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Rencontres Zapatistes en France (et autres)
Alerte à la guerre de basse-intensité

Alerte à la guerre de basse-intensité

La guerre de "basse-intensité", c’est le nom de cette stratégie inventée par l’armée américaine pendant la guerre du Viêt-nam, et appliquée depuis pour combattre les tentatives de révolution en Amérique Latine. Il s’agit de "faire la guerre sans la faire", en portant la guerre non plus sur le terrain militaire, mais sur le terrain social et psychologique. C’est une stratégie qui vise explicitement les populations civiles, en installant la violence sous toutes ses formes, à tous les niveaux de la société, pour maintenir les populations dans la terreur, créer la passivité et étouffer ainsi toute contestation. Une des principales techniques de la guerre de basse-intensité est d’amener le conflit au sein même de la population civile, pour détruire les liens sociaux et saper les bases de l’organisation sociale. On crée ainsi un climat où chacun est obligé de "choisir son camp" (celui du pouvoir), pour couper l’ennemi (la guérilla) de tout soutien populaire. On appelle cela "retirer l’eau au poisson".

Cette stratégie a été utilisée avec succès au Salvador, au Nicaragua et au Guatemala (entre autres), où elle a été enseignée par les services américains aux armées locales. Une école spéciale a été créée au Panama par les États-Unis, pour enseigner aux militaires des différents pays les techniques de la guerre contre-insurrectionnelle : la tristement célèbre École des Amériques, qui pendant des années a formé des centaines d’officiers de tous les pays d’Amérique Latine et des Caraïbes. Une formation idéologique y était aussi dispensée, à base d’anticommunisme virulent et de fidélité au "grand-frère" américain. Cette école a depuis été rapatriée sur le territoire américain, en Géorgie. L’an dernier, le gouvernement des États-Unis a du lever le secret d’état sur six manuels -écrits en espagnols- utilisés par l’École des Amériques : on y recommande notamment d’utiliser la peur, de donner des récompenses aux personnes qui apporteraient le cadavre d’un ennemi, de créer des prisons clandestines, d’utiliser la torture, le sérum de vérité et les exécutions sommaires.

Avec la Colombie, le Mexique est le pays qui a envoyé le plus d’officiers se former dans cette école. Une bonne partie de ces militaires officient aujourd’hui au Chiapas, dans le Guerrero ou le Oaxaca, et ils ont bien appris leurs leçons.

Le gouvernement Mexicain, contraint par l’opinion publique mexicaine et internationale d’arrêter la guerre au Chiapas sous sa forme manifeste, a recours depuis plus de trois ans à la guerre de basse-intensité, beaucoup plus discrète, et plus efficace contre une guérilla comme celle des zapatistes. La longue liste des "incidents", agressions, disparitions, assassinats, pourrait, pour peu qu’on n’y prenne pas garde, passer pour une suite de faits isolés.

La guerre de basse-intensité au Chiapas, c’est le contrôle sur l’information, l’utilisation à grande échelle de la désinformation et de la propagande, pour brouiller la réalité dans l’esprit des gens ; ce sont les paysans, empêchés de cultiver leurs terres par l’armée fédérale qui occupe massivement la zone, et qui deviennent dépendants des programmes d’aide du gouvernement ; ce sont les conflits au sein des communautés indiennes divisées par l’aide distribuée sélectivement par les autorités ; sur ce terreau se développent les "gardes blanches", ces groupes paramilitaires "clandestins", formés de paysans armés et entraînés par l’armée et la police, et financés par le gouvernement ou par les grands propriétaires, pour faire régner la terreur chez l’"ennemi" (c’est à dire le voisin, le frère ou le village d’à côté qui résiste encore) ; ce sont les agressions, les kidnappings et les assassinats, qui chaque année se comptent par centaines, et dont sont victimes tous ceux et toutes celles qui essayent malgré tout de lutter : répression sélective, terreur généralisée.

La guerre de basse-intensité menée au Chiapas par le gouvernement ne cesse de s’amplifier :

Le nord Chiapas, région où la majorité de la population, sans être zapatiste, était solidaire de la guérilla, vit aujourd’hui dans la terreur. Le groupe paramilitaire Paz y Justicia a multiplié depuis deux ans les attaques de communautés indiennes, provoquant à lui seul des dizaines de morts et des milliers de déplacés. Ce groupe est financé par le gouvernement au travers d’une association nommée Solidaridad Campesina Magisterial ; son principal leader est un député du parti au pouvoir ; les armes lui sont fournies par un sous-lieutenant de l’armée fédérale.

Depuis deux ans, les zones touchées par ces troubles s’étendent, pour se rapprocher de plus en plus des zones zapatistes. Ce n’est certainement pas un hasard. Récemment des communautés indiennes connues pour être des bases d’appui de l’Armée Zapatiste ont été attaquées.

Il y a une semaine, une quarantaine de maisons ont étés incendiés par les groupes paramilitaires dans la municipalité de Chenalhó. Six sympathisants zapatistes ont été tués. Des centaines de familles ont dû fuir dans la montagne.

Mais la guerre de basse intensité se joue aussi dans les plus hautes sphères :

En septembre, l’Armée zapatiste (EZLN) dénonçait un arrangement entre la hiérarchie de l’Église catholique et le gouvernement : en échange d’une modification avantageuse de la loi sur les cultes, l’église s’engageait à tout faire pour influencer les indiens rebelles (qui sont majoritairement croyants et catholiques). L’EZLN dénonçait que des pressions avaient été exercées sur l’évêque progressiste de San Cristóbal, Mgr Samuel Ruíz, président de la Commission Nationale de Médiation et artisan du dialogue pour une solution pacifique entre le gouvernement et les zapatistes. On lui demandait de convaincre les bases zapatistes de se rendre sans condition au gouvernement. L’EZLN précisait que l’évêque avait refusé.

Celui-ci démentait avoir reçu des pressions, et pourtant... Quinze jours plus tard, alors qu’il se trouvait dans le nord du Chiapas, il échappait de peu à un attentat organisé - selon toute vraisemblance - par Paz y Justicia. Au même moment, sa soeur se faisait agresser et grièvement blesser dans les locaux même du Diocèse. La liste des agressions dirigées contre les Organisations Non-Gouvernementales de défense des Droits humains ou des membres du clergé progressiste est encore longue... Ce ne sont pas seulement les sympathisants zapatistes ou les militants d’organisations de gauche qui sont visés, mais aussi tous ceux et toutes celles qui refusent une "solution militaire" au Chiapas.

L’EZLN pour l’instant, ne répond pas aux agressions. Si elle le faisait, c’est la totalité de la région qui s’embraserait. L’armée fédérale, qui compte 60.000 soldats au Chiapas, ne manquerait pas d’intervenir. Ce serait alors la guerre totale, et celle-ci pourrait bien gagner l’ensemble du pays...

Pour faire cesser la guerre de basse-intensité, pour empêcher la guerre totale, nous vous demandons de protester auprès des autorités mexicaines.

Signez et faites signer autour de vous la lettre de protestation suivante, adressée à l’ambassadeur en France du Mexique :

Le 26.11.1997


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