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J'ai signé les yeux bandés ... Discours de Javier Elorriaga lors de la clôture de la Rencontre |
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Chiapas, Mexique 2 et 3 août 1996 "Ensuite, ils m'ont sorti à coups de pieds. Juste à la porte, il y avait un grand camion. Ils m'ont attrapé et m'ont tapé la tête contre le camion. Ils m'ont attaché et jeté par terre. Des policiers ont commencé à me donner des coups de pieds, des coups avec les culasses de leurs armes." "On est resté environ 24 heures dans le camp militaire. Quand ils m'ont transféré à la prison, ils ont dit qu'ils m'emmenaient faire ma déposition, mais ils m'ont obligé à signer tout de suite. J'ai signé les yeux bandés, sans savoir ce que je signais, ils ont tenu ma main quand je signais." L'auteur de ces lignes s'appelle Gonzalo Sánchez Navarrete ; il est encore mineur, et c'est l'un des présumés zapatistes que le gouvernement mexicain détient en otage pour le processus de négociation. Dans son cas, la Conseillère unitaire du Conseil de tutelle des mineurs, dans son rapport, admet qu'il y a eu torture... mais qu'elle était justifiée. Comme si la brutalité inhumaine du pouvoir pouvait se justifier ! Ce n'est pas le seul mineur mexicain que le gouvernement maintient en prison pour de supposées relations avec les zapatistes. Dans la prison d'Almoloya de Juárez, Pedro, âgé de trois mois, ne connaît de notre patrie que les barreaux de la prison et les uniformes des gardiens et des détenus. Je me trompe : il connaît aussi, dès son plus jeune âge, la dignité et la solidarité, noms qui s'appliquent à tout ce qui se réclame du véritable zapatisme. Dignité de ses parents, Patricia Jiménez et Fernando Domíngez Paredes, et de leurs compagnons, nullement vaincus et abattus par ce gouvernement qui leur a clairement montré quel futur il offrait au Mexicains qui naissent aujourd'hui : la prison et la souffrance. Solidarité de tous ceux qui, dans les rues de Mexico et du monde entier, n'ont pas laissé oublier les noms de Gonzalo, de Pedro, de Patricia et Fernando, de Jœl Martinez González, Celia Martinez Guerrero, Ofelia Hernández, Brenda Rodríguez Acosta, Gerardo López López, Ricardo Hernández López, Hilario Martínez Hernández, Martín Trujillo Barajas, Luis Sánchez, Álvaro Castillo Granados, Rosa Hernández Hernández, Hermelinda Garcia Zepahua, Alejandro García Santiago, tous arrêtés illégalement, torturés et maintenus injustement dans diverses prisons mexicaines. Mais ce ne sont pas les seuls prisonniers zapatistes. Dans des centaines de communautés indigènes, des milliers de paysans du Chiapas vivent aujourd'hui comme en prison dans les montagnes du Sud-est mexicain. Alors qu'ils sont les habitants de ces terres, ils ne peuvent aller de chez eux à leur champ, d'une communauté à une autre, que comme s'ils étaient en terre étrangère, sous la logique répressive imposée par l'armée d'occupation. Plus de deux ans ont passé depuis que le Ya basta ! a retenti dans la conscience des Mexicains, et le pouvoir prétend toujours le faire taire par les chars et les garnisons. Comme si l'on pouvait faire taire le vent ! Mais ce ne sont pas les seuls prisonniers zapatistes. Tout le pays se transforme petit à petit en prison. Dans nos campagnes, du Rio Bravo à l'Usumacinta, de l'Atlantique au Pacifique, les unités policières et militaires pullulent, comme si on livrait une guerre contre une invasion étrangère. Dans les villes, sur les routes, nous, les Mexicains, sommes arrêtés, fouillés, traités comme des délinquants potentiels. Ils veulent réduire à un problème de délinquance la lutte du peuple mexicain pour conquérir des espaces de liberté, de démocratie et de justice, que le pouvoir nous refuse. Comme ils se trompent s'ils pensent que la lutte d'un peuple peut être stoppée par la force brute ! Combien de fois a-t-on déjà essayé ! Et combien de fois avons nous répondu la même chose : on ne nous fera pas taire, on ne nous vaincra pas ! Et c'est la même chose dans le reste du monde, où la lutte pour la liberté et le ¡ Ya basta ! universel gagnent sans cesse des espaces et des cœurs, des rues et des esprits, bien que la bestialité, l'obscurantisme, le manque de respect total de la vie et des droits de l'homme sont pratiquement permanents chez ceux qui gouvernent si mal cette planète Terre. En Amérique, nous le savons dans notre chair. Les héritiers civils des néolibéraux en uniforme essayent de faire oublier les crimes de lèse-humanité commis contre nos peuples frères. Des centaines de prisonniers politiques sont encore dans les prisons de notre continent et des autres continents. Des milliers de disparus sont encore dans nos cœurs, et nos voix ne cesseront de les nommer, de leur parler, malgré les tentatives officielles pour que l'oubli règne sur notre histoire récente. Qu'il soit clair partout que nous n'oublierons pas nos prisonniers et nos disparus, nous ne les oublierons jamais. Même si la vie continue sans eux. Tant qu'existera un seul prisonnier politique quelque part dans le monde, tant qu'il y aura sur la poitrine d'un seul être humain la photo d'un fils, d'un frère, d'un père, d'un ami disparu, nous continuerons tous d'être en partie prisonniers politique en partie disparus de la communauté internationale. Et il est alors logique que nous luttions pour être libres, comme les êtres humains dignes que nous sommes. Que le pouvoir ne s'étonne pas de notre entêtement : les trois temps du temps sont avec nous : le passé, le présent et le futur sont à nous. C'est pour cela que le pouvoir a peur, même si ses porte-parole, publics ou privés, le présentent comme sûr de lui. Et il a raison, son éloignement perpétuel du peuple ne lui permet rien d'autre que la peur. On ne peut attendre d'autre sentiment chez celui qui, enfermé dans son palais et son arrogance, est incapable d'entendre la demande de la majorité. Il est temps que ceux qui commandent en commandant s'en aillent, même s'ils font semblant de ne pas le savoir. Leurs prisons et leurs polices, leurs escadrons de la mort et leurs gardes blanches, leurs juges corrompus et leurs faux tribunaux de justice, leurs codes pénaux et leurs lois qui nient liberté et justice, ne sont rien d'autre que des éléments d'un passé noir que nous avons su dépasser. En tant que zapatistes civils, nous sommes engagés dans la lutte pour la conquête de la liberté pour tous ceux qui souffrent injustement de la prison. Seize camarades emprisonnés, des milliers d'autres prisonniers politiques au Mexique et dans le monde nous y obligent. Nous serons des hommes et des femmes complets, nous ouvrirons les murs et les grilles de toutes les prisons politiques du monde, nous retrouverons nos frères disparus. Nos voix se font déjà entendre par dessus les ordres qu'ils crient ; notre espace de liberté s'impose sur leurs murs noirs. Cette fenêtre, qui est le ciel bleu de nos prisonniers, nous l'avons déjà ouverte dans nos cœurs. Et par cette fenêtre, nous ferons passer le monde. Liberté pour Gonzalo, Pedro, Patricia, Fernando, Jœl, Celia, Ofelia, Brenda, Gerardo, Ricardo, Hilario, Martín, Luis, Álvaro, Rosa, Hermelinda, Alejandro. Liberté pour tous les prisonniers politiques du monde, réapparition de tous les disparus. Notre futur en dépend. |
