous leur envoient des fax dans la semaine du 10 septembre, à l'occasion de la fête des Forces armées chiliennes.
Nous souhaitons appuyer les résolutions suivantes du Forum national indigène permanent du Mexique :
a) démilitarisation du Chiapas et de tout le Mexique (et extension au monde entier)
b) mise en place d'une Commission internationale de vérification des accords de paix de San Andrés Sacamch'en de los Pobres, signés par l'EZLN et le gouvernement mexicain en février 1996 ; cette Commission pourrait comprendre des membres des Comités de solidarité avec le Chiapas et des représentants de l'ONU.
Nous devons aussi dénoncer, de toutes les façons possibles, la guerre de basse intensité comme nouvelle tactique militaire de répression des communautés indigènes et paysannes dans le monde entier.

Comités civils d'appui à l'EZLN
et solidarité internationale contre le néolibéralisme
Les tables 5A et 5B ont proposé que les Comités de solidarité avec le Chiapas deviennent des Comités contre le néolibéralisme, pour les raisons suivantes :
– La solidarité internationale avec les luttes des peuples opprimés du monde est la seule façon d'éviter les massacres. Il faut donc lancer des campagnes contre les moyens de communication au service de l'État, dont le seul objectif est de désinformer sur les luttes et d'isoler les mouvements populaires. Nous devons apprendre des zapatistes à mobiliser de vastes secteurs.
– La solidarité avec ces luttes donne un point de départ pour la résistance dans nos propres quartiers ou nos lieux de travail, contre le néolibéralisme et la militarisation croissante.
– Il est nécessaire de lier les luttes pour la démocratie et les droits du citoyen dans ce que l'on appelle le Premier Monde, avec les luttes pour l'autonomie et la libération nationale, en particulier des peuples indigènes.
– La solidarité internationale ne doit pas se limiter aux zones où il y a des conflits mais elle doit développer des mécanismes permettant de détecter des situations injustes avant que n'éclate le conflit.

Lutte pour le droit à l'information
Les tables 5A et 5D ont considéré que le problème de l'information était fondamental pour les luttes.
Les moyens de communication sont une arme puissante et constituent un champ où nous devons batailler pour rompre les campagnes de mensonge et de désinformation. Jusqu'à présent, ils sont contrôlés majoritairement par des groupes de pouvoir qui cachent les génocides et déforment souvent l'histoire. En imposant un modèle culturel unique dans le monde entier, ils contribuent à la destruction de la diversité culturelle.
Nous proposons la création d'un bulletin autonome pour éviter que s'évanouissent les faits liés au mouvement de résistance dans le monde.
Nous devons exiger que les médias donnent une information complète et véritable, ouvrir des espaces pour les voix silencieuses, faire en sorte qu'une information alternative arrive sans cesse à plus de monde. Par ailleurs, il faut construire une structure couvrant les coins les plus reculés en utilisant la technologie la plus avancée. Ceci permettrait de dénoncer tout abus contre les populations et de coordonner des actions rapides pour arrêter toute offensive répressive.

La voix des peuples indiens
Les tables 5A, 5B et 5D ont fait des propositions visant à améliorer les conditions économiques des peuples les plus pauvres du monde :
- trouver et mettre en place de nouvelles formes, plus justes, de commerce alternatif ;
- éviter de s'adresser aux multinationales pour l'achat des biens, organiser des campagnes de boycott contre certains produits provenant de grands monopoles afin de dénoncer la production dans le seul but des bénéfices, exploitant donc la main-d'œuvre bon marché de groupes marginalisés ;
- promouvoir un tourisme alternatif, qui fasse connaître les formes de vie et de pensée des communautés ;
- appuyer les produits et les réseaux de distribution des communautés indigènes, revendiquer le juste prix pour leurs marchandises et, en même temps, manifester notre désaccord avec la marché financier ;
- promouvoir dans le monde le collectivisme, créer des coopératives et des formes alternatives de vie et de consommation.
Néanmoins, nous sommes conscients que la solution réelle au problème de l'exploitation et de l'appauvrissement des peuples doit passer par une campagne radicale contre la structure économique à l'échelle mondiale. Il faut continuer de remettre en question le capitalisme et faire tomber le "visage humain" qu'il n'a pas.

Déclaration sur le respect
de l'autodétermination des peuples
Nous nous prononçons en faveur de l'autodétermination des peuples et de la construction d'autonomies qui respectent et renforcent le droit à la libre décision des peuples et des communautés, sans faux représentants : ils ont un droit inaliénable à un gouvernement propre, à des lois propres, à une organisation propre, comme à leurs territoires, leurs ressources et leurs espaces aériens. Les tables 5B et 5D ont demandé la mise en application de la déclaration commune des comités ayant assisté à la Rencontre sur le respect de l'autodétermination des peuples. Il faut exiger des gouvernements qu'ils respectent la Résolution de l'ONU qui proclame les Dix ans des peuples indigènes du monde, même si l'on sait que cela est insuffisant. On considère aussi qu'il est nécessaire que les gouvernements reconnaissent et respectent les droits inscrits dans les accords internationaux. Dans la même direction, nous proposons la célébration d'une Journée mondiale de protestation contre la discriminatuon des minorités, qu'il s'agisse d'immigrés ou de citoyens du pays, par des activités faisant prendre conscience des discriminations concrètes dans chaque pays. Exigeons que les peuples soient appelés "nations" et non "ethnies".

Libération des présumés zapatistes
Les tables 5C et 5D ont proposé d'écrire et de diffuser une lettre demandant la libération des présumés zapatistes, aujourd'hui détenus à Almoloya de Juárez. La délégation allemande a proposé qu'un groupe de représentants de tous les pays assistant à la Rencontre internationale aille remettre le 5 août au gouverneur du Chiapas une lettre en ce sens, adressée à lui et au procureur de justice de la nation.